‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 210 sur 215 · COLLÈGE CHINOIS · texte numérisé non relu

COLLÈGE CHINOIS

l'aqueduc bâti par Auguste pour conduire, à trente-cinq milles de Naples, les eaux du fleuve Sebeto, destinées- à la flotte de Misène. L'hospice de Saint-Janvier compte quatre cents pauvres, hommes ou femmes, soignés, dirigés, consolés par nos sœurs grises, d'origine franccomtoise. J'aime à le répéter : nos religieuses sont destinées à faire bénir le nom de la France jusqu'aux extrémités du monde, et à nous concilier l'estime et l'affection nécessaires à notre mission providentielle.

Près de Saint-Janvier est l'ouverture des Catacombes, dont nous parcourûmes les vastes galeries. La hauteur des voûtes, la largeur et la régularité des rues, le nombre et la solidité des colonnes, tout annonce un travail exécuté à loisir et avec toutes les ressources de l'art. Ce fait seul témoigne d'une origine païenne : la tradition, invariable sur ce point, l'est aussi sur l'usage que nos pères firent de ces Catacombes. Bien que Naples n'ait été le théâtre d'aucune persécution, cependant les chrétiens de cette ville, en voyant le sang de leurs frères couler non loin de leurs murailles, durent souvent cacher leurs mystères aux regards des païens : ces souterrains devinrent leur asile. On y trouve encore des fonts baptismaux, une chapelle, une chaire pontificale, témoins authentiques du passage des premiers fidèles.

L'esprit du Christianisme, qui respire dans les Catacombes, se manifeste avec éclat dans la fondation du collège Chinois, unique en Europe. Vers la fin du dixseplième siècle, le P. Matthieu Ripa, missionnaire napolitain, s'embarqua pour la Chine. Peintre habile, il sut mériter les bonnes grâces de l'empereur, et, brûlant de zèle pour le salut de ce vaste pays, il voulut perpétuer le bien qu'il avait commencé. De retour dans sa patrie, en 1726, il fonda un collège destiné à l'instruction des ieunes

Chinois. L'établissement fut doté par de pieux chrétiens et par la Propagande de Rome.

Les élèves y sont envoyés de la Chine par les missionnaires à l'âge de treize ou quatorze ans ; ils repartent lorsque leur éducation est finie, et prêchent l'Évangile à leurs compatriotes. Nous vîmes les portraits d'un assez grand nombre avec des inscriptions indiquant leurs noms, l'année de leur naissance, de leur arrivée à Naples, de leur départ pour la Chine et de leur mort, quand elle est connue ; enfin le genre de martyre que plusieurs ont subi. Bien que peu nombreux, le collège Chinois a rendu d'importants services à la religion, aux sciences et aux arts.

Nous le quittâmes en saluant les futurs martyrs qu'il cachait à l'ombre de ses cloîtres, et nous allâmes rendre nos hommages à deux martyrs des premiers temps, que la cité napolitaine environne d'une vénération profonde et d'une confiance toute filiale : je veux parler des saints Chrysante et Darie, dont les corps reposent sous le grand autel de l'église populaire du Gesù Vecchio.

Gardien de ce sanctuaire vénérable, un saint prêtre, dom Placido, vrai frère du curé d'Ars, rappelle, par son dévouement et par ses hautes vertus, les plus beaux exemples des temps primitifs. Levé à deux heures du matin, il célèbre les saints mystères à trois heures, et une foule de peuple y assiste. La messe est suivie de la méditation et d'une instruction familière. Le bon prêtre ne descend de la chaire que pour entrer au confessionnal, où il demeure une partie de la journée ; des audiences de charité occupent, avec la prière, le reste de son temps. Grâce à son obligeance, la châsse des martyrs nous fut ouverte, et nous pûmes vénérer à notre aise ces pieuses reliques, dont la vue rappelle vivement un des plus beaux triomphes de l'Évangile.

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