NATURE
Est-il plus haut ?
RAISON
Je te dis qu'il surpasse De tous les saints la luminosité.
Et des angels la haute hiérarchie.
Je croy donc qu'il soit en dignité Impassible, plein de gloire assouvie.
Morin, de Caen, ne s^est présenté qu'une année au Palinod de Rouen, et y a remporté deux prix de versification latine et française en 1746, sous M. de Luynes. Il les mérita pour une allégorie intitulée : Oliva Bisan^ tina (i)y et pour une ode française sut Judith.
Morin (Michel)^ de Rouen, couronné ex œquo au Palinod de Rouen pour une allégorie latine en 1 7S5 sur la Naissance du comte de Provence, (V. Grandin.)
Morlet (Jacques), né à Rouen le 14 novembre 168 5, curé de Saint- Lô en 1741. Il remplit cette place et celle de juge-né au Palinod de la même ville jusqu'en 1762, année de sa mort le 1 3 avril.
Mortemer, du diocèse de Rouen, prit pour sujet d'une allégorie latine le Massacre des Innocents, et présenta ses vers au Palinod de Rouen en 1743. Il remporta le Laurier, symbole du premier prix.
Mothe [P. 'A. de la] avait puisé dans les antiquités de Pans la matière d*une pièce latine qu^il mit au concours du Palinod de Rouen en 1708. Un incendie très considérable avait réduit en cendres un grand nombre d^efifets très précieux, d^excellents tableaux en particulier. Un seul échappa aux ravages de la flamme; il représentait la
Mère de Dieu. Cette allégorie ne pouvait manquer de réussir, et Fauteur eut TEtoile pour récompense.
Motteville (Nicolas Langlois, sieur de], premier président en la Chambre des Comptes de Rouen, Prince du
(i) Le ms. de Caen dit Oliva Bisuntina.
Palinod de cette ville en 1601. 11 fonda à Motteville- TEsnevalen i638, la collégiale de Saint-Michel, composée de six prébendes avec un doyen-<uré. 11 épousa la célèbre Françoise Bertaud, dont on a des Mémoires pour servir à P histoire d^Anne d'Autriche y dont elle était la favorite; en six volumes in- 12, 1732.
Mouchau [du], médecin des hôpitaux du roi à Douay, écrivit en 1763 à Tauteur du Mercure de France la lettre suivante sur le Palinod de cette ville (février 1763, p. 94).
a J'ai lu avec plaisir, monsieur, dans votre dernier c Mercure la lettre de M. Daireaux de Prébois sur Foric gine des Palinods; mais l'intérêt qu'on prend ordinal- <r rement à la gloire des lieux qu^on habite, m^engage à « avertir Tauteur d'une erreur dans laquelle il est tombé c au sujet de cette ville. Elle méritait d^étre comptée c parmi celles de Rouen et de Caen, qui ont des Puys de c Palinod, puisqu'elle en a un très ancien sous le nom de € très célèbre, illustre, grande et honorable confrairie c des clercs parisiens sous le titre de la glorieuse et « sacrée Vierge Marie. Cette confrairie est même encore c aujourd'hui à bien des égards, non tels que sont actuel- « lement les palinods dégénérés de Rouen et de Caen, c mais tels ils étaient primitivement.
c Les seuls poèmes admis au concours sont encore un c chant royal et une ballade ayant refrain à chaque c strophe, et uniquement consacrés à célébrer le triomphe « de la S"-Vierge. Il n'y a de changés que les prix : c'était « autrefois une couronne, un chapeau et un afficquet, ou c image; le tout en argent. Aujourd'hui il y a bien encore c trois prix, mais qui ne consistent qu'en trois couronnes c d'argent assez légères qui se donnent le 1 5 août, par le
c Prince de la confrérie, à l'auteur ou aux auteurs des vers < jugés les meilleurs.
« Cette confrairie n'est aujourd'hui composée que € d'ecclésiastiques, quoiquUl paraisse qu'anciennement « d'autres que des clercs y entraient. On trouve dans le « Recueil de Jean Loys, avocat et poète, mort ici en 1 6io, c un Eloge funèbre d^un Jean de Bellegambe, peintre, « qui en 1609, était Prince de la confrairie des clercs c Parisiens à Douay. On peut encore remarquer que c Jacques Loys, fils de ce poète wallon, remporta trois c années de suite le prix palinodique, et qu'à raison de c ce triple triomphe il eut ou s^arrogea le droit de prendre c le titre de poète lauréat.
« J'aurais pu faire une plus longue lettre, si j'avais « fouillé dans les archives de notre Palinod ; mais ce que c je viens de dire suffit pour le faire connaître, et est peutc être tout ce qui mérite d'en être connu.
€ J'ai l'honneur d'être, e/c. »
A l'époque où M. Du Mouchau écrivait ainsi, les Palinods de Rouen et de Caen n'étaient point si bas qu'il Pinsinue, encore moins depuis : celui de Rouen surtout n'a jamais été plus brillant que dans ses vingt dernières années.
Mouchel (Robert du]y sieurdu Mesnil-Paviot, conseiller de ville en i532 et député aux Etats en la même année, était le quatre-vingt-septième sur le tableau des confrères éligibles à la Principauté du Palinod de Rouen.
Moulin [du], prêtre de Saint-Nicolas de Caen, auteur d'un chant royal en 1693 pour le Palinod de Rouen sur Ulysse, supérieur aux enchantements de Circé :
Pour rencontrer des rivaux envieux
Par les accords d'une lyre charmante,
Chère Uranie, entrons dans ces saincts lieux :
J'y veux ravir une troupe sçavante,
Et mériter des rameaux précieux.
Dans ce dessein où la gloire m'engage.
Un feu divin échauffe mon courage ;
Et pour chanter du Concept les grandeurs
A qui l'enfer ne put être nuisible,
Il va fournir à mes nobles ferveurs
Ulysse seul aux charmes invincible.
Moulinet, au collège des Arts à Caen, remporta un prix d'épigramme latine au Puy de cette ville en 1768. Télémaque en était le sujet.
Moustier {Nicolas du), lieutenant-civil de Caen et juge honoraire au Puy de cette ville en 1681. C'est à lui que Pouchin de Grassemare adressa son remerciement, tandis que les autres lauréats adressèrent leurs aaions de grâces aux juges, suivant Pusage.
Mouy [H. et p. seigneur, messm Louis de), seigneur de la Mailleraye, conseiller du roi en ses conseils, capitaine de cent hommes d^armes de ses ordonnances et lieutenant général pour S. M. en Normandie, Prince du Palinod en 1641 selon Pabbé Goujet, ou plutôt en i65i. Il portait de gueules, fretté d'or.
Mou:{on (Jeari" Guillaume)^ né à Rouen le 2 mai 174$, sur Saint-Vincent, professeur d'humanités aux collèges de Clamecy et de Bourges, m« es Arts en PUniversîté de Paris, Pun des plus laborieux auteurs et des mieux méritants aux Palinods de Rouen et de Caen, où il a été sou-
vent applaudi et couronné. Il y a traité plusieurs sujets tirés de Thistoire naturelle, imprimés dans leurs Recueils annuels de 1760 à 1767. Il n^y a que Tallégorie sur S. Romain, archevêque de Rouen, qui soit tirée de Thistoire ecclésiastique ; c'est son début, en 1760. Il fut couronné en 1763, pour une autre allégorie sur la Parélie; en 1766 il rempona le prix de l'ode latine à Rouen et à Caen : la Saxifrage en était le sujet. Une allégorie sur le Lis fut encore couronnée à Caen en la même année, puis à Rouen Tannée suivante. Deux autres pièces, Tune sur r Hirondelle, en vers alcaïques, l'autre en vers alexandrins réussirent à Caen en 1765 et 1768.
On a encore de lui plusieurs autres pièces lyriques et pastorales sur différents sujets, imprimées à Bourges, une traduction d'Aristénète et un poème latin en trois livres sur « PAmérique en liberté, » America libéra. Ces deux derniers ouvrages sont restés manuscrits ( i ) .
Mustel, ecclésiastique de Rouen, mort titulaire et chapelain en U commune de T Église de Rouen, avait été couronné en 1733 au Palinod de cette ville pour une allégorie sur le Combat des Horaces et des Curiaces, sous la principauté de M. Bigot (2).
(1) Le 8 mai 1767 les Affiches de Normandie ont inséré son ode alcaïque à Mgr de la Rochefoucauld.
« Son poème sur le Commerce [1779]» écrit Rivarol, est devenu lui-même un grand objet de commerce par Ténorme consommation qu'on en a fait (sic) dans nos colonies. » Est-ce un simple |eu d*e6prit, ou cette exportation plus ou moins avérée voudrait-elle dire que l'ouvrage ne se vendit point ?
(2) Le prénom de Tabbé Mustel était Laurent. On cite encore de lui, mais vaguement, dès poésies françaises.
Mustel, professeur au collège de Gisors, après avoir remporté un prix d^allégorie latine, au Palinod de Rouen en 1747, sous M. de Rouville, reçut Tannée suivante la Ruche d^argent, pour une ode alcaïque sur la Paix. Le sujet de la première pièce était le Setnipélagianisme.
Mutel fils, de Bernay. L'abbé Terrisse, Prince du Palinod de Rouen en 1782, avait proposé aux orateurs cette maxime imposée par le patriotisme : « Combien il « est intéressant pour la gloire des Français et pour leur « bonheur de conserver leur caractère natioftal. » Ce sujet a été traité et rempli Tannée suivante par M. Mustel, au désir du Prince de TAcadémie qu'il présidait, et il a réuni tous les suffrages L'imagination de l'auteur, emportée par le feu de Tâge» le livre quelquefois a des écarts; mais la chaleur qui Tanime, et qu'il a communiquée à son discours, les mouvements oratoires auxquels il s^abandonne tellement quMl ne néglige point la solidité des preuves, le sentiment enfin qui respire dans tout son ouvrage, compensent et réparent abondamment quelques fautes échappées dans le feu de sa composition.
SUPPLÉMENT
Marot. Œuvres de Cl[émeni] M[arot] avec les ou* vrages de Jean Marot ^ son père y et de Michel Marot ^ son fils, etc., données avec des notes par Lenglet du Fresnoy. La Haye, 173 1 ; 6 vol. in-12.
Malfildtre. Les muses regrettent encore que ce jeune poète ait été surpris par la mort avant d^avoir exécuté son dessein (de la Découverte du nouveau mo/i^^). Toutefois ce sujet a pour un Français le défaut d^étre étranger.
Génie dû Christianisme, t. II, p. 6 ; où on lit en note : « Il est douteux cependant que M. Malfilâtre eût réussi « dans le vers héroïque ( i ). »
Mauger [Nicolas]^ prêtre de Rouen, auteur d'un chant composé en Phonneur de la Passion de Notre- Seigneur, pour le Puy de la Passion à Saint-Patrice de Rouen en 1600. Cette pièce dramatique est sur le Lave^ ment des pieds des apôtres par Jésus-Christ {2). Ils en sont les interlocuteurs, après un prologue assez long dans la bouche de Dévotion. Jésus dit ensuite :
n faut partir pour aller à la dextre
De Dieu, mon Père, où je fais résidence ;
Il faut partir de ce monde terrestre
Par mort de croix, pour grâce et gloire mettre
A tous esieuts, qui par la providence
De Dieu, mon Père, ont esté mis au monde
Pour les tirer d'obscurité profonde ;
Mais veulx monstrer, premier, en évidence
D'humilité le parfait exemplaire
Parce que moy, qui suis seigneur et maistre,
Feray d'un serf, non d'un maistre l'office.
S. Andrieu [André] parle après Notre-Seigneur, puis S. Jacques et S. Jehan, etc. Après quoi Jésus adresse la
(i) Cette note ne se retrouve plus dans les éditions récentes. Mais Chateaubriand, loin d'oublier Malfilâtre, le met avec Gilbert et A. Chénierau rang des « trois beaux talents que la France a perdus à leur aurore. »
(a) Cet intéressant mystère a été publié par M. P. Le Verdier, en juillet 1893, dans la Revue catholique de Normandie (III, 35-46). Son introduction (p. 3a-33) démontre par des données paléographiques que les vers furent composés avant 1600, peut-être dès i55o.
parole à un disciple, qui parait être chargé des détails de la maison, où venait de se faire la Pâque ( i ) :
O Marcial, fideile serviteur (2),
Pour démonstrer rhumilité chrestienne
Qpe j*ay en vous, donnes de la fontaine
Pour nettoyer et laver par dehors
Présentement les pieds de votre corps,
Q]Lii vous sera en signe et exemplaire
Qpe Fung à Taultre ainsy debvrez-vous faire.
MARCIAL
Maistre et seigneur, et docteur débonnaire, De corps et d'âme et toute ma puissance Veulx accomplir le sainct commandement De vostre veuil. Prenez présentement De vostre serf la plaine jouissance
C'est au même que Jésus dit encore vers la fin :
Marcial, servant équitable.
Apporte-moi mon vestement.
MARCIAL
Sire, à vostre commandement Accomplir je suis tout prest ; Serez vestu, puisque vous plaist.
(i) Pierre de Natali résume en effet sur lui la tradition en ces termes : Hic in ultimd conta Domini cum discipulis factd minitter adstitit.
Cest ce saint que quelques-uns s'obstinent depuis plus de deux cents ans à faire Tapôtre de Limoges, contrairement aux conclusions de récole boUandienne, et des critiques les plus autorisés.
(a) Variantes de M. Le Verdier :
l'humilité artaing
aiasy idvit faire.
Scyi^ VMtu, puis fu'i, . .
Notre-Seigneur paraphrase rasuif« 9Po mottdtUtm ( i ) comme il est porté dans l'Evangile* La pièce finit p^f, y;i épilogue que Dévotion adresse aux; fidèles; ea vpû;i|l^ derniers vers :
Peuple dévot de toute qualité Nous faisons fin quand TEvangile fine, Où le bon Dieu pour- nostre utilité D'humilité nous a monstre le signe.
Cette pièce édifiante pour le temps était en manuscrit sur vélin (2)1 coté X dans les archives du dit Puy et Palinod de la Passion, in-4^ de treize feuillets, dont quinze pages pour le chant dont on vient de donner un aperçu, et trois pour les statuts et usages de l'association qui faisait les frais de la cérémonie du jeudi-saint. Le poète est qualifié doyen des chapelains de la confrérie.
Mansel ou Mancel [Richard], d'Evreux, conseiller au Parlement de Rouen en 1 540, mort en 1 547, le 8 février.
[V. Bapt. Le Chandelier, dans son poème du Pari, de Rouen. ]
Rich. Mancel gît à Saint-Godard de Rouen.
Monchrétîen [Antoine], poète français, mort le 12 octobre 162 1 (3).
( t) Ce mot se rencontre dans un verset du chapitre (S. Jean XIII, 34, qui raconte la scène du lavement des pieds. Il est entré dans la liturgie et même dans notre langue pour désigner la cérémonie du jeudi-saint : « Le roi a fait le mandatum (Trévoux). »
(2) C'est le manuscrit qui a servi pour Téd. de M. Le Verdier.
(3) Montchrétien a pris place dans la Bibliothèque eliçévirienne par la bonne édition (c'est au moins la cinquième) de ses tragédies que M. Petit de JuUeville y a donnée en 1891. Son Traité de F Economie politique a eu les honneurs d'une réimpression. (Paris, i889;in.8».)
lié
Minfant [Richard], de Dieppe, poète français, couronné en cette ville et à Rouen, comme Jacques et Joachim au même siècle (xvi«).
Nain [Jean- Vincent), au collège d'Harcourt à Paris, n'ambitionnait pas seulement les prix de TUniversité dans la capitale. En 1740, il chercha aussi à se distinguer au Palinod de Rouen, et en cette année il y remporta la Ruche d'argent, prix de l'ode latine. Les vers alcaïques quMl présenta étaient sur le corps et les écrits de S. Augustin.
Néel {Jean-Baptiste), de Rouen, avocat au parlement de Normandie, mort vers ijSo, avait remporté deux prix au Palinod de Rouen, quand il en devint juge en 1725. Deux allégories latines avaient prouvé son talent en 17 19 et 1724 ; Mqyse sauvé des eaux était le sujet de la première et ié Siège de Rome par Alaric, celui de la deuxième.
Néel {Jean-François), de Rouen, fut couronné au Palinod de cette ville en 1727, pour une allégorie latine sur le Vaisseau de S. François^Xavier.
Nerval, nom inconnu autre part que dans l'ancien manuscrit in-40 du Palinod vers i53o, où il y a un chant royal ainsi signé. Le refrain est :
Le grand Pallays, logis du Roi des cieulx.
ÎÎ7
Neuville (Charles Frey de), du diocèse de Côuiances, jésuite, professeur de rhétorique à Rouen, en 17..., et à ce titre Tun des juges au Palinod de cette ville en la même année. Dès 1721, il avait été couronné à celui de Caen, pour une ode sur la Peste de Marseille. Cette pièce fut envoyée à M. de Belzunce, puis imprimée avec une lettre de Tauteurà ce prélat dans le Af^rciire de 1722, p. 43. Il était né au Mesnil-Hue, diocèse de Coutances^ en 1693, et est mort à Saint-Germain-en-Laye, le i3 juillet 1774^ avec la réputation d'un dès premiers prédicateurs de son siècle. V. son sermon sur la Conception dans le recueil de ses sermons en 8 vol. in-t2.
Nicoleau^ directeur de la Jeune Noblesse à Angers, auteur de stances philosophiques sur l'Orgueil de rhomme confondu, couronnées au Palinod de Rouen en 1770. La dix-neuvième porte :
Q|ie ton intelligeDce et tes savantes veilles Du t>lus heureux génie effacent les merveilles ; Sois Homère ou Pascal, Descartes ou Newton, Réunis dans toi seul tous ceux que Ton renomme.;
O vanité de Thomme, Hélas ! pour te confondre, il ne iaut qu'un dron. /
Les plus simples objets que la nature étale N'ofirent à ses regards qu'un ténébreux dédale ; S'il veut sur l'univers appuyer son compas
(i) Le P. de Neuville (nommé ordinairement Anne-Joseph-Claude) a écrit lui-même, selon le P. Sommervogel, quMl est né à G)utances. Au tome LVII de ses Prédicateurs, l'abbé Migne a réuni toutes ses oeuvres oratoires aux sermons complets de son frère Pierre-Claude, également Jésuite. Ce sont des puUications posthumes.
La vérité le fuit, rUlusion Tassiège :
Partout il trouve un piège, Et je pourrais compter ses chutes par ses pas,
Nicques (Pierre), avocat à Saint- Lô en Basse-Normandie^ fut engagé par la réputation de M. d^Harcourt, Prince du Palinod de Rouen en i65o, à se mettre au rang de ceux qu'il devait y couronner. Une vallée connue des anciens proche le mont Atlas fut le sujet dont il décrivait les particularités dans une allégorie latine, et il en obtint le premier prix.
Noble (le)j négociant à Rouen, sa patrie, avait commencé sa licence dans la Faculté de théologie à Paris, et quitta le parti de TÉglise pour embrasser le commerce (f). Celui des muses ne lui était pas étranger, et sa capacité connue en ce genre Pavait fait appeler à une des places de juge du Palinod de Rouen. Il en faisait les fonctions en 17 14, et l'auteur anonyme de la lettre critique qui parut en cette année sur cette Société, ne peut s^empécher de reconnaître ses talents.
Noble [le], de Caen, présenta uqe ode française au Palinod de Rouen en 1711; il y célébrait le Triomphe de la Religion sur Vidolâtriey et ce fut aussi le sien sur ses concurrents dans la carrière lyrique. Le Miroir d'argent lui fut adjugé.
Noël [le P.), de Sens, bachelier en théologie de la Faculté de Paris, prieur des Carmes de la ville de Rouen,
(i) Semble être proche parent du jurisconsulte rouennais Pierre Le Noble, dont les Palinods de Caen de 1716 publièrent (p. a3-a6) une ode sur Joas, qui fut couronnée.
en i585, et à c^ Mtre j^^e-né au Paliood d^ .cettç ville^ résidant en son monastère. On ne lui trouve point de successeur dans sa dignkë claustrale, jusqu^en 1649, ce qui rend son règne sans exemple pour la durée, s'il alla jusqu'à cette époque.
Noël (Gode/roi'François de), licencié ès4ois, à Henrila-Chapelle/au duché de Linibourg, adressa en 1776 au Palinod de Rouen une ode alcaîque sur le Basilic, Cette pièce est imprimée avec celles qui furent couronnées dans cette même année.
Norbert (le Père), ancien commissaire et visiteur général de la maison et collège royal des Carmes de la place Maubert à Paris, et plusieurs fois prieur de la maison de son ordre à Rouen 1763-1769*1779, Ce religieux, savant et exemplaire (son nom dans le monde était Duclos), a rendu beaucoup de services au Palinod de Rouen où il était juge ; il a renripli, en 1775, les fonctions de secrétaire et a fait le discours d'ouverture à la séance publique de cette année. Il est mort en 1781 et son éloge a été prononcé par Tabbé de Lurienne.
Normand [Baptiste le), deux fois mentionné pour autant de chants royaux dans le Recueil d'Adrien Boccage en 161 5, p. 70 et 83; se trouve encore en 1619, sur les registres du Palinod de Rouen parmi des stances couronnées sous la principauté de Pierre Puchot.
Je dunte une beauté, des beautés la plus belle, Le parangon parfait qui n'a point de pareil : Car toute autre beauté perd son lustre auprès d'elle, Comme les moindres feux aux rayons du soleil.
Les deux refrains de ses chants royaux étaient : L'eau sans tarir pour un camp de réserve.
L*eau sans venin, dans le venin meslée.
Normand (J, le), le même peut-être que le précédent, est auteur de stances qui se trouvent au Recueil d^ Adrien Boccage, p. 28, sur un caillou extraordinaire :
Dieu fait dans une eau froide un froid caillou trouver Q}ii, bruslant comme bois, si souefvement parfume L*air de douces vapeurs qu'il y fait eslever Q}i*on voit fuir les serpents aussitôt qu'on Tallume.
Anne fut le caillou que j'écris en mes vers.
Normanville [Jean-Louis Fiquet de], né à Rouen, conseiller au Parlement de Normandie (i), titulaire de l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, associé au bureau général de la Société d^ Agriculture de cette ville, juge académicien du Palinod en 1768, y avait été couronné en 1741, étant encore au collège de Louis-le-Grand à Paris. L'allégorie latine qu'il adressa au Puy de Rouen était sur la Tranquillité de la France^ et le premier prix fut la récompense de son talent. La place qu^il crut devoir accepter dans le Conseil supérieur, qui remplaça quelques temps le Parlement de Rouen, fut pour lui une source de chagrins, et il fut un des plus maltraités dans les caricatures et les pamphlets
(i) Ce magistrat en fut président, et mourut en juillet 1790.
du temps sur cette nouvelle magistrature (i), heureux detrouver dans la philosophie de quoi se consoler dans ses disgrâces.
Norval (Buirette de], au collège de la Marche de l'Université de Paris, présenta en 1770 au Palinod de Rouen un poème latin d'une certaine étendue, intitulé Miraçula Picturœ, dont Pallusion est elle-même un tableau aussi nouveau qu^intéressant :
Te Cbristi quoque magna Parens, te docta quotûnnis Dextera depingit radiantem simplice cultu ; Non Julgent auro vestes, non murice tincta Lana micat; sacrum sed virginitatis honorem Intemerata geris. Si qua est ea gloria^ Virgo Sancta, precor semfer dextram mortalibus xgris Auxïliatrium tendas; tua numina tandem Agnoscant miseri, dudum quos flébilis error Ahripit, atque twe suadet se opponere laudi.
Ogier [Frànqois], célèbre prédicateur (2), mort en 1670. On a de lui àts Actions publiques, 2 vol. in-40;
(i) Les Mémoires secrets (XXIV, 143) nous ont conservé à la date du i5 avril 177a un de ces virulents placards.
(2) Chapelain rappelle « fameux panégyriste », et en 1640 il le représente comme un controversiste acharné. Le second vol. de ses Actions publiques ne parut qu*en i665 ; mais des exemplaires du premier sont datés de i656 : est-ce une vraie réimpression ? Les Annales poétiques ÇkXi, 117) ont donné une place à quatre de ses sonnets et mentionnent quelques autres de ses poésies.
On connaît encore d*Ogier YOraison funèbre de Louis XIII y 1 643 ; et V Éloge ou Panégyrique de M. Duvaux, i65a.
Paris, 16S2. II citait beaucoup les poètes dans ses sermons; il Kétait lui-même. Cependant la seule i^f^ùve qu'on en puisse donner ici est un sonnet qu'il donna & François de Harlay, archevêque de Rouen en 1624, lors de sa principauté au Palinod de Rouen.
Olbec (le P. Louis i^), né â Caen en 1 703, le . . février, embrassa la vie religieuse chez les Carmes de cette ville^ et y fit tous ses cours d'études. II devint fjrieur de la communauté de Bourges en 1742, puis de Caen, enfin de Rouen, 1760, époque à laquelle il appartint en qualité de juge-né au Palinod de cette ville. Le zèle qu'il a toujours fait paraître pour ce corps consacré à la religion et aux lettres lui mérita sa reconnaissance et ses éloges ; c'est le témoignage que lui a rendu M. des Houssaye^ après sa mort arrivée subitement le 7 juin 1769. Il est mort exprovincial de son ordre.
Orléans (Henry d'), duc de Longueville et d'Estoutteville, pair de France, comte souverain de Neufchâtel et Vallengin en Suisse, comte de Dunois, de Chaumont et Tancarville, baron de Montreuil, Bellay, Parthenay, Vouvanset Mervens, connétable héréditaire de Normandie, gouverneur, et lieutenant général pour le roi en ladite province de Normandie, Prince du Palinod de Rouen en i635 et en i652. En l'une et l'autre époque, le coacours fut remarquable par le nombre des poètes et le mérite de leurs ouvrages. Outre ceux couronnés, il yen eut encore qui furent donnés ou gratuits. Après les Recueils de l'Académie, on peut consulter les œuvres d'Antoine Halley, in-80, p. 1 24, oQ il y a un poème à la louange du duc, et la Muse normande de David Ferrand, qui en fit
la dédicace à son altesse en i655 (i). H mourut le 1 1 mai i663, à Rouen, à soixante-neuf ans, très regretté
Les beaux esprits de Caen n'épargnèrent rien de' leur côté, en 1648, pour faire à M"* la duchesse de Longueville une fête brillante, lors de son entrée en celte ville. V. Ant. Halley, p. 204.
Guy Patin parle de sa mort dans une lettre du 18 mai i663, et dit quMl mourut de Tantimoine à deux doses^ malgré trois médecins de Rouen qui s'y opposaient.
Orme (H, Fr. de /'). V. Lorme,
Osmont (Nicolas), Pun des plus anciens lauréats du Palinod de Rouen, y remporta le premier prix du chant royalt en 16 10, sous la principauté de Jean le Lieur (2).
Le fonnateur du hault ciel astrifère.
Voulant jadis les humains informer
Es haults secrets, ordonna une sphère
Très bien sçavant aux cieulx se conformer :
En elle on voit par art astrologique
Tous les orbes de natute célique,
Et mouvements sans œuvre naturelle.
C*est Marie qui par grâce étemelle
Feist Dieu du ciel visible aux humains yeulx ;
Parquoy la dis sans tache originelle
Sphère monstrant tous les secrets des cîèulx.
Osmont (Louis) avait été couronné au Palinod de Rouen, sous Guiil. d^Antini, pour une allégorie latine sur
(i) V inventaire de la Muse normande, publié en i655, est en effet dédié au duc de Longueville, comme en fait foi le fac-similé donné par M. Héron dans sa réimpression.
(a) Vidoue Ta reproduit, f» 24 vo. Voici les variantes notables :
. . . deux U conformer En elle on doit. . .
et ttxie: Fiat pax in virtute /lia. [Ps. cxxi, 7]. Il se représenta, en 1542, sous Nicolas de Coquinvillier avec ua chant royal qui ne réussit pas. Il était sur :
Le grand décret d'autorité divine,
comme Tannonçaient les cinq vers suivants :
Chant royal sur le grand décret Q}ie le pape ordonna pour Rome Contre péché comme discret :
C'est Marie en concept sous somme De vice que grâce consomme.
Ouen. y.de Saint'Ouen.
Oursel, de Rouen. Les Recueils dés pièces couronnées au Palinod de Rouen ont quelquefois été imprimés chez un imprimeur de ce nom, en cette ville ; et ils sont •remarquables par Timage de la Vierge au verso du frontispice. Celui dont est ici mention, est auteur d^un sonnet sur le Ver luisant, pour lequel il eut TAnneau d^or en 1700, sous Thomas de la Bucaille (ij.
Outin (Emmanuel), de Rouen, surnommé TAnge, avocat au Parlement de Normandie, n^avait point eu d'autre instituteur que son propre frère Jean-Jacques Outin, fameux curé de Saint-Godard, et fit d'excellentes études, lorsquMl concourut, en 1 733, aux prix du Palinod de Rouen, sous M. Bigot, et y remporta la Ruche d'argent pour une ode latine sur le Vaisseau de «S. Xavier. Il reparut dans la lice en 1736, et présenta à M. de Valli-
(i)Jean Oursel, mort en 1729, est bien connu par ses Beautés de la Normandie y qu*il publia en 1706.
quierville une allégorie latine sur Véturie, qui ne fut pas sans récompense. L*année suivante, ainsi qu^en 1739, il reprit la lyre et mérita deux autres Ruches d'argent. La dernière de ses pièces était sur ^nni'^a/, sous M. deCany, l'autre établissait le dogme de l'Immortalité de l'âme, sous M. de Fitz-James. Le Palinod ne fut pas le seul théâtre de ses talents : il avait débuté très heureusement au barreau et commençait à y avoir de la réputation lorsque la mort Tenleva à vingt-six ans. Il était oncle de dom Toussaint Outin, bibliothécaire de Jumiéges, Tun de ceux dont les recherches pour le présent ouvrage n^ont pas été infructueuses.
Ouville [Le Métel d*), frère du célèbre Boisrobert, mérita P Anneau d'argent au Palinod de Rouen^ en 161 5 et 1616, pour un sonnet et une ode française, Pun sur la Minerve de Phidias, Tauire sur VAlcyon, Il doubla même sa victoire en 161 5, par des stances sur la Conception« pour lesquelles la Tour d^argent lui fut aussi adjugée. Cest le même poète qui, dans la suite, fut auteur de la Fouine de Séville, etc., suivant le catalogue de la Bibliothèque du Roi, Belles- Lettres (i).
O^^emy (François), de Pont-PEvêque, contemporain du précédent, mais sans être son émule, puisqu^il écrivit en latin la pièce qu^il présenta en 16 1 6, au Palinod de Rouen, sous Nicolas Throsnel. Cétait une allégorie latine ^ur la Statue de Tibère, et le Laurier fut sa récompense.
(i) Antoine le Métel, sieur d'Ouville, mort en i656, fut un ingénieur géographe. Ses Contes ont eu au moins quatre éditions. (Co/dlogue de la biblioth. A. -F. Didot, 1S81 ; n» 3ai.)
Page (le), de Caen. La Prise de Bergop\oom était révénement régnant et dominant en 1747. Il ne pouvait manquer d*êire chanté sur le Puy du Palinod de Rouen. Le Page fut un de ceux qui réussirent le mieux dans son ode française, pour laquelle il reçut le Miroir d^argent des mains de M. de Rou ville.
Pain (Jean le). Dans un incendie considérable au Vivarais, un seul enfant échappa aux flammes dans le sein de sa mère, qui en avait été la proie. Le cardinal de Richelieu, à qui il fut présenté, en prit soin et le fit élever dans la religion catholique. Cet événement, déjà traité en ode, fut mis en épigramme ou allégorie latine par J. Pain en 1671, et il obtint TEtoile pour second prix.
Palme-Carille [Ferdinand de], écuyer, sieur de Benagille. Le nom de Palme se trouve sur plusieurs épitaphes dans les églises des Carmes et de Saint-Ouen de Rouen ( i ). Celui de Carille est associé à d^autre chevaliers de Malte dans le Litadamtis, de Jean Mayre :
. . . . propriamque Carillus Puppimhabet ;
Et après le combat du chevalier Gozon :
. sic deindi Carillus Nos genus iïlius cerU tantique nepotes
Heroîs,
(1) U y eut môme un Alphonse de Palme-Carille inhumé à Saint- Ouen en 161 7. (Farin, III, 7.)
Le poète parlait ainsi avant i685, année oh parut son épopée latine. Le Palme-Carille, qui existait à Rouen en 1642, fut Prince du Palinod en cette année, et les poètes ne furent ni rares, ni médiocres au concours qui se fit sous ses yeux. Un des plus remarquables, quoique non couronné, fut J. Picot, dont Pallégorie latine ne fut qu^hoûoraire. Il avait pris pour sujet la Palme de Jérusalem, tant de fois célébrée au Palinod. C'était une double allusion tant au nom de Palme qu'à celui de chevalier de Saint-Jean de Jérusalem.
Papillon (Richard), conseiller échevin de Rouen, sa patrie, avait été député aux Etats de Normandie en 1S62. Son père avait passé par les mêmes honneurs et était mort en 1524, puis inhumé à Saint-Sauveur de Rouen. Il avait un frère nommé Nicolas, conseiller au parlement de Rouen, cité par la Croix du Maine, et dont on lit quelques vers dans les œuvres de J. Rouxel, p. 304 (comme poète français dont parle sans prénom Tabbé Goujet). Richard pouvait bien ne pas Tétre; mais il aimait les vers et les récompensait. L'occasion de prouver son goût et sa libéralité ne lui fut présentée qu'en i5y6: il fut élu Prince du Palinod de Rouen. La Boderie reçut de ses mains la Palme et le Lis, c'est-à-dire les deux prix du chant royal et lui adressa des grâces à ce sujet. Le nom du Mécène prétait trop naturellement aux allusions pour que les poètes n'en fissent pas dans leurs pièces.
L'un chantera d'une voix non obscure La gente abeille et son art merveilleux^ Ses mœurs, ses lois, sa providence et cure, Sa cire vierge et son nectar mielleux ; L'autre dyra du fourmi la pratique.
Son bon ménage et son grenier publique ;
Quelque autre encore retistra dans ses vers Le fil d'araigne en ronds cercles ouverts ; M ais moi je veux faire voler au monde Du vers à soye édos en œu£s couverts Le papillon qui faict sa tente ronde.
Ce chant royal dans les œuvres de l'auteur est adressé à M^^ de Saint-Lux, sœur du comte de Brissac; ainsi que Nicolas CoquainvîUiers avait adressé à Anne de Graville les vers couronnés en 1524.
Le chant royal qui suit et mérita le Lis au même auteur, était sur la Sphère, dont parlent Claudien et Cicéron.
A la fin de son second sonnet eucharistique, le lauréat dit :
Le grand duc conquérant de Tisle d'Angleterre, Qjii doit à ce chasteau et ce pourpris de terre Son nom et sa naissance, a donné fondement Au Palinod normand ; et pourtant mon Orfée Et la Palme et le Lis luy append pour trofée Au lieu d'où sa grandeur print son commencement.
Le château est celui de Falaise, patrie du duc et du poète.
ParC'Royal (François du) composa en 16 17 un chant royal sur la ville d'Epidaure, et il remporta le premier prix au Palinod de Rouen, présidé en cette année par Guillaume de Chaulieu.
Parent (Jacques^Philippe), de Saint-Cande-le-Jeune à Rouen, et secrétaire de la Chambre du clergé de Normandie, avait présenté en ijSS au Palinod de Rouen une ode latine sur le passage du Rhin par Louis XIV, et
la Ruche d*argent, ou plutôt des jetons d^argent qui la remplaçaient, lui furent donnés pour prix par le marquis d^Etampes, Prince de Tannée. Ce lauréat était né à Rouen sur Saint-Martîn-du-Pont, le i«f mai 1724; mort le 9 janvier 1 783, premier de sa paroisse inhumé au cimetière public de Saint-Gervais.
Paris [Simon], de Nevers, maître ès-arts en l'Université de Paris, avocat au parlement et professeur de rhétorique au collège royal de Bordeaux. Le Palinod de Rouen avait proposé pour prix d'éloquence en 1769 un discours sur le danger des livres contre la religion, par rapport à la société, et M. Paris eut la gloire de Temponer sur vingt concurrents. . .
c En nous élevant contre les ouvrages impies, n'accuc sons que le cœur qui les a dictés ; disculpons les sciences c du crime même qu^on a commis par elles. Puissentc elles ici flétrir par ma voix les productions d^gereuses c qu^on leur arrache et qu'elles désavouent I Puissentc elles prouver fortement combien les ouvrages contraires « à la religion sont pernicieux à la société, combien, par c conséquent, la lecture peut en devenir funeste ; puis- « qu^en faisant des impies, elle ne peut aussi manquer de c faire des libertins et des sujets dangereux. »
Telle est la division du discours, telle ensuite celle de la première partie :
« Trois liens puissants enchaînent ici-bas les hommes « entre eux pour leur bonheur : la religion, la vertu, la c patrie. Mais si ces trois objets sont inséparables, s*ils c tiennent essentiellement au bonheur de la société, si « les principes de la religion sont les principes mêmes de c la morale et de la vertu, si la vertu conduit au devoir, c le devoir au patriotisme; saper le premier de ces objets
€ respectables, n^est-ce pas les saper tous ensemble et « bouleverser la société? Oui sans doute ; et le livre qui c fera l'impie ne pourra manquer de faire aussi le libertin « et le sujet dangereux. »
Le commencement de la seconde partie n^est pas moins méthodique ni moins purement écrit :
« Après le lien de la religion, le plus fort pour l'homme « en société est celui qui Pattache à la patrie; tout « citoyen se trouve enchaîné à la destinée de cette mère c commune : chacun est obligé de contribuer à son « bonheur et à sa gloire. Le guerrier lui dévoue son bras « et lui fait le sacrifice de ses jours, le magistrat en assure « le repos par ses vertus, les sueurs du laboureur la « nourrissent, le savant la sert par ses découvertes, Tarc tiste par son industrie; tous les membres de ce grand « corps concourent par une intelligence, par un concert « unanime, par une correspondance mutuelle de senti- « ments, fie vigilance et de conduite dans les uns, d'obéis* c sance et de soumission dans les autres. Mais le faux c principe puisé dans une lecture qui conduit à Pimpiété c rompt tous ces rapports, brise tous ces liens, détruit c tous ces engagements. Pour un homme chez lequel le « culte et la croyance ont reçu des atteintes, chez lequel « les idées du vice et de la vertu sont renversées, et la c discipline des mœurs est éteinte, le gouvernement de « TEtat ne présente plus de règle fixe : toute Tharmonie « du corps politique s'écroule, les lois les plus invioc labiés de la vie civile s'évanouissent. Plus de liens qui « rattachent au bonheur commun de ses concitoyens, à « la gloire du souverain, à sa famille même; plus de a ressort que celui de Tintérêt personnel.
« Craignons même dans des instants de trouble, crai-
« gnons pour la patrie que ces lectures funestes n'aient € trouvé des esprits naturellement inquiets et turbulents ; € craignons qu'après avoir flatté le penchant de l'indéc pendance dans les sentiments, elles n'en réveillent
c Pidée dans la pratique »