Les Trois siècles palinodiques, ou, Histoire générale des palinods de Rouen, Dieppe, etc
Habedey, instituteur en la ville de Rouen, était un des juges académiciens du Palinod de cette ville en 1715.
Halley (Antoine), célèbre professeur et recteur de TUniversité de Caen, orateur et poète latin, était né à Bazantfille en 1 5q3 et mourut à Caen le 3 juin 1676, rue Saint-Sauveur. Il travailla pendant trente ans pour les Puys palinodiques de Rouen et de Caen et presque toujours avec succès. Ce serait un livre entier à composer que de citer toutes les pièces qu'Antoine Halley a présentées aTTx deux Palinods qui les ont couronnées pour la plupart, ou plutôt il faudrait copier la meilleure partie de ses œuvres où elles sont imprimées avec toutes les actions de grâces et les particularités personnelles qui raccompagnent. On se contentera donc d'y renvoyer le lecteur ainsi qu'aux anciens Recueils imprimés des deux Académies, qui ont également conservé ces pièces plus ou moins importantes, soit par Pintérêt ou la variété des sujets, soit pour les différentes manières de les rendre. Plusieurs étaient tirés de l'histoire de la province de
Normandie, tels que la Pucelle d'Orléans brûlée à Rouen, la Conservation du Mont Saint-Michel, l'église de Saint-Exupère à Bayeux. Parmi les prix qu'il remporta on distingue le médaillon de Marie de Médicis, qu'il reçut des mains de Nicolas de la Place, Prince du Palinod de Rouen en 1644, et aumônier de la Reine; sur quoi Fauteur, qui le reçut la veille des Rois, ne manqua pas de faire allusion dans son remerciement au titre que prenait la Princesse appelée la mère de trois rois. V. sur la vie de ce poète les Origines de Caen, par Huet, p. 393 ; Masseville, Ladvocat, etc.
Halley [Pierre], né à Bayeux le 8 septembre 161 1, fut nommé professeur d'éloquence et recteur de l'Université de Caen. M. Séguier l'amena à Paris, et P. Halley devint régent de rhétorique au collège d'Harcourt, puis lecteur en grec au Collège royal, et enfin professeur en droit canon. Il mourut le 27 septembre 1689, à soixante-dixhuit ans. On a de lui un recueil de poésies et de harangues latines, i655, in-8°, qui sont estimées, et plusieurs ouvrages de droit. Il ne se fit pas moins d'honneur que le précédent aux deux Palinods de Rouen et de Caen ; mais, de plus de vingt pièces qu'il a écrites sur les matières qu'on y traitait, il y en a peu dont on puisse fixer la date, à cause de sa négligence à la mettre lui-même comme les autres poètes à chaque allégorie. Les seules qu'on puisse citer à l'aide des Recueils de l'Académie de Rouen, qui eux-mêmes ne sont pas tous complets dans ce siècle-là, sont une épigrammesur le Cœur de saint Ignace martyr, couronnée en 16 36; trois autres sujets lui valurent autant de prix : l'année suivante, Echion ; en 1 640, le Platane; et en 1646, Vlsle de Tentyris.
Voyez les mêmes sources biographiques que pour
Antoine Halley. V. Diagoras dans le Dictionnaire de Feller.
Halley, ou simplement Halle (noble homme Barthélémy), député aux États de Normandie en 1 563, premier consul à Rouen en 1 566, était le cent trentième inscrit sur le tableau des anciens confrères et Princes du Palinod de Rouen.
Halle [Barthélémy], sieur d'Orgeville et de Berselon, conseiller et aumônier du roi, promoteur général de l'archevêque de Rouen, chanoine et archidiacre d'Eu en l'église métropolitaine (i), Prince du Palinod de Rouen en 1627, couronna en particulier un des deux Halley pour une épigramme qui était sur VEau du Rocher dans le désert; il est le fondateur du Miroir d'argent pour le prix de Pode française. Il a été souvent député du clergé aux États de Normandie. F. Pommeraye, liv. III de YHist.de la Cathédrale de Rouen, p. 357, in-40.
Halle (Jacques), sieur de Cantelou, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, député aux États de Normandie en 16 14 et 1616, était père du précédent et le cent quatre-vingt-neuvième sur le même tableau du Palinod de Rouen. Il mourut en cette ville le 9 novembre i632. V. son épitaphe dans Farin, t. II, in- 12, p. i45.
Hallot (Robert), un des poètes français dont Adrien Boccage a recueilli les poésies en 161 5. Il y est connu par une ode française sur la Verge d'Aaron, p. 1 3 5.
(1) Le portrait de ce chanoine orne encore aujourd'hui le trésor de la cathédrale.
Hamel [Jean], avocat au Parlement de Rouen, se trouve le quarante-cinquième sur la matricule des anciens Princes, juges et confrères du Palinod de Rouen à la fin du xve siècle.
Hamel (Jean du), auteur d^une ballade présentée au Palinod de Rouen en 1545 sur la triumphante fleur de lys. C'en est le refrain.
Hamel (du), jésuite, a remporté le premier prix de l'allégorie latine en 1634. Elle était sur un sujet difficile à traiter, sur la Matière première comparée à la Vierge.
Hamel (du), ancien bénédictin à Saint-Sever, auteur de deux dizains couronnés à Caen en 1682 et t 685 ; l'un était sur les Innocents, Tautre sur la mouche Cicindela qui brille la nuit.
Hamel (Etienne-Pierre), né à Dieppe, professeur d'éloquence au collège royal de Rouen, et en cette qualité juge-né du Palinod de cette ville, était déjà connu par une Epître au Roi sur son sacre, lorsqu'il vint succéder à l'abbé Auger dans ces deux places. Il a aussi rempli celle de secrétaire de cette Académie, après l'abbé de Lurienne, en 1779 et années suivantes. C'est à ce titre qu'il a donné plusieurs Éloges, tels que ceux de M. de la Bourdonnaye, du président de Becthomas, de M. Le Gros et du maréchal d'Harcourt; les discours d'ouverture sont aussi de ce littérateur distingué (1 ).
(1) Docteur agrégé de l'Université de Paris, Hamel devint chef d'institution à Dieppe, où il mourut le 17 mars 1802, à l'âge de cinquante-six ans. Il avait dédié au cardinal de la Rochefoucauld une ode latine sur la Paix ; Rouen, 1783, in-40. On a encore de lui
Hamfray, Tun des poètes dont les pièces autographes ont été recueillies dans un des plus anciens manuscrits du Palinod de Rouen vers i53o. On y voit de lui un chant royal sur la
Cire sans air d'infect venin formée.
Har court (François de), marquis de Beuvron, lieutenantgénéralpour le roi en ses pays et duchéde Normandie, gouverneur du Vieil-Palais de Rouen, Prince du Palinod de cette ville en 1649. Il y couronna les meilleurs poètes de son temps et de sa province et mêmed^utres pays. Un d'entre eux, après avoir été couronné dans le genre lyrique à la séance publique, fit encore les honneurs du festin qui la suivait. On y avait servi une pièce de charcuterie sous un chou, comme nos perdrix : cette idée parut assez plaisante pour en faire le sujet de vers qui égayassent la compagnie ; et Ton donna pour ligne palinodiale : « sur un chou vert le tombeau de Pandouille ». De Tierceville accepta le défi, et son impromptu fut le sonnet suivant :
Par un hélas commençons cet ouvrage, Faisons des vers qui sentent le tombeau. Pour célébrer en lugubre équipage L'enterrement d'un si friand morceau.
De ces regrets où le devoir m'engage Je sens en moi naistre un sujet nouveau ; Mes yeux de pleurs arrosant mon visage Gastent mon vin en y meslant de l'eau.
Gisant auprès d'un objet qui me tue, Cent gros soupirs et ma verve bourrue Font assez voir combien je suis fâché.
un Discours à l'ouverture de l'établissement public d'instruction de Dieppe, s. 1. n. d., in-40.
Avec raison ma muse est en bredouille :
Qui pourrait voir sans en être touché
Sous un chou vert le tombeau de l'andouille.
Un cordelier portugais fit en 1648 un poème latin sur l'inauguration du monument élevé sur le pont au Change à la gloire de Louis XIII et de Louis XIV, et il y plaça ainsi François de Harcourt :
Quoi cumulât palmas cornes iîle Harcourtius, hosti Martia tempestas ? Qux fulmina misit ab alto Igniferam ostentans aciem, dextramque potentem ? Per palmas det inire gradus pueroque triumphos Apparat ut que tuis lauros adrepere cunis (1. 14) Edocet, ipsa tuis ut ludat adorea plantis.
Harcourt (Odo ou Odet de), marquis de Turry et de la Motte-Harcourt, comte de Croissy, gouverneur de la ville et château de Falaise, Prince du Palinod. de Rouen en i65o.
Une partie des auteurs couronnés par les mains du précédent le furent encore par celui-ci et sa protection en fit éclore de nouveaux. Le Monnier, qui n^stpas mentionné parmi ces lauréats, lui donna un chant royal, qui était surnuméraire. Peut-être les vers latins ci-dessus ont-ils été composés à sa louange, François de Harcourt n'étant pas qualifié comte comme lui. V. le Supplément.
Harcourt [Anne-Pierre duc de), comte de Lillebonne, gouverneur de la province de Normandie, maréchal de France, garde de l'oriflamme, chevalier des ordres du roi, Prince du Palinod de Rouen en 1764, né le 2 avril 1701.
Quam bene conveniunt vatum simul alque coronx^ Virgo, materias (?) Harcuriusque dator !
Anna dédit terris, cœîo plandente, Mariant;
Virgineas lauros vatïbus Anna dabit JEmula vos igitur date carmina, promite canttis ;
Virgine sed pura nil nisi digna sonent.
Telle fut l'invitation succincte aux poètes pour la séance où ils furent couronnés, et parmi lesquels furent distingués l'abbé le Prévost, dont le front fut surchargé de quatre couronnes pour autant de poésies latines et françaises. Ce Mécène était né en 1701 ; il décéda à Paris le ..... 1784. Son Éloge a été lu dans la séance publique de cette année. Le précis simple et rapide de sa vie a offert une suite d'actions intéressantes et précieuses à l'humanité. On y a successivement reconnu le guerrier actif, le sujet zélé, le bon citoyen. Sa carrière fut longue suivant Tordre de la nature ; elle fut trop courte pour remplir les vues de bienfaisance dont il était animé. Cette perte, commune à tous les gens de bien, excite particulièrement les regrets de la province :
Multis iîle bonis flebilis occidit Nulli flebilior quant tibi, Neustria.
Dès le 2 3 mars précédent, dom Mesnil-Grand, prieur de l'abbaye royale de Saint-Etienne de Caen, avait prononcé son oraison funèbre dans l'église de Saint-Pierre en la même ville, lors du service solennel célébré pour cet ancien gouverneur de la province. L'orateur chrétien a dignement honoré la cendre « du guerrier, du citoyen, qui dans tous les temps fut l'appui, le bienfaiteur, l'amour et l'ornement de son pays ». Entre autres qualités éminentes, la bienfaisance et le patriotisme sont des sentiments innés dans la maison de Harcourt, et attachés à un nom respectable et chéri. « Le maréchal de Har-
« court, dit l'orateur, en finissant son panégyrique, n'a « pas même permis que la mort pût interrompre la féli- « cité de la province. Il en avait assuré le bonheur: le « fils illustre, sur lequel il a fondé cet espoir consolant, « a prolongé parmi nous la douceur et la durée de son « gouvernement, dirigé par le patriotisme le plus ardent « et le plus éclairé; secondé par un frère si digne de lui, « et animé des mêmes vues du bien public, il éternisera « la bienfaisance de son père. »
La sculpture a disputé à l'éloquence l'avantage de consacrer la mémoire du maréchal à la postérité. Son tombeau à Notre-Dame de Paris est un des plus remarquables. Il est du ciseau du célèbre Pigale; il a sans doute essuyé des critiques ; mais ce ne sont point les ouvrages médiocres auxquels s'attache la censure ou l'envie. Mme la maréchale y a été mise depuis.
Harcourt [François-Henri duc de), lieutenant des armées du roi, gouverneur de la province de Normandie, né le 1 1 janvier 1726, Prince du Palinod en 1777. C'est de sa main que fut couronnée Mme la comtesse de Laurencin, pour une idylle intitulée A Iceste et Meloé, ou le chant de l'amour maternel. Un objet d'utilité publique fut traité en ode française par M. de Laignel, avocat au Havre : il célébrait rétablissement des Phares en Normandie, et le prix de l'ode lui fut adjugé. Plusieurs autres noms connus enrichissent le Recueil imprimé de leurs poésies latines et françaises ; mais il en a été donné d'autres au Prince qui n'y ont pas été mentionnées; telles qu'une ode latine de Guillaume Mouzon, ancien lauréat du Palinod, sur l'Institution d^un prince, relativement à celle du Dauphin, dont M. de Harcourt était chargé; une Epître en vers français lui fut aussi adressée sur
le même sujet par l'abbé Guérin du Rocher, auteur de l'ode grecque pour laquelle il avait été couronné en 1786, mais d'un mérite bien inférieur et même à l'ode latine de G. Mouzon.
Hardouin [Jean- Baptiste -Alexandre), recteur de l'Université de Caen,'chanoine en la cathédrale de Rouen, auteur d'un discours latin pour l'ouverture du Puy de Gaen en 1768.
Harlay (François de), archevêque de Rouen, primat de Normandie, Prince du Palinod en 1624 et fondateur du prix de l'ode latine qui consistait en une Ruche d'argent. Ce nouveau prix fut remporté par Jacques Deniseau. V. son article.
Il y eut un grand nombre de lauréats couronnés de sa main, et plusieurs autres poètes désintéressés lui présentèrent des vers à l'occasion du nouveau symbole palinodique dont il venait d'enrichir le Puy. Les moments que donnait aux muses ce studieux archevêque n'empêchaient pas qu'il ne s'occupât d'autres sciences. Dès i6o5, il avait publié un ouvrage de dialectique intitulé : Artificii logici descriptio, autore Francisco, Si Victoris abbate, in- 12 ; on sait aussi qu'il composa des Observations sur VEpitre aux Romains, qu'il fit imprimer in-8° au château de Gaillon en 164 1 ; mais ce que peu de lettrés savent, c'est que son Histoire ecclésiastique latine, in-fol. ayant été présentée au pape, le Saint-Père, ne regardant pour ainsi dire que le portrait de l'auteur au frontispice, dit pour tout remerciement, Bel la Barba. Au reste avait-il toujours en vue le bien des lettres et de la religion ; et c'est encore dans ce dessein qu'il avait établi dans son abbaye de Saint-Victor à Paris une académie où les jeunes ecclé-
siastiques étaient formés dans des conférences publiques à l'exercice du saint Ministère et surtout à la prédication. S. Paul était le grand orateur qu'on y expliquait, le grand modèle qu'on y proposait, et c'est ce qu'on trouve développé dans un poème analytique de la doctrine de T Apôtre et de ses Epîtres. Cette pièce est intitulée : Academia Victorina, vel Paulus prœdicans sive Victor triumphans; Carmen (i).
Vers l'an 1640, un poète, nommé Léonard Villars, natif d'Athènes, voulut remplir dans toute la rigueur les vues de François de Harlay, en composant, en l'honneur de
(1) Sous le titre de Paulus prœdicans, Mgr de Harlay publia en i63i, in usum Academiœ Victorinœ, en un gros in-32 (environ 1,000 pp.), une analyse des épîtres de S. Paul.
L'attention a été appelée sur l'activité littéraire de ce grand archevêque parla réimpression que firent (1876) les Bibliophiles rouennais de son Mercure de Gaillon, grâce aux soins de N. Periaux.
Guiot y insiste ici avec complaisance ; mais il s'en faut qu'il en donne une idée bien complète. Voici en effet quelques titres d'ouvrages trop peu connus, ce semble : Apologia Evangelii (adressée à Jacques 1er, roi d'Angleterre). Paris, 1625 ; in-fol. (988 pp.); — Historice ecclesiasticœ, lib. I. Paris, 1629; in-8°; — Commonitorium ad A. Duvallium, doct. Sorb.; Paris, 1626 ; in-8° ; — Préface pour la réimpression de la version du Nouveau Testament par les docteurs de Louvain, approuvée par la Sorbonne. Paris, i63o; in-8° ; — Le mystère de V Eucharistie expliqué par S. Augustin, avec un Avis aux ministres de ne plus entreprendre d'alléguer S. Augustin pour eux; Paris, 1 633 ; in-8°; — L'œuvre de pacification ou Catéchisme des controverses en forme de décision. Pontoise, i63g; in-40 ; — De rébus Ecclesiœ earumque regimine et origine Historiœ libri très priores in spécimen vulgati ; Paris, Vitré, 1645 ; in-fol. — Ajoutons le Recueil de Sermons, signalé par l'abbé Lecomte (Revue de la Norm., 1868 ; p. 457).
Au reste, la vaste érudition de Harlay n'eut pas tout le fruit qu'on en pouvait espérer. Lenglet-Dufrénoy reproche à ses écrits un défaut de méthode dans la rédaction.
rimmaculée Conception, une ode dans la langue et dans la forme de Pindare. L'ouvrage, imprimé en 1644, et devenu rare, s'était conservé dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor à Paris. En 1773, l'abbé Guiot, chanoine régulier et depuis bibliothécaire de cette abbaye, académicien vétéran et ancien secrétaire du Palinod de Rouen, fît tirer une copie de cet imprimé et la déposa dans la bibliothèque de l'Académie. La traduction française de cette pièce lyrique fut envoyée à cette Société littéraire en 1 yy6 par l'abbé Auger, vicaire général de Lescar, juge vétéran du même institut, et le tout fut imprimé à la fin du Recueil de 1 78 1 . On y voit aussi la traduction que fit l'abbé de Lurienne, de l'épître et de l'envoi adressé à M. de Harlay.
François de Harlay décéda le 22 mars 1654 à Gaillon, âgé de soixante-huit ans; il fut inhumé dans le tombeau des cardinaux d'Amboise, dont il était petit-neveu; Guillaume le Roux, oratorien, et depuis évêque de Séez, prononça son oraison funèbre.