‹ Les Trois siècles palinodiques, ou, Histoire générale des palinods de Rouen, Dieppe, etcChapitre 11 sur 16 · V. Canu · texte numérisé non relu

V. Canu

Rohault [François-Claude), né à Paris en 1 656, pro-

fessa au prieuré de Saint-Lô de Rouen en 1 683, et en qualité de régent fut juge-né du Palinod de cette ville. Mort en 1697.

Roi et Roy ( Pierre le), de Bacqueville, en latin Petrus Regius, Tun de ceux portés au Recueil in-folio de Jacques le Lieur pour les années 1 544 et 1545. En la première, il présenta un chant royal qui commençait par

Ung tellier fust de son mestier habile Plus que Pallas, la déesse aux doux ï'eulz,

et chaque strophe finissait ainsi :

La toile exquise a vestu le grand maistre. Un rondeau accompagnait cette première présentation : Le cèdre, arbre aromatisant.

Puis une ballade « donnée » au Prince sur un chou qui ne fut point gelé.

En Tannée suivante, il présenta une autre ballade sur

L'herbe qui mal retraire.

Roi (le), sous-principal au collège de Gisors, auteur d'une ode française sur la Naissance du duc de Bourgogne, couronnée par Jacques de Cérisy, Prince du Palinod de Rouen, en 1 y 5 1 .

Roi (Henri-Marie le), curé de Saint-Herbland de Rouen, prédicateur du roi, juge au Palinod de cette ville en 1768, était né à Elbeuf le 16 décembre 1720, et est mort à Rouen le [1 1] juin 1779. F. [à] l'article du Boc-

cage les vers qu'il a composés pour cette savante. En voici de moins connus pour M. de Miromesnil, qui devait se trouver à la séance de 1769, avec M. Le Couteulx, Prince de cette année :

De l'astre bienfaisant dont la douce influence

Embellit l'horizon des talents et des mœurs,

Le public avec nous regrette ici l'absence.

Mais, éloigné des yeux, il est présent aux coeurs :

Lycurgue brillerait dans notre aréopage ;

Solon de ses rayons y réfléchit l'éclat ;

A l'esprit du savant il joint l'âme du sage ;

Sur le Parnasse il règne, et préside au sénat.

Aux trois sociétés du littéraire empire

Des sciences, des vers, des rustiques travaux,

Un seul homme transmet le vrai goût qu'il inspire;

Nos lauriers dans ses mains ont des attraits nouveaux.

Muses, chantez un nom si cher à la Neustrie :

Il en fait et la gloire et la félicité ;

Quand il est proclamé père de la Patrie,

Le sentiment le dit d'après la vérité.

On a de ce laborieux ex-jésuite plusieurs discours imprimés : tels celui de la Cène, qu'il prêcha en .... à Versailles, imprimé à Orléans où il prêchait le carême.

Oraison funèbre de Jacques II, prononcée dans Péglise des filles anglaises dites Gravelines, à Rouen ; in-40, î 764.

Autre de très haute et très excellente princesse Marie Leczinska, reine de France et de Navarre, prononcée dans l'église Saint-Jean du Petit-Andely, le 1 3 août 1 768 ; in-40, Rouen, P. Seyer.

Eloge abrégé de Louis XV, in-12, Rouen, Machuel,

Traduction en vers français du Paradis perdu de

Milton, dédié au Roi d'Angleterre; 2 vol. in-8°, Rouen, Machuel, 1776 (1).

Son éloge historique a été fait par l'abbé Hamel à la séance du Palinod 1779. F. le Recueil de cette année.

Rome (Nicolas), sieur de Fresquiennes, d'une famille connue dans la robe et le clergé de Rouen, était le cinquante-troisième sur le tableau des confrères et Princes du Palinod de cette ville, et avait sa sépulture en l'église Saint-Herbland, vis-à-vis la cathédrale, avec cette épitaphe :

« Cy gist noble homme Nicolas Rome, sieur et patron « de Fresquiennes, d'Elette, Escorchebeuf, Berville-sur- « Seine, Laigle et Bourgonosel, conseiller, notaire et « secrétaire du roi, maison et couronne de France, et a ancien échevin de cette ville de Rouen, qui décéda « Pan 1574 le 10 avril; et auprès de luy damoiselle Jane « Chappelet, sa femme en premières nopces, décédée « Tan 1545 le 1 1 juin. »

Il portait d'azur à un chevron d'or, deux molettes d'éperon d'or en chef, et un renard courant en pointe.

Romfreboc (de) ou Frondebosc, poète lyrique, couronné au Palinod de Rouen en 1640 et i652 pour deux odes alcaïques dont l'une sur V Immobilité de Vaxe du globe terrestre, sous François d'Harcourt; l'autre sous Henry d'Orléans, sur sa sage fermeté à contenir la Normandie au milieu des troubles et des séditions qui agitaient le royaume de France.

Rondel (Louis- Gui 1 l aume) , né à Rouen en 1692, professeur au prieuré de Saint-Lô de Rouen en 1723, et à ce

(1) Cette traduction a eu plusieurs éditions.

titre juge-né au Palinod de cette ville, mort en 1773. Il était oncle du chanoine de ce nom à la cathédrale.

Roques (Jacques), de Rouen, et dont la famille y occupait des charges honorables, était le cent treizième associé du Palinod de Rouen, sur la matricule des confrères éligibles à la principauté au xvie siècle.

Roset (Claude du), conseiller du roi en son Parlement de Normandie, chanoine et haut-doyen de Lisieux, abbé de Saint-Sever, Prince du Palinod de Rouen en 1625, couronna des auteurs distingués, presque les mêmes qu'avait si bien fêtés François de Harlay, Tannée précédente. Le prix de la ballade était une rose d'argent. Il fut décerné à Jean le Blond pour une pièce qui y faisait allusion ainsi qu'au nom du Prince. Il en avait puisé le sujet dans Aimoin, livre III, où il assure que du temps de Chilpéric il y eut des roses en janvier (1). Un mois plus tôt l'application eût été cent fois plus heureuse.

Quand ce bel astre qui mesure Les ans par son cours limité, S'éloigne de la cynosure, Aquilon mis en liberté Sortant de son antre voûté Pille et ravage toute plante Sans offenser en sa beauté La rose en hyver florissante.

(1) Voici ce texte, confirmé d'ailleurs par les grandes chroniques de S. -Denis : Hoc anno (584) rosœ visœ sunt mense januario; et arbores, quœ mense julio fructus protulerant, iterum mense septembris alios protulerunt. (Historiens de France, III, 91.) Mais ce double phénomène ne doit pas avoir été observé en Normandie.

Des prés l'agréable verdure, Le beau teint du lis argenté, Et toute la vive peinture Dont Chloris se pare en été, Cèdent à son souffle indompté.

Mais plus noble que l'amaranthe, Contre le froid a résisté La rose en hyver florissante.

Quoy ! selon l'ordre de nature Sans une chaude humidité Nul arbre ne prend nourriture :

Donc, rosier, quelle déité Conserve ton intégrité ?

C'est Dieu dont la dextre puissante Pour un miracle a suscité La rose en hyver florissante.

ENVOY

Prince, qui de la rose pure Avez vostre nom emprunté, Le froid aquilon nous figure De nos ayeux l'iniquité, Les fleurs de nostre humanité ; Mais la Vierge nous représente En son entière pureté La rose en hyver florissante.

Rossel, avocat à Paris, orateur couronné en 1771 , sous Louis de Crosne, au Palinod de Rouen, pour un discours sur l'utilité et les avantages d'une société académique consacrée en même temps à la religion et aux lettres, imprimé dans le recueil de l'Académie et réimprimé à Paris, chez Durand, au VIIe volume des Mélanges de littérature et de morale, etc., par le même auteur (1).

(1) Rossel n'est que l'éditeur de cet ouvrage, bien qu'il y ait inséré

Rouelle [Jean], curé de Sainte-Croix-Saint-Ouen, mort en i 744, juge académicien du Palinod de Rouen en 1 720.

Rouen (Jean de). V. le Supplément.

Rougeville (François de), auditeur en la chambre des Comptes de Normandie, lauréat et juge au Palinod de Rouen ; il y naquit le 22 décembre 1702, et mourut sur Saint-Vivien, le 2 3 décembre 1760, à cinquante-huit ans, après avoir été couronné en 1723 pour une allégorie latine sur Loth. Il traduisit comme juge l'invitation latine aux poètes de son ami l'abbé Saas, en 1730. On croit que c'est le même qui avait ou qui prenait le nom de Fresne, sous lequel il mit au concours quelques odes françaises imprimées. V. Fresne. Son Eloge a été fait par M. Duboullay, en 1761, pour V Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, de laquelle il était membre titulaire.

Rougeville (François-Pierre de), fils du précédent, mousquetaire, mort à Paris, sur Saint-Roch, le i5 octobre 1770, à vingt-sept ans, avait remporté trois fois consécutives le premier prix de l'allégorie latine, aux années 1756, 1757 et 1758, sur le Port-Mahon, sur les trois Curiaces et sur le Prince de Soubise.

Rouillard (Sébastien), de Melun, avocat au parlement de Paris, était de la cour de François de Harlay, et sans aspirer aux prix qu'il donna en 1624 au Palinod de

quelques morceaux de son cru. Sa Bibliothèque du Nord, recueil mensuel, n'a paru qu'en 1778. Quérard ajoute que son principal ouvrage, YHistoire du Patriotisme français, en six vol. in-12, a eu deux éditions (1770 et 1772).

Rouen, il composa des vers sur la Ruche d'argent qu'y fonda le prélat pour une ode pindarique.

Rousselin (Emery), curé de Saint-Jean de Rouem Lors de l'institution du Palinod dans son église paroissiale en i486, il fut le premier juge-né dans l'examen des pièces de poésies présentées au Puy de la Conception.

Rousselin, instituteur à Rouen, se fit une réputation au Palinod de cette ville pour deux allégories et deux odes latines, pour lesquelles il y fut couronné au milieu du xvme siècle. Les deux premières pièces regardaient la famille royale dans la personne du Dauphin, dont il célébra la convalescence en 1752, et du duc d'Aquitaine, dont il marqua la naissance l'année suivante. Holopherne et Joseph étaient le sujet de ses vers lyriques en 1754 et 1755. On a encore imprimé de lui une pièce de vers latine in-40, adressée à Mgr de la Rochefoucauld lorsqu'il fit son entrée dans le ville de Rouen.

Rouville (Gilles-Louis Halle de), chevalier, conseiller du roi, président à mortier au parlement de Rouen, l'un des membres de l'Académie de la même ville, et Prince du Palinod en 1747, était né à Rouen le 17 août 1708, et y est mort le 19 février 1777; inhumé à Saint-Herbland. Son Eloge a été lu dans les deux Académies : celui prononcé dans la séance publique de l'année a été composé par l'abbé de Lurienne, secrétaire. V. les Recueils et le mot Halle. V. les Affiches de Norm., 1777, du 7 mars, vers fr.

Roux (Jean le), Prince du Palinod de Rouen en 1494, donna la Palme à Richard Bonne- Année. Ce Prince était qualifié bourgeois et conseiller de Rouen.

Roux (honorable homme Jean-Francois le), bourgeois et marchand de Rouen, Prince au Palinod de cette ville en 1496. Pierre Avril et Guillaume Tasserie furent couronnés de sa main.

Roux (Guillaume le), seigneur du Bourgtheroulde et conseiller du roi au parlement de Rouen donna les prix au Palinod de cette ville en 1 5 1 2 ( 1 ] . Il fut le premier qui assigna une certaine sommepour les prix : elleétait de vingtcinq livres de rente foncière, pour la célébration du service divin et pour la récompense des poètes « qui auraient plus avantageusement publié les louanges de la Vierge. » Cette rente a été depuis acquittée par M. de Tilly, et du racquit constitué cinquante livres de rente.

Roux (noble et vénérable homme Guillaume le), seigneur du Bourgtheroulde, abbé commendataire d'Aumale et chanoine de Notre-Dame de Rouen, Prince du Palinod de cette ville en 1 523. C'est sous lui que Guillaume Crétin remporta le prix du rondeau.

Roux (Jean le), dont on a un chant royal dans l'ancien mauuscrit in-40 du Palinod de Rouen, vers i53o. Cette pièce de vers autographe est sur

L'arbre Jessé portant le fruit de vie.

Roux (Mathieu le), auteur d'une ballade présentée au Palinod de Rouen en 1549, commençant par

(1) La remarquable influence que ce seigneur et quelques-uns de ses proches parents ont eue sur notre architecture locale a été très heureusement analysée par M. G.-A. Prévost, dans son mémoire sur une Famille normande et la Renaissance en Haute-Normandie , qu'a imprimé la Société des Amis des Arts de l'Eure (Evreux, 1896 ; in-8°).

Quand je considère l'aigneau,

et ayant pour refrain

Grâce divine le conduist.

Ces vers sont avec ceux contenus au recueil manuscrit in-folio de Jacques le Lieur, Prince l'année précédente.

Roux (Nicolas le), seigneur du Bourgtheroulde, président au Parlement de Normandie, donna les prix du Palinod de Rouen en 1609. C'est de lui que Jean Grisel reçut le Soleil et la Rose pour des stances et une ballade. Il portait d'azur au chevron d'argent, accompagné de 3 têtes de léopard d'or, 2 et 1.

Roux (Robert le), sieur de Tilly et Mesnil-Jourdain, conseiller au parlement de Rouen, était à la tête du Palinod de cette ville en qualité de Prince en 16 10. C'est à ce seigneur que sont dédiées les résolutions politiques du sieur Jean de Marnix ; in-12, Rouen, 1627, Cailloué, 467 p.

Roux (Claude le), seigneur de Saint- Aubin, conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, président en son parlement de Normandie, Prince du Palinod de Rouen en 1 63 1 ; mort subitement le 2 décembre i632 en cette ville.

Roux (le) d'Acquigny et d'Esneval. V. ces articles.

Roux (Nicolas le), lauréat trois fois couronné au Palinod de Rouen pour des odes latines en i63o, 1640 et 1641 : Tune sous Jacques Deshommets, l'autre sous Jacques le Conte, la dernière sous L.-Fr. de Bassom-

pierre. Les sujets de ces vers alcaïques étaient le Massacre des Innocents, V Etoile du matin et le Courage de Clé lie.

Roux (le), ecclésiastique de Caen, couronné sur le Puy de cette ville en 1773 pour une épigramme ou allégorie latine sur Josué.

Rouxel (Jean), un des meilleurs poètes latins du xvie siècle et un des lauréats les plus distingués du Palinod de Rouen et de Caen. Cependant sans ses œuvres imprimés à Caen en 1 636, in-8° (2e éd.), on connaîtrait peu ses succès dans cette carrière. Il y entra dans des temps de troubles qui eurent des suites fâcheuses pour les lettres : ce qui n'empêcha cependant pas qu'une de ses pièces fût écrite en caractères d'or dans le cloître des Carmes, où se tenait le Palinod de Rouen. Estque sculptum aureis litteris in cœnobio Carmelitarum, est-il dit en marge de son allégorie de Samos, tirée de Valère Flaccus, livre II, Argonaut.

Cette pièce remporta le premier prix d'allégorie latine en 1573. V. dans ses œuvres les autres vers qu'il a composés pour le même Palinod devant et après cette époque, comme ceux pour lesquels il a été également couronné au Puy de Caen, où il était professeur royal. Il mourut en cette ville le 5 septembre 1 586, à cinquante-six ans; il était né à Bretteville (1). V. Nicéron, t. XXIV, p. 3i3. Huet, Origines de Caen, p. 343, Moreri, etc.

(1) Huet et Niceron le disent né à Caen. Mais Guiot, selon la remarque de Mme Ôursel, parle d'après son épitaphe.

Royer [Nicolas le), de Pierreval, conseiller, aumônier ordinaire du roi, chantre de Rouen et juge ecclésiastique en Tofficialité, Prince du Palinod de cette ville en 1629. C'est sous lui que' le célèbre P. Pilleverdier commença à paraître dans ce lycée.

Ruault, docteur en médecine, présenta une ode française honoraire sur le Laurier au Puy de cette ville en

Rue [Charles de la). V. de la Rue après Delastre, à cause de la transposition. V. en outre les Dictionnaires de Moreri, de l'Advocat, des Prédicateurs, des Auteurs ecclésiastiques, les Trois siècles, et son Eloge dans le Mercure de janvier, 1725, page 1324 et suivantes. Il s'était retiré à Pontoise, dont la maison était presque son ouvrage; mais ses infirmités l'obligèrent de revenir à Paris, où il mourut.

Ruppierre [Charles- Thomas- Au gustinGlos de), né à Glos-sur-Rille vers 1696, curé de Saint-Michel à Rouen, était juge au Palinod de cette ville depuis 1725, après y avoir remporté plusieurs prix de poésie latine depuis 1 7 1 5 . Les allégories qu'il fit sur Arion et sur la Peste à Marseille lui firent honneur ; mais celle qu'il composa sur le Système de Copernic ajouta beaucoup à sa réputation dans ce genre, ainsi que ce qu'il fit sur le Siège de Saint- Malo tant en vers hexamètres qu'en vers alcaïques. Au reste, la poésie n'était pas son seul talent; il possédait celui de la chaire, il était également consommé dans la théologie, et longtemps il fut à la tête des conférences pour les jeunes ecclésiastiques. C'était un de ces hommes rares que la modestie rend encore plus précieux à la

société. Il emporta les regrets de ses disciples comme de ses supérieurs, de ses paroissiens surtout et particulièrement des pauvres. Il mourut à Glos-sur-Rille vers 1755. Il avait pris ses degrés dans l'Université de Gaen : un de ses neveux était vicaire-général de Cambray en 1789.

SUPPLÉMENT

Rochemaillet [René- Michel de la), prieur de Saim- Lubin, curé de Champlant, mort vers i658, année de l'édition de ses poésies latines et françaises. Paris, in-8°.

Radlinski (J.-Paul), Polonais, éditeur de YEnchiridion R. Stanislai aLowies poloni, art. liber, mag., can. Regul. S. Sepulchri, de Immaculata Conceptione Beatissimœ V. M. propositum et in ojficina Ungliriana anno dni i538, Cracoviœ impressum; modo vero cura et studio M. J. Pauli Radlinski, poloni, S. th. doct., ord. Can. Reg. cust., S. Sep. Christi Domini prœpositi generalis infulati reimpressum, an dni 1747. Cracoviœ, typis Mich. Drasserwsky, S. R. M. typogr. ; in-8°, p. 174.

Ce titre, quelque long qu'il soit, n'exprime pas tout le contenu de ce petit volume. La matière de la Conception Immaculée de la B. Vierge n'y est traitée que jusqu'à la page 108 ; après quoi l'on trouve des règles pour la vie religieuse, diverses bulles des papes, etc.

Rouen (Jean de), auteur d'un discours latin intitulé : Puteus Rotomagensis pro Immaculata Virginis Conceptione, cujus Putei hoc anno Princeps priorque est Marinus Pignius, Eccl. Rot., archid. et canonicus, a Joanne Roenno ; in-40, Parisi (1612) (1). V. Pigny.

(1) On cite relativement à ce docte chanoine une pièce in-40 im-

Saas [Jean], l'un des juges du Palinod de Rouen les plus judicieux et les plus zélés en 1729, après avoir été un de ses lauréats les plus distingués (1), était chanoine de la cathédrale de cette ville, et membre de l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts, y établie (2). Saint-Pierre-de-Franqueville, près la capitale de la Normandie, était sa patrie ; il y naquit le 3 février 1 703. On a dit de lui dans les Affiches de sa province, après sa mort arrivée le 10 avril 1774, à soixante et onze ans : « Les a vertus qui caractérisent un digne ministre de la relia gion étaient réunies en sa personne aux talents et aux « lumières qui distinguaient l'homme de lettres et le « savant. Il avait surtout une connaissance prodigieuse « des livres anciens et modernes, nationaux ou étran-

primée à Paris en 1612,- sous ce titre : Cathedra Roenna, à Jo. Roenno fundata et in Collegio sodalitioque Sorbonœ locata, an. 161 2. — Un recueil de ses œuvres est intitulé : Roenni varia, Paris, 1610; in-80. — La J. Roenni Oratio, de i58i, sur son départ et son retour à l'Académie est entrée en 1882, par les soins de M. d'Estaintot, dans la collection des Bibliophiles normands, avec son Anniversaire de... messire A. de Bréauté. Paris, i6o5.

(1) Une main moderne a ajouté ici en marge « (1725) ». Le renseignement est confirmé par les pièces annexes qui terminent le ms. (p. 444).

(2) La mémoire de ce savant homme a été renouvelée en i863 par le chanoine Colas, dans son discours de réception à l'Académie de Rouen.

Il y a de sérieuses raisons de douter qu'il soit l'auteur du Pouillé de 1738, qu'on lui attribue communément. Le catéchisme qu'il rédigea à vingt-six ans est un chef-d'œuvre.

« gers (i); une étude profonde l'avait mis en état d'en « porter un jugement sain. Si la justesse et la sagacité de « sa justice critique le faisait redouter des écrivains « superficiels, elles lui avaient concilié l'estime et la con- « fiance des auteurs jaloux de donner à leurs ouvrages le « mérite de l'exactitude (2). Son goût pour la poésie « latine a paru dans des pièces de vers estimées et dans « des inscriptions qui méritent de subsister autant que « les monuments publics auxquels elles ont été destinées. « Les talents bien connus de M. Saas lui avaient frayé le « chemin à des places distinguées dans la littérature, qui « lui ont été offertes dans la capitale du royaume ; mais « sa modestie et l'amour de sa patrie Pont toujours retenu « à Rouen, où le cardinal de Tavannes, judicieux esti- « mateur du mérite, l'avait fixé en lui conférant un cano- « nicat de l'Eglise métropolitaine. La douceur de ses « mœurs et la candeur de son âme lui avaient acquis « l'amitié ainsi que l'estime de tous ses confrères et rente daient son commerce avec les gens de lettres aussi « agréable qu'intéressant. Il avait formé une biblio -

(1) Saas est le premier des auteurs dont les corrections sont citées avec reconnaissance par la France littéraire de 1758.

(2) Il en vint ainsi à se mesurer avec les premiers bibliographes de son temps, par ex. dans ses Lettres d'un Académicien à Af*** sur le catalogue de la Bibliothèque du Roi, 1749, in-12.

Il n'épargna pas davantage l'Encyclopédie. Sa critique porta coup, puisque Grimm essaya de la persifler dans une grande page de sa Correspondance littéraire (IV, 101-102). Mais plaisanterie n'est pas raison; et le philosophe en voulant berner' le « bon prêtre janséniste de Rouen » montre qu'il écrivait avec moins de précision que Saas, quand il parle de « la philologie, que le bonhomme appelle assez bizarrement bibliographie. » Il conclut par cet aveu ironique : « M. Diderot prétend que, si vous connaissiez l'Encyclopédie comme lui, vous y auriez bien vu d'autres sottises. »

« thèque composée d'après son goojt et ses rares connais- « sances. Aux ouvrages de critique qu'il a donnés en « différents temps, on doit joindre les corrections nomci breuses qu'il a fournies pour la dernière édition de « Moreri. »

Tel est Péloge abrégé qu'en a fait l'abbé Terrisse, Prince du Palinod, dans lesdites annonces, auxquelles il a souvent fourni des articles très intéressants. Deux autres panégyristes de l'abbé Saas, MM. de Couronne et des Houssayes, n'ont fait que développer les différents traits de ce tableau, et il n'y a qu'à rectifier dans l'ouvrage du second l'attribution de la préface des Recueils imprimés de l'Académie de la Conception depuis 173 1, qui est constamment du P. Marche, carme, mort prieur de Melun. V. son article.

A ces monuments historiques élevés à la gloire de ce savant chanoine, il faut ajouter que, quoique le titre de secrétaire ne fût pas rétabli dans la Société du Puy, il n'a pas laissé d'en faire les fonctions jusqu'à ce que l'abbé Guiot ait été nommé à cette place qu'il a transmise peu de temps après à l'abbé des Houssayes. A la mort de Fontenelle, l'abbé Saas avait lu à l'Académie royale de Rouen une élégie sur ce Nestor de l'empire littéraire ; pareil tribut a été payé au poète latin par l'abbé Guiot de Saint- Victor, qui a intitulé sa pièce Tumulus Joannis Saas, comme Santeuil avait intitulé Gabrielis Cossartii tumulus les vers que lui dicta la reconnaissance pour son ancien maître.

Sacquespée, peintre de Rouen, né à Caudebec, maniait la plume avec autant de succès que le pinceau, et ses tableaux poétiques ne sont point inférieurs aux monuments pittoresques qu'on a de lui. Les Augustins de cette

ville avaient deux tableaux de sa main : les Miracles de S. Mathurin et le Martyre de S. Adrien (i). Il avait aussi travaillé pour Saint-Vivien, et dans un Recueil de la Bibliothèque de Jumiéges il existait une description en vers de la bannière de cette fameuse paroisse ; l'une et l'autre étaient de Sacquespée. On croit que les tableaux de la Passion dans la chapelle de ce nom à Saint- Patrice, étaient encore de lui. Quoi qu'il en soit, il fut assez longtemps à moissonner chaque année quelque palme au Palinod de Rouen, à commencer en 1G71 jusqu'en 1682. Ses sujets étaient assez bien choisis, et l'exécution y répondait ordinairement. Les trois chants royaux qui lui réussirent en 1672, 1674 et J6/8 étaient sur le Paradis terrestre, sur l'Oiseau dit Mellos et sur f Arbre de Vile de Fer ; une ballade qu'il joignit au chant royal de 1672 était sur la Upse de Jéricho. Des quatre stances dont les dernières furent données il faut distinguer celles qui sont avant et après celles de Fontenelle en 1 671, les unes sur la fontaine de Jéricho qu'Elisée purifia avec du sel,

O sel mystérieux ! vray symbole d'amour ; Sans toi l'Hébreu ne peut offrir de sacrifices ; Tu fais son alliance en ce mortel séjour, Et Dieu reçoit en toi d'agréables prémices.

les autres sur la Manne incombustible :

Ce n'est qu'un petit grain, mais il est invincible; Et l'unique entre tous qui surmonte les feux. C'est la manne du ciel, ce pain incorruptible Dont Moyse nourrit au désert les Hébreux.

(1) Plusieurs des tableaux de Sacquespée (1629-1692) ornent le musée de Rouen, notamment son Saint-Adrien.

Sacy (Claude-Louis- Michel de), né à Fécamp, le

1746, membre de Pinstitut royal d'histoire de Gottingue, de l'Académie d'Arras et de celle des Arcades de Rome, censeur royal à Paris, auteur de l'Honneur français, 8 vol. in-12, Paris ; d'une Histoire de Hongrie, de plusieurs articles dans V Encyclopédie, de quelques poésies françaises, et surtout de V Eloge du cardinal d Amboise , pour lequel il fut couronné au Palinod de Rouen avec l'abbé Talbert en 1775. Ces deux discours sont imprimés dans le Recueil de cette Académie pour cette année.

Sagon [François] , de Rouen, ne décriait pas toujours Clément Marot, et l'imita quelquefois, surtout en consacrant son talent pour la poésie à des sujets pieux. Son état de curé lui en faisait une loi ; et, au défaut de ses œuvres, on trouve de lui dans le manuscrit de la Bibliothèque du Roi, 6989, un chant royal et un rondeau sur la Conception.

Ce rondeau mect l'alliance et l'accord Faict pour la Vierge avecques Dieu et l'homme : Dieu sa pensée ouverte au ciel la nomme ; Et à l'homme est soucy clos en confort.

L'argument du chant royal qui est le cinquante-troisième de Tin-folio est également un quatrain :

Sens naturel et raison apparente, Saincte Escripture avecques sens moral, Ces quatre poincts monstrent en général Que grâce eut du Hault Dieu la parente.

La stance où Saincte Escripture est mentionnée porte :

Saincte Escripture à cest effect rapporte Comparaison du soleil orient ;

2iy

L' une en beauté sy la lune ne emporte Source et clarté d'estoile en Orient D'ung beau miroir lustre convénient, La toute belle à l'amant supérieure Qui l'ame autant qu'amour est spacieux A joindre avec Saincte Eglise de Rome Qui par concile en Basle a satisfait De démonstrer qu'entre infects par la pomme Sans vice infect l'effect parfaict est faict.

Outre ces vers français, Sagon publia en i53g une pièce intitulée : « Le triomphe de grâce et de prérogatives « d'innocence sur la Conception et trespas de la Vierge « esleuë mère de Dieu. »

V. la Bibliothèque française de Duverdier [I, 675] et surtout celle de Goujet, t. XI, p. 86 (1).

Saintç, poète français et latin, vers la fin du xvne siècle, souvent couronné au Palinod de Rouen, de 1672 à 1682. La plupart de ses sujets étaient puisés dans l'histoire naturelle : le Basilic, la pierre Asbestos, le fleuve Guméra, le Cyclus ont été traités tantôt en sonnet ou en stances, tantôt en chant royal ou allégorie latine (c'est le Cyclus). L'histoire sainte ou civile lui a fourni quelques autres matières ; telles que la Verge dTAaron dont il a fait des stances ainsi que du Massacre des Innocents. Il avait débuté par un chant royal sur une fille du roi Zamaluco conservée dans le feu.

(1) Sagon a mérité une place dans les Annales poétiques (II, 363). Il faui consulter sur cet auteur l'introduction placée par M. Bouquet en tête de son édition du Regret a" Honneur féminin, donnée en 1880 pour les Bibliophiles normands.

Salemanque, nom isolé, qui se rencontre à la cent trente-quatrième inscription sur le registre des associés du Palinod de Rouen au xvie siècle, où ce confrère était suffisamment connu pour n'avoir pas besoin d'autres titres.

Salière, de Çaen, avait concouru au Palinod de Rouen au commencement du xvne siècle, et le chant royal qu'il y présenta était sur

La droite course en la carrière oblique.

Cette pièce est conservée dans le Recueil d'Adr. Boccage, p. 63.

Salle, avocat à Amiens, est un prosélyte que fit pour le Palinod de Rouen l'abbé le Roi, quand il prêcha le carême en Picardie. L' Académie avait proposé pour sujet d'éloquence en 1773 ces paroles : « Rien d'étranger à « rhomme de ce qui intéresse l'humanité (1). » M. Salle remporta le prix et son discours fut imprimé dans le Recueil de l'année.

a Au moment que nous ouvrons les yeux à la

« lumière, nous sommes marqués du sceau sacré de « l'humanité. Elle aquiert sur nous des droits également « étendus et imprescriptibles. Les dettes que nous conte tractons à son égard sont immenses, et ce n'est qu'au « moment de notre mort qu'elles cessent entièrement.

« Le besoin, le plaisir, voilà le double titre auquel « elle réclame constamment l'exercice de ses droits.

(1) C'est le vers, célèbre de Térence : Homo sum ; humani à me nihil alienum puto (Heaut. I, 1, 25), souvent détourné de son sens naturel. Voici le curieux mot a mot qu'en donne une vieille édition classique (Lyon, 1 55g ; in-80) : « Je suis home. Je n'estime rien d'humain (appertenant à l'home) estre aliéné de moi (qui ne m'attouche aussi). »

« Pour faire voir les besoins que les hommes ont de « l'humanité, il suffit de leur rappeler ce précepte dicté par « la nature, reçu par la société, recommandé par tous les « législateurs : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais a pas qu'on te fît à toi-même. »

Dans la seconde partie, l'auteur dit :

« Mais sur les pas de'qui le chercher ce plaisir? Sur ceux « de l'humanité. Oui, MM., elle nous le fera trouver a ce plaisir pur et solide, et nous attachera fortement à « lui : car ce sentiment délicieux est le seul qui soit d'ac- « cord avec la raison, et qui renferme en soi tous les effets « des autres passions. Il a la violence de l'amour, sans en « avoir l'inconstance; les transports de l'ambition sans en « connaître les malheurs et les dégoûts; la prévoyance de « l'avarice sans en avoir l'inquiétude. Lui seul nous « montre, pour arriver au vrai plaisir, la voie que les « autres affections ne sauraient nous découvrir, et tandis « qu'elles nous égarent dans mille sentiers différents, et « nous jettent dans le précipice, l'humanité nous fait « marcher d'un pas assuré vers le bonheur. »

Samson (Etienne), promoteur général en l'archevêché de Rouen, chanoine et archidiacre en l'église cathédrale, était au xvne siècle le cent soixante-huitième des associés du Palinod de cette ville, pour en donnera son tour les prix comme ses confrères MM. de la Rocque, Bretteville, du Rosel, et autres.

San (de), de Bayeux, couronné au Puy de Caen en 1 685 pour une ballade dont le refrain était :

D'un corps mort la fleur immortelle.

Sandres, l'un des associés au Palinod de Rouen au xvic siècle; y avait été reçu le cent trente-deuxième, suivant l'ordre ancien de réception.

Savalle [Jean], de Dieppe, présenta au Palinod de Rouen trois pièces de poésies au milieu du xvie siècle : deux en 1544 consistant en un chant royal et un rondeau; une en 1545, qui était une ballade. Les refrains étaient :

Vierge conceue en liberté parfaicte

Au cœur de Dieu j'ai conception prise Le corps humain en sa facture

(V. le Recueil de Jacques le Lieur, in-folio, à Rouen.)

Saulnier (Jean le), seigneur du Hullin, qualifié honorable personne suivant le style du temps, fut élu prieur du Palinod de Rouen en 1493. Guillaume Tasserie fut couronné de sa main.

Saulnier (Pierre le), décoré des mêmes qualifications que le précédent sur le registre des élections pour la principauté du Palinod de Rouen, la géra en 1495. Le plus remarquable des deux poètes qu^l couronna était encore Guillaume Tasserie.

Saulnier (Charles), poète latin couronné au Palinod de Rouen en 1628 sous Léon d'Albert. La pièce de poésie qu^l avait présentée était une allégorie latine, et il avait pris pour sujet un enfant sauvé des eaux dans un débordement arrivé l'année précédente.

Sauvage (Nicolas le), avocat au bailliage de Rouen au xvie siècle, était le cent vingt-quatrième des confrères du Palinod de cette ville, et l'un des examinateurs des poésies mises au concours pour les prix.

Sauvage (Etienne le) remporta un prix d'allégorie latine au Palinod de Rouen en 1621, sous Toussaint le Fevre. Sa pièce était sur les particularités d'une vallée extraordinaire.

Sauvai le (Joachim), de Rouen, concourut deux fois au Palinod de cette ville en vers latins; les uns étaient sur Loth, les autres sur Simonide. Ces deux allégories furent couronnées en 1730 et 1732. En cette dernière an née était prince M. de Pontcarré.

Scudéri (Georges) composa deux odes françaises pour le Puy de Caen vers i63o. Elles y furent couronnées, et pour chaque laurier il fit un remerciement à ses juges. L'une de ces pièces était sur l'inondation de Vérone. On les a imprimés avec son Trompeur puni, tragi-comédie, in-8°, i635, Paris (1).

Secourable (Pierre le), chanoine et archidiacre de Rouen, ne fut ni Prince ni jugeau Palinod de cette ville ; mais on a cru cependant devoir lui donner place parmi les uns et les autres. « Il marqua sa dévotion, dit Pom- « meraye, par la fondation qu'il a faite dans la cathédrale

(1) Scudéry était fils de G. de Scudéry, capitaine du Havre en i6o5. (J. Tardif, Monum. hist., n° 3574.) Ses Observations sur le Cid furent réimprimées in- 12, dès iG'Sj. Les Annales poétiques (XIX, 1 5 1 ) ont recueilli quelques-uns de ses vers.

« pour rendre plus célèbre la fête de Plmmaculée Conception. » Il est à présumer qu'il eût été un des bienfaiteurs du Palinod, si la mort ne Peut pas enlevé en i5o8 (i).

Segniery prieur de Saint-Lô de Rouen en 1742, resta peu en cette place et par conséquent dans celle de juge-né du Palinod. Il était à Paris en 1692, et mourut en [752 après avoir été visiteur dans sa congrégation.

Seigneur (Guillaume le), cinquante-cinquième des plus anciens confrères du Palinod de Rouen, étant encore à Saint-Jean de cette ville.

Seigneur (le), moins connu que le précédent et les suivants, était le cent unième sur le catalogue des réceptions et élections du Palinod de Rouen.

Seigneur (Vincent le), sieur de la Vieurue (2), procureur au parlement de Normandie au xvi° siècle, était inscrit le cent vingt-septième au nombre des juges, confrères et princes du Palinod de Rouen .

Seigneur (le), sieur de Bout-du-Bosc, de la même famille et associations que les précédents, se trouvait avec eux le cent quarantième de la Société, immédiatement avant Claude Groulard, Prince du Palinod en 1696.

Sémélaigne (Pierre), curé de Saint-Jean de Rouen depuis 1 546, mort peu de temps après cette époque.

(1) Il avait été proviseur du collège d'Harcourt et doyen de la Sorbonne.

(2) La Vieux-Rue, arr. de Rouen, S.-Inf.

Quoique les lauréats du Palinod ne soient pas très connus au milieu du xvie siècle, il ne faut pas en conclure que les juges qui décidaient de leur victoire aient été sans exercice, le curé de Saint-Jean en particulier.

Sénéchal (Jacques le), père de Louis de ce nom, tué au fort de Sainte-Catherine en 1 5g i , fut Prince du Palinod de Rouen en i 5o3, et ne couronna qu'un seul poète, Adam des Rocques.

Sens (Pierre le), nom depuis et si avantageusement connu dans la Robe à Rouen ( i ) , était le soixante-seizième parmi les premiers associés du Palinod de Rouen au commencement du xvie siècle au plus tard.

S énynghen (Guillaume de), d'Arine (2). Lesseulesdates que l'on sache de quelques-unes de ses poésies palinodiques sont les années 1 544 et 1545.

De bien en bien receus humaine forme

était le premier vers d'un rondeau qu^l présenta au Puy de Rouen. Un chant royal qui raccompagnait sur la Vierge,

Seule au giron d'innocence conceue ,

était annoncé par les six vers suivants :

J'ay prins pour nouvelle praticque Logique, physique et rhétorique,

(1) En effet, de 1688 à 1781, le Parlement compta quatre conseillers et un président de ce nom. Voir le bel ouvrage de MM. de Merval.

(2) Le ms. de Caen ferait volontiers lire d'Orme ?

Les troys poincts de philosophie Pour lesquels prouver je affie La Vierge sans péché conceue, Quoiqu'elle fût de pécheurs issue.

En i 545, sa ballade avait pour refrain 1

Corps humain d'humain vice exempt.

Le manuscrit de la Bibliothèque du roi 6989 présente également une ballade et un rondeau du même auteur. Il dit dans l'envoi de sa ballade :

Prince, éveillez foy, se elle dort ; Car je veuil qu'en livre elle escrive Que j'ay passé par l'humain gort Au parmy des morts une vive.

Ce dernier vers était la ligne palinodiale.

L'envoi d'un autre de ses chants royaux était plus piquant par sa singularité :

Prince en amours plus fervent que Jason, Souhait vous tint longtemps en sa prison ; Mais loy d'amour y pourvut à sa guise Qui vous laira dame ayant à foison La couleur riche en amour tant exquise.

Ce teint vermeil et recherché dans la dame allégorique dont il peint la beauté, est ;

Couleur céleste en Elle résidente,

Qui ne périt pour chauld ne pour yver

Sertiny, nom absolument isolé, comme on l'a dit de beaucoup d'autres, et qui ne présente à l'esprit que la piété de celui qui le portait. Il se trouve le quatre-vingt-

treizième sur le matricule des confrères et juges du Palinod dès sa création à la fin du xve siècle.

Servet [Michel] (dit Villeneuve) composa en 1545 une allégorie latine pour le Palinod de Rouen. La Terre Sigillée en est l'argument. Dans la nouvelle édition de Duverdier, article Arnould de Villeneuve, on a joint une note de la Monnoie qui observe que Postel s'est trompé au sujet d'Arnoul, en le faisant auteur d'un traité de Tribus Prophetis, lui qui était mort deux cents ans avant que parût cet ouvrage. Puis le critique ajoute que le Villenovanus que Postel entendait, n^est autre que Michel Servet qui, sous le nom de Villenovanus a composé divers livres, les uns innocents, les autres pernicieux, etc.

C'est sans doute sur cette remarque que les vers annoncés ont été. attribués à Michel Servet dans les Affiches de Normandie, 176 , n° (1).

Sevestre (François-Emmanuel), curé de Radepontsur-Andeile, diocèse de Rouen, juge-vétéran et doyen du Palinod de cette ville, était né à Montore, diocèse

d'Evreux (2) le 1716. A cultivé toute sa vie les

muses latines et françaises. Ce penchant s'était fortifié par ses succès au Puy de Rouen dans l'intervalle de 1730 à 1 740 : des allégories latines, des odes alcaïques, des hymnes de différents mètres lui firent une grande réputation de talent. La poésie française succéda à la latine quand il cessa d'être lauréat pour être juge, et surtout quand il se

(1) Les recherches pour compléter ce renvoi et en profiter s'il y avait lieu, n'ont pas abouti.

(2) Aujourd'hui Radepont et Montaure sont tous deux du diocèse d'Evreux et du département de l'Eure.

vit fixé à Radepont. Il saisissait tous les événements publics pour en faire le tableau, et l'adressa à ceux qui en étaient les héros. C'est ainsi qu'il fit celui de la cérémonie du sacre de Louis XVI, ouvrage dédié au Chapitre de Reims ; dans le même dessein il publia des pièces en l'honneur de M. le Dauphin et du monarque bien-aimé, dédiées à Mme la Dauphine, et une ode au roi (Louis XV) pour le jour de S. Louis, Les vers de société lui coûtaient encore moins ; parmi ceux qu'il composa pour ses amis, on distingua ceux qu'il adressa à l'abbesse de Fontaine-Guérard, dont le monastère était voisin de sa paroisse, et à d'autres personnes de qualité, dont il recherchait ainsi la protection pour ne pas mourir curé de campagne. Ses espérances n'ont point été couronnées de succès de ce côté-là; mais elles ont été surpassées par l'amitié de ses confrères durant sa vie, et le juste tribut d'éloges qu'ils se sont fait un devoir de payer à sa mémoire après sa mort, arrivée le 22 juin 1788.

Sevestre [Jean], de Champ-Morel (1), de la faculté de médecine de Caen, remporta en 17 un prix d'épigramme ou allégorie latine sur Holoferne, au Puy de cette ville.

Signerre (J. ie), de Rouen, oncle d'un chapelain de Saint-Romain en 1725, illustrait sa famille par ses talents plus d'un demi-siècle auparavant. Il concourut pour les prix du Palinod en i65o, sous Odo de Harcourt ; et les stances qu'il avait présentées étaient sur une Croix respectée des flammes. L'Anneau d'or fut sa récompense Tannée suivante pour un sonnet sur Esther;

(1) Commune d'Esquay^arr. de Caen, Calvados.

il reçut le même symbole de Henri d'Orléans en i652, pour des stances qu'il avait données à ce prince. Le sujet de ces stances était une image en plomb de la Vierge, qui résista à l'action du feu dans une église incendiée. ( V. le Supplément.)

Simon (Pierre) se trouve pour trois pièces de poésies dans le Recueil manuscrit in-fol. de Jacques le Lieur en i 544 et Tannée d'après : un chant royal et un rondeau, dont l'un avait pour refrain :

Rameau fertile yssant «Je pourriture ;

l'autre commençait par :

Bien un et fruict n'est chose à tous patente,

avaient été présentés au Palinod de Rouen en la première de ces deux années. Il ne mit au concours en 1 545 qu'une ballade dont la ligne palinodiale était :

Feu qui sur l'eau eut son essor.

Sireulde, huissier au parlement de Rouen, fit imprimer dans cette même ville, en 1 5 56, in-8°, son Trésor immortel, dédié à Louis Pétremol, conseiller et second président au même parlement ( 1 ). L'imprimeur a ajouté à la fin plusieurs chants royaux, ballades et rondeaux faits et composés par aucuns poètes français et présentés au Puy des Carmes de Rouen en i552 et les deux années suivantes, avec les noms des auteurs et plusieurs pièces

(1) Les Annales poétiques ont jugé Sireulde digne d'une notice (IV, 280) ; avant elles Du Verdier n'en avait dit que quatre lignes (II, 304). Ce poète a enfin été l'objet d'une bonne étude par M. Le- Verdier {Académie de Rouen, 1888, p. 7 et suiv.).

du même auteur (1). [L/abbé Goujet] Bibliothèque française, t. XIII, p. 107.

Sohier (Char les- Jean- Baptiste), professeur au prieuré de Saint- Lô de Rouen en ij5i, et en cette qualité juge-né au Palinod de cette ville. Etait né à Paris en 1728, fut membre de la Société d'agriculture au Mans où il avait été prieur de Beaulieu : depuis visiteur de son ordre, enfin assistant; mort à Auteuil en 17

Sonneur (le), prêtre à Rouen, dont on a un sonnet et une ballade qu'il « donna » au Palinod de cette ville en 1669 et 1670. La Perceneige était le sujet du sonnet, et une Ile flottante celui de la ballade, il remporta cependant en la première année un prix de stances sur V Aiglon éprouvé à la lumière (2).

Soubrincourt ou Sublincourt , prieur de Saint- Lubin (3), lauréat des Palinodsde Rouen et de Caen en la même année 1669, mais pour deux pièces différentes. Le chant royal qu'il mit au concours au Puy de Rouen

(1) Connu aussi sous le nom de Puy des Pauvres, ce Palinod fut une sorte d'Académie de la charité, où une quinzaine d'auteurs rirent en vers l'éloge de cette vertu. L'institution prit fin au bout de trois ans. Il en reste un petit volume rarissime dont la réimpression est à l'étude.

(2) Les anciens ont cru que les aigles, pour s'assurer qu'aucun oiseau étranger ne s'est furtivement glissé dans leur nid, exposent leurs petits aux rayons du soleil ; et qu'ils laissent tomber du haut des airs celui qui ne peut soutenir cette épreuve sans ciller. Un écho de cette légende a passé jusque dans S. Augustin (in Joann., Tr. XXXVI).

(3) Peut-être Saint-Lubin-de-la-Haye,arr. de Dreux, Eure-et-Loir.

était sur le Passage de la mer Rouge ; celui qu'il présenta à Caen, sur V Image de Pigmalion ; tous deux furent couronnés. Voici ses grâces aux juges du Puy de cette année :

Les dieux moins touchés que jaloux

De voir briller des traits si doux

Dedans mon image d'ivoire,

Ont d'un commun contentement

Jugé qu'il allait de leur gloire

De lui donner du sentiment, Afin de vaincre l'art qui, par son excellence Surpassant la nature, eût choqué leur puissance.

Mais votre savante équité

Lui donnant l'immortalité

L'a rendue égale aux dieux mêmes ;

Et je me trouve si surpris

De voir que vos faveurs extrêmes

M'ont encore honoré du prix, Que mon âme confuse à vos pieds abattue Pour vous remercier devient une statue.

Sueur (le), chanoine des Quinze-Marcs et maître de musique en la cathédrale de Rouen (1), après avoir concouru au prix du Palinod de Sainte-Cécile dans cette métropolitaine (2), se présenta aussi au Puy de la Conception en 1669 et y remporta la Palme. Son chant royal était sur une fontaine d'eau douce qui jaillit à vingt cou-

(1) Jacques le Sueur occupa plus de vingt-cinq ans le poste de maître de chapelle delà Cathédrale; en i683 (I octobre, p. 17), le Mercure l'appelait l'un des plus habiles maîtres de France. 11 en est souvent parlé dans YHistoire de la Maîtrise.

(2) Ce qu'on a aujourd'hui de plus complet sur cette confrérie est la notice qu'en a donné M. l'abbé Collette dans son Histoire de la Maîtrise, p. 76-81.

dées dans la mer, près la Jamaïque. Le sonnet qu'il avait composé sur Thoas ne fut qu'honoraire à Rouen. Il eut aussi la Rose pour une ballade sur le Rosier sans épines.

Sueur (le), prêtre de Caen, couronné au Palinod de Rouen en 1708, pour un sonnet sur Richard, duc de Normandie.

Surgis (Jean), lauréat du Palinod de Rouen, sous Martin le Pigny, en 16 12. Il avait puisé dans Strabon la matière de l'allégorie, pour laquelle il fut couronné; c'était une Vigne extraordinaire sur un sol aride et brûlant où rien ne croissait (1).

SAINTS ET SAJNTES

Saint- Ai gnan (François de Beauvillier, duc de), pair de France, etc., fut jaloux de concourir au Puy de Caen en 1667, et il y remporta le prix de l'ode française. La mythologie lui fournit son sujet : le Minotaure enfermé dans le labyrinthe fait mourir tous ceux qui se hasardèrent d'y entrer; mais Thésée, avec le secours de la princesse Ariane, combat le monstre et en demeure vainqueur.

Sçavantes nymphes du Parnasse,

Vos présents me sont superflus :

Pour vous mon cœur est tout de glace

Et je ne vous invoque plus.

Dans la noble ardeur qui m'emporte,

C'est d'une Vierge bien plus forte

Que j'attends le divin secours;

Sa faveur me rend intrépide

(1) Ceci semble se rapporter à la description de l'Arabie (XV, 4). Le géographe parle ailleurs (XI, x, 2) de pieds de vigne si énormes qu'il fallait deux hommes pour les embrasser.

Et sa saincte main qui me guide Ouvre la carrière où je cours.

En Crète, un dédale effroyable Par mille détours dangereux Au Minotaure impitoyable Avait soumis cent malheureux; Quand un guerrier plein de courage, Sans craindre l'horrible carnage Dont le bruit se répand partout, Connoist le danger, le méprise, Et croit que de cette entreprise Sa valeur peut venir à bout.

Le brave et renommé Thésée, Déjà plus d'une fois vainqueur, Estime sa conquête aisée Quand il en consulte son cœur. Tel que Mars parut dans la Thrace, Il paraît avec cette audace Qui fait triompher un amant ; Et d'Ariane, aimable et belle, Le cœur sent Ja vive étincelle D'où naist un doux embrasement.

Joignant sous un armet qui brille

La douceur avec la fierté,

Il fait voir à l'illustre fille

Et la grâce et la majesté.

La jeune princesse ravie,

Afin de conserver sa vie,

Lui met un fil entre les mains ;

Avec cette aide il peut sans crainte

Marquer de l'affreux labyrinthe

Les plus difficiles chemins.

Il marche donc à la même heure, Et par des sentiers merveilleux

Vient à la funeste demeure Qu'habite le monstre orgueilleux.

Le Minotaure à cette proye Donne pour marque de sa joye Cent cris poussés confusément, Et l'on ne sçaurait qu'avec peine Discerner de la voix humaine Un barbare mugissement.

A l'aspect de la lourde masse Que porte le monstre invaincu, Le prudent guerrier se ramasse Demy-courbé sur son escu.

Il oppose à cette tempeste Le bras pour garantir la teste Et reçoit un coup sans pareil, L'escu, brisé comme du verre, En cent pièces jeté par terre, Esclatte aux rayons du soleil.

Mais l'adresse à la force jointe

Fait que le héros à son tour

Porte au monstre un grand coup de pointe,

Dès qu'il y voit le moindre jour.

Avec tant d'ardeur il s'allonge

Que toute sa lame se plonge

Au cœur de cet audacieux ;

Et par une atteinte si forte,

Avant que l'espée en ressorte

Le cruel a fermé les yeux.

A peine Thésée a sur l'herbe Un si fameux sang répandu, Qu'il retourne d'un pas superbe Vers le fil qu'il avait tendu.

Il reprend sans plus estre en doute, Les divers chemins d'une route

Où tout le monde se perdoit ; 11 revient, comblé d'allégresse, Rendre à son aimable princesse Toutes les grâces qu'il lui doit.

Un noble orgueil que la victoire Marque sur le front des guerriers, Le fait voir tout brillant de gloire Et couvert d'illustres lauriers.

Comme il détruit la tyrannie, Partout une joye infinie Prend la place de la douleur ; Et libre de la servitude La Grèce ne met son étude Qu'à bien parler de sa valeur.

Le Recueil où se trouve cet espèce de phénomène poétique est un des plus curieux imprimés à Caen, à cause de toutes les pièces latines et françaises que Ton prodigue à la louange de ce lauréat. Il contient quarante-deux pages et est le seul de Caen qui soit conservé à la Bibliothèque du roi; et il y a lieu de s'étonner que le duc qui était gouverneur du Havre et de la côte de Normandie en cette partie, n'ait pas donné la préférence au Palinod de Rouen et qu'il n'en ait pas été prince comme le duc de Longueville et M. de Montbazon. Il est également surprenant de ne pas trouver, parmi les pièces congratulatives qu'il reçut à l'occasion de sa victoire, une seule traduction en vers latins de l'ode couronnée.

A l'occasion de la mort d'Antoinette Servien, sa femme, Mme de Sévigné disait plaisamment en janvier 1680 : « Son mari est revenu du Havre en poste sur les ailes de « son vieil amour; il arriva comme elle expirait, il lui a baisa la main, fit des cris, poussa des sanglots; il va

« nous donner d'une Sierra Morena dans sa retraite et « dans son deuil (1). »

Sainte A ver tain (le P. Mathieu de), prieur des Carmes de Rouen en 1675, et dès cette année juge-né au Palinod de cette ville, ouvert dans la maison dont il avait alors le gouvernement.

Saint-Biaise (le P. J. de) arriva en 1700 à Rouen pour être à la tête de la maison des Carmes, où se trouvait le Palinod de cette ville. Il fut admis parmi les jugesnés de cette association à la même époque.

Saint-Blanc art ou Samblancay (de), archidiacre de Toulouse. Après avoir établi sans doute sa réputation aux jeux floraux de cette ville, il ambitionna les palmes du Palinod de Rouen. Il remporta en effet le prix du chant royal en 1639, sous Jacques Deshomets. Son refrain était :

Le laurier verd que la foudre révère.

Ce qu'il envoya devers latins en 1640 fut purement honoraire : ils consistaient en une allégorie sur Germanicus et une ode sur les Eaux de contradiction. L'année suivante, ses vers alcaïques sur la seule tour qui subsista à Jérusalem après le sac qu'en fit Tite, ayant été ex œqup avec Nicolas le Roux, Louis-François de Bassompierre, prince de l'année, lui envoya un prix particulier avec une inscription très flatteuse. V. Bassompierre. En 1642

(1) L'édition des Grands écrivains (VI, 209-210) donne : « Sur les vieilles ailes de son vieux amour. . .; dans sa retraite et son deuil. » Elle remarque que les mots « Sierra Morena » sont une allusion à la pénitence de don Quichotte en l'honneur de Dulcinée.

et 1643, il disputa les prix d'allégorie latine, et ce ne fut pas sans succès. Les Argonautes étaient l'argument de la première, et l'autre était sur le Pas d'eau que Caton trouva dans le désert. Ce poète avait une grande facilité à versifier, et ses compositions annonçaient beaucoup d'imagination.

Saint-Charles {le P. Gabriel de), prieur des Carmes de Rouen en 1697, fit Tannée suivante la harangue d'ouverture au Palinod, et en 1702 il écrivait à Pierre Clément, évêque de Périgueux, la lettre imprimée à la tête des pièces couronnées sous la principauté de ce prélat.

Saint- Cyr [de] ne se présenta qu'une fois au Palinod de Rouen en 1681, et cette année fut marquée par trois victoires pour lui. Il remporta à la fois le premier prix du chant royal et des stances, avec celui du sonnet. Sapor et César étaient les personnages auxquels il s'était attaché dans ses différentes poésies.

Saint-Didier (le P. Valentin de), prieur des Carmes de Rouen en 1688, et à cette époque admis aux examens et jugements des pièces de poésies présentées au Palinod de cette ville.

Saint-François (le P. Théodore de), carme de Caen, envoya au Palinod de Rouen, en 1692, un sonnet qui fut honoraire. Le sujet en était dans la gazette de l'année, et était un soldat français échappé des mains des ennemis dans la Nouvelle-France.

Un traître usurpateur, ennemi de la France, Confondu par un roi toujours victorieux, Repassant ses malheurs d'un front audacieux, Devant le fort Louis veut en tirer vengeance.

On fait voile, on le croit déjà sans résistance, On l'attaque d'un air qui menace les cieux : Mais le destin fatal qui le suit en tous lieux Vient encore aujourd'hui tromper son espérance.

Sitôt qu'on eut chassé ces soldats inhumains, Un généreux Français échappé de leurs mains Sut, malgré leurs efforts, se sauver à la nage.

Ce fut pour nous tracer, dans son fortuné sort, Le portrait de Marie, exempte du naufrage, Quand son heureux Concept triomphe de la mort.

Saint-Germain [Charles de), un des plus anciens poètes couronnés au Palinod de Rouen, le fut par Nicolas de la Chesnaye en 1 519, pour un rondeau dont voici la fin :

Poulvres pécheurs, voulans saulver vostre âme, Venez à moy pour vous servir de lame, Pour vous donner port de grâce éternelle : Car vous sçavez au certain que suys celle Que mon chier Filz en ce monde plus ame Sans Si, sans qua.

Saint-Germain (de), avocat, fondateur du Puy de Caen, en Tan 1 527.

Saint-Loùtc (de), de Caen, envoya en 1696 des stances sur Alexandre au Palinod de Rouen, et il en remporta le second prix .

Saint-Martin (de), maître écrivain et mathématicien, plusieurs fois couronné au Palinod de Rouen, y remporta

le second prix de chant royal, en 1 652, sous Henry d'Orléans. Son refrain et son argument étaient

Le seul poisson qui calme la tempête.

En 1 664 il eut le même prix pour une poésie du même mètre sur le Papillon, ainsi qu'en 1670 sur

La Vierge seule exempte du naufrage.

Il passa ensuite à l'ode française et, dès 1664, il eut le Miroir d'argent pour les vers lyriques qu'il avait composés sur la Pluye :

L'exhalaison de la terre Et les vapeurs de la mer Sans mettre fin à leur guerre, S'élèvent du sein de l'air.

Là ces légères fumées En nuages transformées, Semblent des rochers mouvants, Et par le vent animées Paraissent des corps vivants.

Toutes ces masses errantes Dont l'air même est infecté Joignent en mouillant les plantes Des parfums à leur beauté.

Que la pluye est agréable Quand elle court sur le sable ; On dirait que son canal Est rempli d'argent potable Ou de liquide crystal.

Sur les riantes prairies Que le ciel mouille de pleurs, Et sur les plaines fleuries Elle est de mille couleurs.

O rares métamorphoses 1

C'est une pourpre sur les roses (sic),

C'est du lait dessus les lis,

Qui nourrit ces fleurs écloses

Dont les champs sont embellis.

Les Alpes, ces monts superbes,

A peine en sont humectés,

Que les arbres et les herbes

En prennent les qualités.

Que de merveilles opère

Cette liqueur salutaire !

Aux fruits c'est la manne des cieux(.y/c),

Et le sucre de Madère

Est bien moins délicieux.

Elle engraisse les racines De ce qu'elle fait germer, De ces gouttes argentines Des arbres vont se former. Elle en produit le branchage, Les fleurs, les fruits, le feuillage, Orne les jardins charmants ; Et pour faire un riche ouvrage S'endurcit en diamants.

Ses vertus charment notre âme, Chaque goutte est un trésor ; Aux rubis elle s'enflamme, Dans l'ambre elle est toute d'or.

Vierge en ces vers que je trace, La nue est l'humaine race Qu'infecte l'iniquité ; Vous, une eau pleine de grâce Et pure en l'impureté.

Il paraît que Fauteur demeurait à Paris; car Coustelier imprimait de lui, en 1 690, des vers in-8° qui commençaient par :

L'univers tiré du néant, etc.

Saint-Martin (Michel de), écuyer, prêtre (1), seigneur de la Mare du Désert, docteur en théologie en l'Université de Rome, agrégé en la Faculté des docteurs de théologie en l'Université de Caen, fondateur en 1670 de deux prix d'ode latine alcaïque au Puy de cette ville. Le premier était une plaque d'argent aux armes du fondateur, le second un anneau d'or.

Saint-Martin (J.-B.- George s de), ecclésiastique de Saint-Etienne de Caen, a remporté le Miroir d'argent au Palinod de Rouen, en 1 746, sous Paul de Luynes. L'ode française, pour laquelle il lui fut adjugé, était sur le Maréchal de Saxe. Nommé ensuite à un canonicat de Notre- Dame d'Andelys, et professeur au collège Dubois à Caen, il fut couronné au Puy de cette ville en 1760, pour des stances sur Fabius, et en 1765 il fit l'ouverture de la séance publique par une invitation aux poètes suivant l'usage et par une épigramme ou allégorie latine sur Caton, Il avait reparu à Rouen en 1762, où il eut un prix d'ode française comme en 1746; celle-ci était sur la Charité.

(1) C'est l'abbé fameux par ses extravagances qu'il a lui-même avouées. Au demeurant, ses œuvres et ses fondations valent mieux que sa mémoire, et elles lui méritèrent, dans la pleine force de l'âge, un concert d'éloges : Elogia Michaelis à Sancto-Martino. Caen, i653; in-40. — Son Bon et libéral officier fut réimprimé en i658 (du moins des exemplaires portent cette date); et son livre Du respect dû aux Eglises eut une seconde édition en 1674.

Saint-Ouen [Louis-François Talbot de), du pays de Caux, ex- jésuite dont on a des vers français et latins. En 1725, le Vaisseau de Saint-Xavier était le sujet des stances qu'il présenta alors au Palinod de Rouen, et qui y furent couronnées. Le mariage de Louis XV était alors l'événement dominant; il composa sur cette matière un poème en vers hexamètres et pentamètres qui fut imprimé à part. Il est mort curé de Saint-Riquier, diocèse de Rouen (1).

Saint-Ouen [de], conseiller au parlement de Normandie, né à Rouen, se fit connaître au Palinod de cette ville par plusieurs allégories latines dont il remporta les prix : en 1743 sur le Laurier, en 1744 sur le prince de Conti, en 1 745 sur le Mariage du Dauphin, père de Louis XVI .

Saint-Patrice (de), concourut au Palinod de Rouen, en 1 635, sous Henry d'Orléans. Il reçut de sa main le Miroir d'argent pour une ode française sur la Fontaine d'Ormus.

Saint-Remy [J. de), poète latin vers le milieu du xviie siècle au Palinod de Rouen, qui était alors dans un état florissant. C'est en 1641 qu'il mit au concours une allégorie latine sur Gorgias, roi d'Epire, et il fut couronné sous L.-F. de Bassompierre.

Saint-Victor [Louis-Robert de), président en la cour des Aydes, comptes et finances de Normandie, conseiller au parlement de Rouen, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de cette

(1) Il y avait alors dans le diocèse de Rouen au moins trois paroisses de ce nom.

ville pour la partie des sciences et arts utiles, juge au Palinod de Rouen en 1769. On a de lui une traduction en vers français du poème de Claudien sur VEnîèvement de Proserpine (1).

Sainte-Geneviève [le P. de), jésuite, reçut en 1627 au Palinod de Rouen le Laurier, premier prix de l'allégorie latine sous Barthélémy Halle (2). Il avait pris pour sujet une image de la Vierge conservée dans des ruines en Portugal.

Taffln (Antoine- Jean- Jacques), né à Soissonsen 17 14, professeur au prieuré de Saint-Lô de Rouen en 1768, et à ce titre admis aux examens et jugement du Palinod de cette ville comme académicien.

Taillet (Pierre), nom d'une famille très connue et considérée dans le commerce à Rouen, dont était Pierre Taillet, docteur en théologie en la Faculté de Paris dans les derniers temps, et Tun des directeurs de TEcole militaire avant sa suppression. Son quadrisaïeul avait le talent de la poésie, et dans le commencement du Palinod de Rouen il y remporta le premier prix du chant royal en

(1) Cette traduction n'est point citée parmi les publications de Saint-Victor (1738- 1822), bien qu'elle soit l'une de ses œuvres de plus longue haleine.

(2) Le P. Nicolas de Sainte-Geneviève, né à Goutances ou dans ce diocèse en 097, partit en 1654 pour la mission du Levant, et mourut à Constantinople en 1680. Il a laissé en manuscrit, à l'usage des missionnaires, un lexique du grec vulgaire.

i492> sous Jean de la Pommeraye. Le lauréat disait dans son envoy à son Mécène :

Prince du Puy, hault stylle j'ay quitté,

Monstrant l'effect de ma capacité :

Car soubs grands faix fieble beste décline.

Mais si j'ay riens compte à rebours

Très humblement vers la Vierge m'encline

Sans deshonneur le paradis d'amours.

Talberl (François-Xavier), chanoine de Besançon ( i ), membre de l'Académie de cette ville, prédicateur du roi, couronné aux académies d'Amiens et de Bordeaux, le fut aussi en 1775 au Palinod de Rouen pour l'Eloge historique du cardinal d'Amboise, proposé par cette académie. Ce morceau d'éloquence est imprimé dans les Recueils et en outre à Paris in-8°, le Jay.

« Ce ne sont point des vues sublimes, des coups d'Etat « éclatants que son histoire nous présente. L'Eloge que « j'entreprends sera celui de la justice, de l'humanité, de « la sagesse ; mais je n'oublierai pas que le premier inté- « rêt est celui de la vérité. Je peindrai le cœur de d'Am- « boise sans déguiser ses faiblesses, et peut-être en plaira- « t-il davantage. Le dirai- je? Des vertus trop hautes, où « Ton désespère d'atteindre, sont plus admirables que « touchantes. Les défauts de ces grands hommes consolent « secrètement l'humanité, qu'une perfection trop soute-

(i)Talbert, prieur commendataire du Mont-aux-Malades, a dans YHistoire du Prieuré (pp. 320-325) une intéressante notice. Trois de ses discours ont été réimprimés au tome LXVI des Orateurs sacrés de l'abbé Migne ; et l'un d'eux est précisément Y Eloge du cardinal d'Amboise.

« tenue humilie et déconcerte. Ils remettent le modèle à « notre portée, et nous font aimer un être rapproché de « nous dont nous pouvons dire quelquefois : il était « homme. A nos yeux, ces taches légères du mérite sont « ces nuages qui passent sur l'astre du jour pour en tem- « pérer la lumière. Un mélange de qualités qui s'allient si « rarement, donna à d'Amboise un caractère particulier « dont la singularité intéresse autant qu'elle étonne. On a trouve en lui un courtisan qui fut un sage, un ambi- « tieux qui eut de la modération et de l'intégrité, qui tra- « vaillait à sa fortune et plus encore à celle de l'Etat; un « favori qui aima son maître plus que lui-même et la « France plus que son maître; un négociateur qui, trai- « tant presque toujours avec des fourbes, fonda sa poli- « tique sur la bonne foi ; un ministre qui fit la guerre en « diminuant les subsides ; et qui, chargé du poids d'un « royaume, remplit ses devoirs de pontife et de pasteur. Il « fut cet homme rare, dont toutes les actions eurent pour « principe l'amour du bien éclairé par une raison saine. « Cette droiture d'intention et de jugement est remar- « quable, et dans le bien qu'il a fait et dans les opérations « même qu'on lui reproche. »

V. pour les autres ouvrages de l'abbé Talbert, la France litt:, t. III.

Tanquerel [Jean-Baptiste ou Jacques), poète français (i) et lauréat du Palinod de Rouen durant plus de

(i) Jean-Jacques Tanquerel (i56i-i633), professeur à Rouen, a donné Tannée même de sa mort une édition de Despautère, Rouen, in-40. En i632 avait paru un Arrêt du Parlement de Rouen contre la Table chronologique de Tanquerel, Rouen, in-8°. Sur cet arrêt qui visait, croit-on, les Jésuites, voir les Extraits du Mercure français, et la note de M. Héron, p. 2 3o-23i.

douze ans, à commencer en 16 14 sous Alphonse de Bretteville, paraît s'être renfermé dans un sonnet et les stances. Trois fois il remporta PAnneau d'or pour prix du premier, et cinq fois celui des secondes. Ses sujets étaient souvent tirés de la mythologie : sur Pollux, sur les trois Déesses, sur la Vénus de Lacédémone; quelquefois de l'histoire naturelle, comme l'Hermine et VOs qui ne pourrit jamais dans le corps humain. Sur ce dernier il disait à Dieu :

C'est un rare trait de ta main très habile

A faire de tout rien, souveraine bonté,

De faire un home sainct d'une innocente argile,

Et d'impur embryon faire une pureté.

Mais son argument favori était Castor et Pollux, dont il fit un sonnet et des stances en 1620 sous Daniel de la Place, qui les couronna Pun et l'autre. Ce vers d'Horace [Serm. II, 1, 26] en est le texte :

Castor gaudet equis ovo prognatus eodem.

Comme un divin Pollux, immortelle Princesse, Tu sors de l'œuf fatal dont sortent les mortels : Tous deux pareils, n'estoit que cet astre sans cesse Vit et meurt ; et tes jours demeurent immortels.

Quoi donc? Aurore? Non. Car ses lis et ses roses Se fanent aux chaleurs d'un profane Tithon ; Et tes fleurs dans les feux de nos fautes écloses Ny profanèrent onc l'honneur de leur bouton.

Plus belle que la lune, à qui le front d'yvoire Sale estant demeuré pour ses sales amours, Deux fois six fois l'année en devient toute noire ; Mais ton front est sans tache et ton jour sans decours.

Tu es donc un soleil, seul œil de ce bas monde Qui nous ouvre le jour, mais divers en ce point : Que le soleil levant s'en va coucher dans l'onde, Et ton bel œil se lève et ne se couche point.

Arrière donc, Olympe, ou bien adore celle

Qui faict d'un corps terrestre un céleste séjour,

Dont l'œil si vivement ici-bas étincelle .

Qu'il donne à ceux la nuict qui lui donnaient le jour.

Laisse dont tes Pollux, tes aurores au More, Tes lunes au soleil, et t'en viens recherchant Le Pollux sans mourir, la toute pure aurore La lune sans decours, le soleil sans couchant.

Tanquerel ou Tanquered (Nicolas-François) , du Havre, poète latin dont les succès commencèrent et finirent à la fin du xvne siècle. Il composa des vers latins en 1699 sur le Temple de Salomon, et cette allégorie eut un prix. Il avait eu pour rival de gloire le fameux Guyot Desfontaines au Palinod de Rouen.

Travallian (Henri de), auteur lauréat d'une allégorie latine pour laquelle il reçut l'Étoile au Palinod de Rouen en 1640, sous Jacques le Conte. Cette pièce était sur un marin échappé d'un naufrage. 9

Tardivel (Michel le), chanoine en l'église de Rouen, curé de Saint-Laurent en cette ville, fut un des premiers confrères et juges du Palinod de Rouen lors de son institution : il était le soixante-quatrième éligible aux fonctions de Prince dans cette société.

Tasserie (Guillaume-Laurent), juge et Prince du Palinod de Rouen à la fin du xve siècle, lorsque cet ins-

titut tenait encore ses séances en la paroisse de Saint- Jean de cette ville. Il commença à se mettre sur les rangs comme auteur en 1490; et [il est] peu d'années, jusqu'en 1499 exclusivement, où il n'ait remporté quelque avantage sur ou parmi ses rivaux dans la carrière poétique. On ne couronnait alors que des chants royaux, et c'est le seul genre de poésie vers lequel il se tourna. Les siens sont remarquables non seulement par la diction telle qu'elle pouvait être alors, mais encore par une certaine érudition. En 1490 il disait dans sa troisième strophe en parlant de la Vierge :

Figurée est en grand prééminence Par le blanc lis naissant entre espine, Par l'esglantier qui donne redollence, Par le laurier qui victoire désine, Et par le jour qui la terre enlumine.

C'est de la mer l'estelle clere et belle, C'est de Noë la pure coulombelle, L'arche de Dieu de boys mystérieux, L'arche de paix, temple très gracieulx, Très pur, très nect, vaisseau d'eslection, Qu'on doibt nommer, maulgré tous envyeux, Belle sans si, en sa Conception.

Dans sa dernière strophe en 1498, il rassemble ainsi les Princes les plus connus dans l'antiquité sacrée :

Vient David, vient (1) les bons roys Au temps passé en science érudis; Vient Salomon crier à haulte voix, Pour confuter l'erreur des dessus dis.

Vient Josué monstrer qu'il t'appartienne De t'en venger, s'il ne vont la partienne.

(1) Lems. de Caen ajoute ici : Amane.

Soustient qu'elle est de grâce confermée Vient Gédéon en bataille fermée.

Jamais ne fust telle sondre receue Que vous avez de la dessus nommée, Vierge et mère sans macule conceue (i).

Après avoir moissonné ainsi les palmes du Palinod, il fut élu Prince pour Tannée 1489. Ses émules et amis Pierre Avril et Richard Bonne-Année vinrent recevoir de ses mains des prix extraordinaires et dont la forme dut rappeler longtemps après celui qui les avait données. C'étaient deux Tasses d'argent, par allusion au nom de Tasserie. Sa gestion de Prince une fois terminée, il rentra comme ses prédécesseurs dans Tordre des confrères à son rang de réception qui était le onzième sur la matricule, et il siégea aussi parmi eux, comme juge d'autant plus judicieux qu'il connaissait mieux les règles et les avait si bien suivies pour sa gloire personnelle. Sa muse ne parut se réveiller qu'en 1 5 20, date de la bulle de Léon X pour Tautorisation et confirmation du Puy des Palinods. Les poésies de Crétin firent encore les honneurs de la séance sous Guillaume d'Antini; et Guill. Tasserie, pour la clore d'une manière plus solennelle, y fit représenter une pièce dramatique intitulée Triumphe des Normans, « moralité à quatre personnaiges : c'est à sçavoir la dame « de TAigneau et son champion Noble-cueur, la dame « au serpent et son champion Cueur villain, etc. »

On peut voir l'analyse de ce drame palinod ique dans le Journal de Monsieur, t. II, première partie, art. Théâtre, et le mot Daré dans ce présent ouvrage (2) ;

(1) Vidoue nous a conservé en outre (fT. 62-64) deux pièces de Tasserie : un chant royal et une « Oraison en forme de ballade à la glorieuse Vierge mère de Dieu Marie. »

(2) Après avoir constaté qu'on est encore à signaler un seul exem-

puis, pour ce qui concerne d'ailleurs Guillaume Tasserie les Bibliothèques françaises de Du Verdier, l'abbé Goujet, etc.

Tasserie [François], frère du précédent, mais son cadet à la manière qu'on l'a dit depuis de Thomas Corneille, soutint l'honneur du nom au même Palinod de Rouen, où il fut couronné en i5o6. Il s'exprimait ainsi à la fin de la pièce :

Gloire te rends, Mère du Dieu des dieux,

Royne des cieulx, et des angels princesse,

Que Dieu previst de ses souverains yeulx

Dont à bas lieux notre langueur print cesse.

Il te créa par sa divinité,

En dignité et en aménité

De affinité et de royal extrace :

Sans avoir en ta création (sic)

Pollucion, mais par prévention

Concepcion plaine de toute grâce.

Ces rimes redoublées et triplées, qui sont aujourd'hui des fautes dans notre poésie, étaient alors des beautés, et Ton mettait un art infini à les symétriser ainsi.

Tassey (le), professeur émérite au collège et prieuré de Saint-Lô de Rouen, après avoir joui de son droit de juge-né au Palinod de cette ville voulut rentrer dans la classe des auteurs prétendants à ses couronnes, et il en remporta deux : Tune en 1692 pour des stances sur

plaire imprimé du Triomphe des Normands, M. P. Le Verdier l'a étudié sur le manuscrit de la Bibliothèque nationale, et en a donné une intéressante analyse à l'Académie de Rouen (1889- 1890, p. i83).

S. Edmond, archevêque de Cantorbéry, l'autre pour une ode française, l'année suivante, sur une femme de la ville de Pallène qui échappa au déshonneur dans le sac de cette ville, au rapport de Plutarque.

Taverne [Vabbé], né à Toulouse, et maître des Jeux floraux en cette ville où Ton couronne aussi tous les ans un sonnet à la louange de la Vierge. On sait que pour avoir ce titre il faut avoir été couronné trois fois dans cette Académie, usage adopté par les Palinods de Rouen. C'est à ces fleurs que l'abbé Taverne voulut mêler ses lauriers parthéniques en 1 777, où il remporta le prix extraordinaire proposé sur l'inauguration d'un monument érigé à Vienne en Autriche en 1647 par l'empereur Ferdinand III, en l'honneur de l'Immaculée Conception. Il composa sur ce sujet un poème français d'une certaine étendue, et il y peint ainsi les dispositions religieuses de l'Empereur :

Ferme dans la détresse où le ciel l'a réduit, Le monarque adorant le Dieu qui le poursuit, Convoque en son palais les chefs de la noblesse Et plein des sentiments qu'inspire la sagesse :

« D'un maître courroucé nous ressentons les coups;

« A ses justes décrets, amis, soumettons-nous.

« Couverts du bouclier qui protège la France,

« Comme elle du Très-Haut ménageons la clémence ;

« Qu'un monument offert à la Reine des cieux

« Devienne notre égide et consacre nos vœux. »

Il dit, et transportés d'une ardeur mutuelle, Tous les arts de concert ont signalé leur zèle : Le bronze s'amollit dans de vastes fourneaux ; Il coule en bouillonnant dans de profonds canaux,

Et déjà dans les airs une riche colonne Montre au peuple ravi son auguste patronne. Quatre anges à ses pieds, sous des traits radieux, Offrent de son pouvoir l'emblème ingénieux. L'un dompte d'un dragon la menaçante audace, L'autre attaque un lion, le presse et le terrasse ; Tandis que celui-ci foule, écrase un aspic, Le dernier tient un dard et perce un basilic.

Du Prince rassuré le cœur s'ouvre à la joie :

« Que du trône, dit-il, la pourpre se déploie ;

« Donnons à ce beau jour le plus brillant éclat,

« Il assure à jamais le bonheur de l'État.

« O toy qui de la paix devient pour nous le gage,

« D'un sceptre qui t'est dû, Vierge, accepte l'hommage,

« Je dépose à tes pieds mon pouvoir souverain ;

« Que ce vœu solennel soit gravé sur l'airain.

« Nos cœurs de tes bienfaits chérissant la mémoire

« Aux siècles à venir en porteront la gloire. »

Les soupirs du Monarque ont frappé l'Éternel,

Etc.

Tel lier (Jean le), professeur au collège Dubois et recteur de PUniversité de Caen, a souvent fait l'ouverture du Puy de cette ville, et autant de fois après l'invitation aux poètes, leur a donné l'exemple des odes ou des allégories latines, en 1680 et années suivantes. Mais il a luimême concouru avec eux, en 1680 et 1 681, où il fut couronné pour des épigrammes sur le Thabor et sur les Fleurs de lis. Parmi ses odes il y en a eu en vers saphiques dont on pourrait faire aisément une hymne, comme celles proposées et récompensées à Rouen en 1 7 3 1 .

On a du même une allégorie latine sur l'Hécube Titanide, couronnée à Rouen en 1674.

Tellier [Sébastien le), chanoine régulier, né à Paris le i3 décembre 1707, fut couronné au Palinod de Rouen en 1739 par P.-J.-L. Becdelièvre pour une ode latine sur Abiathar. Mort à Saint-Vincent de Senlis, le 3o mars 1 763.

Tellier [Simon le), de Rouen, concourut aux prix du Palinod en 1742, et y remporta l'Etoile, pour une allégorie latine sur la Ville de Rouen, toujours libre et triomphante.

Tellier [P. le), dont on n'a que deux pièces en deux ans au milieu du xvie siècle, se trouve dans le Recueil ms. in-fol. de Jacques le Lieur, Prince du Palinod de Rouen en 1 544. Il lui présenta un rondeau ayant pour refrain et premier vers :

En m'exemptant d'estre en péché surprise.

La ballade de Tannée suivante a pour ligne palinodiale :

La toute belle à son plaisir.

Tellier [J.-L.), connu au Palinod de Rouen par trois allégories latines en 1664 et 1669, l'une sur VOlivier, l'autre sur le jeune Papyrius , la troisième honoraire sur V Amiante. C'est peut-être le même que le recteur de de TUniversité de Caen ci-dessus, avant que d'occuper cette charge.

Terrisse [François-Christophe), né à Nantes le 19 novembre 1704, prêtre, docteur et doyen de la maison et société de Sorbonne, chanoine et haut doyen de l'Eglise métropolitaine de Rouen, abbé de, Saint-Victor-en-Caux, vicaire général de l'archevêque de Rouen, et président

de la chambre ecclésiastique du diocèse, mort en cette ville le mercredi 3o mars 1785, étant Prince du Palinod depuis 1782.

Peu d'hommes ont mérité comme l'abbé Terrisse les regrets de leurs contemporains et le souvenir de la postérité. Ses premiers pas dans la carrière des lettres annoncèrent ce qu'il fut depuis. Un caractère solide joint à un esprit capable de tous les genres, le tourna de bonne heure vers les connaissances utiles. Sa vocation lui imposa le devoir de s'appliquer à l'étude de la théologie; bientôt la maison de Sorbonne s'enorgueillit en quelque sorte de le compter parmi ses membres.

Chanoine en 1732, il dut aux suffrages de cinquante égaux d'être élu doyen de sa compagnie en 1750. lia fait autant d'honneur à cette grande place qu'il en a reçu d'elle.

Associé pendant plus de cinquante ans au gouvernement du diocèse en qualité de vicaire général, il peut servir de modèle à ceux que la Providence destine aux mêmes fonctions. Il brilla au second rang, et ne se serait point éclipsé au premier : peu s'en fallut qu'il n'y montât. L'ordre épiscopal doit regretter que ce n'ait été qu'un projet.

Sa modestie et ses occupations ne lui ont point permis de publier beaucoup d'ouvrages. On en peut voir la notice dans la France littéraire, t. I et III, où l'on trouve :

Mémoire sur l'origine de l'abbaye de Saint-Victor-en- Gaux et les droits prétendus sur elle par l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen ;

Justification du mémoire sur l'origine de l'abbaye de Saint- Victor-en-Caux ;

Quatre mémoires sur la question si un religieux de

l'ordre de Cîteaux est apte et idoine à posséder un bénéfice de Tordre de Saint-Benoist; avec des recherches historiques sur la fondation, les droits et les caractères distinctifs des principaux ordres religieux ;

Mémoires pour les doyen, chanoines et Chapitre de l'Eglise de Rouen, contre les curés de la même ville; Défense des droits de l'Eglise de Rouen pour servir de réplique aux mémoires des curés de Rouen;

Mémoire historique sur les marbres employés à la décoration de l'entrée du chœur de l'Eglise de Rouen ; Lettre sur la présence réelle, ouvrage excellent. On ne fait point ici mention des mandements et instructions pastorales qu'il a composés pour les prélats qui recouraient à ses talents encore dans ce genre.

M. l'abbé Terrisse parlait encore mieux qu'il n'écrivait. Il posséda au suprême degré l'art de s'exprimer sans préparation. Tous les sujets devenaient intéressants en passant par sa bouche; aucun ne paraissait obscur quand il le proposait, ni difficile quand il l'avait discuté. On peut assurer qu'à cet égard, quoi qu'il ait vécu plus de quatre-vingts ans, jamais il n'a vieilli.

Il réunissait aux qualités de l'esprit celles du cœur : car il a eu de vrais amis, ce n'est point la moindre partie de son Eloge.

La piété la plus tendre et la plus sincère, une foi vive et simple, une simplicité délicate couronnèrent les talents et les vertus de l'illustre mort, et consolaient les âmes qui ressemblaient à la sienne du malheur de l'avoir perdu.

Les larmes que tout un peuple a vu couler des yeux du prélat respectable qui lui rendait les derniers devoirs de la religion, après lui avoir prodigué les marques les plus touchantes de l'amitié, en ont dit infiniment plus et

se sont exprimé beaucoup mieux qu\)n ne Ta fait dans cette notice. Elles ont honoré et celui qui les versait et celui sur lequel elles étaient répandues.

L'abbé Terrisse avait donné le spectacle du même attendrissement en pleine Sorbonne, lorsque y vint annoncer la mort du cardinal de Tavannes, auquel il était si tendrement attaché, et avec tant de raison.

A cet article nécrologique (i), tiré en grande partie du Journal de Normandie 1785, p. 106, il faut joindre Téloge de l'abbé Terrisse par M. de Couronne à l'Académie royale des Sciences, Belles- Lettres et Arts, dont cet abbé était titulaire; et celui prononcé à la séance publique du Palinod de Rouen en 1786 par l'abbé Hamel : car il y avait trois ans que le successeur et confrère des la Roque, des Le Lieur et des Bretel, avait été élu chef du Puy de la Conception qu'ils avaient présidé dans les siècles précédents. Il avait proposé dès 1782, pour l'année suivante, un sujet de prix d'Eloquence ; combien il est intéressant pour la gloire et le bonheur des Français de conserver leur caractère national. Cette maxime, inspirée par le patriotisme, n'a été bien saisie et bien traitée qu'en 1784 par M. Mutel fils, de Bernay, à qui est échue une médaille d'or de la valeur de 3oo livres pour récompense, ainsi qu'il avait été annoncé dans le programme.

Thibault (Guillebert), Prince du Palinod de Rouen en 1494, y couronna Guillaume Tasserie.

Thibault (Jean) était le cinquante-quatrième reçu dans l'association des Palinods de Rouen en qualité de juge ou de confrère à la fin du xvie siècle.

(i)Le texte dit « chronologique. »

Thibault [Guillaume], un des plus célèbres auteurs parthéniques au Palinod de Rouen au commencement du xvie siècle, tant en vers latins qu'en vers français (i). Il commença en 1 5 1 8 par les vers français, sous Pierre Auber qui couronna sa ballade sur Marie la mère de Grâce. Le même prix lui fut donné les deux années suivantes, et en 1524, pour la même forme de poésie. Il ne s'éleva au chant royal qu'en i522, et continua jusqu'en 1524. On en trouve encore de lui vers i53o. Son premier rondeau est de i52i, le second de i523. Celle de ses pièces qui fit le plus de bruit est sa ballade de 1 5 20, parce qu'elle donna lieu et servit pour ainsi dire de prologue à la moralité de Guillaume Tasserie qui fut jouée au Palinod en cette année (2).

(1) « Maître Guillaume Thibault » (il signe ordinairement ainsi) est en effet représenté dans le Recueil de Vidoue par trois chants royaux, une ballade, deux rondeaux et enfin par quatre épigrammes latines (ff. 3j, 71 et 89). La ballade qui suit n'y figure point parmi ces pièces.

(2) La moralité à laquelle donna lieu cette ballade n'est pas de Tasserie, mais du même Guillaume Thibault.

C'est bien en i520 que fut couronnée la ballade de Thibault, au refrain « la dame à l'agneau sans macule. » C'est bien en i520 que fut joué3 la moralité composée sur le même sujet. L'une et l'autre pièce sont dans le Recueil des poésies palinodiques (ms. Y 18 anc. f., Bibl. de Rouen), pour l'année i520.

Guiot s'est d'ailleurs corrigé dans son Histoire de l'Académie de V Imm. -Conception, où il n'attribue pas à Tasserie la moralité jouée le soir même du concours de i52o au banquet des Princes (ms. Y 48, fonds Mart., f. 2o5).

Il est du reste impossible, même absurde de supposer que, sur une ballade présentée le matin par Thibault, Tasserie ait pu composer et faire jouer le même jour une moralité en 400 vers.

Il arriva ce jour que Thibault produisit à la fois et ballade et moralité, tout comme en 1490 Tasserie avait produit en même temps son chant royal Belle sans sy en sa Conception, et sa moralité du

Deux dames, l'une à l'aigneau, L'autre au serpent en furie, Assemblaient en la prayrie Deux gendarmes en ung troupeau ; Mais l'un d'eux y laissa sa peau.

Ungne dame portant pour armes En son escu l'aspic divers, Vexait par l'un de ses gendarmes Ungne dame à qui sont ouvers De grâce les jardins tout vers, Que le serpent ord ne macule, Descripte en l'Eglise par vers :

La dame à l'aigneau sans macule.

Ceste dame plongée en larmes Au Dieu tous biens a descouvers Se retira au mont des Carmes Où maints hommes a recouvers.

Noble cueur l'ung saute en travers Disant celluy qui tout spécule Préserver du serpent pervers La dame à l'aigneau sans macule.

Triomphe des Normands, développement du même thème palino-

dique.

Mais la malheureuse phrase des Trois siècles palinodiques. « Sa ballade donna lieu à la moralité de Guillaume Thibault, qui fut jouée au Palinod de cette année, » a fait son chemin et a induit Ballin dans un complet tissu d'erreurs : non content d'appliquer à Tasserie la moralité de la Dame à l 'agneau, il confond celle-ci avec le Triomphe des Normands (qu'il n'a jamais vu) et donne l'analyse de la moralité de la Dame à V agneau croyant donner celle du Triomphe. (Notice sur l'Acad. des Palinods, p. 47. Extrait du Précis des trav. de l'Acad. de Rouen, 1834). — Cf. P. Le Verdier, Le Triomphe des Normands. (Précis de l'Acad. de Rouen, 1889-1890.)

M. P. Le Verdier, qui nous communique ces renseignements, a préparé une édition des œuvres poétiques de Guillaume Tasserie et de Guillaume Thibault.

Ce bon vassal cueurs aux allarmes Livra sur le temps des yvers A cil qui mouvoit tels vacarmes Pour la dame tourner en vers

Prouvant par foy qu'il articule

Triumpher sur aspic et vers

La dame à l'aigneau sans macule.

ENVOY

Prince, les mystères couverts En l'aigneau qui tout bien calcule, Monstre à tous laycs et convers La dame à l'aigneau sans macule.

La poésie latine fut une nouvelle source de gloire pour Guillaume Thibault ; mais les mêmes manuscrits qui contiennent ses poésies françaises, ne nous ont pas conservé ses vers latins. Le Recueil imprimé de Pierre Vidouve vers i53o les renferme, et Ton en compte quatre sous le nom de Guillaume Thibault.

Thierry (Antoine), curé de Saint-Jean de Rouen vers 1 6 1 1, gouverna sa paroisse pendant cinquante-cinq ans et mourut en 1666. C'était le doyen de l'association palinodique, en laquelle sa place lui donnait droit de séance.

Thierry, avocat au parlement. Des trois allégories latines qu'il composa pour le Palinod de Rouen, il en donna deux aux Princes du temps, et elles furent honoraires. Elles étaient une sur la Perceneige, Vautre sur les Curiaces; c'étaiten i652 et l'année suivante. Auparavant et en 1659, il avait remporté l'Etoile pour une allégorie sur la Rose des Indes.

Thiérion [Jean- Baptiste), curé de Saint-Jean de Rouen en 1 719, était de Reims où il était né le 7 mars 1672. Il posséda sa cure depuis 171 9 jusqu'au 14 avril 1742, année de sa mort. Il fut regretté de ses paroissiens qu'il dirigeait avec douceur et des poètes dont il savait exciter l'émulationau profit delasociétépalinodique dont il était membre au même titre que ses prédécesseurs.

Thirel [Louis], de Lisieux, prêtre et lauréat distingué au Palinod de Rouen, dont on a autant de vers latins que de français. Il débuta en i635, sous Henri d'Orléans, par une allégorie latine tirée du mont Parnasse, et elle lui valut le prix de l'Etoile sur le mont Carmel. La Ruche d'argent qu'il remporta la même année, le flatta davantage : le sujet de l'ode alcaïque pour laquelle on la lui adjugea, ressemblait assez au symbole qu'il reçut, c'était V Arche dépositaire de la manne du désert. Une autre allégorie sur la ville de Catane, et couronnée Tannée suivante par Guill. Marescot, fut son dernier poème latin. Au bout de trois ans il eut un prix de chant royal sous Jacques Deshommets.

Le sacré mur que la flamme n'outrage

en était le refrain. Suivit une ballade en 1640 sur Tobie, et même succès, sous Jacques le Conte, qui lui présenta en outre l'Anneau d'or pour un sonnet touchant un Vieillard sauvé du feu. La palme du chant royal qu'il moissonna en 1641 sous L.-F. de Bassompierre, fut le dernier objet de son émulation (V. le Supplément).

Thorel, avocat au parlement, remporta au Puy de Caen

en 1680 le premier prix du chant royal. Son refrain

était :

L'île charmante où l'homme vit sans peine.

Mais dès i6j5 il avait eu au Palinod de Rouen TAnneau d1or pour un sonnet sur le siège de Bellegarde. Trois ans après il remporta trois autres prix : ceux du chant royal, de Tode française et des stances. Ces poésies étaient sur un enfant garanti du naufrage, sur le Temple de la Fortune et sur V arche de Noé.

Thouroude, prêtre du diocèse de Lisieux, s'est fait honneur au Palinod de Rouen dans le genre lyrique. Plusieurs odes latines et une hymne prouvèrent sa supériorité dans la haute poésie latine, et ses sujets étaient presque tous à la louange de la famille royale, à l'exception de l'hymne sur la Visitation en 1 747, et une ode sur Aman en 1746; le reste est sur le Mariage du Dauphin ou sur les Victoires du Roi, sur lesquelles il fit aussi une allégorie en 1745.

Throsnel {Nicolas), conseiller du roi en la cour du parlement de Normandie, et chanoine en l'église cathédrale de Rouen, Prince du Palinod en 1616. Les noms de Ch. de Lastre, de le Métel et de Halle embellissent le Recueil des pièces couronnées sous sa principauté.

Throsnel, après avoir remporté le premier prix des stances en 1672 au Palinod de Rouen, remporta deux ans après celui du chant royal. Dans sa première pièce il avait pris la Lumière pour sujet, ^argument de la seconde fut l'Eau du Baptême.

Restes pompeux d'un florissant empire, Vieux murs brisés de marbre et de porphyre, Thermes, objets autrefois précieux, N'attendez point qu'ici je vous admire : Ce n'est pas vous que je cherche en ces lieux.

Un plus beau feu m'échauffe le courage, Rome m'appelle à voir un saint ouvrage : Toutes vos eaux n'étaient que vanité Et le ciel veut que sans crainte on préfère A votre infâme et sale volupté L'unique bain dont l'onde est salutaire.

Qu'ay-je dit, Rome? Et qu'ay-je voulu dire ?

Partout l'Eglise à cet objet m'attire,

Et me fait voir ce bain mystérieux,

De qui les eaux sans courir au martyre

Nous font revivre en nous ouvrant les cieux.

Rome n'a pas seule cet avantage

D'avoir pour soi ce trésor en partage ;

Tout l'univers pour sa nécessité

Aussi bien qu'elle en est dépositaire,

Et peut offrir à notre infirmité

L'unique bain dont l'onde est salutaire.

Que de vertus au point qu'on la désire Cette eau céleste à nos âmes inspire ; Que les effets en sont prodigieux !

La grâce y vient, le péché s'en retire, Sans y laisser rien de contagieux ; Du fier démon elle dompte la rage, Rompt nos liens, nous tire du servage ; Et nous ayant remis en liberté, Dieu nous regarde avec des yeux de père, Tant a de force en nostre adversité L'unique bain dont l'onde est salutaire.

Vous dont la voix si doucement soupire, Ne venez plus chanter sur votre lyre Du vieil Eros le bonheur spécieux.

Pour rajeunir au moment qu'il expire, Je n'en vois pas son sort plus glorieux : Son changement n'est visible qu'en l'âge

Il ne revient au jour qu'à son dommage ; Il meurt deux fois, s'il est ressuscité. Mais la mort même est douce en la colère, Pour qui sçait prendre avec humilité L'unique bain dont l'onde est salutaire.

Cette autre vie où le chrétien aspire,

Est le seul bien qu'en son cœur il respire ;

Pour en jouir et le posséder mieux,

Il a besoin que ce cœur se déchire,

Lorsque la mort vient lui fermer les yeux.

De sa grandeur le baptême est un gage ;

C'en est la marque, et l'assuré présage

Pour arriver à l'immortalité

Et la souffrance est un mal nécessaire,

Qui fait trouver si grand en dignité

L'unique bain dont l'onde est salutaire.

Page 1