‹ Les Trois siècles palinodiques, ou, Histoire générale des palinods de Rouen, Dieppe, etcChapitre 12 sur 16 · ALLUSION · texte numérisé non relu

ALLUSION

Vierge très pure, à qui tout rend hommage, Vois ton pouvoir en cette faible image : Conceuë en grâce et sans iniquité .

Puisque tu viens finir notre misère, Ne doit-on pas te dire en vérité L'unique bain dont l'onde est salutaire.

Thuillier {Guillaume), de Vernon- sur- Seine, en latin Lateranus ou de Latere, professeur à Poitiers au xvie siècle, prononça en cette ville un discours latin sur la Conception, imprimé à Paris, in-40, i5i8. L'auteur s'étend beaucoup sur la ville de Rouen, de ses illustres, etc. Il n'est question de la Conception qu'à la fin de l'exorde.

Tibouville ou Thibouville [marquis de) reçut PAnneau d'or au Palinod de Rouen en 1673 pour un sonnet

sur V Alcyon. Il a été imprimé dans le Recueil de Tannée, et réimprimé longtemps après dans les Annales poétiques par Sautereau, etc. [xxxn, 223 et suiv.]

On trouve encore de M. de Tibouville, dans les journaux du temps, plusieurs pièces fugitives, telles que des vers à Mlle de Pont, en lui envoyant pour bouquet un pâté de cochon au lait ; des couplets à Mlle de Monts, parodiés sur le système de Jansénius ; puis les suivants à sa maîtresse, sur ce qu'elle avait proclamé des prairies à louer :

Tantôt certaine affiche ici m'a fait savoir Que pour six ou neuf ans nos prés sont à pourvoir ; C'est que d'en faire bail vous avez quelque envie. Dites-m'en la valeur : est-ce partout bon fonds?

Sont-ils ici bien chargés de moutons ?

L'herbe en est-elle bien fleurie?

Sont-ils bien clos ? Je crains surtout les loups ; Je serais même un peu jaloux Si les troupeaux d'autrui paissaient dans ma prairie; Mais ce n'est pas le point qui me touche le plus. La bergère avec ses vertus,

Sa naïve candeur, son aimable génie, Tous ses attraits, trop ample en serait le détail, La bergère en un mot sera-t-elle du bail ? En ce cas j'en fais un aussi long que ma vie.

Tiercelin, prieur de Saint- Lô de Rouen, en 1570 jusqu'en 1589, c'est-à-dire dans des temps orageux, où les auteurs étaient autant éloignés de la scène palinodique (1) que l'étaient des églises mêmes. Il n'en fut pas cependant moins zélé à préparer le rétablissement du Palinod de Rouen, où lui-même avait pris naissance.

(1) Il faut sans doute : « qu'on l'était des... ».

Tierceville [de). Lieutenant-colonel au régiment de Roncherolles , il fut un jour conduit chez une femme de condition par un de ces grands diseurs de riens qui veulent toujours primer partout. Ce parleur dit en entrant à la dame avec un air de confiance : « Madame, voilà M. le « Marquis de Tierceville que je vous présente, et qui a n'est pas si sot qu'il en a la mine. » — « Madame, re- « partit Tierceville, c'est la différence de lui à moi. »

L'auteur des Lettres historiques et galantes, qui rapporte cette saillie, 1e1 vol., page 364, dit que le protégé était le fils du lieutenant du roi de Dieppe, et qu'il était jeune (1).

C'est sous François de Harcourt qu'il se présenta au Palinod de Rouen en 1649, et il reçut à la fois de ce Prince l'Anneau d'or et le Miroir d'argent pour un sonnet et une ode française. Ces deux pièces de poésies avaient le même sujet : Ljysimachus.

Le plus fameux parent de l'illustre Alexandre, Son cher Lysimachus, pour avoir trop aimé (2), Fut réduit à combattre un lion affamé ; N'ayant qu'un gantelet dont il pût se défendre.

Ce grand prince, trop juste et trop fort pour se rendre, Marche seul au combat et presque désarmé; Et d'un noble courroux puissamment animé Saute au col du lion qui vient pour le surprendre.

(1) Mort à Dieppe le 17 mars 1692, il fut inhumé à Tierceville (probablement commune de Bazincourt, arr. des Andelys, Eure).

« Une infinité de sonnets, de madrigaux font juger aisément

qu'il est un gentilhomme de grand mérite et un des premiers de l'empire des Belles-Lettres (Asseline, II, 382). » Nous en jugerions aujourd'hui moins aisément.

(2) Il s'agirait de son attachement pour le philosophe Callisthène; mais le fait est controuvé. (De Sainte-Croix, Examen critique des Historiens d'Alexandre, p. 565, 2e éd.)

Dans ce pressant péril, d'une invincible main

Il arrache d'abord à ce fier inhumain

Et la langue, et le sang, et l'âme, et la furie.

Ainsi qu'il triompha par sa belle action, Le monstre originel fut vaincu par Marie Au moment bienheureux de sa Conception.

Tilly (Nicolas le Roux de), de la famille de le Roux, dont on a plusieurs pièces au Palinod de Rouen, fut couronné sur ce Puy par Marin le Pigny en 1612 pour des stances qui commençaient par ces vers :

Doncques voici la fin de nos tristes malheurs ; Aux soupirs des humains, Dieu s'est rendu propice.

Tilly [Pompone le Roux de), du même sang que le précédent, paraît avoir été couronné pour des stances sur la Conception sous dom Duval, prince en 161 5. Cependant on lit au bas de ces vers : pour M. Guillebert (Nie.) V, cet article.

Tiphagne, de Montbourg, proche Valognes, connu au Palinod de Rouen pour une ode française sur la Maison de Pindare, en 1744 ( 1).

Titelou^e (Jean), chanoine de la cathédrale de Rouen, maître de musique et organiste avant Martin, prêtre, remplissant auparavant ces deux fonctions. J. Titelouze est

(1) Tiphaigne de la Roche, docteur en médecine (172 2- 1774), fut membre des Académies de Caen et de Rouen, et l'un des principaux auteurs de sa région. M. l'abbé Le Nordez a publié sur lui en 1891 un mémoire substantiel.

mort de la peste en 1 64 7 ( 1 ) . Au talent de la musique, il joignait celui de la poésie, et il reste de lui deux chants royaux qui prouvent par la difficulté des sujets combien était fortement et savamment organisée la tête de ce savant athlète du Palinod de Rouen en 1 618 et en i63o, sous Charles de la Rocque (2) et Charles de Campion ; ce dernier lui donna la palme pour un chant royal sur ces paroles de S. Augustin dans sa Cité de Dieu; livre XI, ch. xxx, Senarius est numerus perfectionis divinœ (3). Son succès n'étonna point après celui qu'avait eu seize ans auparavant son chant royal sur l'orgue, imprimé dans le Recueil d'Adrien Boccage, p. io3 :

(1) L'abbé Titelouze fut durant quarante-cinq ans organiste de la cathédrale, comme nous l'apprend sa notice (pp. 18-21) dans les Orgues et les Organistes de la cathédrale de Rouen, par M. l'abbé Collette (Rouen, 1894; in-40). Peut-être fut-il le plus habile organiste de son temps. Il a publié trois recueils d'oeuvres musicales, et M. Collette en a reproduit quelques pages. Aujourd'hui un illustre maître, M. Guilmant, réimprime ces morceaux d'élite et y joint une biographie confiée à M. Pirro.

Titelouze mourut dès 1 633. La date donnée par Guiot et la mention de la peste donnent à croire qu'une distraction a fait attribuer à Titelouze une note prise sur le chanoine d'Eudemare.

Un ancien professeur de la maîtrise, M. l'abbé Maze, a trouvé, aux manuscrits de la Bibliothèque nationale, plusieurs lettres de Titelouze au P. Mersenne. On vient de les imprimer dans le Bulletin de l'Histoire de Normandie.

(2) Cette citation du Prince prouve qu'il faut lire 161 3 et non

(3) Le texte même porte : Ter senarium numerum est operum significata perfectio. S. Augustin est plusieurs fois revenu sur cette idée, par exemple dans son traité De Gemesi ad litteram, IV, 11, 2-6, i3, 14. Chateaubriand essayait encore de défendre ces théories métaphysiques sur les nombres [Génie du Christianisme, I, 3, note); ne sommes-nous pas devenus moins accommodants i

Esprits confus, dans une course oblique Ne sondez point le système des cieux ; Des éléments la secrette musique, L'accord branslant de l' Estât politique, Ny de nos corps tant de rapports douteux. Dans ces parvis où l'Eternel assiste, Venez juger comme une main artiste Dressant un bois, dont la variété A cent conduits rangés par simétrie, Faict esclater jusqu'au ciel velouté D'un sourd métail une grande harmonie.

Qu'entends-je ? O Dieu, quel motet angélique M'emporte l'âme en ces charmes nombreux. Quoi ! ce bel orgue au ton du chœur réplique Comme un écho, et semble qu'un cantique Se donne en prix à qui chantera mieux. Clergé sacré, qu'un saint devoir excite, Qui pensera, si votre cœur médite, Qu'il soit alors dans le monde emporté ? Car vers son Dieu, ainsi qu'un bon génie, Constant le tient par l'oreille arresté D'un sourd métail une grande harmonie.

Si Timothée avec un air dorique Fit qu'Alexandre aux accès furieux Quitta l'espée (i) ; et la harpe rustique D'un bergerot (2) rendit de frénétique L'esprit serain du prince des Hébreux ; Orgue, pourquoi, lorsque le ciel s'irrite, Ne peut ta voix artistement conduite

(1) Le même musicien ayant d'abord joué de sa flûte sur le mode orthien, Alexandre transporté avait couru aux armes (De Sainte- Croix, Examen critique des historiens d'Alex., p. 214, éd. 1810).

(2) Ce « bergerot » est le jeune David apaisant avec sa cithare les accès de fureur de Saûl (I Reg., xvi, 23).

Ravir le glaive aux humains appresté, Guarir l'esprit d'infernale manie ?

Puisqu'est plaisante à la Divinité D'un sourd métail une grande harmonie.

Cessez vos bruits, luth trop mélancholique,

Aigre pandore, et violon quinteux,

Lyre imparfaicte et guitare comicque.

Vos nerfs sont morts, si le doigt n'y applique

De pause en pause un tremblement venteux.

Mais le tuyau respond, sonne et persiste,

Aux longs sujets que l'expert organiste

Traite en touchant le clavier marqueté.

D'un vent la force en cent bouches partie

Fait animer en longue fermeté

D'un sourd métail une grande harmonie.

Fut-ce Jubal, en sa recherche antique (1), Qui le premier compassa curieux Le hault cornet, la flûte pathétique, Et le clairon ? ou qui vint en pratique D'un mesme souffle exciter tant de jeux ? Fut-ce la main de merveilles instruite D'un Archimède ou de ce grand Archite (2) Qui par le nombre a tel son inventé ? Non ; mais Dieu en l'Esglise accomplie, Qu'on y trouva pour chanter sa bonté D'un sourd métail une grande harmonie.

ENVOY

Prince honoré dedans la basilique, Où ces accords s'accordent à tes vœux,

(1) « Jubal, dit l'Ecriture, fut le père de ceux qui jouent de la cithare et de l'orgue (Gen., IV, 21). »

(2) Archytas, grand mathématicien, n'est plus guère connu que par sa réputation.

Je peins ici pour le pécheur inique

Le tuyau rond, pour la grâce j'explique

L'air qui en tire un son mélodieux

Le choeur des voix respondant à la suite

De ces accents, l'Eglise favorite

Qui a pour phare, ô Vierge, ta clarté ;

Tu es la voix qui chasse la furie

Des noirs démons que mon vers a chanté,

D'un sourct métail une grande harmonie (1).

Tocqueville [Esprit de), de Rouen, neveu d'un jésuite de ce nom, né à Yvetot (2), comptait les années depuis 1764 par ses triomphes au Palinod de Rouen, dont les Recueils offrent nombre de pièces latines du jeune poète, ravi au printemps de soo âge. Deux hymnes sur la Présentation et sur V Annonciation , autant d'odes alcaïques sur la Résurrection et sur la Perceneige, sept épigrammes ou allégories en vers hexamètres sur S. Polycarpe et le Temple de S*e Sophie, sur le duc Raoul et Vabbé Helsin, sur la Corse, la Mort du Dauphin, et VEloge du Parlement de Normandie, telle pourrait être la matière d'un recueil particulier de poésie qui tiendrait une place honorable parmi ceux des Halle, des Rouxel, etc.

(1) Une note du ms. de Caen assure que le grand orgue de la cathédrale ne datait que de trente ans en deçà, et avait été donné par l'archevêque Robert de Croixmare. C'est une double erreur, ce prélat étant mort avant la fin du xve siècle, et la première mention de l'orgue (à propos d'une réparation) remontant, d'après M. l'abbé Collette, à i3#o.

(2) Ce jésuite J.-A. de Tocqueville, né à Rouen en 17 17, suivant le P. Sommervogel, fut professeur à Eu. Il a écrit en 1739 une poésie latine sur la guérison du duc de Chartres.

Totain, ecclésiastique de Carentan, auteur d'un dizain couronné au Puy de Caen en 1773 sur le Ver luisant, sujet traité par plusieurs auteurs et en particulier par Huet.

Jour (Albaro de la), sieur d'Espineville, un des plus anciens associés au Palinod de Rouen et le soixante-dixseptième dans l'expectative de la principauté sur le catalogue des confrères et juges de l'institut.

Tour (Thomas la), prêtre, auteur d'un chant royal sur

L'enseigne blanche de fleurs de lis tissue

dans le ms. in-40 du Puy de Rouen vers 1 53o.

Tourmente (Innocent), ancien poète français du xvie siècle, dont on a un chant royal dans le ms. in-40 du Palinod de Rouen vers 1 53o avec le refrain :

Au fonds d'hiver printemps qui rend verdure ;

et un autre sur

Ung corps conceu en pureté de grâce,

dans le ms. in-fol. de Jacques le Lieur en 1 544 ( 1 ) ; pu is une ballade, l'année suivante :

faicte en dispute

Qui d'Eve et Marie dispute.

Son prénom s'écrit quelquefois par l'i consonne.

(1) Deux autres chants royaux de Tourmente sont entrés dans les Palinods de Vidoue, f" 47-49.

Tournet [Jean], avocat au parlement de Paris, remporta la seconde Ruche d'argent fondée en 1624 par François de Harlay pour une ode française pindarique avec strophe, antistrophe et épode.

Toustain de Richemond, né à Rouen, ne fit que se montrer pour ainsi dire au Palinod de Rouen, au commencement du xvme siècle, en 1 700 ; et il remporta l'Etoile pour une allégorie latine sur A chille préservé par Pelée, sujet proposé en 1699.

Tremblay [du], de Paris, poète français, dont les stances sur Adam et Eve furent les seuls vers couronnés au Palinod de Rouen en 171 7.

Tribout remporta le second prix des stances sous Adrien Behotte, Prince du Palinod en i632.

Tubeuf (le P.), prieur des Carmes delà ville de Rouen en 1 671, et dès lors juge-né au Palinod de cette ville.

Turbot (Nicolas), au commencement du xvie siècle, sans avoir moissonné un grand nombre de lauriers au Palinod de Rouen, y eut cependant une réputation qui se répandit au-delà. Il remporta la Palme dès i5o8, sous Guill. Magnard, et le Chapeau de laurier en i5ii sous Guillaume de Calenge pour autant de chants royaux, puis en 1 5 14 le prix du rondeau sous Jacques Deshommets ( 1 ) .

(1) Les Palinods de Vidoue nous ont conservé, de Turbot, outre son rondeau, non seulement deux, mais même trois chants royaux (ff. 69, 36, 41, 42).

Turgot [Jacques], d'une famille célèbre dans la robe et dans les finances, concourut en 16 35 au Palinod de Rouen sous Henri d'Orléans pour une allégorie latine sur le Roi préservé de la foudre. Il eut le premier prix.

Turpin, professeur au collège Dubois à Caen, fut couronné au Palinod de Rouen sous le marquis d'Etampes en 1738, pour une ode française sur le Sage, à laquelle fut adjugée la Rose, prix de la ballade :

Quels mortels du titre de sage Sont dignes d'être revêtus ?

Est-ce un philosophe sauvage Paré du masque des vertus?

Est-ce un conquérant homicide Qui de meurtre et de sang avide De l'univers est la terreur ?

Le sage ennemi de la guerre Travaille au bonheur de la terre ; Et l'autre en est le destructeur.

Dans une retraite profonde Il ne va point s'ensevelir, Puisqu'il est citoyen du monde, Il se croit né pour le servir.

Parmi l'audace et l'injustice Le souffle empoisonné du vice N'altère point sa pureté (1).

(1) François-Henri Turpin (1709- 1799) était de Caen. C'est pour lui que fut créée en 1771 la charge d'Historiographe de la Marine. Ses écrits, où domine la biographie, comptent une quarantaine de volumes.

SUPPLÉMENT

Taillepied (Noël), franciscain de l'observance aux Cordeliers de Rouen, où il mourut en i 589 ( 1 ), n'a pas oublié dans ses Antiquités de Rouen ce qui pouvait regarder soit l'origine de la fête de la Conception, soit celle du Puy de ce nom : et c'est le chap. XXXIX de l'ouvrage, p. 157, édit. de 1587. Il a donné quelques pièces françaises pour servir de patron à ceux qui prétendront le prix. C'est un chant royal anonyme dont le refrain est

Le beau printemps, espoir d'un riche automne.

C'est ensuite un rondeau de H. James, qui répète trois fois « de jour en jour. »

C'est enfin une ballade de le Vasseur, dieppois, sur cette ligne palinodiale :

Jour cler, fruit doux, libvre de vie.

L'historien dit qu'en 1 586 il avait assisté à la séance publique du Puy de Sainte-Cécile, la veille de cette fête, « lorsque le sieur de Saldaigne, comme Prince, présidait « au Puy, afin de salarier en bon prix les meilleurs chan-

(1) Taillepied est bien connu par son curieux ouvrage des Antiquité^ et singularité^ de la ville de Rouen, devenu assez rare, malgré ses neuf éditions, pour que des bibliophiles aient plus d'une fois pensé à le réimprimer. Plus heureuse, son Histoire de Pontoise a été savamment rééditée en 1876 par MM. François et le Charpentier; gr. in-8°.

Ce bon moine fut un homme fort laborieux, comme le prouve la liste de ses ouvrages dressée par la Croix du Maine (II, 195-196) et par du Verdier (III, 147). Il faut y ajouter la Vie de Nicolas Denyse, en tête d'un ouvrage théologique de ce franciscain rouennais (Paris, 1574; in-80), et aussi Brevis resolutio Sententiarum, etc., œuvre de controverse publiée la même année.

« très » ; mais il ne dit pas en quelle année il a assisté au Palinod, où probablement il a vu couronner les pièces de poésie qu'il rapporte.

On a aussi parlé du Palinod de Dieppe, chapitreXLIII, dans son édition de 1610, après sa mort ; et il est cité deux pièces anonymes, une ballade et un rondeau, qui « y ont esté receuz et préférés aux autres : la première « était sur les armoiries de Dieppe :

Elle a bon mast, et ancre, et quille. »

La seconde est une prosopopée sur la personne de Marie, dont le refrain est :

La palme au poing.

Tibouville, on plutôt Thibouville (baron, marquis de), père du marquis de ce nom (1), ami de Voltaire et son correspondant à Paris, ainsi que le comte d'Argental, chez lequel il demeurait, au quartier Saint-Honoré. On peut voir la confiance qu'avait en lui le comte de Tourny dans les lettres qu'il lui écrivait et qui font partie de la correspondance générale de cet auteur avec les plus distingués de son parti.

Thirel [Louis [c.-dess.]), imita Marbœuf et Mauduit. Après avoir été couronné comme eux sur le même Puy à Rouen, il recueillit toutes les pièces qu'il avait composées pour le Palinod, sous le titre de la Muse sans artifice, par Louis Thirel, doyen d'Envermeu, in-12, i658; il y a huit chants royaux sur V Assomption, deux sur la Con-

(1) Ce dernier a laissé, entre autres écrits, quelques oeuvres dramatiques. C'était un homme de mœurs infâmes. {Mémoires secrets, XXVI, 68.)

ception, puis des sonnets et des rondeaux sur l'une et sur Pautre. Les pièces de vers de V Assomption étaient pour les Puys de Dieppe et de Douai.

Thuet [Esprit- Claude), prêtre de Noyon et du clergé de Saint-Médard à Paris, envoya en 1787 au concours du Palinod de Rouen une ode latine qui n'y eut aucun succès, malgré la beauté du sujet.

L'auteur de cette ode Test encore d^ne oraison funèbre de M. de Beaumont, archevêque de Paris, et d'un livre de dévotion intitulé : Moyens d'arriver à la perfection chrétienne. Né à Ham, en Picardie.

Valdory, peut-être le père du capitaine de ce nom, auteur du Siège de Rouen en i5gi (1), cultivait la muse latine et française au milieu du même siècle, et ses vers sont imprimés, conservés dans le manuscrit de Jacques le Lieur, Prince du Palinod de Rouen en 1544. Us consistaient en un chant royal ainsi annoncé :

Il ne faut point d'aultre argument Sy non que la Vierge est un monde, Lequel de tous biens tant habunde Qu'il passe monde habundamment.

Ne parlons plus de la vieille doctrine.

(1) La parenté des deux écrivains est aujourd'hui confirmée, selon la conjecture de Guiot.

Un rondeau dont la première ligne était :

De part en part Dieu me fait un tout prendre.

L'année suivante c'était une ballade qui rappelle les idées du chant royal par son refrain sur :

Ung petit monde tout parfaict.

Une allégorie latine est le seul monument de son talent dans ce genre.

Valiquier ville (Thomas- Amable-Nicolas Lesdos de), chevalier, seigneur et patron de Valiquierville, Allouville, Ecretteville, Saint-Valéry, Leur, la Londe, Epinneville et autres lieux, conseiller du roi en tous ses conseils, et son premier président en sa chambre des Comptes, aydes et finances de Normandie, Prince du Palinod de Rouen en 1736, né en cette ville le 18 juin 1696, avait d'abord été page de Louis XIV, et lieutenant dans le régiment du roi . Mais ayant perdu son frère aîné, il fut reçu conseiller au parlement de Normandie eni 7i5,etpremierprésident en survivance de la chambre des Comptes, aydes et finances de cette province en 1718. Il marcha sur les traces de son père, magistrat respectable à tous les égards, et pendant plus de quarante ans d'exercice, il fut le modèle de la compagnie dont il fut le chef. L'assiduité la plus exacte, le zèle le plus pur pour la justice, le bien public et les intérêts du roi, la dignité et la modestie les plus exemplaires dans l'exercice de ses fonctions étaient en lui des vertus habituelles et journalières. Il y joignait toutes les qualités du cœur qui rendent la sagesse aimable et la société douce.

Comme pendant un si long espace de temps il a reçu le serment de la plupart des officiers de sa compagnie, il les

aimait tous comme ses enfants, et ils le chérissaient et le respectaient comme un père. Personne n'allia jamais mieux que lui la noblesse et la simplicité : il savait parfaitement dans l'occasion faire rendre à sa place et à son rang ce qui leur était dû : mais il était facile de s'apercevoir que cette attention était en lui l'effet de l'amour de l'ordre et non celui de l'orgueil.

Sa physionomie heureuse et prévenante, son extérieur rempli de douceur et de dignité, la facilité, la bonté avec laquelle il écoutait les citoyens de tous les ordres et de tous les états, lui attiraient autant d'amour que de respect.

L'homme privé n'était pas en lui moins estimable que l'homme public. Il n'y eut jamais de père plus tendre, d'ami plus essentiel, de seigneur plus humain, de plus excellent maître. Excepté les occasions de représentation et d'éclat, dans lesquelles il était jaloux de soutenir sa place et de faire honneur à sa Compagnie, il ne sepiquait ni de faste, ni de luxe. Cette simplicité noble, qui sied si bien à la magistrature, présidait au gouvernement de sa maison, et il versait abondamment dans le sein des pauvres de la ville et de ses terres, ce que la décence de son état lui laissait de superflu.

Tels étaient les effets de l'amour et du respect qu'il avait toujours conservés pour la religion. La charité, la modestie, l'attachement à tous ses devoirs et principalement à ceux de son état, étaient en lui des vertus morales et chrétiennes. Sa deuxième maladie l'a trouvé au tribunal, et pendant les intervalles qu'elle lui a laissés, il ne s'est occupé que de la religion et des affaires de sa Compagnie, à laquelle il n'a cessé de prendre jusqu'au dernier moment l'intérêt le plus tendre et le plus sensible. Il décéda le jeudi 18 décembre 1766 à Rouen.

L'année de sa principauté en F Académie de la Conception fut remarquable par la libéralité qu'il y montra. Les allégories latines étaient nombreuses, et il n'y avait que deux prix fondés pour ces sortes de poésies. Il en donna un troisième qui fut remporté par Emmanuel Outin, ce qui ne porta point préjudice au grand prix de l'hymne, qui fut adjugé à Emmanuel Sevestre, que les mêmes mains couronnèrent encore deux autres fois dans la même séance. Ce Prince magistrat portait d^azur à la bande d'argent avec un croissant de gueules. V. outre le Recueil de Tannée, les Affiches de Normandie du même temps, n° 20, en décembre 1766.

Valley (Nicolas), cuvé de Saint-Jean en 1666. Il est cité par Farin en 1668 à l'occasion d^ne fondation en son église. 11 paraît avoir gouverné longtemps sa paroisse et jugé de même au Palinod de Rouen, puisque Charles Canappeville semble être son successeur immédiat.

Vallois d'Escoville [Louis de), gentilhomme de Caen, concourut au Palinod de Rouen en 1629 sous Nicolas le Royer, pour une allégorie latine sur un Palladium en Phrygie. Il remporta l'Etoile d'argent.

Valmenard (du) avait présenté aux Palinods de Rouen une ode latine sur la Pantache. Il en remporta le prix, qui était la Ruche d'argent.

Valrée [Antoine), premier prieurréguiier de la réforme de Saint-Lô de Rouen en 1639, et continuant à ce titre devoir droit aux séances du Palinod de cette ville, alors florissant. Il était né à Feuquières, diocèse d^miens, en 161 1, devint abbé de Sainte-Geneviève et supérieur]gcnéral de sa Congrégation en 1688.

Vattier (Jean), l'un de ces talents parlementaires auxquels on aima toujours à applaudir au Puy des Palinods de cette ville, était à l'âge où les Fontenelle, les Bailleul, les Desfontaine et autres y furent couronnés. Il le fut en 1697 Pour une allégorie sur Rahab, pour laquelle il remporta l'Etoile d'argent.

Varembert, au présidial de Caen, et docteur en médecine en TUniversité d'Angers, agrégé en celle de Caen, auteur d'un dizain sur le Diamant, couronné au Puy de cette ville en 1680. L'année suivante, il présenta un sonnet sur VEcusson du roi respecté du tonnerre à Moulins. Il dit dans son remerciement :

Si dans cette fameuse lice Où brillent les plus grands esprits, Par un jugement si propice L'on vous donne le premier prix, Beau lis, on n'en est pas surpris : On ne rend dessus vous que la pure justice.

Il traita le même sujet dans une ballade en 1 683 ; mais l'année d'auparavant il avait tenté quelques succès au Palinod de Rouen dans la même forme de poésie ; et sachant que la Rose en était le prix, elle en fut aussi le sujet.

Vace. V. Gace.

Vasse, vicaire d'Hermival, diocèse de Lisieux, mort curé de Norolle (1), même diocèse, en mars 1773, avait concouru en 1769 pour le prix d'éloquence aux Palinods

(1) Hermival, arr. de Lisieux; Norolle, arr. de Pont-1'Evêque, Calvados,

de Rouen, où Ton avait donné pour sujet: « Le danger de la lecture des livres contre la religion, par rapport à la société. » Son ouvrage ne fut point couronné, mais il fut imprimé en 1770 à Rouen, chez Machuel, in-8°, avecson épigraphe : Deum timetey regem honorificaie. [I Petr.

« La corruption est le fruit d'une vaine philosophie, « dit-il dans son exorde. Les systèmes irreligieux dont la « troupe des incrédules inonde la terre, introduisent et « perpétuent la licence dans toutes les conditions. Pose « élever la voix pour annoncer au peuple le danger de ces a nouveautés téméraires; et pour convaincre tout homme « raisonnable, je ferai voir qu'elle plonge l'esprit dans un « doute universel, d'où sort nécessairement l'esprit d'in- «t dépendance avec une chaîne de dangers, dont le ren- « versement de l'ordre établi pourrait être le terme. »

Telle est sa division, puis il ajoute : « Je répéterai sou- « vent qu'un cœur où la religion n'exerce plus d'empire, « a brisé les liens qui attachent à la probité, et que tout « ce qui tend à ébranler ses maximes porte atteinte aux « devoirs de l'homme et du citoyen. »

L'orateur fut plus heureux en 1 770. La même académie avait proposé pour sujet du même prix : « L'indécenceet le danger de la raillerie en matière sérieuse et particulièrement en matière de religion. » Il en remporta le prix.

Qu'est-ce que la raillerie ? demande l'orateur au commencement de la première partie. « C'est un trait badin, un discours dans lequel on s'attache moins à la valeur de son sujet qu'à ce qu'il renferme de plaisant, ou une manière de s'exprimer plus propre à répandre le ridicule sur la chose dont on parle, qu'à la faire connaître. »

Il prouve ensuite comment elle exprime d'une façon déshonnête les matières sérieuses et surtout celles de la

religion; comment ensuite elle annonce un cœur vicieux. Après l'avoir ainsi considérée en elle-même et dans sa nature, il la considère dans ses effets; il les représente comme des semences de discorde et des germes d'impiété. « C'est ainsi qu'on a vu se corrompre les hommes fai- « blés, dont un monde séducteur a vaincu la retenue. « Depuis le jour où ils commencèrent à sourire à la railce lerie, ils ont aimé à entendre et à lire les railleries d'un « genre subtile et enjoué ; ils ont admiré la malheureuse « fécondité des esprits frivoles, qui s'exercent à décocher « des traits contre les vérités sacrées ; des livres où la reli- « gion est plutôt dénigrée que combattue, ont fait leur « amusement; mais en même temps que le goût de la « raillerie a prévalu en eux, le respect dû aux choses « saintes s'est affaibli. 11 ont passé en un moment de l'in- « différence au mépris, du mépris à la licence dans leurs « jugements et leurs expressions. »

Vasseur [Pierre-Firmin le), de Rouen, curé de Fontaine-en-Bray, avait été élève de l'abbé Saas, chanoine de Rouen, et à la plus haute piété joignait la plus grande application aux études et aux devoirs de son état. Les moments qu'ils lui laissaient étaient pour la poésie latine, et il s'y est souvent exercé au Palinod de Rouen où l'on a de lui deux hymnes couronnées en 1750 et en 1752"; l'une sur la Compassion de la Vierge, l'autre sur le Sacré-Cœur. Ces matières étaient faites pour le sien, et il y a mis en effet toute l'onction possible jointe à la noblesse des pensées et à la richesse d'expression qu'on adroit d'attendre de ces compositions lyriques. Il soutint cette réputation dans une ode latine sur la Conversion de S. Paul, pour laquelle il eut la Ruche d'argent en \jSy. On reconnaît encore le même talent dans une allégorie latine

sur Henri IV, qui avait également réussi en 1750, sous M. de Courvaudon.

Vasseur (le), de Dieppe. V. le Supplément.

Vavasseur [Guillaume le) ne concourut qu'en 1645 aux Palinods de Rouen, mais en deux genres de poésies : en vers hexamètres et en vers alcaïques. Les premiers étaient sur un enfant respecté de la foudre, et l'Etoile d'argent fut le prix de son allégorie : dans les seconds, il analysait en physicien la première région de l'air ; il eut la Ruche d'argent, prix de l'ode latine.

Vaudin (Alexandre- Jean), natif de Paris en i658, fut prieur de Saint-Lô de Rouen en 1706, et siégea en conséquence au tribunal des Palinods de Rouen lorsque les Mauduits s'en disputaient les couronnes. Il devint assistant de la Congrégation de France, et mourut en 1 737.

Vauquelin (Claude de), écuyer, sieur de Méhendin et de Loucey, baron de Guibray, etc., Prince du Puy des Palinods de Rouen en 1646. C'est par lui que fut couronné Robert pour un chant royal sur le Scapulaire,

Veauquelin (Jean), cité dans les Recueils des Palinods de Rouen pour une allégorie latine sur le fleuve Lycus, qui fut couronnée en 1682.

Vengeons, professeur au collège Dubois à Caen (1), adressa aux Palinods de Rouen plusieurs pièces de vers

(1) Pierre Vengeons (1628- 1667), né à Montchauvet {Calvados), devint professeur au collège du Plessis à Paris. On n'a de lui que quelques pièces fugitives de circonstance.

hexamètres sur Adraste en 1 65o ; sur la Lumière du soleil en i652, et sur YOs homini sublime dédit d' Ovide [Metam. I, 85] en 1 653. Ces trois allégories furent couronnées par Adrien de Harcourt, Henri d'Orléans et

Pierre de Becdelièvre.

Verdier (Pierre), mentionné dans le Recueil manuscrit in-fol. de Jacques le Lieur en 1S4S, où l'on trouve sous son nom une allégorie latine sur ces paroles : Si unius delicto multi mortui sunt, etc. [S. Paul, Rom.,

Vergetot, de Virville, conseiller au parlement de Rouen, sa patrie, mort vers 1 yy6y à Sainte-Barbe-sur- Croisset, avait deux fois été couronné aux Palinods de cette ville, sous L.-F. de la Bourdonnaye, et Franc. Fitz- James, c'est-à-dire en 1735 et 1737, pour deux épigrammes'ou allégories latines pour lesquelles il reçut un double Laurier ; Tune était sur le Siège de la Rochelle, l'autre sur le maréchal de Berwick.

Vestu (Nicolas le) fut longtemps dans la lice des Palinods de Rouen, au commencement du xvie siècle. Un rondeau redoublé l'y fit connaître en i5ii, et un chant royal sur

Le parc d'honneur muny de toute grâce (1) "

ajouta à sa réputation en 1 5 1 2. Il ne reparaît ensuite qu'en 1 523 et en i53o; léchant royal qu'il présenta au Puy à cette dernière époque, était dans le manuscrit in-40 de l'Académie de ce temps et commençait par cette invitation précipitée :

(1) Vidoue, f« 3 1-32.

« Tost à l'assault, à l'assault, à l'assault, « Arrangez-vous, dames et damoyselles.

Le chant royal de 1 523, pour lequel lui fut adjugée la Palme, est un des plus remarquables entre ses poésies, ^argument (1) est en vers :

Ung facteur fut Olkgam (2) nommé,

Roy sur tous chantres renommé,

Qui feist en des parts trente-six

Un motet tellement assiz

Qu'on ne veist oncque œuvre semblable.

A Clérici chantre louable

Premier qu'envoyer par chemin

Le feist noter en parchemin

Puy pour le chantre assembla

Chantres auxquels très bon sembla.

Le facteur Dieu nous signifie :

Son motet dont les parts je nombre,

Le sacré Concept certifie

Qui grâce et vertus eust sans nombre;

Le noteur et le parchemin

Figurent Anne et Joachim,

(1) Cet argument est imprimé par Vidoue (f° 77 v°); mais la table l'attribue, probablement par erreur, à Guillaume Crétin.

(2) Guillaume Ockam, disciple de Jean Scot, est un moine franciscain anglais mort vers le milieu du xive siècle. Ce fut l'un des premiers savants de son époque, comme le prouvent son titre de chef des nominaux et son nom de « docteur invincible ». Le P. Possevin (Apparatus sacer, I, 70g, éd. 1608) cite de lui une douzaine d'ouvrages, aujourd'hui profondément oubliés, et d'ailleurs fort rares. Tout n'y est pas également à louer : intemjoeranter qucedam scripsit, dit notre P. Costil, dans son Compendium. Outre des Commentaires sur Aristote, on remarque son Introduction aux sciences {de Scientiarum ingressu) et sa Physique {Qucestiones Physicorum) en huit livres.

Verbes passifs, pleurs manifestes, Chantres, patriarches, prophètes, Et les docteurs de Sainte Église, Qui prouvent œuvre, très exquise :

Ceste Vierge dont fut yssant Jésus-Christ, son (sic) réjouissant.

Le personnage dont il est question était un trésorier de de Saint-Martin de Tours, grand musicien, comme Jean Titelouze à Rouen, et dont le chant royal sur Forgue fait exactement le pendant de celui-ci ( r ):

Olkgam, très docte en art mathématique Arithmétique, aussi géométrie, Astrologie, et mesmement musique ;

(7) Vidoue l'a donné (f° 32-33) dans ses Palinods, avec les variantes suivantes :

Par industrie en fleurs et deschant Douceur cerchant . . .

Du eust assys . . .

Et refulcys. . .

... le nommé requis Et théorique, , . (C'est le texte de Caen) . Si bien guernye . . .

L'esiouyssant et l'inconstant

. . . fut mieux qu'ils [ainsi : qs | Sur rigle unye . . .

... a noter submis L'œuvre premis sans rien avoir obmis Correct l'a mis tout en une ouverture

... au dict fracteur transmis

. . . chief -d'oeuvre de nature

... a facteur magnifique Puis le commis ny avoir mal commis

. . . promis et fait . . .

Ne soie\ marrye en tant . . .

. . . l'apprentys Louer ton pure. . .

Plus loin (f° 70), Vidoue a imprimé « de M. Nicolle le Vestu » un rondeau et une ballade.

Qui fantastique ennuy chasse et maistrie ; Et par industrie en fleurtys et deschant Doulceur cherchant, œuvre fust en droict chant. Deuëment dressant en des parts trente-six, Ou eust assys accords tant bien fulcys, Estre fulcys de doulceur par droicture, Qu'en escripture est le nommer exquis, Motet exquis, chef-d'œuvre de nature.

Cestuy Olkgam usant moult de pratique

Et l'héroïcque en toute symphonie,

Si bien garny à ceste œuvre authenticque

De chant mystique et parfaicte amonie ;

Que ainsy muny humain cuer languissant

Et impuissant,, rendait sain et puissant

Resj ouïssant, et l'inconstant rassis.

Verbes passifs eut graves et massifs

Haut esclaircis de telle fourniture,

Qu'en constructure oncques ne fut mieulx qu'eux

Motet exquis, chef d'œuvre de nature.

En blanche peau de parchemin anticque De judaïque adornement garnye, Moult bien vernye avec ponce pontique D'aromatique oliban, puys brunye, Sans reigle unye, ung chantre bien voullant Or pur coulant de sa plume escoulant Soy recolant estre à notes submye L'œuvre premier sans rien avoir obmye Correct la mye tant en un ouverture Et sans fracture au dict facteur transmye Motet exquis, chef d'œuvre de nature.

Pour l'approuver ce facteur magnificque En lieu publique experts chantres convie Qui grand envye avaient qu'en foy unicque Chant pacifique apparut en leur vie

Lors chanterie ung chacun congnoissant Recongnoissant tous courage remys, Puys le commun n'y avoir commys Tous ont promys en faict judicature Que adornature avait très juste acquis, Motet exquis, chef d'ceuvre de nature.

Se ung tel motet se attribue et applique A ton pudicque et sainct Concept, Marie ; Ne soys marrye, ne (i) tant que chant celique Ny angélicque au tien ne s'aparie ; Se je y varie, ou ne suis consonnant, Ne résonnant à ton los bien sonnant; Mais dissonnant, supporte l'apprentifs; Car si subtilz membres grands et petits Estoyent vertys en langues, d'adventure, Louer toy pure assez ne pourraient-ils, Motet exquis, chef d'œuvre de nature .

Prince très doulx, qui tous discors vainquis, Quand nous conquis en celle dont nasquis France d'acquys, fay nous voir sa figure ; Que je figure, après t'avoir requis, Motet exquis, chef d'ceuvre de nature.

Le Prince qui couronna Fauteur était Guillaume Le Roux, chanoine de N.-D. de Rouen, abbé d'Aumale.

Viard, de Rouen. Le tremblement de terre, si funeste à la ville de Lisbonne au milieu du xvme siècle, parut à cet auteur un sujet propre à être traité en vers latins; et l'allégorie latine qu'il composa en effet à cette occasion, en 1755, lui valut l'Étoile d'argent.

(1) Ms. de Caen : en.

Vidouve (Pierre), natif de Verneuil au Perche, libraire de Paris où il est mort vers 1544, a ^a^ imprimer vers i53o un livre intitulé :

« Palinods, Chants Royaux, Ballades, Rondeaux et ce Epigrammes, à Phonneur de Tlmmaculée Conception « de la toute belle Mère de Dieu Marie (patronne des « Normans), présentez au Puy à Rouen ; composez par « scientifiques personnaiges desclairez par la table « ci-dedans contenue, imprimez à Paris. Ils se vendent à « Paris, à l'enseigne de PEléphant ; à Rouen devant « S. Martin à la rue du Grand-Pont, et à Caen à Froide « Rue à renseigne Saint-Pierre. »

Ce recueil, petit in-8°, gothique, finit par imprimebat Petrus Vidoueus.

La préface peut aller de pair avec celle de Coquainviller en 1 524, mais moins prolixe et pour le moins aussi piquante par la naïveté :

« I^honneur et gloire de nos majeurs et Pères anciens « et ancestres nous doibvent stimuler à observer leurs « coustumes et traditions, et par piteuse révérence ce poindre nos cueurs à les continuer en nostre mémoire « afin que par auscuns envieulx et médisant ne soit dict ce ou faict à rencontre de raison faulcement et maulvai- « sèment et proféré quelque langaige qui soit au déshon- « neur et vitupère d'iceulx majeurs qui nous ont préce cédé. Cela non seulement ne nous doibt douloir et ce molester; mais debvons davantaige de tout nostre pouce voir les objections de nos adversaires réfeller et chasser ce afin que nous ne soyons vus ingrats des biens, lesquels ce ils nous ont faicts et qu^vons par leurs bénéfices a receups.

ce En ceste manière nous lisons en TEscripture saincte ee que quand les anciens veoient aucune chose tourner au

« deshonneur de Dieu ; par amour et grand zelle, ils « rompoient leurs vestemens, voulans donner à entendre « leur impatiente tristesse, par laquelle ils souffroient le « contumelieux deshonneur estre faict au service du « Créateur et père de tous les hommes mortels. Ainsi que « Joram, roi d'Israël, lequel, quand il entendit que le « roi de Syrie lui avoit envoyé l'ung de ses serviteurs, « c'est à sçavoir Naamen le lépreux, afin qu'il le guarist « de sa maladie; froissa et rompit ses vestements et dict : « je ne suis pas Dieu, qui puisse tuer et vivifier; et le roy « m'envoye son vassal pour estre gari de sa lèpre. Et « l'évêque Gaïphe semblablement meist son rochet en « pièces, quand il ouyt dire que nostre saulveur Jhésus- « Christ viendroit une foys es nuées du ciel en sa puisât sance et grande majesté et qu'il estoit fils de Dieu ; et « en rompant son dict vestement se retira de la chaire « épiscopalle : car il pensoit que Jhésus notre Rédemp- « teur avoit contumélieusement blasphémé à rencontre « de l'honneur divin.

« En ceste manière sainct Pol et sainct Barnabe se « voyans estimés dieux immortels par le peuple du pays « delicaonie; et que les sacrifices et d'aultres honneurs « leur estoient donnés et offerts selon la coustume des « payens qui était faulse ; moult leur despleut ceste supers- « titieuse vanité; tellement qu'ils en froissèrent par doute leur et molestèrent leurs vestements et habits, ainsi qu'il « est escript au livre des actes des apôtres.

« Plus forte raison nous rend obligez et subjectz à dé- « fendre l'honneur et gloire de nostre saincte mère pâte tronne et advocate très glorieuse et sacrée vierge, mère « de Dieu, Marie : laquelle nous Normans et aultres du « pays de Neu strie révérons et luy portons honneur, et « l'avons préeslue pour nostre patronne et mère et régente,

« ainsy que les aultres nations ont pri ns spétiallement une « chascune leur patron : comme les Romains sainct « Pierre et sainct Pol; les Vénitiens, sainct Marc; les Mil- « lannoys, sainct Ambroise ; les Françoys, sainct Denys ; « les Anglois, sainct Georges; les Espaignols, sainct « Jaques; les Bretons, sainct Yves; les Manceaulx, sainct « Julien; les Parisiens, saincte Geneviefve; et ainsi des « aultres.

« Cessent doncques tous nos mecdisans; et plus ne « sèment leurs parolles, disans que les Normans ont prins « pour leur patronne la toute belle mère de Dieu, à cause « comme ils disent, qu'en leur pays de Normandie ils « n'ont aulcuns sainct qui soit canonizé. On leur res- « pond deuement qu'en l'église de Rouen, métropolitaine « de Normandie, ont été xvn archevêques (i), tous cano- « nisés par les Papes et sainct Siège apostolique, et en « plusieurs aultres églises, tant cathédrales qu'abbaciales, « ont été semblablement plusieurs de saincte vie célébrez « et canonisez, comme il appert en Tabaye de sainct « Wandrille au diocèse de Rouen, en laquelle ont esté « tant abbés que religieux profez jusques au nombre de « xxxvi (2) lesquels sont dignes de perpétuelle mémoire

(1) C'est précisément le nombre de saints que la Géographie de la Seine-Inférieure attribue au siège de Rouen; mais il y a quelque difficulté pour deux ou trois noms, outre S. Nicaise qui ne figure sur aucune des plus anciennes listes. Quant à la canonisation officielle par le Saint-Siège, la vérité est qu'aucun de nos archevêques ne l'a eue, pour la bonne raison qu'elle ne remonte qu'au xne siècle. C'est encore l'archevêque de Rouen qui, en n53, a canonisé S. Gautier de Pontoise (Godescard, au 18 avril, S. Galdin, note).

(2) Ici l'auteur a été modeste : le tableau dressé par la Géographie donne une soixantaine de noms. Une chronique belge croit qu'entre toutes les abbayes cisalpines, Saint-Wandrille est celle qui

« comme vrays âmes de Dieu régnent lassius (??) en « rimmortelle gloire des bienheureux. Ainsi soit-il de « nous. Amen. »

Ce Recueil, composé d'environ quatre-vingts pièces en vers français, tant chants royaux que ballades et rondeaux, contient encore une quarantaine de pièces en vers latins, les unes et les autres sans une seule date qui puisse indiquer les années de leurs succès. Entre ces deux genres de poésies, c'est-à-dire à la fin des vers français, est une pièce intitulée « bon couplet. »

Pour les grands dons et les prérogatives,

Belles vertus, œuvres caritatives,

Qui ont esté des sain hommes trouvez

Saincte Eglise a leur vie approuvez

Et en a fait mémoire solempnelle .

Pour tant qu'ils sont en la court éternelle,

Triumphateurs en grand magnificence,

Louans Abel pour sa pure innocence,

Le bon Noé pour sa bonne justice,

Melchisédech pour son divin office,

Sainct Abraham, pour foy obédiente,

Et Isaac espérance fervente,

Jacob prouvé est pour sa vérité,

Et Moyse a es loy autorité ;

Puys Josué, le grant triumphateur,

Est approuvé estre vray Orateur,

David loué pour sa mansuétude,

Et Salomon pour sa grande plénitude

De sapience en lui de Dieu refuse (1);

compte le plus de saints. (Annales abb. S. Pétri Blandiniensis, p. 55. Gand, 1842, gr. in-40.) (1) Variantes de Vidoue :

... de Dieu infuse (leçon de Caen),

. . . grand perfuse,

. . . et espérance ;

, . . pour leur fleur . . .

Les apostres eurent grâce perfuse, Du Sainct Esprit embrasant tout le monde ; Les forts martyrs de pensée très monde Ont eu constance en leur profession :

Les confesseurs, vraye confession Du nom de Dieu avec persévérance En charité, en foy, en espérance : Vierges aussi par leur fleur virginale Ont sur les cieulx couronne triumphale,

Au milieu de la collection des épigrammes ou allégories latines est une espèce d'invitation ou de prière, que Péloignement des temps rend très énigmatique. Elle est en vers latins adressés à S. Augustin (i).

Vieille (Nicolas de la), seigneur de Montigny, grenetier du roi à Rouen, ce qui signifie officier chargé des sels en cette ville, fut Prince des Palinods en i 522, et couronna les meilleurs poètes de son temps : Jacques le Lieur, P. Le Chevalier, Pierre Avril et Thomas Le Prévost. La qualité du Mécène ne pouvait pas échappera l'envie de blasonner son état dans quelques-uns d'eux; et Pierre Avril semble en effet avoir acquitté les intentions des autres dans sa ballade :

Le Grenetier de sapience Feist un grenyer pour les humains, Et le remplit du sel de sapience Exempt des impôts humains Où Adam submist ses germains, Fors Marie la toute belle, Prévenue pour maintes et maints, Le grenyer exempt de gabelle .

(i) F°s 86-87. La pièce, intitulée Parenesis, est mystérieuse jusque dans sa signature formée des deux initiales G.-C.

Le Roi par sa bénévolence Y commist officiers certains ; Honneur la clost par excellence Aux envieulx d'erreur actaints.; Povoir divin en rend loingtains Péché et le serpent rebelle, En gardant par effects haultains Le grenyer exempt de gabelle.

Pitié supplée l'indigence

Des poures rendans pleurs et plaincts,

Pour ce grenyer où diligence

Rend de sel pur les sacs plains :

Et s'aulcuns à tort se sont plaincts,

Vérité rend leur faulx libelle,

Leur monstrant par pleurs et par plaincts,

Le grenyer exempt de gabelle.

ENVOY

Prince, par édicts souverains

La Vierge qui Sathan débelle

Et (est 7) malgré tous fermiers forains,

Le grenyer exempt de gabelle.

Vieille (Guillaume de la), seigneur de Montigny et du Boschérout, grenetier du Roy à Rouen, fils du précédent, était le cinquante et unième porté sur la liste des confrères et juges du Palinod de Rouen.

Viger (François), jésuite de Rouen, mort en 1647 (1),

(1) Le P. Viger, né en 1590, est surtout connu par son traité latin des Idiotismes grecs, qui a eu un grand nombre d'éditions en Angleterre, en Hollande, et même en Allemagne encore en 1888. De plus, il a traduit en latin un ouvrage d'Eusèbe ; et sa version, réimprimée à Cologne, est entrée dans la Patrologie grecque.

souvent cité dans le Recueil imprimé d1 Adrien Boccage, p. i3 et 18 pour des stances sur la Conception; pp. 45, 76 et 91, pour des chants royaux sur

L'œuvre à la fin de son estre conduite (1). La riche palme en la terre stérile. L'amour conçeu au milieu de la haine ;

page 122 pour une ode française sur une Fontaine (TArcadie :

Ny crathis, n'y l'eau sclavonne, Ny la pimpléane aussi, Ny la fontaine à Dodonne N'esgalent pas ceste-cy; Tout le peuple d'Arcadie Prend de son flot argenté, Lorsque la terre endurcie Veufve d'humeur et de pluye Trompe l'espoir de l'été.

Viger [François], dont on a des stances dans le même Recueil d'Adrien Boccage, où page 3 1 elles sont signées : « Fr. V. le jeune », distinction qui n'est pas aux autres pièces, ce qui fait croire que c'est le frère du précédent. La première strophe confirme cette conjecture :

Je me sens enflammé, saincte Fille des cieulx, Tout enfant que je suis, de chanter vos louanges, Vierge, pardonnez-moy, si trop audacieux,

(1) Ms. de Caen : L'œuvre à sa fin dès son...

J'entreprends de chanter la musique des anges.

Comme le front d'argent et Diane en la nuit Surpasse la splendeur des estoilles plus belles, Ainsi vostre beau loz et vostre nom reluit Sur le sacré troupeau des plus chastes pucelles.

Vigne (André de la), lauréat des Palinods de Rouen en i 5 1 1 sous Guill. de Calenge. L'auteur du Nouveau Dictionnaire historique en 6 vol. in-8° (Paris, 1772) le place au xve siècle, sous Charles VII ; quoiqu'il ait aussi vécu dans le xvie, puisqu'il est mort en 1527. « Il se rendit recommandable, dit-il, sous Charles VIII, par les lettres. ». Anne de Bretagne, femme de ce prince, le prit pour son secrétaire. Ses exploits guerriers sont moins connus que les autres. On lui doit une histoire de Charles VIII, qu'il composa avec Jaligny, imprimée au Louvre [ 1 684], in-folio, par les soins et avec les remarques de Denys Godefroy. Il est aussi auteur du Vergier d'honneur avec S. -Gelais : c'est une histoire de l'entreprise sur Naples par Charles VIII, très détaillée et très exacte (1). Le lexicographe ne parle point des héroïdes imprimées à Paris en 1 541, ni des ballades, rondeaux et chants royaux en l'honneur de la Ste Vierge en i5o8. (Le Président Bouhier observe que les rondeaux sont un ouvrage différent du Verger d'honneur). C'étaient, dit l'abbé Goujet, dans sa Bibliothèque française, t. XI, des pièces qu'il avait destinées pour l'Académie du Puy de

(1) André de la Vigne fait l'objet d'une bonne notice dans la Croix du Maine et du Verdier. Comme historien, il est un des principaux auteurs de son époque.

Rouen; d'autres ballades et en plus grand nombre, dit le même auteur, étaient pour une association qu'on appelait Puys d'amour qui était établie en différentes villes du royaume; c'est-à-dire que, de temps en temps, le poète voulait expier les écarts de sa muse en lui donnant pour objet un de ceux qui étaient le plus dignes de la fixer. S'il travailla dans ce dessein dès avant i5o8, comme il paraît par l'édition de ses ballades et rondeaux, il ne commença à être couronné qu1en i 5 1 1 . Les strophes de son chant royal sont de treize vers et avaient pour refrain cette apostrophe :

Royne des Cieulx et princesse des Anges Ci).

et pour envoy :

Prince, pourtant qu'en ce bas territoire Eustes sur vice excellente victoire; Vostre enfant feist aux lymbes les vuydanges Des pères saincts, qui en son inventoire Estoient escripts, dont vous eustes en gloire Royne des cieulx, et princesse des anges.

Vigne (Michel de la), médecin, né à Vernon, mort à Paris, doyen de la faculté, sous Louis XIII, le 14 juin 1648, à soixante ans. Il est auteur d'un traité d'hygiène intitulé : Dieta sanorum sive Ars sanitatis, que le sieur de Frecheville, son fils, et de même profession, donna au public en 1671. Il existe aussi dans les Recueils du Palinod de Rouen, dit Fauteur des Antiquités nationales,

(1) C'est la première pièce des Palinods de Vidoue (fo 4-5), où les variantes portent :

Royne des cieux : princesse des anges.

. . . qu'en ce combat territoire . . . dont vous estes en gloire.

in-4°, t. I, n° 26 (i), une pièce de vers latins de sa composition, couronnée en 1624 par François de Harlay, archevêque de Rouen. Il en avait puisé le sujet dans Baronius, à l'an 499, où il est dit que Clovis était le seul / ( l i (f * y roi de son temps qui fût catholique dans l'univers; et le

. , . " y poète en tire de là cette allusion à la Vierge :

I j, cit^ . / ~//\ Humani illuvies generis turba impia Regum

J Int octant, Clodovxe, refers ab origine matrem.

Le mot illuvies est oublié dans lesdites Antiquités. On connaît encore du père des plaidoyers imprimés pour soutenir les droits de la Faculté contre Renaudot et les médecins des universités de province. Jacques de la Vigne, son oncle, chanoine de Vernon, avait commencé son éducation. (V. Niceron, t. XLIX).

Vigner [le P.), capucin, prédicateur des controverses à Saint-Ouen de Rouen, en 1 691, se mit sur les rangs au Palinod de Rouen et remporta en cette année le premier prix du chant royal. Le Colibry en était la matière :

Vous qui cherchez au sein de la nature De quoi charmer les esprits curieux, Que trouvez-vous de plus prodigieux Que l'oiseau seul exempt de toute injure Que ma muse offre en ces augustes lieux ? Le colibry qui ressemble à l'abeille, Mais qui dans soi renferme une merveille, Est un sujet digne d'être vanté, Puisque l'éclat de sa beauté visible

(2) 11 faut lire : t. III, article xxvi, p. 44; et plus bas, Niceron, t. XXXIX, 123. Deux lignes plus haut, enfin, une autre distraction a fait écrire par Guiot, 1761.

Fait admirer comme une rareté L'unique oiseau toujours incorruptible.

Reine du ciel, pour qui ma muse veille, De votre sort l'univers s'émerveille Pour n'avoir rien de notre iniquité ; Puisque au péché votre âme est invincible, N'êtes-vous pas dans votre intégrité L'unique oiseau toujours incorruptible?

Le même lauréat était également versé dans la versification latine, et il avait présenté avec ses vers français une ode alcaïque sur Arion; mais elle ne fut lue et imprimée que comme honoraire.

Ville [François de la) fut couronné aux Palinods de Rouen en 1617, sous Guillaume Anfrye. Il en reçut PEtoile d^rgent pour une allégorie latine sur le Palmier de Jérusalem.

Villers [Francois-Gi lie), prêtre de Rouen, mais dont on ne connaît qu^une seule hymne alcaïque couronnée au Palinod de Rouen sous Paul de Luynes en 1746. Elle était sur le mystère de V Incarnation (1).

Villers [François-Nicolas), de Caen, professeur au collège Dubois, recteur de PUniversité, a composé plusieurs poésies latines pour le Puy de cette ville. En 1760 il remporta le prix de Pode; son sujet était le courage de Caton, En 1770, il fit l'ouverture de la séance publique par une invitation aux poètes en vers asclépiades, et une

(1) La liste imprimée dit (p. 339) « l'Annonciation », ce qui est au fond la même chose.

ode alcaïque sur la fausse philosophie; cette ode eût pu être employée dans l'office du triomphe de la foi à Saint- Roch de Paris. Trois ans après, en 1777, il fit le discours avant la distribution des prix, et l'année suivante il fit l'ouverture par une ode sur l'Angleterre soumise par Louis XVI.

Villoison [Jean-Baptiste-Gaspard d'Ansse de), né à Corbeil-sur-Seine le 5 mars 1750. L'Académie de la Conception, dit l'abbé de Lurienne, son secrétaire, dans la séance de 1776, avait proposé pour sujet du prix de poésie latine : V Allégorie, poème d'environ cent vers héroïques. Les suffrages se sont réunis en faveur d'une traduction libre du cantique admirable (1) dans lequel Moïse a éternisé les miséricordes de Dieu et la reconnaissance de son peuple \Exod., xv, 1-20]. Cette hymne sublime de la plus éloquente poésie, le modèle et le premier de tous les ouvrages lyriques, célèbre le passage à jamais mémorable des Hébreux à travers les flots qui engloutirent Pharaon avec son armée. L'auteur de la paraphrase et membre de tant d'académies françaises et étrangères, est jeune encore, et cependant citoyen des siècles les plus reculés, contemporain de l'antiquité, familier avec les langues savantes, il a judicieusement observé que S. Paul dit expressément que les Israélites ont été baptisés dans la mer Rouge, que ce qui leur arrivait alors n'était que des figures [I Cor.,x, 2 et 11]. Il ajoute qu'en choisissant pour sujet de son poème cette allégorie consacrée par l'Apôtre et par les

(1) L'Eglise récite ce cantique aux laudes du jeudi. Il a été l'objet d'une bonne analyse par le savant Hersan, professeur de l'Université de Paris; et Rollin l'a en quelque façon popularisée en l'insérant dans le Traité des Etudes.

Pères Grecs, il a cru entrer dans les vues de l'académie qui a proposé pour sujet du prix d'éloquence la supériorité des livres saints sur toutes les autres productions de l'esprit humain (V. Part. Ancillon). Il a pensé que le fameux cantique de Moyse après le passage de la mer Rouge était une des preuves les plus frappantes de cette vérité; point de juge plus éclairé que M. de Villoison, dit toujours l'abbé de Lurienne. Il a conversé pour ainsi dire avec Moyse, il n'a pas besoin d'emprunter le secours des interprètes pour se décider entre le poète des Hébreux et Pindare, Homère, Virgile, etc. Les lecteurs les moins érudits trouveront dans les traductions même une preuve de la supériorité qu'on ne peut refuser aux Saintes-Ecritures : leur beauté se soutient, et n'est point effacée dans ces traductions ; peut-on dire autant des Pindare, d'Homère, etc.?

« Nous ne pouvons disconvenir que le cantique de Moyse n'ait été plus d'une fois traduit, commenté, paraphrasé; mais peu de versificateurs ont eu, comme M. de Villoison, le privilège de puiser à la source; de s'assurer du vrai sens de l'Ecriture, par la confrontation des textes hébreux, samaritains, et des versions chaldaïques, syriaques, arabes et grecques qu'il a toujours eu devant les yeux. Dans une lettre du 23 décembre 1776, l'auteur couronné développe les motifs qui l'ont déterminé à concourir. « Je suis bien éloigné, dit-il, de me piquer d'être « poète latin. Je n'ai ni le temps, ni les talents nécessaires « pour me livrer à cette partie, malheureusement trop « négligée aujourd'hui comme toutes celles qui tiennent « de l'érudition. J'ai fait autrefois, sans la moindre pré- « tention, une foule de vers grecs, non pour être poète « dans ces langues, mais pour entendre les poètes qui les * ont parlées. Je crois qu'il faut avoir beaucoup écrit dans

« une langue pour pouvoir en acquérir la parfaite intel- « ligence et surtout en sentir les beautés et les finesses (i).

« C'est ce qui m'a toujours donné la plus haute idée de « rétablissement de l'académie del'lmmaculée Conception, « qui conserve le dépôt de la poésie latine et qui seule « décerne des prix à ceux qui s'y livrent. Je témoignais à « un savant de nos amis le regret que j'avais de voir le « petit nombre de ceux qui étaient jaloux de les mériter « et l'indifférence que l'on témoignait à Paris pour les « couronnes que les Corneille, les la Rue et tant d'autres « savants du siècle de Louis XIV avaient recherchées avec « empressement. Il m'observa judicieusement qu'il était à « propos, pour réveiller le goût de la poésie latine, que « quelques gens de lettres se réunissent à Paris, et « tâchassent de contribuer, par leurs efforts, à relever cet « établissement qui intéresse les amateurs de l'érudition « et des langues savantes. Il m'engagea même à com- « mencer.par concourir, et ensuite à encourager mes amis « à me suivre dans cette carrière.

« Voilà, Monsieur, les motifs qui m'ont mis la plume « à la main, malgré mes occupations et le peu de talent « que la nature m'avait donné pour ce genre de travail, « dont je sens toute l'importance. Ma tâche est actuellece ment remplie, vous avez daigné couronner de faibles « efforts qui n'ont de louable que l'intention ; mais plucc sieurs de mes amis qui ont la même ardeur et beaucoup « de talent et d'exercice m'ont promis de se présenter au

(i) A cet aveu bien significatif dans la bouche d'un homme de cet âge et de cette valeur, ajoutons que la versification est le complément indispensable des études précédentes pour qui veut approfondir les ressources et le matériel d'une langue. C'est ce que remarquait un élève intelligent après quelques mois d'exercices de versification latine.

« premier concours. Leur exemple aura beaucoup plus de « force que le mien, et servira peut-être à faire renaître le « goût de la poésie latine, qui a eu le sort d'Aristote, « c'est-à-dire qu'elle a été trop honorée au siècle passé, et « qu'elle est trop négligée dans celui-ci. Je crois qu'il faut « tenir un juste milieu et s'efforcer défaire des vers latins, « fussent-ils médiocres, pour mieux goûter les bons « poèmes de Virgile, d'Horace, etc. »

Le savant dont il est parlé dans cette lettre est l'abbé Auger, ancien juge du Palinod de Rouen. V. son article.

M. de Villoison est mort à Paris, le 26 avril i8o5, avec de grands sentiments de religion (1).

Vincent de Saint- Augustin (dom), chartreux. Après avoir étudié la nature dans sa solitude et par la culture des fleurs, ce cénobite choisit le Lis pour en faire le sujet d'une ode latine qu'il adressa au Puy des Palinods de Rouen en 1643, et elle fut couronnée par dom Guillaume Cotterel, Prince de cette année.

Voisin (Jean), sieur de Guenonville, notaire et secrétaire du roi, l'un des anciens confrères et juges du Palinod de Rouen, éligible à la principauté du Puy au xvie siècle. Il était le cent trente-huitième sur le tableau des Princes de Passociation.

Voilant, secrétaire et receveur général à Rouen, était dès le xve siècle sur la liste des associés et Princes des

(1) Villoison fut un helléniste de premier ordre. Mais il eut parfois le tort de travailler trop vite, ce qui a gâté sa grande édition des scholies de Venise. (Boissonade, Critique litt. du premier Empire, I, 222.)

Palînods de Rouen. Il y avait un chanoine régulier de Saint-Victor de ce nom à Paris, et il est mort à Corbeil en 1406 ; ils pourraient être de la même famille.

Vregeon ( Denys), né à Servaville près Rouen, curé de Salmonville-la-Sauvage, de l'Académie royale des sciences de Rouen, et de celle de Clermont, bibliothécaire, juge au Palinod de Rouen en 1764, a donné au public un Dictionnaire des règles de la composition. Rouen, in-8° (1).

SUPPLÉMENT

Vandœuvre [Jacques Paulmier de) , né à Vandœuvre (2) en 1624, mort en 1702, le i3 avril, à soixantedix-sept ans, brigadier des armées du roi et chevalier de Saint-Louis. Était petit-fils de Julien Paulmier (3) et neveu de Grentemesnil,. avait abjuré le protestantisme dans les mains de M. Huet, en i685, et « il signala sa « conversion, dit Tévêque d'Avranches, par une ode sur « la Sainte Vierge qui lui mérita le prix du Palinod. Il « avait pris soin auparavant de polir la version surannée « des psaumes, composée par Marot et par Bèze, ayant « concouru dans ce dessein avec le célèbre Conrart, « secrétaire de l'Académie française. »

(1) Ce modeste travailleur (1723-1794) a composé divers mémoires scientifiques et même un recueil d'observations météorologiques. L'ouvrage qu'en cite Guiot a eu deux éditions : il en est de même de son Rudiment des enfants, 1762 et 1766.

(2) Arr. de Falaise, Calvados.

(3) Celui-là même dont l'ouvrage sur le vin et le cidre, et la traduction de Gahaignes ont été réimprimés par M. Travers pour les Bibliophiles normands (1894-1896, 2 vol. petit in-40).

Tu, Paîmeri, aderas, quo non prxstantior aller (i) Et Martts tractare enses, calamosque Minervx.

(Poés. de Huet, Epist. ad Menagium.)

Vasseur (le), de Dieppe, a composé une ballade que Taillepied propose pour modèle aux athlètes du Palinod : Elle commence ainsi :

Nuict nuit par péché scandaleux, Fruict amer cause faim amère, Mort mord pour un mors merveilleux L'enfant au ventre de la mère.

Mais une femme, vierge et mère, Démonstre en la terre asservie, Pour nuict, fruict amer, mort sévère, Jour cier, fruit doux, livre de vie.

Ce poète, qui paraît avoir été couronné à Rouen vers la fin du xvie siècle, le fut sans doute également au Puy de Dieppe sa patrie vers la même époque.

Vachet (Pierre-Joseph du), oratorien, né à Beaune. On trouve dans ses poésies latines imprimées en 1 664, plusieurs pièces palinodiques, quoique sans les allusions ordinaires.

Ybert (Pierre), l'un des auteurs palinodiques dont Adrien Boccage a recueilli les poésies en 161 5. On y trouve des stances sous ce nom, page 21 :

(1) Ces deux vers ne sont que dans le ms. de Caen.

Traictant de tes beautez, ô Vierge toute belle, Je ne veux me servir d'un profane pinceau ; Pour guide de ma main l'humilité j'appelle Le sainct Esprit pour maistrè et la foy pour tableau.

C'est peut-être flambeau qu'on a voulu mettre,)

Il est vray qu'autrefois les beautez de ce monde Ont entré en l'estrif du pair en leur saison : Mais toy qui n'en as point de pareille ou seconde, Avec toy l'on ne peut faire comparaison

A la page 129, c'est une ode qui présente les mêmes idées :

Qu'Homère de son Hélène N'honore plus le flambeau ; Et que Lucresse romaine Se cache dans son tombeau ; Qu'Appelle oste le tableau De l'amoureuse princesse : Car il est venu des cieux Une plus belle déesse Qui n'a rien de vicieux.

Ysore [François], avocat au parlement de Rouen, couronné aux Palinods de cette ville en 16 14 pour une ode française sous Alphonse de Bretteville. Le sujet de cette pièce lyrique était tiré de Plutarque et sur le Bâton des augures à Rome ( 1 ) .

(1) Vie de Camille, c. 32.

Zaratte [François-Ferdinand], de Madrid, et de Tordre des ermites de Saint -Augustin, a composé, en 1 586, un ouvrage dont l'intitulé porte en latin : Certamen Conceptionis Domina? nostrœ, Valentiœ. Cet écrivain n'a que des droits éloignés, il est vrai, à la place qu'on lui donne ici, n'étant pas au nombre des lauréats palinodiques. Cependant on n'a pas cru devoir l'en exclure plus que Marc-Antoine Gravois, et pour les mêmes raisons, à cause de la mention honorable qu'il fait dans son ouvrage du Puy de la Conception à Rouen .

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