V. les Affiches de Normandie, 1777, P
(1) Voici cet article :
« Le lundi 7 avril 1777, M. J. Petit, écuyer, sieur de Montfleuri, académicien vétéran de l'Académie royale des Belles-Lettres de Caen, mourut en ladite ville, sa patrie, âgé de soixante-dix-neuf ans. Il avait été reçu à l'Académie en 173 1, lors de son rétablissement.
« M. de Luynes, évêque de Bayeux (aujourd'hui cardinal et archevêque de Sens), duquel il était fort aimé, le nomma capitaine général des chasses et pêches dans l'étendue des fiefs de son évêché et de son abbaye de Cerisy. Il faisait alors son séjour à Bayeux avec l'abbé de Montfleuri, son frère, mort chanoine de cette ville en 1758, et auteur d'une brochure imprimée en 1728 sous ce titre : Ouvrage contenant deux Lettres curieuses et instructives écrites à un prêtre de VOratoire par un chanoine de Bayeux.
« Doué d'une candeur et d'une simplicité de mœurs peu communes, M. de Montfleuri occupait souvent son loisir des amusements
Montge\ ou Monge\ (Jean- André), né à Lyon en 1750, auteur du Journal de Physique, professait à Saint- Lô de Rouen en 1775, et à ce titre prit place au Palinod de cette ville, où Pavait prévenu et devancé sa réputation dans la république des lettres (1).
Montrédon (Jean- Baptiste- Joseph Chiavary de), né à Arles, élève au séminaire de Joyeuse, remporta deux prix de vers latins au Palinod de Rouen en 1741 ; celui de Tode latine et celui de l'allégorie latine : la France arbitre de V Europe était le sujet de la première pièce, la seconde était sur la nouvelle Carthage.
Moquot (Jean), né à Nevers en 16 14, professeur à Saint-Lô de Rouen, et en cette qualité, juge-né au Palinod de cette ville en 1660 ; mort en 1693 (2).
de la poésie. Nous avons de lui plusieurs odes qui ont vu le jour : une au cardinal de Fleuri, Journal de Verdun, février 1727; une contenant YÉloge du Papier, ibidem, février 172S; autre sur le Zèle, ibidem, décembre 1729; autre intitulée les Grandeurs de Jésus; autre, les Grandeurs de Marie, 1752.
« Veuf de N. Philippe de Hautmesnil, issue d'une Grimonville, et de M. d'Aigneaux, et laissant du premier lit seulement un fils marié, et trois filles dont deux religieuses et l'autre morte fille; il s'est retiré sur les dernières années à Caen, chez son fils qui a épousé" la fille du sieur Berlbie, secrétaire du roi et receveur des Tailles de la Généralité de Caen ; et y a fini sa carrière dans les sentiments d'un bon chrétien. »
(1) Mongez, mort en i835, fut un antiquaire très distingué qui siégea près d'un demi-siècle à l'Institut, où il a lu une cinquantaine de mémoires. Il a continué Visconti et a traité les Antiquités dans « l'Encyclopédie méthodique. »
(2) J. Moquot appartenait sans doute à la famille du savant jésuite Etienne Moquot, né à Nevers en 1676.
Morangis (Antoine Barillon de), juge honoraire au Puy de Caen en 1 683. On lui adressa une épigramme latine sur un phénomène particulier du 26 novembre de cette année. Il consistait dans une grande obscurité.répandue sur le territoire de Caen, excepté sur le couvent des Franciscains.
Morel (messire Charles), de Dieppe, composa au xvie siècle un chant royal en dialogue sur V Assomption pour le Puy de Dieppe. Il est conservé dans le ms. de la bibliothèque du roi 6989. En voici la conclusion :
RAISON
Que dys-tu plus ?
NATURE
J'ai commis forfaictiire, De vouloir dire ung tel corps vicieux.
RAISON
Qu'en concluds-tu, d'icelle créature ?
NATURE
Qu'elle a le corps couronné glorieux Au sainct siège des martyrs précieux .
RAISON
Il n'est pas, non, en région si basse.
NATURE
Est-il plus haut ?
RAISON
Je te dis qu'il surpasse De tous les saints la luminosité, Et des angels la haute hiérarchie.
Je croy donc qu'il soit en dignité Impassible, plein de gloire assouvie.
Morin, de Caen, ne s'est présenté qu'une année au Palinod de Rouen, et y a remporté deux prix de versification latine et française en 1746, sous M. de Luynes. Il les mérita pour une allégorie intitulée : Oliva Bisantina (1), et pour une ode française sur Judith.
Morin {Michel), de Rouen, couronné ex œquo au Palinod de Rouen pour une allégorie latine en 1755 sur la Naissance du comte de Provence. (V. Grandin.)
Morl et {Jacques), né à Rouen le 14 novembre i685, curé de Saint- Lô en 1741. Il remplit cette place et celle de juge-né au Palinod de la même ville jusqu'en 1762, année de sa mort le 1 3 avril.
Mortemer, du diocèse de Rouen, prit pour sujet d'une allégorie latine le Massacre des Innocents, et présenta ses vers au Palinod de Rouen en 1743. Il remporta le Laurier, symbole du premier prix.
Mothe (P. -A. de la) avait puisé dans les antiquités de Paris la matière d'une pièce latine qu'il mit au concours du Palinod de Rouen en 1708. Un incendie très considérable avait ^réduit en cendres un grand nombre d'effets très précieux, d'excellents tableaux en particulier. Un seul échappa aux ravages de la flamme; il représentait la Mère de Dieu. Cette allégorie ne pouvait manquer de réussir, et l'auteur eut l'Etoile pour récompense.
Motteville [Nicolas Langlois, sieur de), premier président en la Chambre des Comptes de Rouen, Prince du
(1) Le ms. de Caen dit Oliva Bisuntina.
Palinod de cette ville en 1601. 11 fonda à Mottevillel'Esneval en 1 638, la collégiale de Saint-Michel, composée de six prébendes avec un doyen-curé. 11 épousa la célèbre Françoise Bertaud, dont on a des Mémoires pour servir à Phistoire d'Anne d Autriche, dont elle était la favorite; en six volumes in- 12, 1732.
Mouchau (du), médecin des hôpitaux du roi à Douay, écrivit en 1763 à l'auteur du Mercure de France la lettre suivante sur le Palinod de cette ville (février 1763, p. 94).
« J'ai lu avec plaisir, monsieur, dans votre dernier « Mercure la lettre de M. Daireaux de Prébois sur l'ori- « gine des Palinods; mais l'intérêt qu'on prend ordinaire rement à la gloire des lieux qu'on habite, m'engage à « avertir Fauteur d'une erreur dans laquelle il est tombé « au sujet de cette ville. Elle méritait d'être comptée « parmi celles de Rouen et de Gaen, qui ont des Puys de « Palinod, puisqu'elle en a un très ancien sous le nom de « très célèbre, illustre, grande et honorable confrairie « des clercs parisiens sous le titre de la glorieuse et « sacrée Vierge Marie. Cette confrairie est même encore « aujourd'hui à bien des égards, non tels que sont actuelce lement les palinods dégénérés de Rouen et de Caen, « mais tels ils étaient primitivement.
« Les seuls poèmes admis au concours sont encore un « chant royal et une ballade ayant refrain à chaque « strophe, et uniquement consacrés à célébrer le triomphe « de la Ste-Vierge. Il n'y a de changés que les prix : c'était « autrefois une couronne, un chapeau et un afficquet, ou « image; le tout en argent. Aujourd'hui il y a bien encore « trois prix, mais qui ne consistent qu'en trois couronnes « d'argent assez légères qui se donnent le 1 5 août, par le
a Prince de la confrérie, à l'auteur ou aux auteurs des vers « jugés les meilleurs.
« Cette confrairie n'est aujourd'hui composée que « d'ecclésiastiques, quoiqu'il paraisse qu'anciennement « d'autres que des clercs y entraient. On trouve dans le « Recueil de Jean Loys, avocat et poète, mort ici en 1 610, « un Eloge funèbre d'un Jean de Bellegambe, peintre, « qui en 1609, était Prince de la confrairie des clercs « Parisiens à Douay. On peut encore remarquer que « Jacques Loys, fils de ce poète wallon, remporta trois « années de suite le prix palinodique, et qu'à raison de « ce triple triomphe il eut ou s'arrogea le droit de prendre « le titre de poète lauréat.
« J'aurais pu faire une plus longue lettre, si j'avais « fouillé dans les archives de notre Palinod ; mais ce que « je viens de dire suffit pour le faire connaître, et est peut- « être tout ce qui mérite d'en être connu.
« J'ai l'honneur d'être, etc. »
A l'époque où M. Du Mouchau écrivait ainsi, les Palinods de Rouen et de Caen n'étaient point si bas qu'il l'insinue, encore moins depuis : celui de Rouen surtout n'a jamais été plus brillant que dans ses vingt dernières années.
Mouchel (Robert du), sieurdu Mesnil-Paviot, conseiller de ville en i532 et député aux Etats en la même année, était le quatre-vingt-septième sur le tableau des confrères éligibles à la Principauté du Palinod de Rouen.
Moulin (du), prêtre de Saint-Nicolas de Caen, auteur d'un chant royal en 1693 pour le Palinod de Rouen sur Ulysse, supérieur aux enchantements de Circé :
Pour rencontrer des rivaux envieux
Par les accords d'une lyre charmante,
Chère Uranie, entrons dans ces saincts lieux :
J'y veux ravir une troupe sçavante,
Et mériter des rameaux précieux.
Dans ce dessein où la gloire m'engage,
Un feu divin échauffe mon courage ;
Et pour chanter du Concept les grandeurs
A qui l'enfer ne put être nuisible,
Il va fournir à mes nobles ferveurs
Ulysse seul aux charmes invincible.
Moulinet, au collège des Arts à Caen, remporta un prix d^épigramme latine au Puy de cette ville en 1768. Télémaque en était le sujet.
Moustier [Nicolas du), lieutenant-civil de Caen et juge honoraire au Puy de cette ville en 1681. C'est à lui que Pouchin de Grassemare adressa son remerciement, tandis que les autres lauréats adressèrent leurs actions de grâces aux juges, suivant Pusage.
Mouy [H. et p. seigneur, messire Louis de), seigneur de la Mailleraye, conseiller du roi en ses conseils, capitaine de cent hommes dermes de ses ordonnances et lieutenant général pour S. M. en Normandie, Prince du Palinod en 1641 selon Pabbé Goujet, ou plutôt en 16 5 1 . Il portait de gueules, fretté d'or. ^
Mouron (Jean- Guillaume), né à Rouen le 2 mai 1745, sur Saint-Vincent, professeur d'humanités aux collèges de Clamecy et de Bourges, me es Arts en PUniversité de Paris, Pun des plus laborieux auteurs et des mieux méritants aux Palinods de Rouen et de Caen, où il a été sou-
vent applaudi el couronné. Il y a traité plusieurs sujets tirés de l'histoire naturelle, imprimés dans leurs Recueils annuels de 1760 à 1767. Il n'y a que l'allégorie sur S. Romain, archevêque de Rouen, qui soit tirée de l'histoire ecclésiastique ; c'est son début, en 1760. Il fut couronné en 1763, pour une autre allégorie sur la Parélie; en 1766 il remporta le prix de l'ode latine à Rouen et à Gaen : la Saxifrage en était le sujet. Une allégorie sur le Lis fut encore couronnée à Caen en la même année, puis à Rouen l'année suivante. Deux autres pièces, l'une sur V Hirondelle, en vers alcaïques, l'autre en vers alexandrins réussirent à Caen en 1765 et 1768.
On a encore de lui plusieurs autres pièces lyriques et pastorales sur différents sujets, imprimées à Bourges, une traduction d'Aristénète et un poème latin en trois livres sur « l'Amérique en liberté, » America libéra. Ces deux derniers ouvrages sont restés manuscrits (1) .
Mustel, ecclésiastique de Rouen, mort titulaire et chapelain en la commune de l'Église de Rouen, avait été couronné en 1733 au Palinod de cette ville pour une allégorie sur le Combat des Horaces et des Curiaces, sous la principauté de M. Bigot (2).
(1) Le 8 mai 1767 les Affiches de Normandie ont inséré son ode alcaîque à Mgr de la Rochefoucauld.
« Son poème sur le Commerce [1779], écrit Rivarol, est devenu lui-même un grand objet de commerce par l'énorme consommation qu'on en a fait (sic) dans nos colonies. » Est-ce un simple jeu d'esprit, ou cette exportation plus ou moins avérée voudrait-elle dire que l'ouvrage ne se vendit point ?
(2) Le prénom de l'abbé Mustel était Laurent. On cite encore de lui, mais vaguement, des poésies françaises.
Mustel, professeur au collège de Gisors, après avoir remporté un prix d'allégorie latine, au Palinod de Rouen en 1747, sous M. de Rouville, reçut Tannée suivante la Ruche d'argent, pour une ode alcaïque sur la Paix. Le sujet de la première pièce était le Semipélagianisme.
Mutel fils, de Bernay. L'abbé Terrisse, Prince du Palinod de Rouen en 1782, avait proposé aux orateurs cette maxime imposée par le patriotisme : « Combien il « est intéressant pour la gloire des Français et pour leur « bonheur de conserver leur caractère national. » Ce sujet a été traité et rempli Tannée suivante par M. Mustel, au désir du Prince de l'Académie qu'il présidait, et il a réuni tous les suffrages L'imagination de l'auteur, emportée par le feu de l'âge, le livre quelquefois a des écarts ; mais la chaleur qui l'anime, et qu'il a communiquée à son discours, les mouvements oratoires auxquels il s'abandonne tellement qu'il ne néglige point la solidité des preuves, le sentiment enfin qui respire dans tout son ouvrage, compensent et réparent abondamment quelques fautes échappées dans le feu de sa composition.
SUPPLÉMENT
Marot. Œuvres de Cl[ément] M[arot] avec les ouvrages de Jean Marot, son père, et de Michel Marot, son fils, etc., données avec des notes par Lenglet du Fresnoy. La Haye, 173 1 ; 6 vol. in-12.
Malfilâtre. Les muses regrettent encore que ce jeune poète ait été surpris par la mort avant d'avoir exécuté son dessein (de la Découverte du nouveau monde). Toutefois ce sujet a pour un Français le défaut d'être étranger.
Génie du Christianisme, t. II, p. 6 ; où on lit en note : « Il est douteux cependant que M. Malfilâtre eût réussi « dans le vers héroïque (i). »
Mauger [Nicolas), prêtre de Rouen, auteur d'un chant composé en rhonneur de la Passion de Notre- Seigneur, pour le Puy de la Passion à Saint-Patrice de Rouen en iôoo. Cette pièce dramatique est sur le Lavement des pieds des apôtres par Jésus-Christ (2). ils en sont les interlocuteurs, après un prologue assez long dans la bouche de Dévotion. Jésus dit ensuite :
Il faut partir pour aller à la dextre
De Dieu, mon Père, où je fais résidence ;
Il faut partir de ce monde terrestre
Par mort de croix, pour grâce et gloire mettre
A tous esleuts, qui par la providence
De Dieu, mon Père, ont esté mis au monde
Pour les tirer d'obscurité profonde ;
Mais veulx monstrer, premier, en évidence
D'humilité le parfait exemplaire
Parce que moy, qui suis seigneur et maistre,
Feray d'un serf, non d'un maistre l'office.
S. Andrieu [André] parle après Notre-Seigneur, puis S. Jacques et S. Jehan, etc. Après quoi Jésus adresse la
(1) Cette note ne se retrouve plus dans les éditions récentes. Mais Chateaubriand, loin d'oublier Malfilâtre, le met avec Gilbert et A. Chénierau rang des « trois beaux talents que la France a perdus
à leur aurore. »
(2) Cet intéressant mystère a été publié par M. P. Le Verdier, en juillet i893, dans la Revue catholique de Normandie (III, 35-46). Son introduction (p. 32-33) démontre par des données paléographiques que les vers furent composés avant 1600, peut-être dès i55o.
parole à un disciple, qui paraît être chargé des détails de la maison, où venait de se faire la Pâque (i) :
O Marcial, fidelle serviteur (2),
Pour démonstrer l'humilité chrestienne
Que j'ay en vous, donnes de la fontaine
Pour nettoyer et laver par dehors
Présentement les pieds de votre corps,
Qui vous sera en signe et exemplaire
Que l'ung à l'aultre ainsy debvrez-vous faire.
MARCIAL
Maistre et seigneur, et docteur débonnaire, De corps et d'âme et toute ma puissance Veulx accomplir le sainct commandement De vostre veuil. Prenez présentement De vostre serf la plaine jouissance
C'est au même que Jésus dit encore vers la fin :
Marcial, servant équitable, Apporte-moi mon vestement.
MARCIAL
Sire, à vostre commandement Accomplir je suis tout prest-; Serez vestu, puisque vous plaist.
(1) Pierre de Natali résume en effet sur lui la tradition en ces termes : Hic in ultimâ cœnâ Domini cum discipulis factâ minister adstitit.
C'est ce saint que quelques-uns s'obstinent depuis plus de deux cents ans à faire l'apôtre de Limoges, contrairement aux conclusions de l'école bollandienne, et des critiques les plus autorisés.
(2) Variantes de M. Le Verdier :
l'humilité certaine
ainsy debvés faire.
Soyé\ vestu, puis au'i. . .
Notre-Seigneur paraphrase ensuite son mandatum (r) comme il est porté dans l'Évangile. La pièce finit par un épilogue que Dévotion adresse aux fidèles ; en voici |les derniers vers :
Peuple dévot de toute qualité Nous faisons fin quand l'Evangile fine, Où le bon Dieu pour nostre utilité D'humilité nous a monstre le signe.
Cette pièce édifiante pour le temps était en manuscrit sur vélin (2), coté X dans les archives du dit Puy et Palinod de la Passion, in-40 de treize feuillets, dont quinze pages pour le chant dont on vient de donner un aperçu, et trois pour les statuts et usages de l'association qui faisait les frais de la cérémonie du jeudi-saint. Le poète est qualifié doyen des chapelains de la confrérie.
Mansel ou Mancel (Richard), d'Evreux, conseiller au Parlement de Rouen en 1 540, mort en 1 547, le 8 février.
( V. Bapt. Le Chandelier, dans son poème du Pari, de Rouen. ) *
Rich. Mancel gît à Saint-Godard de Rouen.
Monchrétien (Antoine), poète français, mort le 12 octobre 1621 (3).
(1) Ce mot se rencontre dans un verset du chapitre (S. Jean XIII, 34, qui raconte la scène du lavement des pieds. Il est entré dans la liturgie et même dans notre langue pour désigner la cérémonie du jeudi-saint : « Le roi a fait le mandatum (Trévoux). »
(2) C'est le manuscrit qui a servi pour l'éd. de M. Le Verdier.
(3) Montchrétien a pris place dans la Bibliothèque elçévirienne par la bonne édition (c'est au moins la cinquième) de ses tragédies que M. Petit de Jullevilleya donnée en 1891. Son Traité de l'Economie politique a eu les honneurs d'une réimpression. (Paris, 1889 ; in-8°.)
Minfant [Richard) , de Dieppe, poète français, couronné en cette ville et à Rouen, comme Jacques et Joachim au même siècle (xvie). .
Nain (Jean- Vincent), au collège d'Harcourt à Paris, n'ambitionnait pas seulement les prix de l'Université dans la capitale. En 1740, il chercha aussi à se distinguer au Palinod de Rouen, et en cette année il y remporta la Ruche d'argent, prix de l'ode latine. Les vers alcaïques qu'il présenta étaient sur le corps et les écrits de S. Augustin.
Néel (Jean-Baptiste), de Rouen, avocat au parlement de Normandie, mort vers 1750, avait remporté deux prix au Palinod de Rouen, quand il en devint juge en 1725. Deux allégories latines avaient prouvé son talent en 171 9 et 1724 ; Moyse sauvé des eaux était le sujet de la première et le Siège de Rome par Alaric, celui de la deuxième.
Néel (Jean-François), de Rouen, fut couronné au Palinod de cette ville en 1727, pour une allégorie latine sur le Vaisseau de S. François-Xavier.
Nerval, nom inconnu autre part que dans l'ancien manuscrit in-40 du Palinod vers i53o, où il y a un chant royal ainsi signé. Le refrain est :
Le grand Pallays, logis du Roi des cieulx.
Neuville (Charles Frey de), du diocèse de Coutances, jésuite, professeur de rhétorique à Rouen, en i/..., et à ce titre l'un des juges au Palinod de cette ville en la même année. Dès 1721, il avait été couronné à celui de Caen, pour une ode sur la Peste de Marseille. Cette pièce fut envoyée à M. de Belzunce, puis imprimée avec une lettre de l'auteur à ce prélat dans le Mercure de 1722, p. 43. Il était né au Mesnil-Hue, diocèse de Coutances, en 1Ô93, et est mort à Saint-Germain-en-Laye, le i3 juillet 1774, avec la réputation d'un des premiers prédicateurs de son siècle. V. son sermon sur la Conception dans le recueil de ses sermons en 8 vol. in- 12.
Nicoleau, directeur de la Jeune Noblesse à Angers, auteur de stances philosophiques sur l'Orgueil de l'homme confondu, couronnées au Palinod de Rouen en 1 770. La dix-neuvième porte :
Que ton intelligence et tes savantes veilles Du plus heureux génie effacent les merveilles ; Sois Homère ou Pascal, Descartes ou Newton, Réunis dans toi seul tous ceux que l'on renomme ;
O vanité de l'homme, Hélas ! pour te confondre, il ne faut qu'un ciron.
Les plus simples objets que la nature étale N'offrent à ses regards qu'un ténébreux dédale ; S'il veut sur l'univers appuyer son compas
(1) Le P. de Neuville (nommé ordinairement Anne-Joseph-Claude) a écrit lui-même, selon le P.Sommervogel, qu'il est né à Coutances. Au tome LVII de ses Prédicateurs, l'abbé Migne a réuni toutes ses œuvres oratoires aux sermons complets de son frère Pierre-Claude, également Jésuite. Ce sont des publications posthumes.
La vérité le fuit, l'illusion l'assiège : Partout il trouve un piège, Et je pourrais compter ses chutes par ses pas.
Nicques (Pierre), avocat à Saint- Lô en Basse-Normandie, fut engagé par la réputation de M. d'Harcourt, Prince du Palinod de Rouen en i65o, à se mettre au rang de ceux qu'il devait y couronner. Une vallée connue des anciens proche le mont Atlas fut le sujet dont il décrivait les particularités dans une allégorie latine, et il en obtint le premier prix.
Noble (le), négociant à Rouen, sa patrie, avait commencé sa licence dans la Faculté de théologie à Paris, et quitta le parti de PEglise pour embrasser le commerce ( i ) . Celui des muses ne lui était pas étranger, et sa capacité connue en ce genre Pavait fait appeler à une des places de juge du Palinod de Rouen. Il en faisait les fonctions en 17 14, et l'auteur anonyme de la lettre critique qui parut en cette année sur cette Société, ne peut s'empêcher de reconnaître ses talents.
Noble (le), de Gaen, présenta une ode française au Palinod de Rouen en 1711; il y célébrait le Triomphe de la Religion sur l'idolâtrie, et ce fut aussi le sien sur ses concurrents dans la carrière lyrique. Le Miroir d'argent lui fut adjugé.
Noël [le P.), de Sens, bachelier en théologie de la Faculté de Paris, prieur des Carmes de la ville de Rouen,
(1) Semble être proche parent du jurisconsulte rouennais Pierre Le Noble, dont les Palinods de Caen de 1716 publièrent (p. z3-26) une ode sur Joas, qui fut couronnée.
en 1 585, et à ce titre juge-né au Palinod de cette ville, résidant en son monastère. On ne lui trouve point de successeur dans sa dignité claustrale, jusqu'en 1649, ce qui rend son règne sans exemple pour la durée, s'il alla jusqu'à cette époque.
Noël (Godef roi- François de), licencié ès-lois, à Henrila-Chapelle, au duché de Limbourg, adressa en 1776 au Palinod de Rouen une ode alcaïque sur le Basilic. Cette pièce est imprimée avec celles qui furent couronnées dans cette même année.
Norbert [le Père), ancien commissaire et visiteur général de la maison et collège royal des Carmes de la place Maubert à Paris, et plusieurs fois prieur de la maison de son ordre à Rouen 1763-ï 769- 1779. Ce religieux, savant et exemplaire (son nom dans le monde était Duclos), a rendu beaucoup de services au Palinod de Rouen où il était juge ; il a rempli, en 1775, les fonctions de secrétaire et a fait le discours d'ouverture à la séance publique de cette année. Il est mort en 178 1 et son éloge a été prononcé par l'abbé de Lurienne.
Normand [Baptiste le), deux fois mentionné pour autant de chants royaux dans le Recueil d'Adrien Boccage en i6i5, p. 70 et 83; se trouve encore en 1619, sur les registres du Palinod de Rouen parmi des stances couronnées sous la principauté de Pierre Puchot.
Je chante une beauté, des beautés la plus belle, Le parangon parfait qui n'a point de pareil : Car toute autre beauté perd son lustre auprès d'elle, Comme les moindres feux aux rayons du soleil.
Les deux refrains de ses chants royaux étaient L'eau sans tarir pour un camp de réserve. L'eau sans venin, dans le venin meslée.
Normand (J. le), le même peut-être que le précédent, est auteur de stances qui se trouvent au Recueil d'Adrien Boccage, p. 28, sur un caillou extraordinaire :
Dieu fait dans une eau froide un froid caillou trouver Qui, bruslant comme bois, si souefvement parfume L'air de douces vapeurs qu'il y fait eslever Qu'on voit fuir les serpents aussitôt qu'on l'allume.
Anne fut le caillou que j'écris en mes vers.
Normanville (Jean-Louis Fiquet de), né à Rouen, conseiller au Parlement de Normandie (1), titulaire de l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, associé au bureau général de la Société d'Agriculture de cette ville, juge académicien du Palinod en 1768, y avait été couronné en 1 74 1 , étant encore au collège de Louis-le-Grand à Paris. L'allégorie latine qu'il adressa au Puy de Rouen était sur la Tranquillité de la France, et le premier prix fut la récompense de son talent. La place qu'il crut devoir accepter dans le Conseil supérieur, qui remplaça quelques temps le Parlement de Rouen, fut pour lui une source de chagrins, et il fut un des plus maltraités dans les caricatures et les pamphlets
(1) Ce magistrat en fut président, et mourut en juillet 1790.
du temps sur cette nouvelle magistrature (i), heureux de trouver dans la philosophie de quoi se consoler dans ses disgrâces.
Norval (Buirette de), au collège de la Marche de l'Université de Paris, présenta en 1770 au Palinod de Rouen un poème latin d'une certaine étendue, intitulé Miracula Picturœ, dont l'allusion est elle-même un tableau aussi nouveau qu'intéressant :
Te Christi quoque magna Par eus, te docta quotannis Dextera depingit radiantem simplice cultu ; Non fulgent auro vestes, non murice tincta Lana micat; sacrum sed virginitatis honorem Interner ata geris. Si qua est ea gloria, Virgo Sancta, precor semper dextram mortaïibus xgris Auxiliatricem tendas ; tua numina tandem Agnoscant miseri, dudum quos flebilis error Abripit, atque tux suadet se opponere laudi.
Ogier (François), célèbre prédicateur (2), mort en 1670. On a de lui des Actions publiques, 2 vol. in-40 ;
(1) Les Mémoires secrets (XXIV, 143) nous ont conservé à la date du i5 avril 1772 un de ces virulents placards.
(2) Chapelain l'appelle « fameux panégyriste », et en 1640 il le représente comme un controversiste acharné. Le second vol. de ses Actions publiques ne parut qu'en i665 ; mais des exemplaires du premier sont datés de i656 : est-ce une vraie réimpression ? Les Annales poétiques (XXI, 1 17) ont donné une place à quatre de ses sonnets et mentionnent quelques autres de ses poésies.
On connaît encore d'Ogier YOraison funèbre de Louis XIII ', 1643 ; et Y Eloge ou Panégyrique de M. Duvaux, i652.
Paris, i652. Il citait beaucoup les poètes dans ses sermons ; il Tétait lui-même. Cependant la seule preuve qu'on en puisse donner ici est un sonnet qu'il donna à François de Harlay, archevêque de Rouen en 1624, lors de sa principauté au Palinod de Rouen.
Olbec [le P. Louis dP),néà Gaenen 1703, le . . février, embrassa la vie religieuse chez les Carmes de cette ville, et y fit tous ses cours d'études. Il devint prieur de la communauté de Bourges en 1742, puis de Caen, enfin de Rouen, 1760, époque à laquelle il appartint en qualité de juge-né au Palinod de cette ville. Le zèle qu'il a toujours fait paraître pour ce corps consacré à la religion et aux lettres lui mérita sa reconnaissance et ses éloges ; c'est le témoignage que lui a rendu M. des Houssayes après sa mort arrivée subitement le 7 juin 1769. Il est mort exprovincial de son ordre.
Orléans [Henry d'), duc de Longueville et d'Estoutteville, pair de France, comte souverain de Neufchâtel et Vallengin en Suisse, comte de Dunois, de Chaumont et Tancarville, baron de Montreuil, Bellay, Parthenay, VouvansetMervens, connétable héréditaire de Normandie, gouverneur, et lieutenant général pour le roi en ladite province de Normandie, Prince du Palinod de Rouen en 1 63 5 et en 1 65 2. En l'une et l'autre époque, le concours fut remarquable par le nombre des poètes et le mérite de leurs ouvrages. Outre ceux couronnés, il yen eut encore qui furent donnés ou gratuits. Après les Recueils de l'Académie, on peut consulter les œuvres d'Antoine Halley, in-80, p. 1 24, où il y a un poème à la louange du duc, et la Muse normande de David Ferrand, qui en fit
la dédicace à son altesse en i65 5 (i). Il mourut le u mai i663, à Rouen, à soixante-neuf ans, très regretté
Les beaux esprits de Caen n'épargnèrent rien de leur côté, en 1648, pour faire à Mme la duchesse de Longueville une fête brillante, lors de son entrée en cette ville. V. Ant. Halley, p. 204.
Guy Patin parle de sa mort dans une lettre du 18 mai i6ô3, et dit qu'il mourut de Pantimoine à deux doses, malgré trois médecins de Rouen qui s'y opposaient.
Orme (H. Fr. de /'). V. Lorme.
Osmont [Nicolas), Pun des plus anciens lauréats du Palinod de Rouen, y remporta le premier prix du chant royal, en 16 10, sous la principauté de Jean le Lieur (2).
Le formateur du hault ciel astrifère,
Voulant jadis les humains informer
Bs haults secrets, ordonna une sphère
Très bien sçavant aux cieulx se conformer :
En elle on voit par art astrologique
Tous les orbes de nature célique,
Et mouvements sans œuvre naturelle.
C'est Marie qui par grâce éternelle
Feist Dieu du ciel visible aux humains yeulx ;
Parquoy la dis sans tache originelle
Sphère monstrant tous les secrets des cieulx.
Osmont (Louis) avait été couronné au Palinod de Rouen, sous Guili. d'Antini, pour une allégorie latine sur
(1) L'Inventaire de la Muse normande, publié en 1 655, est en effet dédié au duc de Longueville, comme en fait foi le fac-similé donné par M. Héron dans sa réimpression.
(2) Vidoue l'a reproduit, f° 24 v°. Voici les variantes notables :
. . . deux la conformer En elle on doit. . .
ce texte : Fiat pax in virtute tua [Ps. cxxi, 7]. Il se représenta en 1542, sous Nicolas de Coquinvillier avec un chant royal qui ne réussit pas. Il était sur :
Le grand décret d'autorité divine,
comme l'annonçaient les cinq vers suivants :
Chant royal sur le grand décret Que le pape ordonna pour Rome Contre péché comme discret :
C'est Marie en concept sous somme De vice que grâce consomme.
Ouen. V. de Saint-Ouen.
Oursel, de Rouen. Les Recueils des pièces couronnées au Palinod de Rouen ont quelquefois été imprimés chez un imprimeur de ce nom, en cette ville ; et ils sont remarquables par l'image de la Vierge au verso du frontispice. Celui dont est ici mention, est auteur d'un sonnet sur le Ver luisant, pour lequel il eut l'Anneau d'or en 1700, sous Thomas de la Bucaille (1).
Outin {Emmanuel), de Rouen, surnommé l'Ange, avocat au Parlement de Normandie, n'avait point eu d'autre instituteur que son propre frère Jean-Jacques Outin, fameux curé de Saint-Godard, et fit d'excellentes études, lorsqu'il concourut, en 1 733, aux prix du Palinod de Rouen, sous M. Bigot, et y remporta la Ruche d'argent pour une ode latine sur le Vaisseau de S. Xavier. Il reparut dans la lice en 1 736, et présenta à M. de Valli-
(1) Jean Oursel, mort en 1729, est bien connu par ses Beautés de la Normandie, qu'il publia en 1706.
quierville une allégorie latine sur Véturie, qui ne fut pas sans récompense. L'année suivante, ainsi qu'en 1739, il reprit la lyre et mérita deux autres Ruches d'argent. La dernière de ses pièces était sur Annibal, sous M. deCany, l'autre établissait le dogme de l'Immortalité de Vâme, sous M. de Fitz-James. Le Palinod ne fut pas le seul théâtre de ses talents : il avait débuté très heureusement au barreau et commençait à y avoir de la réputation lorsque la mort l'enleva à vingt-six ans. Il était oncle de dom Toussaint Outin, bibliothécaire de Jumiéges, l'un de ceux dont les recherches pour le présent ouvrage n'ont pas été infructueuses.
Ouville (Le Métel d'), frère du célèbre Boisrobert, mérita F Anneau d'argent au Palinod de Rouen, en 161 5 et 16 16, pour un sonnet et une ode française, Pun sur la Minerve de Phidias, l'autre Sur V Alcyon. Il doubla même sa victoire en 161 5, par des stances sur la Conception, pour lesquelles la Tour d'argent 4ui fut aussi adjugée. C'est le même poète qui, dans la suite, fut auteur de la Fouine de Séville, etc., suivant le catalogue de la Bibliothèque du Roi, Belles-Lettres (1).
0\emy (François), de Pont-1'Evêque, contemporain du précédent, mais sans être son émule, puisqu'il écrivit en latin la pièce qu'il présenta en 16 16, au Palinod de Rouen, sous Nicolas Throsnel. C'était une allégorie latine sur la Statue de Tibère, et le Laurier fut sa récompense.
(1) Antoine le Métel, sieur d'Ouville, mort en i656, fut un ingénieur géographe. Ses Contes ont eu au moins quatre éditions. (Catalogue de la biblioth. A. -F. Didot, 1881 ; n°3ai.)
Page [le], de Caen. La Prise de Bergop^oom était l'événement régnant et dominant en 1747. Il ne pouvait manquer d'être chanté sur le Puy du Palinod de Rouen. Le Page fut un de ceux qui réussirent le mieux dans son ode française, pour laquelle il reçut le Miroir d'argent des mains de M. de Rouville.
Pain [Jean le). Dans un incendie considérable au Vivarais, un seul enfant échappa aux flammes dans le sein de sa mère, qui en avait été la proie. Le cardinal de Richelieu, à qui il fut présenté, en prit soin et le fit élever dans la religion catholique. Cet événement, déjà traité en ode, fut mis en épigramme ou allégorie latine par J. Pain en 1671, et il obtint l'Etoile pour second prix.
Palme-Carille (Ferdinand de), écuyer, sieur de Benagilie. Le nom de Palme se trouve sur plusieurs épitaphes dans les églises des Carmes et de Saint-Ouen de Rouen ( 1 ) . Celui de Carille est associé à d'autre chevaliers de Malte dans le Litadamus, de Jean Mayre :
. propriamque Carillus Puppimhdbet ;
Et après le combat du chevalier Gozon :
.. sic deindè Carillus Nos genus illius certè tantique nepotes Heroïs
(1) Il y eut même un Alphonse de Palme-Carille inhumé à Saint- Ouen en 1617. (Farin, III, 7.)
Le poète parlaif ainsi avant t 685, année où parut son épopée latine. Le Palme-Carille, qui existait à Rouen en 1642, fut Prince du Palinod eu cette année, et les poètes ne furent ni rares, ni médiocres au concours qui se fit sous ses yeux. Un des plus remarquables, quoique non couronné, fut J. Picot, dont ■ l'allégorie latine ne fut qu'honoraire. Il avait pris pour sujet la Palme de Jérusalem, tant de fois célébrée au Palinod. C'était une double allusion tant au nom de Palme qu'à celui de chevalier de Saint-Jean de Jérusalem.
Papillon (Richard), conseiller échevin de Rouen, sa patrie, avait été député aux Etats de Normandie en i5Ô2. Son père avait passé par les mêmes honneurs et était mort en 1524, puis inhumé à Saint-Sauveur de Rouen. 11 avait un frère nommé Nicolas, conseiller au parlement de Rouen, cité par la Croix du Maine, et dont on lit quelques vers dans les œuvres de J. Rouxel, p. 304 (comme poète français dont parle sans prénom l'abbé Goujet). Richard pouvait bien ne pas l'être; mais il aimait les vers et les récompensait. L'occasion de prouver son goût et sa libéralité ne lui fut présentée qu'en 1576 : il fut élu Prince du Palinod de Rouen. La Boderie reçut de ses mains la Palme et le Lis, c'est-à-dire les deux prix du chant royal et lui adressa des grâces à ce sujet. Le nom du Mécène prêtait trop naturellement aux allusions pour que les poètes n'en fissent pas dans leurs pièces.
L'un chantera d'une voix non obscure La gente abeille et son art merveilleux, Ses mœurs, ses lois, sa providence et cure, Sa cire vierge et son nectar mielleux ; L'autre dyra du fourmi la pratique, Son bon ménage et son grenier publique ;
Quelque autre encore retistra dans ses vers Le fil d'araigne en ronds cercles ouverts; Mais moi je veux faire voler au monde Du vers à soye éclos en œufs couverts Le papillon qui faict sa tente ronde.
Ce chant royal dans les œuvres de l'auteur est adressé à Mme de Saint-Lux, sœur du comte de Brissac; ainsi que Nicolas Coquainvilliers avait adressé à Anne de Graville les vers couronnés en 1524.
Le chant royal qui suit et mérita le Lis au même auteur, était sur la Sphère, dont parlent Glaudien et Cicéron.
A la fin de son second sonnet eucharistique, le lauréat dit :
Le grand duc conquérant de l'isle d'Angleterre, Qui doit à ce chasteau et ce pourpris de terre Son nom et sa naissance, a donné fondement Au Palinod normand ; et pourtant mon Ôrfée Et la Palme et le Lis luy append pour trofée Au lieu d'où sa grandeur print son commencement.
Le château est celui de Falaise, patrie du duc et du poète.
Parc-Royal [François du) composa en 16 17 un chant royal sur la ville d'Epidaure, et il remporta le premier prix au Palinod de Rouen, présidé en cette année par Guillaume de Chaulieu.
Parent (Jacques-Philippe), de Saint-Cande-le-Jeune à Rouen, et secrétaire de la Chambre du clergé de Normandie, avait présenté en 1 738 au Palinod de Rouen une ode latine sur le passage du Rhin par Louis XIV, et
la Ruche d'argent, ou plutôt des jetons d'argent qui la remplaçaient, lui furent donnés pour prix par le marquis d'Etampes, Prince de l'année. Ce lauréat était né à Rouen sur Saint-Martin-du-Pont, le ier mai 1724; mort le 9 janvier 1 783, premier de sa paroisse inhumé au cimetière public de Saint-Gervais.
Paris [Simon), de Nevers, maître ès-arts en l'Université de Paris, avocat au parlement et professeur de rhétorique au collège royal de Bordeaux. Le Palinod de Rouen avait proposé pour prix d'éloquence en 1769 un discours sur le danger des livres contre la religion, par rapport à la société, et M. Paris eut la gloire de remporter sur vingt concurrents. . .
« En nous élevant contre les ouvrages impies, n'accu- « sons que le cœur qui les a dictés ; disculpons les sciences « du crime même qu'on a commis par elles. Puissent- « elles ici flétrir par ma voix les productions dangereuses « qu'on leur arrache et qu'elles désavouent ! Puissent- « elles prouver fortement combien les ouvrages contraires « à la religion sont pernicieux à la société, combien, par « conséquent, la lecture peut en devenir funeste ; puis- « qu'en faisant des impies, elle ne peut aussi manquer de « faire des libertins et des sujets dangereux. »
Telle est la division du discours, telle ensuite celle de la première partie :
« Trois liens puissants enchaînent ici-bas les hommes « entre eux pour leur bonheur : la religion, la vertu, la « patrie. Mais si ces trois objets sont inséparables, s'ils « tiennent essentiellement au bonheur de la société, si « les principes de la religion sont les principes mêmes de « la morale et de la vertu, si la vertu conduit au devoir, a le devoir au patriotisme; saper le premier de ces objets
« respectables, n'est-ce pas les saper tous ensemble et « bouleverser la société? Oui sans doute; et le livre qui « fera l'impie ne pourra manquer de faire aussi le libertin ce et le sujet dangereux. »
Le commencement delà seconde partie n'est pas moins méthodique ni moins purement écrit :
« Après le lien de la religion, le plus fort pour l'homme « en société est celui qui l'attache à la patrie; tout ce citoyen se trouve enchaîné à la destinée de cette mère « commune : chacun est obligé de contribuer à son « bonheur et à sa gloire. Le guerrier lui dévoue son bras « et lui fait le sacrifice de ses jours, le magistrat en assure ce le repos par ses vertus, les sueurs du. laboureur la « nourrissent, le savant la sert par ses découvertes, l'arec'tiste par son industrie; tous les membres de ce grand « corps concourent par une intelligence, par un concert ce unanime, par une correspondance mutuelle de sentice ments, de vigilance et de conduite dans les uns, d'obéisee sance et de soumission dans les autres. Mais le faux « principe puisé dans une lecture qui conduit à l'impiété « rompt tous ces rapports, brise tous ces liens, détruit ce tous ces engagements. Pour un homme chez lequel le « culte et la croyance ont reçu des atteintes, chez lequel ce les idées du vice et de la vertu sont renversées, et la ce discipline des mœurs est éteinte, le gouvernement de « l'Etat ne présente plus de règle fixe : toute l'harmonie ce du corps politique s'écroule, les lois les plus invioee labiés de la vie civile s'évanouissent. Plus de liens qui ce rattachent au bonheur commun de ses concitoyens, à « la gloire du souverain, à sa famille même; plus de a ressort que celui de l'intérêt personnel.
ce Craignons même dans des instants de trouble, crai-
« gnons pour la patrie que ces lectures funestes n'aient « trouvé des esprits naturellement inquiets et turbulents ; « craignons qu'après avoir flatté le penchant de l'indé- « pendance dans les sentiments, elles n'en réveillent
« Pidée dans la pratique »