‹ Les trois voyages de Jacques Quartier au Canada en 1534, 1535 et 1540 [microforme]Chapitre 12 sur 82 · Chapitre XEXI · texte numérisé non relu

Chapitre XEXI

Deslles de Margaux, et des espèces d’oiseaux et Animaux qui s’y trouvent ; de l’Isle de Brion, et du Cap du Dauphin.

Le lendemain qui étoit le vingt-cinquième, le temps fut encore fâcheux, obscur et venteux, et navigames une partie du jour vers Ouest ct Nord-Ouest, et le soir nous primes le travers jusqu’au second quart que nous partimes de là, et pour lors nous connumes par le moyen de notre quadran que nous étions vers Nord-Ouest et un quart d'Ouest,

(*) Aujourd'hui le Cap à PAnguille sur la côte Ouest de Terreneure.

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ore 1est art de est,

éloignés de sept licuës et demie du Cap Saint Jeun, et comme nous voulumes faire voile, le vent commenca à souffler du Nord-Ouest, et pour ce tirames vers Su-Est quinze lieuës, et approchames de trois Iles, desquelles y en avoit deux petites droites comme un mur, en sorte qu’il étoit impossible d'y monter dessus, et entre icelles il y a un petit écueil. Ces Iles étoient plus remplies d'oiseaux que ne seroit un pré d'herbe, lesquels faisoient à leurs nids, et en la plus grande de ces Iles il y en avoit un monde de ceux que nous appellions Margaux qui sont blanes et plus grands qu'Oysons, et étoient séparez en un Canton, et en l'autre part y avoit des Godets, mais sur le rivage y avoit de ces Godets et grands Apponats semblables à ceux de cette Ile dont nous avons fait mention, Nous descendimes au plus bas de la plus petite, et tuames plus de mille Grodets et Apponats, et en mimes tant que voulumes en nos barques, et en eussions pu en moins d’une heure remplir trente semblables barques. Ces Iles furent appellées du nom de Margaux. (*) A einq lieues de ces Iles il y avoit une autre Ile du côté de l'Ouest qui a environ deux lieuës de longueur et autant de largeur : 1à nous passames la nuit pour avoir de l'eau ct du bois. Cette Ile est enviromnée de Sablon, et autour d’icelle y a une bonne source de six ou sept brasses de fond, Ces Iles sont de meilleure terre que nous eussions oneques vues, en sorte qu’un champ d'icelles vaut plus que toute la Terre-Neuve. Nous la trouvames pleine de grands arbres, de prairies, de campagnes pleines de froment sauvage, et de pois qui étoient fleuris aussi épais et beaux comme l’on cut pu voir en Bretagne, qui sembloient avoir 6té semés par des laboureurs. L'on y voyoit aussi grande quantité de raisins ayant la fleur blanche dessus, des fraises, roses incarnates, persil, et d’autres herbes de bonne et forte odeur, À lentour de cette Ile il y a plusieurs grandes bêtes comme grands bœufs, qui ont deux dents en la bouche comme d'un Eléphant, et vivent mêmes en la mer, (f) Nous en vimes une qui dormoit sur le rivage, et allames vers elle avec nos barques pen sans la prendre, mais aussitôt qu'elle nous ouit elle se jetta en mer. Nous y vimes semblablement des Ours et des Loups. Cette Ile fut appellée l'Zle de Brion.(f) En son contour y a de grands marais vers Su-Est et Nor-Onest, Je crois par ce que j'ai pu comprendre, qu'il y ait quelque passage entre la Terre-Neuve ct la terre de Brion. (4) S'il Ç*) Isles aux Oiseaux.

(f) Ce sont les Vaches Marines.

(@) La même Isle de Brion d’aujourd’hui, vraisemblablement ainsi nommée par Quartier en l'honneur de l’ Arai al de ia rance d’alors, Île Vi icointe C hi abot, Seigneur de Brion, sousla: tection du :l Q1 € i le découverte.

(4) C’est le pa ssase d° aujourd” hui entre Le Cap Ray et fl ap Broton, que Quartier ne parait avoir découvert qu'au retour de son de uxiète voyage tt Canada,

Quartier avoi

ÏO PREMIER VOYAGE

en étoit ainsi, ce seroit pour raccourcir Je temps et le chemin, pourva que lon pu trouver quelque perfection en ce voyage.(*) A quatre licuës de cette Ile est la terre ferme vers Ouest Sur-Ouest, laquelle semble être comme une Ile environnée d’Ilettes de sable noir, Là il y a un beau Cap que nous appellames le Cap Dauplin,(f) pour ce que R est le commencement des bonnes terres.

Le vingt-septième de Juin nous cireuimes ces terres qui regardent vers Ouest-Sur-Ouest, et paroissent de loin comme Collines ou Montagnes de Sablon, bien que ce soient terres basses et de peu de fond, Nous n’y pumes aller, et moins y descendre, d'autant que le vent nous étoit contraire; et ce jour nous fimes quinze Heuës,

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