Chapitre XEEX
De l'Isle d’Alezay, et du Cap St. Picrre.
Le lendemain allames le long des dites terres environ dix lieuës jusqu’à an Cap de terre rouge qui est roide et eoupé comme un Roc, dans lequel on voit un entre-deux qui est versle Nord, et est un pais fort bas ; et y a aussi comme une petite plaine entre la mer et un étang, et de ce Cap de terre et étang, jusqu’à un autre Cap qui paroissoit, y a environ quatorze licuës, et la terre se fait en facon d’un demi cercle tout environnée de sablon comme une fosse sur laquelle l’on voit des marais et étangs aussi loin que se peut étendre l'œil, Et avant que d’arriver au premier Cap l’on trouve deux petites Iles assez près deterre, A einq lieuës du second Cap il y a une Ile vers Sur-Ouest qui est très-haute et pointue, laquelle fut nommée Alezay : (Ÿ) le premier Cap fut appellé de Saint Pierre,({) parceque nous y arrivames au jour et fète du dit Saint,
Chapitre XAV, Du Cap d'Orléans, du Fleuve des Barques, du Cap des Sauvage:, et de la qualité et température de ces pays.
Depuis L'Isle de Brion jusqu’en ce lieu y a bon fond de sablon, ct ayant sondé également vers Sur-Ouest jusqu'à en approcher de cinq lieuës de terre nous trouvames vingt-cinq brasses, et à une licuë près, douze brasses, et près du bord six plus que moins, et bon fond. Mais
(*) La perfection que cherche Jacques Quartier est de trouver un passage pour aller par là en Orient.— L’ Escarbot.
(1) C’est un des Caps desIsles de la Magdeleine que Quartier parait avoir pris pour la terre ferme.
() Une des Isles de la Magdeleine.
(1) Autre Cap des Isles de la Magdeleinc
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parce que nous voulions avoir plus grande connoissance de ces fonds pierreux pleins de roches, mimes les voiles bas et de travers. Et le lendemain pénultième du mois, le vent vint du Su et quart de Sur-Ouest, allames vers Ouest jusqu'au Mardi matin, dernier Jour du mois, sans connoitre et moins découvrir aucune terre, excepté que vers le soir nous appercumes une terre qui sembloit faire deux Iles qui demeuroit derrière nous vers Ouest ct Sur-Ouest à environ neuf ou dix licuës, Et ce jour allames vers Ouest jusqu’au lendemain lever du soleil quelques quarante Hieuës : et faisant ee chemin connumes que cette terre qui nous toit apparue comme deux Iles, étoit la terre ferme située au Sur-Ouest et Nord Nor-Ouest jusqu'à un très-beau Cap de terre nommé le Cap d'Orléans. Toute ectte terre est basse et plate, ôt la plus belle qu'il est possible de voir, pleine de beaux arbres et prairies ; il est vrai que nous n’y pumes trouver de port, par ce qu’elle est entièrement pleine de banes et de sables, Nous descendimes en plusieurs licux avee nos barques, et entre autres nous entrames dans un beau fleuve de peu de fond, et pour ce, fut appellé le Fleuve des Barques (*) : d'autant que nous vimes quelques barques d'hommes sauvages qui traversoient le fleuve, et n’eumes autre connoissance de ces sauvages, parce que le vent venoit de mer et chargeoit la côte, si bien qu’il nous fallut retirer vers nos navires. Nous allames vers Nord-Est jusqu’au lever du soleil du lendemain premier Juillet, auquel temps s’éleva un brouillas et tempête, à cause de quoi nous abaïissames les voiles jusques à environ deux heures avant midi, que le temps se fit clair, et que nous apperçumes le Cap d'Orléans, avee un autre qui en étoit éloigné de sept lieuës vers le Nord un quart de Nord-Est, qui fut appellé Cap des Sauvages. Du côté du Nord-Est de ce Cap, à environ demie lieue, il ÿ à un bane de pierre très-périlleux. Pendant que nous étions près de ce Cap, nous appereumes un homme qui couroit derrière nos barques qui alloit le long de la côte, et nous faisoit plusieurs signes que nous devions retourner vers ce Cap. Nous, voyans tels signes commençames à tirer vers lui, mais nous voyans venir, se mit à fuir, Etant descendus en terre mimes devant lui un couteau, et une ceinture de laine sur un bâton ; ee fait nous retournames à nos navires, Ce jour nous allames tournoyans ectte terre, neuf ou dix lieuës, euidans trouver quelque bon port, ce qui ne fût possible, d’autant que comme j'ai déjà dit, toute cette terre est basse, et est un païs environné de banes et de sablons. Néanmoins, nous descendimes ce jour en quatre lieux pour
€*) On pense que c'est la rivière de Miramichi,
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voir les arbres qui y étoient très-beaux, et de grande odeur, et trouvames que c'étoient Cedres, If, Pins, Ormeaux, Frenes, Saulx, et plusieurs autres à nous inconnus, tous néanmoins sans fruit. Les terres où il n’y a point de bois sont très-belles, et toutes pleines de pois, de raisin blanc ct rouge ayant la fleur blanche dessus, de fraises, mures, froment sauvage, comme scigle, qui semble y avoir été semé ct labouré, et cette terre est de meilleure température qu'aucune qui se puisse voir etde grande chaleur ; l'on y voit une infinité de Grives, Ramicrs et autres oiseaux : en somme, il n'y a faute d'autre chose que de bons ports,