‹ Les trois voyages de Jacques Quartier au Canada en 1534, 1535 et 1540 [microforme]Chapitre 30 sur 82 · Chapitre HE · texte numérisé non relu

Chapitre HE

Préparation du Capitaine Jacques Quartier, et des siens pour le voyage de la l'erre- Neuve. Embarquement. De l’Isle aux Oiseaux. Découvertes jusqu’au commencement de la grande Rivière de Canada, appellée par les Sauvages Hochelaga.

Le Dimanche jour et feste de la Pendevoste, seizième jour de May audit an mil cinq cens trente-cinq, du commandement du Capitaine et bon vouloir de tous, chacun se confessa et reçumes tous ensemble notre Créateur en l'Eglise Cathédrale du dit Saint Malo ; après lequel avoir reçu, fumes nous présenter au chœur de la dite Eglise devant Révérend Père en Dieu, Monsieur de Sainct Malo, lequel er son estat Episcopal nous donna sa bénédiction.

Le Mercredi ensuivant dix-neuvième jour de May, le vent vint bon et convenable, et appareillasmes avecq les trois Navires, savoir : la grande Hermine, du port d'envyron eent à six-vingt tonneaux, où estoit le dit Capitaine Général, et pour Maistre Thomas F rosmont, Claude de Pont- Briand, fils du Seigneur de Montcevelles, et Echanson de Monseigneur le Dauphin, Charles de la Pommeraye, Jean Poulet, et autres gentils-

hommes, Au second Navire nommé La petite Hermine, du port d'environ

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DE JACQUES QUARTIER, 2 soixante tonneaux, estoit Capitaine soubs le dit Quartier, Marc Jalobert et Maistre Guillaume le Marié, ct au tiers, et plus petit Navire nommé L'Emerillon, du port d'environ quarante tonneaux, en estoit Capitaine Guillaume le Breton, et Maistre Jacques Maingart, Et navigasmes avée bon temps jusques au ving-sixième du dit mois de May que le temps se tourna en ire et tourmente, qui nous a duréen vents contraires et serraisons autant que jamais Navires qui passassent la dite mer eussent, sans aucun amendement, tellement que le vingt-cinquième jour de Juin par le dit mauvais temps ct serraisons, nous entreperdimes tous trois, sans que nous ayons eu nouvelles les uns des autres jusques à la Terre-Neuve, Jà où nous avyons limité nous trouver tous ensemble.

Et depuis nous être entreperdus, avons été avec la Nef généralle par la mer de tous vents contraires jusqu’au septième jour de Juillet que nous arrivasmes à la dite Terre-Neuve ct prismes terie à L'Isle ès Oiseaulx, (*) laquelle est à quatorze lieuës de la grande terre ; laquelle Isle est si très-pleine d'Oiseaux, que tous les Navires de France y pourroient facilement charger sans qu'on s’apperceut qu’on n’en n’eut tiré ; et là en prismes deux barquées pour parties de nos/victuailles, Tcelle Isle est en l'élévation du Polle en quarante neuf dégrés quarante minutes, Et le huitième jour du dit mois nous appareillasmes de la dite Isle, et avecque bon temps vinsmes au Hâble de Blanc-Sablon, estant en la Baie des Châteaux, le quinzième jour du dit mois, qui est le lieu où nous devions nous rendre : auquel lieu fusmes attendant nos compagnons Jusques au vingt-sixième Jour du dit mois qu’ils arrivèrent tous deux ensemble : et Ià nous accoustrasmes et prismes chacun eaux, bois et autres choses nécessaires ; et appareillasmes et fismes voile pour passer outre le vingt-neuvième jour du dit mois à l’aube du Jour, ct fismes porter le long de la Coste du Nord gisante Est-Nord-Est, et Ouest- Sur-Ouest, jusques environ les huit heures du soir que mismes les voiles bas le travers de deux Isles qui s’avancent plus hors que les autres, que nous nommasmes les Isles Sainct Guillaume, lesquelles sont environ vingt licuës outre le Häble de Brest. Le tout de la dite coste depuis les Châteaux jusques ici, gist Est-Nord-Est et Ouest-Sur Ouest, rangée de plusieurs Isles et terres, toutes hachées et pierreuses, sans aucunes terres, ny bois, fors en aucunes vallées.

douze lieuës et demie : entre lesquelles Iles se fait une couche vers le

C°) Funk Island du côté Est de Terrencuve,

Nort, toute à Isles ct grandes bayes, apparoissantes y avoir plusieurs bons hâbles, Nous les nommasmes les Isles Saincte Marthe, hors lesquelles, environ une licuë et demie à la mer, y a une basse bien dangereuse, où il y a quatre ou cinq testes qui demeurent le travers des dites bayes en la route d'Est et Ouest des dites Ziles Saint Guillaume ct autres Isles qui demeurent à Est Sur Ouest des Isles Sainte Marthe environ sept lieuës ; lesquelles Isles nous vinsmes querir le dit jour une heure après midi, Et depuis le dit jour ju. ques à l’orloge virante, (*) fismes courir environ quinze lieuës jusques le travers d’un Cap d’Isles basses que nous nommasmes les Isles Sainet Germain : au Su-Est du quel Cap environ trois licuës il y à une autre basse fort dangéreuse : et pareillement entre les dits Cap Sainct Germain ct Saincte Marthe, y : un banc hors des dites Isles environ deux licuës, sur lequel n’y a que quatre brasses : et pour le danger de la dite coste mismes les voiles bas, et ne fismes porter la dite nuit,

Le lendemain dernier jour de Juillet, fismes courir le long de la dite coste qui gist Est et Ouest quart de Su-Est, laquelle est toute rangée dIsles ct basses et costes fort dangéreuses : laquelle contient dempuis le dit Cap des Isles St, Germain, jusques à la fin des Isles, environ dix-sept lieuës et demie : et à la fin des dites Isles, y a une moulte belle terre basse pleine de grands arbres et haults : et est icelle coste toute rangée de sablons, sans y avoir aucune apparoissance de hâble jusques au Cap de Tiennot, (f) qui se rabat au Nor-Ouest, qui est à environ sept licuës des dites Iles, lequel Cap reconnumes du voyage précédent : et pour ce fismes porter toute la nuict à l'Ouest Nor-Ouest Jusques au jour que le vent vint contraire, ct allasmes chercher un hâvre où nous mismes nos Navires, qui est un bon petit hâvre outre le dit Cap Tiennot, environ sept lieuës et demie, et est entre quatre Isles sortantes à la mer. Nous le nommasmes le Hâvre Saint Nicolas (?) ; et sur la plus plus prochaine Isle plantasmes une grande Croix de bois pour merche, ({) 11 faut amener la dite Croix au Nord-Est, puis l'aller querir et la laisser de tribort, et trouverez de profond six brasses, posez dedans le dit hâble à quatre brasses : et se faut donner garde de quatre basses qui demeurent des deux côtés à demie lieuë hors. Toute cette dite coste est fort dangéreuse, et pleine de basses ; nonobstant qu’il semble y avoir plusieurs hâbles, n'ya que basses et plateis. Nous fusmes au dit hâble dempuis le dit jour jusques au Dimanche huitième jour d’Aoust, auquel jour appareillasmes et

€) Minuit.

(t) Mont Joli.

(t) On pense que c’est le IHâvre de Mingan.

(1) C’est-à-dire, pour marque.

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vinsmes querir la terre du Su vers le Cap de Rabast, lequel est distant du dit hâble environ vingt lieuës, gisant Nord, Nord-Est et Su-Sur-Ouest, Et le lendemain, le vent vint contraire ; et pour ce que ne trouvasmes nul hâble à la dite terre du Su, fismes porter vers le Nort outre le précédent hâble d'environ dix licuës, où trouvasmes une fort belle et grande baye pleine d’Isles et bonnes entrées et posage de tous les temps qu'il pourrait faire, et pour cognoissance d’icelle baye, y a une grande Isle comme un Cap de terre qui s'avance plus hors que les autres ; et sur la terre environ deux lieuës, y à une montagne faicte comme un tas de blé, Nous nommames la dite baye La Baye Saint Laurent. (*)

Le quatorzième du dit mois, nous partismes de la dite Baye Sainct Laurent, et fismes porter à Ouest, et vinsmes querir un Cap de terre devers le Su, qui gist environ l'Ouest un quart de Sur-Ouest du dit hâble de Saint Laurent environ vingt-cinq licuës, Et par les deux Sauvages qu’avions pris le premier voyage nous fut dit, que c’étoit de la terre devers le Su, et que c'étoit une isle, et que par le Su d’icelle étoit le chemin à aller de Honguedo, où nous les avions pris le premier voyage, à Canada ; et qu'à deux journées delà du dit Cap et Isle, commencçoit le Royaume de Saguenay, à la terre devers le Nord allant vers le dit Canada. Le travers du dit Cap environ trois lieuës, y à de profond cent brasses et plus, et n’est mémoire de jamais avoir vû tant de Baillames (f) que nous vismes cette journée le travers du dit Cap.

Le lendemain jour de Notre-dame d’Aoust, quinzième du dit mois, nous passasmes le détroit : la nuit devant, et le lendemain eumes cognoissance des terres qui nous demeuroient vers le Su, qui est une terre à hautes montagnes à merveilles, dont le Cap susdit de la dite Isle que nous âvons nommée L'Isle de l’Assomption, (f) et un Cap des dites hautes terres gisent Est-Nord-Est, et Ouest-Sur-Ouest: et y a entre eux, vingtcinq lieuës, et voit-on les terres du Nord encore plus hautes que celles du Su à plus de trente licuës. Nous rangeames les dites terres du Su dempuis le dit jour jusques au mardi midi que le vent vint Ouest, et mismes le cap au Nort pour aller querir les dites hautes terres que voyons ; et nous estans là, trouvasmes les dites terres unies et basses vers la mer et les montagnes de devers le Nort par sus les dites basses terres, gisantes icelles Est et Ouest un quart de Sur-Ouest ; et par les Sauvages qu’avions, nous a été dit, que c’étoit le commencement du Saguenay et terre habitée, et que de là venoit le Cuivre rouge, qu’ils appellent Caquetdazé. I ÿ a entre les terres du Su et celles du Nort, environ

(*) On pense que c’est la Rivière St. Jean sur la côte de Labrador. (*) Ce sont vraisemblablement des Baleines.

@) Appelée par les Sauvages Natiscotce, et depuis par les Européens Anticosti.

trente liouës, ot plus de deux cons brasses de parfond, Et nous ont les Sauvages certifié, ostre le chemin et commencement du grand Fleuve de Hochelaga et chemin du Canada, lequel alloit toujours en étroississant jusques à Canada ; et puis, que l’on trouve l'eau douce au dit fleuve, qui va si long, que jamais homme n’avoit été au bout, qu'ils eussent oui, et qu'autre passage n’y avoit que par batteaux, Et voyans leur dire, et qu'ils affirmoient n'y avoir autre passage, ne voulut le dit Capitaine passer outre jusques à avoir veu le reste et coste de devers le Nord, qu'il avoit obmis à voir depuis la Baye Sainet Lanvent pour aller voir la terre du Su, pour voir s’il y avoit aucun passage.

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