‹ Les trois voyages de Jacques Quartier au Canada en 1534, 1535 et 1540 [microforme]Chapitre 46 sur 82 · Chapitre XVEX · texte numérisé non relu

Chapitre XVEX

Comment par la grâce de Dieu nous eumes connoisance d’un certain arbre, par la vertu duquel nous recouvrimes notre santé ; et de la manière d’en user.

Un jour notre Capitaine voyant la maladie si émue, ct ses gens si fort épris d’icelle, estant sorti hors du Fort, et soy promenant sur la glace, appereut venir une bande des gens de Stadaconé, en laquelle estoit Domagaya, lequel le Capitaine avoit veu depuis dix ou douze Jours fort malade de la propre maladie qu’avoient ses gens : car il avoit l’une de ses jambes aussi grosse qu’un enfant de deux ans, et tous les nerfs d'icelle retirez, les dents perdues ct gâtées, ct les gencives pourries ct infoctes. Le Capitaine voyant le dit Domagaya sain et guéri fut fort joyeux, espérant par lui sçavoir comme il s’étoit guéri, à fin de donner aide et secours à ses gens, Et lorsqu'ils furent arrivez près le Fort, le Capitaine lui demanda comme il s’estoit guéri de sa maladie : lequel Domagaya repondit, qu’avee le jus des feuilles d’un arbre, ct le mare, il s’estoit guéri, ct que c’étoit le singulier remède pour cette maladie, Lors le Capitaine demanda s’il y en avoit point là entour, et qu’il lui en montrast pour guérir son Serviteur qui avoit pris la dite maladie en la maison du Scigneur Donnacona : ne lui voulant déclarer le nombre des Compagnons qui estoient malades, Lorsle dit Domagaya envoya deux femmes avec notre Capitaine pour en querir, lesquelles en appor-

tèrent neuf ou dix rameaux, et nous montrôrent

322) ANAL 01 qu il taHioOit puior

l'écorce ctles feuilles du dit bois, et mettre le tout bouïllir en l’eau, puis boire de Ja dite cau de deux Jours lun, et mettre le mare sur les

DE JAOQUES QUARTIER, 60

60 SECOND vVoyacr:

Jambes enflées ot malades, ct que de toutes maladies le dit arbre guérissoit ; et s'appelle le dit arbre en leur langage Annedda,(*)

Tot-après le Capitaine fit faire du breuvage pour faire boire ès malades, desquels n'y en avoit nul d'eux qui voulut icelui essayer, sinon un ou deux qui se mirent en aventure d'icelui essayer, Tot-après qu’ils en eurent bu ils eurent l'avantage, qui se trouva être un vray ot évident miracle, Car de toutes maladies de quoy ils estoient entachés, après en avoir bu deux ou trois fois, recouvrèrent santé et guérison : tellement que tel des Compagnons qui avoit la vérole puis cinq où six ans auparavant la dite maladie, a esté par la dite médecine curé nettement. Après ce avoir vu, y à une telle presse qu'on se vouloit tucr sur la dite médecine à qui premier en auroit : de sorte qu’un arbre aussi gros et aussi grand que je vis jamais arbre, à esté employé en moins de huit jours ; lequel a fait telle Opération, que si tous les médecins de Louvain et Montpellier ÿ Cussont csté avec toutes los drogues d'Alexandrie, ils n’en eussent pas tant fait en un an, que le dit arbre a fait en huit jours, Car, il nous a tellement profité, que tous ecux qui en ont voulu user ont recouvert santé ct guérison ; la grâce à Dicu,

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