M. SAMUEL DE CHAMPLAIN
Plus proche du dit Quebecq, y a une petite rivière qui vient de
‘ dans les terres d’un lac distant de notre habitation do six à sept
‘lieues (1). Je tiens que dans cette rivicre qui est au Nort et un “quart du Norouest de nostre habitation, ce fut le lieu où Jacques
‘ Quartier yverna, d'autant qu’il y a encores à une lieue dans la rivière “ des vestiges comme d’une cheminée, dont on a trouvé le fondement, ‘et apparence d'y avoir ou des fossez autour de leur logement, qui “estoit petit. Nous trouvasmes ausssi de grandes pièces de bois es- ‘ carries, et quelques 3 ou 4 balles de canon (*). Toutes ces choses
“monstrent évidemment que ea esté une habitation, laquelle a esté fon-
‘dée par des Chrestiens : et ce qui me fait dire et croire que c’est ‘ Jacques Quartier, c’est qu’il ne se trouve point qu'aucun aye yverné “ny basty en ces lieux que le dit Jacques Quartier au temps de ses
(1) C’est larivière St. Charles d'aujourd'hui ; elle tire en effet sa source d’un lac qui porte le même nom, et qui est situé à environ sept lieues à l’ouest de Québec.
(?) On aperçoit encore aujourd’hui sur la rive eauche de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière St.Charles, de ces visibles de larges fossés,
où espèces de
“ découvertures, et falloit, à mon jugement, que ce lieu s’appellast “ Sainte Croix, comme il l’avoit nommé, que l’on a transféré depuis “à un autre lieu qui est à 15 lieues de nostre habitation à l'Ouest (3), “ ct n’y a pas d'apparence qu’il eut yverné en ce lieu que maintenant on ‘appelle Sainte Croix, n’y en d’autres : d'autant qu’en ce chemin il “n’y a rivière ny autres lieux capables de tenir vaisseaux, si ce n’est la “ grande rivière, ou celle dont j’ai parlé ci-dessus, où de basse mer ya ‘“ demie brasse d’eau, force rochers et un bane à son entrée (4). Car “de tenir des vaisseaux dans la grande rivière, où il y a de grands “ courans, marées et glaces qui charient en yver, ils courroient risque “ de se perdre ; aussi qu’il y a une pointe de sable qui advance sur la ri- “ vière, (5) qui est remplie de rochers, parmi lesquels nous avons trouvé “ depuis trois ans un passage qui n’avoit point encore esté descouvert : ‘ mais pour le passer il faut bien prendre son temps, à cause des pointes et “dangers qui y sont (6). Ce lieu est à descouvert des vents de Norouest
(3) On voit que du temps même de M. de Champlain la tradition avait placé le lieu où séjourna Jacques Quartier pendant l’hiver de 1535—36, à un endroit sur le côté sud du fleuve St. Laurent, auquel on donna alors, pour cette raison, le nom de Ste, Croix. Cet endroit est situé à douze lieues audessus de Québec ; on l’appelle aujourd’hui la Pointe de Ste. Croix ou le Platon de Ste. Croix. Il n’y a aucune rivière dans cet endroit ni dans ses environs, et ce fait seul, à part des autres raisons données par M. de Champlain, aurait dû démontrer aux partisans de cette tradition qu’elle se trouvait en contradiction avec la Relation de Jacques Quartier, laquelle dit expressément qu’il plaça ses vaisseaux dans une petite rivière qui vient du nord.” Aussi par la suite, mais postérieurement à l’époque où M. de Champlain publia ses voyages, a-t-on transféré de nouveau le prétendu lieu de l’hivernement de Jacques Quartier en le plaçant au nord du fleuve, c’est-à-dire, à une rivière située à dix lieues plus haut que Québec. Delà le nom de Jacques Quartier, quelle a conservé jusqu’aujourd’hui.
(*) Du temps de M. de Champlain le lit de la rivière St. Charles était embarrassé de rochers énormes, dont beaucoup furent employés vers 1755 à la construction d’une digue pour mettre en sureté les bateaux du roi. Depuis plusieurs années cette digue n’est plus visible, étant comprise dans la longueur des quais qni s’avancent maintenant jusqu’au chenal de la rivière. Le ‘ banc *? dont il est ici question est probablement la pointe ou batture du bout de l’Isle d'Orléans, quis’avance fort loin vers la chute de Montmorency.
(5) Cette pointe de sable”? est ja Pointe de Ste. Croix ou le Platon de Ste. Croix. Voici ce qu’en dit M. de Champlain dans une autre partie de cette relation : ‘ Nous ‘ passames proche de la Pointe de Ste. Croix, où beaucoup tiennent (comme j’ay dit “€ ailleurs) estre la demeure où yverna Jacques Quartier. Cette pointe est de sable, qui ‘ advance quelque peu dans la rivière, à l’ouvert du Norouest qui bat dessus.”?
(®) C'est le rapide du Richelieu qui est en cffet rempli de rochers, cet le chenal en cet endroit est tortueux et difficile à suivre,
pellast depuis st (2), ant on min il ’est la erya . Car rands risque la ritrouvé ivert :
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le lieu ôté sud Croic.
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rouvait it qu’il \ suites translaçant iébec.
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Jroix.
Nous ay dit Le, qui
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APPENDICE, lil
& et la rivière y court comme si c'était un Saut d’eau, (7) et y perd de “ deux brasses ot demie, T1 ne s’y voit aucune apparence de bastimens, €
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ny qu’un homme de jugement voulut s’establir en cet endroit, y en & ayant beaucoup d’autres meilleurs quand on serait forcé de demeurer. & J’ay bien voulu traicter de cecy, d'autant qu’il y en à beaucoup qui croyent que ee lieu fut la résidence du dit Jacques Quartier ; ce que je ne croy pas pour les raisons ci-dessus : car le dit Quartier en eut
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aussi bien fait le discours pour le laisser à la postérité comme il Pa fait
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de tout ce qu’il a vu et descouvert, ct soustiens que mon dire est vé- €
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ritable : ce qui peut se prouver par l'histoire qu’il en a escrite.
& Et pour monstrer encore que ce lieu que maintenant on appelle Saincte Croix n’est le lieu où yverna Jacques Quartier, comme la pluspart estiment, voicy ee qu’il en dit en ses descouvertures, extrait de son Histoire, à sçavoir : Qu'il arriva à l'Isle aux Coudres le de Septembre en l'an 1535, qu'il appella de ce nom poury en avoir, auquel lieu il y a grand courant de marée, et dit qu’elle contient trois
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lieues de long, mais quand on comptera lieue et demie, c’est beaucoup,
& Et le 7° de ce mois, jour de Nostre-Dame, il partit d’icelle pour & aller à mont le fleuve, où il vit 14 Isles distantes de PIsle aux & Coudres de 7 à 8 lieues du Su. En ce compte il s’esgare un peu, “çaviln’y en a pas plus de trois, et dit que le licu où sont les Isles & susdites est le commencement de la terre ou province de Canada, (8) et “ qu'il arriva à une Isle de 10 lieues de long et 5 de large, où il se fait “ une grande pescherie de poisson, comme de fait elle est fort abon- ‘ dante, principalement en esturgeon : mais de ce qui est de sa lon- “ œueur elle n’a pas plus de six lieues et deux de large, chose mainte- & nant assez cogneue (9). Il dit aussi qu'il mouilla l'ancre entre icelle isle “et la terre du Nort, qui est le plus petit passage et dangéreux, et B
(7) Le Rapide du Richelieu.
(8) Du temps de Jacques Quartier les sauvages ne donnaient en effet au pays le nonf de Canada qu’à partir du Cap Tourmente, où l’eau du fleuve St. Laurent commence à
être douce,
C2 Y M, de C'hamoplain donne ici à Pfle d'Orléans sa véritable étendue
“ mit deux sauvages à terre Qu'il avait amenez en France (19), et qu'à
“ près avoir arresté en ce lieu quelque temps avec les peuples du pays il “€ fit admencer ses barques, ot passa outre à mont le dit fleuve avec le
“ flot pour chercher havre et lieu de seureté pour mettre les navires, et “qu'ils furent outre le fleuve costoyant la dite isle contenant 10 licues “ comme il mot (11), où au bout ils trouvèrent un afour d'eau (12) fort “ beau et plaisant, auquel il ÿ a une petite rivière et havre de barre, qu'ils ‘ ou rent fort propre pour mettre leurs v: aisscaux à couvert, ct le
‘ nommèrent, Saincte C l'OÏX, pour y estre arrivez ce Jour là, lequel lien “ s’appeloit au te Mps e6 voyage du dit Quartier St daca, (13) que main- “tenant nous appelons Quebecq, et qu'anrès qu'il cust recogneu ce lieu, ‘il retourna querir ses vaisseaux pour y yverner,
€ Or, est-il donc à Juger, que de l'Isle aux Coudres Jusques à l'Isle # d'Orléans, il n'y à que à licues, au bout de laquelle vers l'Occident “ la rivière est fort spacieuse, et n’y a au dit aftour, comme l'appelle “ Quartier, aucune rivière que celle qu'il nomma Sainete Croix, dis- “tante de l'Isle d'Orléans d'une bonne licue, où de basse mer n’y à “que demie brasse d’ cau, et est fort dangereuse en son entrée pour € vaisseaux, y ayant quantité d’esprons qui sont rochers Cspars, par ey par BR (4), ot faut ballisor pour entrer dedans (15), où de plaine mer, comme
Eye dict, il y a 3 brasses d’ “au, et aux grandes marées 4 brasses, ct 4
‘et demie ordinairement à plain flot, ct n'est qu'à 1500 pas de nostre “ habitation, qui est plus à mont dans ln dite rivière : et n'y à autre “rivière, comme J'ay dit, depuis le lieu que maintenant on appelle
€) Ce sontles deux sauvne ges, Tuiguragny et Domag dy que Quartier avait emmenés en France l’anné e précédente (en 1: 534).
(1) C'est-à-dire, l'étendue que Jacques Quartier donnait à cette ile.
(12) Affour ” ou ce affoure,?” vieux mot qui signifie une baie, ou un bassin, et qui désigne bien l’entrée de la rivière St. Charles.
(8) Ceci n’est pas exact : Quartier dit que le village de Staducu où Staduconé était à une demie lieue de la rivière Ste. Croix ?” (St. Charles ):
(4) Voyez la note C1) c°ilest aussi question de cet endroit,
CP) Quarticr s’était servi de ce moyen, Voyez p. 35
qu'à pays vec le res, et lieues ) fort qu'ils ot le ] Licu main lieu,
l'Isle dent pelle disn’y à pour 7 par nme ot + )SCr'e utre elle
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