‹ Les tronçons du glaive [par] Paul et Victor MargueritteChapitre 9 sur 22 · LES TRONÇONS DU GLAIVE. 1ÎB · texte numérisé non relu

LES TRONÇONS DU GLAIVE. 1ÎB

geaient le front de bandière; il fallait, pour la solennité de la leçon, que la brigade fût réunie

Dans un champ voisin de la ferme, les troupes étaient formées sur trois côtés d'un carré. A l'un des bouts, Eugène, en avant de la section, regardait le centre vide, un groupe d'officiers autour du général à cheval. Près d'eux, sur un rang, les douze hommes du peloton funèbre. Il entendit un bruit de voiture; elle s'arrêta.

Entre deux gendarmes, Pirou descendit : un frémissement courut parmi ses camarades. Eugène, figé, vit passer devant lui le mobile : Pirou. dont les traits ravagés criaient contre la fatalité, lui jeta un long regard de haine. Eugène en souffrit, se rappelant la façon dont Pirou. avant la catastrophe, lui avait souri. Évidemment le malheureux n'y comprenait rien; et luimême, à cette minute, comprenait-il davantage? Dans le carré, Pirou, entre ses gardiens, suivi du médecinmajor et de l'aumônier, s'éloignait, diminuait. Visible de tous les points, le colonel commandant les troupes éleva son sabre :

— Portez vos armes!

Du même geste les trois côtés du carré obéirent, dans le scintillement simultané des cinq mille fu^il- D'un seul mouvement, les bras gauches retombèrent, dociles à cette discipline pour laquelle un homme allait mourir. La voix lointaine, impersonnelle, reprit :

— Tambours, ouvrez le ban!

Un roulement lugubre, suivi d'un silence plus lugubre encore. On crut entendre le souffle rauque du prisonnier. Eugène songeait au ciel libre, à L'espace ouvert; maintenant le sort s'accomplissait, toute fuite était impossible. Une voix grêle lisait le jugement; dans l'oppression muette on distingua les derniers mots :

— ... Au nom de la patrie envahie, le soldat Pirou est condamné à la peine de mort...

Presque aussitôt, une forte détonation, puis un petit coup sec, isolé, sinistre. Le coup de grâce ! Avec une

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