‹ Les Tropes de DumarsaisChapitre 2 sur 57 · DU COMMENTATEUR · texte numérisé non relu

DU COMMENTATEUR

JLes iîgures appelées "tropes sont d'un artifice si ingénieux, si fin, si délicat ! Elles jouent un si grand rôle dans le langage , et en font une partie si essentielle! Employées à propos , elles contribuent tant à la noblesse , à l'élégance , à l'énergie du discours; et, dans le cas contraire , elles y produisent une si horrible discordance , une si étrange ou si ridicule bigarrure ! Combien donc n'importe-t-il pas de les étudier, de

ij — TREFACE

les coniiaîire? Autant sans doute que d étudier, autant que de connaître le langage lui-même. Cette connaissance n'est-elle même pas absolument nécessaire pour saisir en tout le vrai rapport des mots avec les idées , pour retrouver toujours la pensée, et Ja retrouver telle qu'elle est , la retrouver toute entière , sous tant de formes et de couleurs qui peuvent la déguiser plus ou moins?

N'est-elle pas, dis-je, un des premiers flambeaux du goût? n'est elle pas comme la lumière qui doit éclairer, dans tous leurs procédés, et l'art de penser, et l'art d'écrire? Le Grammairien peut-il plus s'en passer que le Littérateur, et le Littérateur, plus que le Grammairien ? Le Philosophe, à son tour, peut-il plus s'en passer que le Grammairien ou que le Littérateur ? Tout cela est d'une

D U C O M M E N T A T £ U B. iii /] ^,

vérité qui saute aux yeux, et qui ^*^^^ ■^'> n'a pas besoin de preuves (i). /fSi^^A.&<'^^

Or, cette connaissance si utile, si nécessaire , quel livre est le plus propre à la donner ? Quel est , en d'autres termes , le meilleur traité

fi) Pourquoi tant d'ouvrages intëressans pour le fond des choses, et qui d'ailleurs annoncent de l'imagination , du lalent, sont-ils cependant inlisibles , insupportables pour tout homme de sens et de goiit? Une des grandes causes , suivant Laharpe , c'est une prétention , une recherche continuelle j c'est l'ambition des figures et leur accumulation sans choix, la manie des mctapliores, et leur hardiesse bizarre, sans justesse et sans vérité j c'est l'habitude de croire qu'il faut être outré pour être fort, exagéré pour être grand , recherché pour être naïf; c'est par conséquent l'abus du style figuré , l'abus de ce qu'on appelle Tropes*

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