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des Tropes ? Nous n'avons point à choisir entre mille : il n'en existe , pour ainsi dire , qu'un seul , dont tous les autres ne sont que des extraits , ou que des imitations , que des copies plus ou moins fidèles.
C'est celui que nous devons à Dumarsais, à cet esprit vraiment supérieur, et l'un des mieux faits de son siècle , qui eut à un si haut degré le talent de l'observation et de l'analyse , et joignit tant de netteté et de justesse à tant de sagacité et de profondeur ; qui alla plus loin encore , dans la science grammaticale , que les doctes Arnauld et Lancelot, pénétra plus avant qu'eux dans les mystères des langues , et y répandit une bien y^lus vive lumière ; qui , avant Condillac même , montra la liaison intime de l'art de parler avec l'art de penser, éleva le premier de
ces deux arts au rang du second , et fit de la Grammaire une des parties les plus importantes de la Philosophie (i). Ce traité, qui fit peu de bruit quand il parut en ivSo, et qui resta même assez long-temps àpeu-prés inconnu, finit par exciter une sorte d'admiration générale , et par être exalté comme un ouvrage de génie. D'Alembert, dans son éloge de l'auteur, le donne pour uu
(i) La Logique dile de Port-Royal ^ que \e savant Arnauld fit avec Nicole, est-elle moins estimée que la Grammaire qu'il fit avec Lancelot ? Dumarsais et Gondillac n'ont-ils pas fait aussi, chacun, une Logique dont la réputation égale celle de leur Grammaire ? Tl est donc bien à propos que la Grammaire et la Philosophie aillent ensemble, et que le Philosophe ne se dispense pas plus d'être Grammairien, que le Grammairien d'être Philosophe.
V] rRETACE
chef-d'œuvre en son genre : le Dictionnaire historique et i^ Année lit" 1er aire en font à -peu-près autant ; V Année littéraire même ne va-telle pas presque jusqu'à le prétendre fait pour tenir Heu de la Logique et de la Rhétorique qu'on enseignait alors dans les collèges? Et consultez toutes ces Grammaires , toutes ces Pihëtoriques que chaque nouvel an voit éclore : c'est d'après ce traité qu'elles parlent des Trop es ^ c'est à ce traité qu'elles vous renvoient pour leâ Tiopes{\). Laharpe lui même
(i) Cependant, je dois le dire, une Grammaire que l'éloge qu'en fait Chénier m'a donné envie de connaître , ei où l'on trouve effectivement des vues neuves et profondes, mais où les innovations de plus d'un genre ont été portées beaucoup trop loin pour que l'auteur ait pu se flatter un seul instant de
DU COMMENTAT EU R» vij
VOUS y renvoie dans son Cours de Littérature ; et Chénier , organe de l'Institut, dans son Tableau littéraire du dix-huitiéme siècle, dé-
les voir admettre; cette Grammaire, qui a pour titre. Cours théorique et pratiqua de Langue française ^ non -seulement n'admet pas le système de Dumarsais , mais en établit un tout-à-fait différent, qui ne tend à rien moins qu'à le ruiner de fond en comble. Dans ce nouveau système, que je suis loin d'adopter, malgré toute mon estime pour le talent de l'auteur, qui, certes, pense par lui-même, et penic fortement , je vois avec peine que les Tropes figures n'aient pas été distingués des Tropes non figures, ou, si Ton veut, des Tropes catachrèses j ni les Tropes en un seul mot et proprement dits, des Tropes improprement dits et en plusieurs mois. Je n'aime pas non plus à n'y voir conservé , de toute lan- «iejane nomeaclature , que le seul nofn gé«
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clare positivement que c'est le meilleur livre qui existe encore sur la partie Hgurée du langage. Enfin , que peut-on dire de plus en faveur des Tropes deDumarsais. ? Depuis long-temps au premier rang des livres classiques, ils ont pour destination particulière de servir dans les collèges à former le Jugement , la raison , le goût de la jeunesse, et à éclairer, à vivifier, à féconder , s'il faut le dire , toutes ses études en
nëral de Trope ^ et à y trouver , à la place de tous les noms particuliers , quatre noms nouveaux , formés du nom générique avec une préposition: homotropCj pour méta^ phore, pour syllepse oratoire , pour allusion ; syutrope , pour synecdoque , pour litote y pour hyperbole , etc. 5 épitrope, pour métonymie Qi pour métalepse : enfin antitrope > pour ironie , pour eup/ié^r misme, etc.
DU COMMENTATEUR» ix
Grammaire, en Littérature, et en Philosophie (i).
Mais cet ouvrage , tout digne qu'il est, assurément, de sa haute réputation et du rang honorable qu'il tient dans l'instruction publique, ne laisse-t-il pourtant rien à désirer, et ne présente-t-il ni imperfections ni défauts? Beauzée, en le reproduisant par articles détachés, dans la partie de l'Encyclo-a pédie méthodique consacrée à la
(r ) Ce n'est pas seulement en France que les Tropes de Dumarsais ont été mis au rang des livres classiques. Formey, qui a tant écrit pour l'instruction publique en Allemagne, en avait déjà donné, en 1757, à Leipsick , une édition destinée à entrer dans le cours d'études de la jeunesse , et il avait (iétlié celle édition au comte de Kamake , ami et protecteur éclairé des Lettres.