ARTICLE VIT
Réflexions générales sur le Sens Figuré.
Origine du Sens Figuré.
Xja liaison qu'il y a entre les idé^s accessoires , je veux dire , entre les idées qui ont rapport les unes aux autres , est la source et le principe des divers sens figurés que Ton doue aux mots. Les ohjets qui font sur nous des impressions , sont toujours acom pagnes de difé rentes circonstances qui nous frapent , et par lesquelles nous désignons souvent , tous les objets mêmes qu'elles n'ont fait qu'acompagner, ou ceux dont elles nous i éveillent le souvenir. Le nom pro-
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pie de l'idée accessoire, est souvent plus présent à l'iniaginalion que le nom de Tidee principale , et souvent aussi ces idées accessoires , désignant les objets avec plus de circonstances que ne feroient les noms propres de ces objets , les peignent ou avec plus d'énergie , ou avec plus d'agrément. De là le signe pour la chose signifiée , la cause pour l'éfet , la partie pour le tout , l'antécédent pour le conséquent , et les autres tropes dont je parlerai dans la suite.
Corne l'une de ces idées ne sauroit être réveillée sans exciter l'autre , il arrive que l'expression figurée est aussi facilement entendue que si l'on se servoit du mot propre ; elle est même ordinairement plus vive et plus agréable quand elle est employée à propos , parce qu'elle réveille plus d'une image ; elle attache ou amuse l'imagination et donc aisément à deviner à l'esprit.
Usages ou éfets des Tropes,
i . Uu des plus fréquent usages des
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tropes , c'est de réveiller une idée principale , par le moyen de quelque idée accessoire : c'est ainsi qu'on dit cent voiles pour cent vaisseaux : cent feux pour cent maisons ; il aime la bouteille , c'est-à-dire , il aime le vin : le fer pour l'épée ; la plume ou le style pour la manière d'écrire , &ZC.
2. Les tropes douent plus d'énergie à nos expressions. Quand nous somes vivement frapés de quelque pensée , nous nous exprimons rarement avec simplicité ; l'objet qui nous ocupe se présente à nous , avec les idées accessoires qui l'acompagnqnt , nous prononçons les noms de ces images qui nous frapent , ainsi nous avons naturèlement recours aux tropes , d'où il arrive que nous fesons mieux sentir aux autres ce que nous sentons nous-mêmes : de là viènent ces façons de parler , il est enftamé de colère y il est tombé dans une erreur grossière y flétrir la réputation , s'enis^rer de plaisir y &c.