II. L'ÉFET POUR LA cause
corne lorsqu'Ovide dit que le mont Pélion n'a point d'ombres, nec liahet Metam.L. Pélion umhras ; c^st-à-dire, qu'il ^"•"^* n'a point d'arbres , qui sont la cause de l'ombre j V ombre, qui est l'éfet des
Ei3.
S6 La m é t o n y m i e.
arbres , est prise ici pour les arbres mêmes.
Dans la Genèse , il est dit de Rébecca , que deux nations étoient en elle ; * c'est-à-dire , Esaû et Jacob , les pères de deux nations ; Jacob , des Juifs, Esaû, des Iduméeus.
Les Poètes disent la pâle mort., les pâles maladies j la mort et les maladies Perce. Prol. rendent pales. Pallidàmque Pjrénen , la pale fontaine de Pyrène : c'étoit une fontaine consacrée aux Muses.
L'aplication à la poésie rend pâle , come toute autre aplication violente.
Par la même raison Virgile a dit la triste vieillesse.
JEn. L. VI. Pallenles habitant morbi tristis^ueSenéctus. V. 2-5.
Lib. 1. od. Et Horace , Pâllida mors. La mort , la maladie , et les fontaines consacrées aux Muses, ne sont point pâles; mais elles produisent la pâleur : ainsi on donc à la cause une êpitbète qui ne convient qu'à l'èfet.
-^ III. Le contenant pour le
* Dnse gentes suut in utero tuo , et duo pôpuli ex ventre tuo dividéntur. Gen. c. xxv. V. 23.
La Métonymie. 87
co\TEivu : corne quand on dit, // aime la bouteille , c'est-à-dire , il aime le vin. Virgile dit que Didon ayant présenté à Bitias une coupe d'or pleine de vin, Bitias la prit et se hwa ^ s' arrosa de cet or plein ; c'est à -dire , de la liqueur conienue dans celte coupe d'or.
ille impiger hausit yïn. 1.V.74J.
Spumâiitem pàteram , et pleno se proliiit auro.
Auro est pris pour la coupe , c'est __
la matière pour la chose qui en est ^ faite , nous parlerons bientôt de cette espèce de figure , ensuite la coupe est prise pour le vin.
Le ciel , où les anges et les saints jouissent de la présence de Dieu , se prend souvent pour Dieu même : Implorer le secours du ciel ; grâce au ciel; Pater peccaj'ai péché contj^e le ciel et contre vous , ^[ '° ^^ ""* dit 1 entant prodigue a son père. LeLxic. c xv. ciel se prend aussi pour les Dieux du ^siiuit terra Paganisme. in conspectu
La terre se tut devant Alexandre : ^J^^^- ^^^^^'' , , ,. - 111 L.i.c.i.v.3#
cest-a-dire, les peuples de la terre se soumirent à lui : Eome désaproma
SS La Métonymie.
la conduite d'^^ppàis ^ c'est-à-dire , les Romains dcsaprouvèrent : Toute l'Europe s'est réjouie à Ja naissance du Dauphin ; c'est-à-dire , tous les souverains j tous les peuples de i" Europe se sont réjouis.
Lucrèce a dit que les chiens de chasse mettoicnt une forêt en mouvement ; ^ où l'on voit qu'il prend la foret pour les animaux qui sont dans la foret.
Un nid se prend aussi pour les petits oiseaux qui sont encore au nid.
Carcer , prison , se dit en latin d'un home qui mérite la prison.
IV. Le nom du lieu , où une chose se fait , se prend pour la chose MEME ; on dit un Caudebec , au heu de dire , un chapeau fait à Caudebec ;, ville de Normandie.
On dit de certaines étofes , c^est une Marseille , c'est à-dire , une élofe de la manufacture de Marseille : cest une Perse , c'est-à-dire , une toile peinte qui vient de Perse.
* Sepire plagis saltutu caiiibûsque ciére. huer. L. V. V. i25o.
La Métonymie. 69 A propos de ces sortes de noms , j'observerai ici une méprise de M.
M(înai,^e , qui a été suivi par les auteurs du Di(nionaire Universel , apelé communément Dictionaire de Trévoux ; c'est au sujet d'une sorte de Jame d'épée qu'on apèle Olinde : les olindes nous viènent d'Alemai^ne, et sur tout de la ville de Soliugen , dans le cercle de West^pli^li^.* on prononce Solingue. H y a aparence que c'est du nom de cette ville que les épées dont je parle , ont été appelées des olindes par abus. Le nom à^ olinde , nom romanesque , étoit déjà conu , corne le nom de Silvie ; ces sortes d'abus sont assez ordinaires en faitd'étymologie. Quoi qu'il en soit, M. Ménage et les auteurs du Dictionaire de Trévoux n'ont point rencontré lieureusemeut , quand ils ont dit que les olindes ont été ainsi apelées de la in lie d' Olinde dans le Brésil, d'où ils nous disent que ces sortes de lames sont venues. Les ouvrages de fer ne viènent point de ce pays-là : il nous vient du Brésil une sorte de bois que nous apelons hrésil , il en vient aussi
i/iA
90 Là m é t 0 IV y m 1 ê.
du sucre , du tabac , du baume , de l'or , de l'argent , &c. : mais on y porte le fer de l'Europe , et sur-tout le fer travaillé.
La ville de Damas en Syrie , au pie du mont Liban , a donc son nom à une sorte de sabres ou de couteaux qu'on y fait : il a un vrai Damas , c'est-àdire j un sabre ou un couteau qui a été fait à Damas.
On donc aussi le nom de Damas à une sorte d'étofe de soie , qui a été fabriquée ori^nairement dans la ville de Damas ; on a depuis imité cette sorte d'étofe à Venise , à Gènes , à Lyon , &c. ainsi on dit Damas de Venise y de Lyon ^ &c. On done encore ce nom à une sorte de prune , dont la peau est fleurie de façon qu'elle imite l'étofe dont nous venons de parler.
Fajeuce est une ville d'Italie dans la Komagne : on y a trouvé la manière de faire une sorte de vaissèle^ de terre vernissée , qu'on apèle de la fajence ; on a dit ensuite par métonyniie , qu'on fait de fort heWç.s fajences en Rolande, à Kevers , à Rouen , &c.
C'est aiDsi que le Lycée se prend pour les disciples d'Aristote , ou pour la doctrine qu'Aristote eusei gnoit dans le Lycée. Le Portique se prend pour la Piiilosopliie que Zenon eusei^noit à ses disciples dans le Portique.
Le Lycée étoit un lieu près d'Atliènes , où Aristote enseignoit la Philosophie en se promenant avec ses disciples ; ils. furent apelc's Péri- ^ riti7ra.:im. pateticiens du grec peripateo , je me ^,j causa, promène ; on ne pense point ainsi dans le Lycée , c'est- à dire , que les disciples d'Aristote ne sont point de ce sentiment.
Les anciens avoient de magnifiques portiques publics où ils aloient se promener ; c'étoient des galeries basses , soutenues par des colones ou par des arcades, à -peu près come la Place Royale de Paris , et come les cloitres de certaines grandes maisons religieuses. Il y en avoit un entr'autres fort célèbre à Athènes , où le Philosophe Zenon tenoit son école : ainsi par le Portique on entend souvent la philosophie de Zenon,
92 La Métonymie.
la doctrine des Sloïciens; car les disciples de Zenon furent apeles Stoï- ^loâ, ciens du grec stoa , qui signifie por^ tique. Le Portique n'est pas toujours d'accord a^ec le Lycée , c'est-à-dire, que les sentimens de Zenon ne sont pas toujours conformes à ceux d'Aristote.
Rousseau , pour dire que Ciceron dans sa maison de campagne méditoit la philosophie d'Aris-tote et celle de Zenon , s'explique en ces termes :
Rousseau, C'est là que ce Romain, dont réloquentc