FÉRULE
Vous voyez qu'il n'oublie rien. Cet ouvrage est renjpli d'un nombre infini d'aUusions aussi recherchées , pour ne pas dire aussi puériles. Le défaut de jugement qui enjpéche de sentir ce qui est ou ce qui n'est pas à propos, et le désir mal entendu de montrer de l'esprit et de faire parade de ce qu'on sait , enfantent ces productions ridicules.
Modère , Ce st5'le figuré, dont on fait vanité, Misant, act. g^^.|. ^^ ^^^ caractère et de la vérité ;
Ce n'est que jeux de mots , qu'afectation pure, Et ce n'est pas ainsi que parle la nature.
J'ajouterai encore ici une remarque , à propos de l'allusion : c'est que nous avons en notre langue un grand nombre de chansons , dont le sens litéral , sous une aparence de simplicité , est rempli d'allusions obscènes.
Les auteurs de ces productions sont coupables d'une infinité de pensées dont ils salissent l'imagination ; et d'ailleurs ils se deshonorent dans Tes-
prit des bonéles gens. Ceux qui dans des ouvrages sérieux tombent par simplicité daus le même inconvénient que les faiseurs de cliansons , ne sont guère moins repréhensibles, et se rendent plus ridicules. »
Quintilien , tout païen qu'il était , Qnint insnt. veut que non-seulement on évite les ^'^^-^/j^i^^ paroles obscènes , mais encore tout ce qui peut réveiller des idées -d'obscéqité. Ohscœnitas vero non à vevhis tantàm ahésse débet ^ sed étiam à sigui- Jicatiône,
« On doit éviter avec soin en écrii) vant , dit-il ailleurs , * tout ce qui » peut douer lieu à des allusions des- » bon êtes. Je sais bien que ces in- » ter pré talions viènent souvent dans
* Hoc vitinm x.(itKo(pcc']ûv vocâtiir, sive malâ consuetûdineinobscoenumintelléctumsernio deforlus est.... dicta sanctè et antique ridéntur à nobis : quam culpam non scribéntium quidem jûdico, sed legéntium : tamen vitànda; quâtenus verba honésta moribus perdidimus, et evincéntibus e'tiam vitiis cedéndnm est. Sive junctûra deformiter sonat. . . . âliae conj unctiones âliquid simile fâciunt quas pérsequi longuni est , in eo vitio quod vitândum dicimus, commorântes. Sed divisio
» l'esprit plutôt par un éfet de la cor- » ruption du cœur de ceuit qui lisent , )) que par la mauvaise volonté de cew lui qui écrit ; mais un autour satire » et éclairé doit avoir égard à la foi- )) blesse de ses lecteurs , et prendre )) ^arde de faire naître de pareilles » idées dans leur esprit : car enfin )) nous vivons aujourd'hui dans un » siècle où l'imagination des homeâ )) est si fort gâtée , qu'il y a un grand » nombre de mots qui éloient autre- )) fois très-bonêtes , dont il ne nous » est pas permis de nous servir par » l'abus qu'on en a fait ; de sorte que » sans une atention scrupuleuse dé la il part de celui qui écrit, ses lecteurs » trouvent malignement à rire eu salis- » sant leur imagination avec des mots, }) qui , par eux-mêmes , sont très-éloi- » gnés de l'obscénité.))
quoque affert e';ndem injiuiam pudori. Ncc scripto modo id âccidit •, sed étiam sensu picrique obscœnè intelligere , nisi cAveris, c.':piunt, ac ex verbis quae longissiinè ab obscœnitate absunt , occasiéiietn tiupitûdinis rapere. Quint. Iiist. Orat. lib. viii. c. 3. de Ornâtu.
L'I R o N I E est une figure par laquelle i'r^viU , on veut tau'e entendre Je contran e de
la orntionc.
ce qu'on dit : ainsi les mots dont on se sert clans l'ironie , ne sont pas pris clans le sens propre et litëral.
M.Boileau, qui n'a pas rendu à Quinault toute la justice que le public lui a rendue depuis , a dit par ironie :
Je le déclare donc, Qninanlt est un Virgile. BoieaM
Sat. iCv.
Il vouloil dire un mauvais Poète.
Les idées accessoires sout d'un grand usage dans l'ironie : le ton de la voix , et plus encore la couoissance du mérite ou du démérite personel de quelcpi'un , et de la façon de penser de celui cjui parle , servent plus à faire conoître l'ironie , c|ue les paroles dont on se sert. Un home s'écrie , oh le bel esprit ! Parle-t-il de Cicérou ,
r>oo L î R O N I E.
d Horace? il n'y a point là crironie; les mots sont pris dans le sens propre. Parle-l-il de Zoïle ? c'est une ironie. Ainsi l'ironie fait une satyre , avec les mêmes paroles dont le discours ordinaire fait un éloge.
Tout le monde sait ce vers du père de Clnmène dans le Cid.
Corn. Cid. ^ ^^ pi^,g liants partis Rodrigue doit prë-
ÛCt, i.sc. 3. * 1
• tendre.
C'est une ironie. On en peut remarquer plusieurs exemples dans Balzac et dans Voiîure. Je ne sais si l'usage que ces auteurs ont fait de cette figure , seroit aujourd'hui aussi bien reçu qu'il Ta été de leur tems.
Cicéron comence par une ironie l'oraison pour Ligarius. Nowwn crimen , Cài Cœsar , et ante hune diem inaudîtiim, &c. Il y a aussi dans l'oraison contre Pison un fort bel exemple de rironie : c'est à l'ocasion de ce que Pison disoit que s'il n'avoit pas triomphé de la Macédoine , c'étoit parce qu'il n'avoit jamais souhaité les honeurs du triomphe. « Que » Pompée est malheureux , dit Ci-
» cëron , * de ne pouvoir profiter de » voire conseil ! Oli ! qu il a eu lort » de n'avoir point eu de goût pour » voire philosophie ! îl a eu la folie » de triompher trois fois. Je rougis , » Crassus, de votre conduite. Quoi, » vous avez brigué l'honeur du iriom- » phe avec tant d'empressement ! &c.
±j Euphémisme est une figure par ^u^nfxKrfAlç , laquelle on déguise des idées ^^^sa- ^^^^';^^.;^^^^^^^^^ gréables , odieuses , ou tristes , sous cours de hon des noms qui ne sont point les noms flf^^'^J^,/. propres de ces idées ; ils leur servent sèment , et come de voile , et ils en expriment ^"^' ' J^ ^'^' en aparence de plus agréables , de moins choquantes , ou de plus ho-
* Non est integrum Cii. Pompëio, consiiio jam uti tiio ; err. vit enim. Non gustârat islam tuam philoséplnam -, ter , jam homo stultus, triumpliivil. &c. Cic. in Pison. 11. 58. XXIV.