‹ Les Tropes de DumarsaisChapitre 55 sur 57 · US · texte numérisé non relu

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* Bernarcli Morlanensis , Mônaclii ordinis Cluniacensis, ad Pctrnm Cluniacensem Abb'.tem qui cl iruit anno i i/fO. de Contemptu Mundi , libri très ex vetéribus membrânia recens descripti. BremaS; anno iS^S»

DU Sens Adapté. 5^5

ïmminet, imminet ut mala ivs minet , asqiia

corônet , Recta remùn^r<?^;ânxici ]iber<?^;,aBtliera do;ze^: Aûferat âspera , duraqne pondérât mentis

owûstœ j Si\hv\,x\r\ûniat,\n\'pYohB.\nLniat,\\tv£i(Yi\e)nstè, llle ^iissimus ; ille ^istYissimus ecce venit

Rex.

Siirgat bomo reus, l'nstat Iioino Veus ^h. pâtre

jude.v.

Les Poëmes dont je \iens de parler sont aujourd'hui au même rang que les acrostiches et les anagrames. ^Le

* L'acrostiche est une sorte d'ouvrage en vers , dont chaque vers comence par chacune des lettres qui forment un certain mot. A la tête de chaqne comédie de Plante, il 3' a un argument fait en acrostiche : c'est îe nom de la pièce qui est le mot de l'acrostiche; par exemple : Amj)hitruo : le premier vers de l'argument comence par un A, le second par une J/, ainsi de suite. Ces argumens sont anciens, et Madame Dacier dans ses remar* ques sur celui de l'Amphitryon, fait entendre que Plante en est l'auteur.

Cicéron nous aprend qu'Ennius avoit fait des acrosticlics ; ««pûî-;;^;/? dicitur , càm deinceps ex primis vérsuum litteris dliquid connéctitur , ut in qidhusdam Ennidnis. Cic. de Divinatione 1. 2. n. m, aliter liv.

S. Augustin de Civ. Dei , L xvii. c. 23,

5^6 Suite

goût de toutes ces sortes d'ouvrages , heureusement , est passé. Il y a eu un tems où les ouvrages d'esprit tiroient leur principal mérite de la peine qu'il y avoit à les produire , et souvent la montagne éloit récompensée de n'enfanter qu'une souris , pourvu qu'elle Molière , ^^^ ^^^ loufi^-tems en travail. Auiour-

Misan.act. 1. ,,1 • , ^ i r/- i ^ /• •

se. 2. d nui le tems et Ja diiiculte nejoiit rien

à Vafaire; on aime ce cjui est vrai , ce qui instruit , ce qui éclaire , ce qui intéresse , ce qui a un oLjet raisonable ; et l'on ne regarde plus les mots

parle d'un acrosticLe de la Sibyle Erytbre'e, dont les lettres initiales formoieut ce sens,

Au reste, acrostiche vient de denx mois grecs ci}cf)cç, su mm us qui est à une des exlrémités; et ft:^oç versus , ordo. ùfcfoçtxiç ^ et ÛK^ôçtxov To ^ initium versus.

A l'égard de Vanûgrame,ce mot est encore grec : il est composé de la préposition «v« qui dans la composition des mots, répond sou vent à reirô , re ; et de *) pâf^.f^oc. , let tre. L'anagrame se fait lorsqu'en déplaçant les lettres d'un mot , on en forme un autre mot , qui a une signification diférente -, par exemple^ de Lo~ raine , on a fait Alérion.

Il ne paroît pas que les anagrames aient )amais été en usage paimi les Latins.^

DU Sens Adapté. Zi'J que corne des signes auxquels on ne s'aréle que pour aler droit à ce qu'ils siiiuifient. La vie est si courte , et il y a tant a aprencire a loiU ai^e , que si l'on a le bonheur de surmonter la paresse et l'indolence naturèle de l'esprit, on ne doit pas le nietlre à la torture sur des riens, ni Tapliquer en pure perle.

Sens Abstrait^ Sens Concret.

VJ E mot abstrait vient du latin ahstrdctuSj participe à' ahstràhere , qui veut dire , tirer , aracher , séparer de.

Tout corps est réèlcment étendui en longueur , largeur et profondeur , mais souvent on pense à la longueur sans faire atention à la largeur ni à la profondeur , c'est ce qu'on apèle faire abstraction de la largeur et de

la profondeur ; c'est considérer la longueur dans un sens abstrait ; c'est ainsi qu'en géométrie on considère le

028 Sens AbstpvAit,

point , la ligne , le cercle , sans avoir égard ni à un tel point , ni à une telle ligne , ni à un tel cercle pliysique.

Ainsi en général le sens abstrait est celui par lequel on s'ocupe d'une idée, sans faire atention aux autres idées qui ont un raport nalurel et nécessaire avec cette idée.

1 . On peut considérer le corps en général sans penser à la figure ni à toutes les autres propriétés particu-' Hères du corps physique : c'est considérer le corps dans un sens abstrait , c'est considérer la cht)se sans le mode^ corne parlent les Philosophes, res ahsque modo,

2. On peut au contraire considérer les propriétés des objets sans faire atention à aucun sujet particulier auquel elles soient attachées, modus àbsque re. C'est ainsi qu'on parle de Ja blancheur , du mouvement , du repos , sans faire aucune atention particulière à quelque objet blanc , ni à quelque corps qui soit en mouvement ou en repos.

L'idée dont on s'ocupe par abs-

Sens Concret. 529.

traclion , est tirée , pour ainsi dire , des autres idées qui out raport à celle-là, elle en est corne séparée, et c'est pour cela qu'on l'apèle idée abstraite.

L'abstraction est donc une sorte de séparation qui se fait par la pensée.

Souvent on considère un tout par par^ ties , c'est une espèce d'abstraction , c'est ainsi qu'en anatomie on fait des démonstrations particulières delà tête, ensuite de la poitrine , &c. mais c'est plutôt diviser qu'abstraire : on apèle pi us particulièrement/«iVe abstraction^ lorsque l'on considère quelque propriété des objets sans faire atention ni à l'objet , ni aux autres propriétés , ou lorsque l'on considère l'objet sans les propriétés.

Le sens concret , au contraire , c'est lorsque l'on considère le sujet uni au mode , ou le mode uni au sujet ; c'est lorsque l'on regarde un sujet tel qu'il est , et que l'on pense que ce sujet et sa qualité ne font ensemble qu'une même chose , et forment un être particulier ; par exemple : ce papier blanc, cette table quarreé.

55o Sens Abstrait, cette hoite ronde ; blanc , quajrée , ronde , sont dits alors dans un sens concret.

Ce mot concret vient du latin con-^ crétus j participe de concréscere , croître ensemble , s'épaissir , se coaguler, être composé de ; en éfet , dans le seiis concret , les adjectifs ne forment qu'un tout avec leurs sujets, on ne les sépare point l'un de l'autre par la pensée.

Le concret renferme donc toujours deux idées , celle du sujet , et celle de la propriété.

Tous les substantifs qui sont pris adjectivement, sont alors des termes concrets , ainsi quand on dit Petrus est homo ; homo est alors un terme concret , Petrus , est hahens humanitdtem.

Observez qu'il y a de la diférence entre faire abstraction et se servir d'un terme abstrait. On peut se servir de mots qui expriment des objets réels , et faire abstraction , corne . quand on examine quelque partie d'un tout , sans avoir égard aux autres parties : on peut au contraire se

Sens Concret. 55i

servir de termes abstraits , ^^ns faire abstraction , corue quand on dit que

la fortune est aveuijle.

Des tenues abstraits.

Dans le langage ordinaire , abstrait se prend pour subtil , métaphysique : ces idées sont abstraites y c'est-à-dire , qu'elles demandent de la méditation, qu'elles ne sont pas aisées à comprendre , qu'elles ne tombent point sous le sens.

On dit aussi d'un bome , qu'il est abstrait , quand il ne s'ocupe que de ce qu'il a dans l'esprit , sans se prêter à ce qu'on lui dit. Mais ce que j'entens ici par termes abstraits y ce sont les mots qui ne marquent aucun objet qui existe bors de notre imaginalion.

Que les bomes pensent au soleil , ou qu'ils n'y pensent point , le soleil existe , ainsi le mot de soleil n'est point un terme abstrait.

Mais beauté y laideur , &c. sont des termes abstraits. Il y a des objets qui nous plaisent et que nous trouvons

552 Sens Abstrait,

beaux : il y en a d'autres au contraire qui nous afectent d'une manière désagréable , et cp^ie nous apelons laids ; mais il n'y a aucun être réel qui soit la beauté ou la laideur. H y a des homes , mais lliumnnité n'est point , c'est-à-dire , qu'il n'y a point un être qui soit llmmanité.

Les abstractions ou idées abstraites suposent les impressions particulières des objets , et la méditation ,. c'est-à-dire , les réflexions que nous fesons natur élément sur ces impressions. C'est à l'ocasion de ces impressions que nous considérons ensuite séparément , et indépendament des objets , les diférentes afections qu'elles ont fait naître dans notre esprit , c'est ce que nous apelons les propriétés des objets : je ne considérerois pas le mouvement en lui-même , si je n'avois jamais vu de corps en mouvement.

Nous somes acoutumés à douer des noms particuliers aux objets réels et sensibles , nous en donons aussi par imitation aux idées abstraites , come si elles représentoient des êtres

Sens Concret. 553 réels ; nous n'avons point de moyen plus tacile pour nous comuniquér nos pensées.

Ce qui a sur -tout doné lieu aux idées abstraites , c'est l'uniformité des impressions qui ont été excitées dans notre cerveau par des objets diférens, et pourtant semblables en un certain point : les bornes ont inventé des mots particuliers pour exprimer cette ressemblance , cette uniformité d'impression dont ils se sont formé une idée abstraite. Les mots qui expriment ces idées nous servent à abréger le discours , et à nous faire entendre avec plus de facilité ; par exemrple , nous avons vu plusieurs objets blancs , ensuite pour exprimer l'impression uniforme que ces diférens objets nous ont causée , et pour marquer le point dans lequel ils se ressemblent, nous nous servons du mot de blancheur.

Kous somes acoutumés dès notre enfance à voir des corps qui passent successivement d'une place à une autre ; ensuite pour exprimer cette propriété et la réduire à une sorte d'i-

354 Sr.NS Abstrait, dée générale , nous nous servons du terme de niouvenient. Ce que je veux dire s'entendra mieux par cet exemple.

Les noms que l'on done aux tropes ou figures dont nous avons parlé , ne représentent point des êtres réels; il n'y a point d'être , point de substance 5 qui soit une métaphore , ni une métonymie ; ce sont les diférentes expressions métaphoriques , et les autres façons de parler figurées qui ont doné lieu aux maîtres de l'art d'inventer le terme de métaphore , et les autres noms des figures : par là ils réduisent à une espèce , à une classe particulière les expressions qui ont un tour pareil selon lequel elles se ressemblent , et c'est sous ce raport de ressemblance qu'elles sont ^ comprises dans chaque sorte particulière de figure , c'est-à-dire , dans la même manière d'exprimer les pensées : toutes les expressions métaphoriques sont comprises so^^s la métaphore , elles s'y raportent ; i'idée de métaphore est donc une idée abstraite q[ui ne représente aucune expressiou

Sens Concret. ùù5 métaphorique en particulier , mais seulement cette sorte d'idée générale que les homes se sont faite pour réduire à une classe à part les expressions figurées d'une même espèce , ce qui met de Tordre et de la néteté dans nos pensées , et abrège nos discours.

Il en est de même de tous les autres noms d'arts et de sciences : la physique, par exemple, n'existe point , c'est-à-dire , qu'il n'y a point un être particulier qui soit la physique : mais les homes ont fait un grand nombre de réflexions sur les diférenles opérations de la nature ; et ensuite ils ont doné le nom de science phjsique au recueil ou assemblage de ces réHexions , ou plutôt à ridée abstraite à laquelle ils raportent toutes les observations qui regardent les êtres naturels.

11 en est de même de douceur ^ amer^tume y être y néant , vie , mort y mouve-" ment , repos , &c. Chacune de ces idées générales , quoi qu'on en dise , est aussi positive que l'autre , puisqu'elle peut être également le sujet d'une proposition.

356 Sens Abstrait,

Corne les dife'rens objets Lianes ont doné lieu à notre esprit de se former l'idée de blancheur , idée abstraite , qui ne marque qu'une sorte d'afection de l'esprit ; de même les divers objets , qui nous afectent en tant de manières difé rentes , nous ont doné lieu de nous former l'idée d'être, de substance , à! existence ; sur-tout , lorsque nous ne considérons les objets que come existans , sans avoir égard à leurs autres propriétés parti-^ culières : c'est le point dans . lequel les êtres particuliers se ressemblent le plus.

Les. objets réels ne sont pas toujours dans la même situation , ils cliangent de place , ils disparoissent , et nous sentons ré élément ce chan* gement et cette absence : alors il se passe en nous une afection réèle , par laquelle nous sentons que nous ne recevons aucune impression d'un objet dont la présence excitoit en nous deux éfets sensibles ; de-là l'idée àab^ sence, àe privation ^ de néant: de sorte que quoique le néant ne soit rien en lui-même , cependant ce mot manque

une

Sens C o in* c r e t. 55 j

une afectlon reèle de l'esprit , c'est une idée abstraite que nous aqaérons par l'usage de la vie , à l'ocasion de Tabsence des objets, et de tant de privations qui nous font plaisir ou qui nous afligent.

Dès que nous avons eu quelque usage de notre faculté de consentir ou de ne pas consentir à ce qu'on nous proposoit, nous avons consenti, ou nous n'avons pas consenti , nous avons dit oui^ ou nous avons dit non : ensuite à mesure que nous avons réfléclii sur nos propres sentimens intérieurs , et que nous les avons réduits a certaines classes, nous avons apelé afînnation cette manière unifor-.

me dont notre esprit est afecté quand il acquiesce , quand il consent; et nous avons Si^'^Xé, négation la manière dont «lotre esprit est afecté quand il sent qu'il refuse de consentir à quelque jugement.

Les termes abstraits^ qui sont en très -grand nombre , ne marquent donc que des afections de l'cntendement ; ce sont des opérations naturèles de l'esprit , par lesquelles nous

358 Sens Abstrait, nous formons autant de classes diférentes des diverses sortes d'impressions particulières, dont nous somes afeclés par l'usage de la vie. Tel est l'home. Les noms de ces classes diférentes ne désignent point de ces être$ réels qui subsistent hors de nous : les objets blancs sont des êtres réels : mais la blancheur n'est qu'une idée abstraite : les expressions métaphoriques sont tous les jours en usage daus le langage des homes , mais la métaphore n'est que dans l'esprit des Grammai* riens et des Rhéteurs.

Les idées abstraites que nous aquérons par l'usage de la vie , sont en nous autant d'idées exemplaires qui nous servent ensuite de règle et de ïuodèle pour juger si un objet a ou n'a pas telle ou telle propriété , c'est-à-dire , s'il fait ou s'il ne fait pas en' nous une impression semblable à celle que d'autres objets nous ont causée , et dont ils nous ont laissé l'idée ou afection habituèle. Nous réduisons chaque sorte d'impression que nous recevons , à la classe à laquelle il nous pareil qu'elle se raporte ; nous rapor-

Sens C o n cii e t. SSq

tons toujours les nouvèles impressions aux anciènes , et si nous ne trouvons pas qu'elles puissent s'y raporter , nous en fesons une classe nouvèle ou une classe à part , et c'est de là que viènent tous les noms appellalifs, qui marquent des genres ou des espèces particulières , ce sont autant de termes abstraits quand on n'en fait pas l'application à quelque individu particulier ; ainsi quand on considère eu général le cercle , une ville , cercle et vaille sont des termes abstraits ; mais ^ s'il s'agit d'un tel cercle , ou d'une telle ville en particulier, le terme n'est plus abstrait.

Ce que nous venons de dire , que nous aquérons ces idées exemplaires par l'usage de la vie , fait bien voir qu'il ne faut point élever les jeunes gens dans des solitudes, et qu'on doit ne leur montrer que du bon et du beau autant qu'il est possible. C'est un avantage que les enfans des grands ont au-dessus des enfans des autres homes ; ils voient un plus graud nombre d'objets , et il y a plus de choix dans ce qu'on leur montre ; ainsi ils

54o Sens Abstrait/ ont plus d'idées exemplaires , et c'est de CCS idées que se forme le goût. Un jeune home qui n'auroit vu que d'excéients tableaux , n'admireroit guère les médiocres.

En termes d'arithmétique , quand on dit trois louis y dix homes , en un mot j quand on applique le nombre à quelque sujet particulier , ce nombre est apelé concret , au lieu que si Ton dit deux et deux font quatre , ce sont là des nombres abstraits , qui ne sont imis à aucun sujet particulier. On considère alors par abstraction le nombre en lui-même , ou plutôt l'idée de nombre que nous avons aquise par l'usage de la vie.

Tous les objets qiti nous environent et dont nous recevons des impressions 5 sont autant d'êtres particuKers que les Philosophes apèlent des individus. Parmi cette multitude inombrable d'individus , les uns sont semblables aux autres en certains points :

de-là les idées abstraites de genre et d'espèce.

Remarquez qu'un individu est uu être réel cpe yous^ne sauriez diviser

Sens Concret. 34i en lUi antre lui-même : Platon ne peut être que Platon. Un diamant de mille écu5 peut être divisé en plusieurs autres diamans, mais il ne sera plus le diamant de mille écus : celte table , si vous la divisez , ne sera plus cette table; de-là l'idée d'unité, c'est-à-dire, rafection de l'esprit qui conçoit l'indi* vidu dans un sens abstrait.

Observe* encore qu'il n'est pas nécessaire que j'aie vu tous les objets blancs pour me former l'idée abstraite de blancbeur ; un seul objet blanc pourx)ît me faire naître cette idée , et dans la suite je n'apèlerois blanc que ce qui y seroit conforme , corne le peuple n'atribue les propriétés du soleil qu'à l'astre qui fait le jour. Ainsi il n €st pas nécessaire que j'aie vu tous les cercles possibles , pour vérifier si dans tout cercle les lignes tirées du centre à la circonférence sont égales ; un objet qui n'a pas cette propriété , n'est point un cercle , parce qu'il n'est pas conforme à l'idée exemplaire que j'ai aquise du cercle , par l'usage de la vie , et par les réflexions que cet usage a fait naître dans mon esprit.

54^ Sens Abstrait,

La Fortune , le Hasard et la Des^ tinëe,, que l'on personifie si souvent dans le langage ordinaire , ne sont que des termes abstraits. Cette multitude d'évéuemens , qui nous arivent tous les jours , sans que la cause particulière qui les produit nous soit conue , a afecté notre esprit de manière , qu'elle a excité en nous l'idée indéterminée d'une cau«e inconue que le vulgaire a apelée Fortune , Ha-r sard , ou Destinée ; ce sont des idées d'imitation formées à l'exemple des idées que nous avons des causes réèles.

Les impressions que nous recevons des objets , et les réflexions que nous fesons sur ces impressions par l'usage de la vie et par la méditation , sont la source de toutes nos idées , c'està-dire , de toutes les afections de notre esprit quand il conçoit quelque chose , de quelque manière qu'il la conçoive : c'est ainsi que l'idée de Dieu nous vient par les créatures qui nous anoncent son existence et ses perfections : ^ Cœli enarrant glôriam Dei, ^ Lwisibilia enim ipsius per ea

Sens Congre r, 545

ïjuœfacta sunt intellécta eonspiciûntur , sempitériia quoqae ejus pirtus et dwini-»tas. Une montre nous dit qu il y a un ouvrier qui l'a faite , l'idée qu elle fait naître en moi de cet ouvrier ^ quelque indéterminée qu'elle ôoit , n'est point l'idée d'un être abstrait , elle est l'idée d'un être réel qui doit avoir de l'intelligence et de l'adresse : ainsi l'Univers nous aprend qu'il y a un Créateur qui l'a tiré du néant , ijui le conserve , qu'il doit avoir des perfections infinies , et qu'il exige de nous de la reconnoissance et des adorations.

Les abstractions sont une faculté particulière de notre esprit , qui doit nous faire reconoître combien nous somes élevés au-dessus des êtres purement corporels.

Dans le langage ordinaire , on parle des abstractions de l'esprit corne on parle des réalités, les termes abstraite n'ont niême été inventés qu'à l'imitation des mots qui expriment àes êtres physiques. C'est peut-être ce qui a doué lieu à vm grand nombre d'erreurs où les homes sont tombés ,

344 Seivs Abstrait, faute d'avoir reconu que les mo»

dont ils se senoient en ces ocasions , n'étoient que les signes des af celions de leur esprit , en un mot , de leurs ahslractions , et non l'expression d'objets réels ; de-là J'ordre idéal confondu avec Tordre physique ; *Absîterror(^e-]à eufiu Terreur * de ceux qui se scire quod croicut savoir cc qu ds Ignorent , et iiésciunt. qiii parlent de leurs imaginations mé-

Jli^g. ia En- * | "^ . , ^^

chirid. fid tapliysiques avec la même assurance Laur de Fi- q,je les autrcs homes parlent des objets

Ue , Spe, et ^, , i- f

char.cap. 59. réels.

t. VI. p. ai 8. Lçs abstractions sont un pavs où il v

Pans, *(j85, 1 J . J

a encore bien des découvertes a faire,

et dans lequel on fer oit quelques progrès , si Ton ne prenoit pas pour lumière ce qui n'est qu'une séduction délicate de l'imagination , et si l'on pouvoit se rapeler , sans prévention , la manière dont nous avons aquis nos idées et nos conoissances dans les premières années de notre vie ; mais cela n'est pas maintenant de mon sujet.

Sens Concret. 54^

Réflexions sur les abstractions ^ par raport à la manière d'enseigner.

Corne c'est aux Maîtres que j'adresse cet ouvrage , je crois pouvoir ajouter ici quelques réflexions par raport à la manière d'enseigner. Le grand art de la Didactique , ^ c'est de savoir profiter des conoissances qui sont déjà dans l'esprit de ceux qu'on veut instruire , pour les mener à celles qu'ils n'ont point ; c'est ce qu'on apèle aler du conu à l'inconu. Tout le monde convient du principe , mais dans la pratique on s'en écarte , ou faute d'atention , ou parce qu'on supose dans les jeunes gens des conoissances qu'ils n'ont point encore aquises. Un Métaphysicien qui a médité sur l'infini ^ sur l'être en général , &c. persuade que ce sont là autant d'idées innées , parce qu'elles sont faciles à aquérir , et qu'elles lui sont familières , ne doute point que ces conoissances ne

* La Didactique , c'est l'art d'enseigner; Ai^UK^aoç , aptus ad docendum. Atê^^s-Ka , tloceo.

54^') Sexs Abstrait, soient aussi familières au jeune home qu'il instruit , qu'elles le sont à lui^ même ; sur ce fondement , il parle toujours : on ne l'entend point , il s'en etone ; il élève la voix, il s'e'puise , et on l'entend encore moins. Que ne se rapèle-t-il les premières années de «on enfance ? Avoit-il à cet âge des conoissances auxquelles il n'a pensé que dans la suite, par le secours des réflexions , et après que son cerveau a eu aquis un certain degré de consistance ? En un mot , conoissoit-il alors ce qu'il ne conoissoit pas encore , et ce qui lui a paru nouveau dans la suite , quelque facilité qu'il ait eue à le concevoir ?

JVous avons besoin d'impressions particulières , et pour ainsi dire , préliminaires, pour nous élever ensuite par le secours de l'expérience et des réflexions , jusqu'à la sublimité des idées abstraites : parmi celles ci , les unes sont plus faciles à aquérir que les autres , Tusaiîe de la vie nous mène a quelques-unes presque sans réflexion , et fjuand nous venons ensuite à nous apercevoir que nous les avons

Sens Concret. §47 àquiscs , nous les regardons corne nées avec nous.

Ainsi il nie paroît qu'après qu'on a âquis un grand nombre de conoissances parliculières dans quelque art ou dans quelque science que ce soit, on ne sauroit rien faire de plus utile pour soi-même , fjue de se former des principes d'après ces conoissances parliculières , et de mettre par cette voie , de la nèteté , de l'ordre , et de l'arangemcnt dans ses pensées.

Mais quand il s'agit d'instruire les autres il faut imiter la Nature j elle ne comeiice point par les principes et par les idées abstraites : ce seroit tomencer par Finconu ; elle ne nous doue point l'idée d'animal avant que de nous monu^cr des oiseaux , des cbiens , des chevaux , &c. 11 faut des principes : oui sans doute ; mais il eti faut en tems et lieu. Si par principe^ vous entendez des règles, des maximes , des notions générales , des idées abstraites qui renferment des conoissances particulières, alors je dis qu'il ne faut point comencer par de tels principes*

548 Seî«îs Abstrait,

Que si par principes vous entendez des notions comunes , des pratiques faciles , des opérations aisées qui ne suposent dans votre élève d'autre pouvoir ni d'autres conoissances que celles que vous savez bien qu'il a déjà ; alors je conviens qu'il faut des principes , et ces principes ne sont autre chose que les idées particulières qu'il faut lui doner , avant que de passer aux règles et aux idées abstraites.

Les règles n'aprènent qu'à ceux qui savent déjà , parce que les règles ne sont que des observations sur l'usage : ainsi comencez par faire lire les exemples des figures avant que d'en doner la définition.

Il n'y a rien de si naturel que la Logique et les principes sur lesquels elle est fondée ; cependant les jeunes Logiciens se trouvent corne dans un monde nouveau dans les premiers tems qu'ils étudient la Logique , lorsqu'ils ont des maîtres qui comencent par leur doner en abrégé le plan général ^ de tçute la Philosophie ; qui parlent de science y de perception ^ d'idée , de jugement, àe fin , de cause ^ de caté-

Sens Concret. 54g gorie y d'uuwersaiix y de degrés meta" physiques , &c. corne si c'etoient là autant d'êtres réels , et non de pures abstractions de l'esprit. Je suis persuadé que c'est se conduire avec beaucoup plus de méthode , de comencer par mètre, pour ainsi dire^, devant les yeux quelques-unes des pensées particulières , qui ont doué lieu de former chacune de ces idées abstraites.

J'espère traiter quelque jour cet article plus en détail , et faire voir que la méthode analytique est la vraie méthode d'enseigner , et que celle qu'on apèle synthétique ou de docU^ne , qui comence par les principes, n'est bone que pour mètre de l'ordre dans ce qu'on sait déjà , ou dans quelques autres ocasions qui ne sont pas maintenant de mon sujet.

53o Dernière

Dernière Observation*

S'il j a des mots Sjnonjnies.

i 1 o u s avons vu qu'un même mot peut avoir par figure d'auUes signifîcations que celle qu'il a dans le sens propre et primitif : voiles peut signifier vaisseaux. Ne suit-il pas de-là qu'il y a des mots synonymes , et que voiles est synonyme à s^aisseaux?

Monsieur l'Abbe Girard a déjà examine cette question , dans le discours préliminaire qu'il a mis à la télé de A Paris , SOU Traité de la justesse de la langue ^^'''^^[^°'^' françoise. Je ne ferai guère ici qu'un extrait de ses raisons, et je prendrai même la liberté de me servir souvent de ses termes , me contentant de tirer mes exemples de la langue latine);.

Le Lecteur trouvera dans le livre de M. l'Abbé Girard de quoi se satisfaire pleinement sur ce qui regarde le fraucois.

Observation. 55r (( On entend comunément par sjnch- >) njmes les mois qui ne dlférant que >y par rarliculation de la voix , sont » semblables par Tidée qu'ils ei^pri- » ment. Mais y a-t-il de ces sortes de )i mots ? Il faut distinguer ;

» Si vous prenez le terme de srim- H. p. 1 '* 1 et 27.

» vyme dans un sens étendu pour une

i) simple ressemblance de signifîca-

» tion , il y a des termes synonymes ,

» c'est-à-dire , qu'il y a des mots qui

» expriment une même idée princi-

)) pale : )) féire , hajuldre , pondre y tôl"

1ère y sustinere ^ gércre , gestdre^ seront

en ce sens autant de synonymes.

Mais si par sjnonjmes , vous en- ï?. £^.

tendez des mots qui ont « une res-

)) semblance de signification si entière

» et si parfaite , que le sens pris dans

» toute sa force et dans toutes ses

» circonstances soit toujours et abso-

n lument le même , en sorte qu'un des

)) synonymes ne signifie ni plus ni

» moins que l'autre ; qu'on puisse les

» employer indiférament dans toutes

» les ocasions , et qu'il n'y ait pas

» plus de choix à faire entre eux pour

» la signification et pour T énergie ;

552 Dernière

» qu'entre les goules d'eau d'une même » source pour le goût et pour la qua- » lité : dans ce second sens , il n y a » point de mots synonymes en aucune >) langue. » Ainsi ferre ^ hajuldre, por^ . tcire^ tôlière y sustùiere^ gérere^ gestdre^ auront chacun leur destination particulière : en éfei ,

Ferre , signifie porter , c'est l'idée principale.

Bajuldre, c'est porter sur les épaules ou sur le cou.

Portdre , se dit proprement lorsqu'on fait porter quelque chose sur des bêtes de some , sur des charétes ou par des crocheteurs. Portdri dici" mus ea quœ guis juménto secum ducit.

Voyez le titre XVI du cinquantième livre du Digeste de ^erborum significatiàne, Tite-Live , Tôlière , c'est lever en haut ; d'où li.B^FeVtus vient le substantif ioZ/e/io ^ ônis , c'est y. foiiéno. une machine à tirer de l'eau d'un puits.

Sustinére ^ c'est soutenir , porter pour empêcher de tomber.

Corn. Nep, Qérere . c'est porter sur sol : Gdleam gerere in c api te.

Observation. 553 Gestdre yieiit de gérere , c'est faire parade de ce qu'on porte.

Malgré ces diférences , il arlvc souvent que dans la pratique on emploie ces mois l'un pour l'autre y3ar figure , en conservant toujours 1 idée principale , et en ayant égard à l'usage de la langue : mais ce qui fait voir qu'à parler exactement, ces mots ne sont pas synonymes , c'est qu'il n'est pas toujours permis de mètre indiférament l'un pour l'autre. Ainsi quoiqu'on dise morem gérere , on ne diroit pas morem ferre ou morem portdre ^ &c. Les Latins sentoient mieux que nous ces diférences délicates , dans le tems même qu'ils ne pouvoient les exprimer, niliil inter factum y et gestum in- L. licet. 5J^ ter est y licet ^idecUur quœdam subtîlis ^J^H^^^f^^^ dijferéutia , dit un ancien Juriscon- sai^caUôae^i suite. D'autres ont remarqué que acta prôpriè ad togam spectant , gesta ad militiam. Varron dit que c'est une erreur de confondre ctgere , fcicere et gérere , et qu'ils ont chacun leur destination particulière. *

* Propter similitûdinem ageiidi, et faciendi; et geréndi , g^uidam error liis qui putant

S54 i)ERNIERÉ

Nous avons quelques recueils des anciens Grammairiens, sur la propriété des mots latins : tels sont Feslus de verhôrum signifie atiône ; Nonius Marcellus de varia significatione serniônum. Voyez Grammàtici véteres»

On peut encore consulter un autre recueil qui a pour litre : Autôres linguœ latinœ. De plus , nous avons un grand nombre d'observations répandues dans Varron de liitguâ latinâj dans les Comentaires de Donat et de Servius : elles font voir les diféren<ies qu'il y a entre plusieurs mots que Ton prend conmnément pour synonymes.

Quelques auteurs modernes ont fait des réflexions sur le même sujet , tels sont^ie P. Vavasseur , Jésuite, dans ses remarcjues sur la langue latine , Scioppius , Henri Etiène , de latinitdte

esse unnm : potes t enim qiiis âliquid fâcere et non âgere : ut \io'èi?ifacit fâbulam et non agit; conlra actor agit et non facit, et sic à poëta fabula fit et non âgitur, ab actore àgitur et non fit : conlra Imperator qui dicitur res gérere , in eo neque agit y nequeyàcit , sed gerit y id est svstinet : translâtum ab his qui onera gérant quôd sustinent yarr, de ling. lat. 1. v. sub finem.

Observation. 555

falsb suspecta y et plusieurs autres.

On lire aussi la même conséquence de plusieurs passages des meilleurs autres ; voici deux exemples tirés de Cicéron , qui font voir la diférence qu'il y a entre amdre et diligere,

Quis erat gui putdretadeum amôrem ^'»<^er, Ep. quem erga te habebam ,posse aliquid ac^ Ep. i4. cédere ? Tantum accessit , ut rtiihi nunc dénigue amdre uîdear , dnteà dileaisse, (( Qui l'auroit pu croire , dit Cicéron, » que l'afection que j'avois pour vous » eût pu recevoir quelque degré de » plus ? cependant elle est si fort aug- ;) m entée , que je sens bien qu'à la }) vérité vous m'étiez cher autrefois , j) mais qu'aujourd'hui je vous aime » tendrement » .

Et au livre i5. Ep. 47. Quid ego tihi comméndcni eum quem tu ipse diligis : sed tamen y ut scires eum non à me diligi solum y verum. étiam amdri , oh eam rem tihi hœc scriho. « Vous l'ai- )) niez, mais je l'aime encore davanj> tage ; et c'est pour cela que je vous » le recommande » .

Voilà une diférence bien marquée Tuscul.I. a, entre amdre et dilîgere ; Cicév on ofe-"''^*

B56 Dernier^

serve ailleurs qu'il y a de la diférence entre dolére et lahordre ^ lors même que ce dernier mot est pria dans le sens du premier : Interest dllquid inter lahôrem et dolôrem ; sunt jînitima onmino , sed tanien differt dli^ quid : lahor est functio qiiœdajn a)el dnimi vel côrporis ^ gravions opéris vel miineris ; dolor auteni moUis asper in côrpore, . . . dliudj inqiiam, est dolére ^ dliud lahorâre. Cuni vdrices secahdntur Cil, Mario , doléhat : ciim œstii magjio ducéhat agmen , lahorâbat.

Les savans ont observé de pareilles diférences entre plusieurs autres mots, que les jeunes gens et ceux qui manquent de goût et de réflexion regardent corne autant de synonymes. Ce qui fait voir qu'il n'est peut-être pas aussi utile qu'on le pense de faire le thème en deux façons.

Caract. des M. de la Bruyère remarque i( qu^e^z-

Oav. de l'es- ,j ^,,g toutes les diférentes ejcpressions p.'it. . < ; 7

» qui peuvent rendre une seule de nos

)) pensées , il n'y en a qu'une qui soit

)) la hone : que tout ce qui ne l'est point

» estfoihle , et ne satisfait pas un home

» d'esprit », Ainsi ceux qui se sont

Obsetivation. 357

done^la peine de traduire les auteurs latins en un autre latin , en afectant d'éviter les termes dont ces auleurs se sont servis , auroient pu s'épargner un travail qui gâte plus le goût qu'il n'aporte de lumière. L'une et l'autre pratique est une fécondité stérile qui empêche de sentir la propriété des termes , leur énergie , et la finesse de la langue , corne je l'ai remarqué ailleurs.

Lucus veut dire un bois consacré à quelque divinité; Sjl^a, un bois en général : Virgile ne manque pas à cette distinction ; mais le Traducteur latin est obligé de s'écarter de l'exactitude de son original.

Ne quis sit lucus quo se plus jactet Apollo. Virg.Ecl. S,

V, 73, Ainsi parle Virgile. Voici cornent on

le traduit , Ut nulla sit syli^a^ quâ ma^is

Apàllo gloriétur,

Neoc , necis , vient de necdre , et se

dit d'une mort violente ; au lieu que

mors signifie simplement la mort , la

cessation de la vie. Virgile dit parlant

d'Hercule :

...... Nece Geryonis spoliisque superbusj ^En.g.v.aoa;

358 Dernière

Mais son traducteur est obligé de dire morte Geryonis,

Je pourois raporter un grand nombre d'exemples pareils : je me contenterai d'observer que plus on fera de progrès , plus on reconoîtra cet usage propre des termes , et par conse'quent l'inutilité de ces versions qui ne sont ni latines ni françoises. Ce n'est que pour inspirer le goût de cette propriété des mots , que je fais ici cette remarque.

Voici les principales raisons pour lesquelles il n'y a point de synonymes parfaits.

I . S'il y avoit des synonymes parfaits , il y auroit deux langues dans une même langue. Quand on a trotrvé le signe exact d'une idée , on n'en cherche pas un autre. Les mots anciens , et les mots nouveaux d'une langue sont synonymes : maints est synonymes de plusieurs ; mais le premier n'est plus en usage : c'est la grande ressemblance de signification qui est cause que l'usage n'a conserve que l'un de ces termes , et qu'il a rejeté l'autre corne inutile. L'usage, ce

OBSERVATION. oSg

tyran des langues , y opère souvent des merveilles que Tautorilé de tous les souverains ne pour oit jamais y opérer. 2, . Il est fort inutile d'avoir plusieurs mots pour une seule ide'e ; mais il est très-avantageux d'avoir des mots particuliers pom- toutes les idées qui ont quelque raport entre elles.

5. On doit juger de la richesse d'une langue par le nombre des pensées qu'elle peut exprimer , et non par le nombre, des articulations de la voix. Une langue sera véritablement riche , si elle a des termes pour distinguer, non-seulement les idées principales ^ nmis encore leurs diférences , leurs déHcates^ses , le plùs'^u'ie nibîns d'énergie , d'étendue , de ^é^ision , de simplicité et de corffposition. •

4. Il y a des ocasions où ij^estindiférent de se sêrVn; îi'iin de ces mots , qu'on apèle synonymes , plutôt que ^ \-> d'un autre ; mais ayssi il y a des ocasions oii il est beaucoup mieux de^ (\ * faire un choix : il y a donc de la diférence entre ces mots ; ils ne sont donc pas exactement synonymies. t. *^ . .|u ^ l". ^^ J LorsqiiHl ne s'agit que de faire eu- '

56o Dernièke Ôbserv.

tendre l'idée comtine , sans y joindre ou sans en exclure les idées accessoires , on peut employer indistinctement Tun ou Tautre de ces mots , puisqu'ils sont tous deux propres à' exprimer ce qu'on veut faire entendre : mais cela n'empêche pas rpie chacun d'eux n'ait une force particulière qui le distingue de l'autre ; et à laquelle il faut avoir égard selon le plus ou le moins de précision que demande ce que Toa veut exprimer.

Ge choix est un éfet de la finesse de l'esprit, et supose une grande co- ^oissance de la l^gue. ^ «

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