LA MÉTAPHORE
Ou le transport de la signification des mots.
D n*en est pas de même de ce Trope , qui <M>ii8iste â transporter un mot du sens littéral a un sens figuré , lorsqu'il y a similitude et convenance dans les objets et dans les termes. HoMisE a un grand nombre de Métaphores éclatantes. U dit r
La Montagne au front chauve ,
par la comparaison qu'il fait de la tête d'un vieillard avec le sommet d'une montagne aride et dépouiUée.
n dit également :
Une fie que la mer de tous côtés couronne , d*aprés \fi rapport qui se trouve entre les fleurs qui ceignent la tête qu'on couronne , et lés flots qui entourent nie 'y et c est a l'aide de ces rapprochemens heureux quHl rend son discours plus orné, et sa pensée plus évidente.
Ses Métaphores variées ont quatre sources principales i suivant Dehts d^Halicamasse. i^ Quelques - unes sont transportées des choses animées à d'autres choses inanimiées, comme quand il ose appeler le Cocher d'un vaisseau celui
d' HO MÈRE. lOQ
qui en est le Pilote ', ou lorsquHl désigne les Rois par le nom de Pasteurs des peuples. Nous pe dirions pas le premier; mais le second est expressif et convient dans toutes les langues.
•»**. D^autres sont dérivées aussi des objets animés , mais appliquées à des objets qui sont inanimés, comme :
Aux pieds du mont Ida ,
pour dire au bas du mont Ida , Métaphore qui est devenue aujourd'hui du langage vulgaire.
Ailleurs il attribue à la fertilité des champs un mot qui se dit* des mamelles abondantes en lait. (Ubertasp pour JertUUiu.}
n appelle aussi les vaisseaux les pfaevaux qui servent aux hommes pour courir sur la mer; et cela peut justifier le Cocher , mis pour le Pilote.
n donne à la Guerre une bouche , ou plutôt une gueule affreuse , comme à un monstre dévorant. CicÉsoir semble avoir en vue ce passage de Tlliade quand il dit que ce fut un mérite aux Romains d'avoir sauvé leur alliée, la ville de Cy zyque, de l'insulte d'un Roi et de l'avoir en quelque sorte retirée du gosier même de la guerre , qui était près de l'ene^loutir ".
3**. D'autres sont au contraire empruntées des objets privés d'âme et de vie, pour caractériser des objets animés ; eomme :
Un cœur vraiment de fer ,
pour mieux peindre un cœur dur. Cest ce que tout le
< Cflerulen navis lie est Auriga locutus.
Nous oe citons ici que le latm, par la même raison que donne ^ossius , lorsqnHl dit d*un certain passageiqu'il transcrit en latin : m Malim ex ipso fonte peti ; sed , cùm tempora cogito , quibus magnis «teràm passihus ad harbariem itur , Graecis potius quàmLatinis supersedebo. • Yoss. , poet. i.
•* Populi Romani laus est urbem amicissimam Cysycenoram , Luculli consilio, ex omni impetu regio, ac totius belli ore et faucibus tsreptvn esse atque servatam. Pro drchiâ poelâ.
iùooée êil avjofMd'htli o<iaiinailk^tDeiif ; HôiiiR« Va dilfc t>rciriter. OWE» en a fait le sujet d'une assez joKe ëpigratnme , où la MéUtphùrt du 1er est sncnenée paf le passage du physique au moral. Il dit à un avare :
Dsus un coffre de fer ton or est enferma.
TeS Çortêa , tes volets, de fer tout est arnfktf.
Tout est de fer iet peat-*^re :
Le ogis f la rmum et le maître < .
40. Enfin, il en transporte d^aiAras des objets ffri^rësd'âsK à d'autres de la aiéoio espèoe ; coibnio ^«àod il peint un pMrrier qm sVkoce au comliot t^
Son bouclier, au loin , parait comme une tour.
Sott casque art «ae étoile.
Ce n*est pa» des noms seulement , mais cVst aussi àes verbes qu*HoiiiRE fait des Mf^taphores , comme quand il veut expritner le bruit des vagues agitées :
La mer et la tempête, exerçant leurs ravages, Sous leurs coups redoubMs font mugir les rivages *-
L'abbé ARNA.UD a fait , sur œs métaphores d^HoMÈsE , une réflexion très-juste.
a L'usage conserve , nourrit et fortifie en général tons les mots : il n'en est pas de même a Tégard des termes métaphoriques \ ceux-ci ne sont jamais plus brillans , plus vigoureux, qu'au moment de leur naissance ; ils se flctiisseiit promptement par l'usage , jusqu'à ce qu*enfin devenus trop familiers , ils viennent se perdre dans la foule des termes communs et ordinaires , avec lesquels ils sont pour jamais confondus : de là la nécessité d^ invfâitef de nouveaux ; car , sans métaphore , point de chaleur , point de vie , point d'intérêt dans le style, etc. »
Ces sortes de créations , qui demandent beaucoup d'es-
I Ferrea cista auri custos tibi ; ferrea porta ; Ferrea tota doraos ; ferreus et Dominus.
J. OwEHi, Ep. n, m.
> Littora namque ]x>ant, feriente salo , atque proceBisi.
prit et <ie nàgtttiîé , rendent plus difficile Ta ïMn tëservëe aux ëcrivains moderaes. Les mteiirs ancieDs ont pris , presque en tout genre, la fleur de ces beautés classiques ; mais c^est une raison de plus de les étudier et de savoir ce quHls ont fait , pour tâcher de faire comme eux, autant que cela est possible , et de dédommager la langue de ses pertes continuelles, en réparant ces pertes par les hardiesses heureuses, qui seules peuvent Tenrichir et la renouveler sans cesse.
LA MÉTALEPSE, ' Ou la tnaupoêUion du sens des moU*
LêSL Métilepse, appelée par Quiittilien transsumptiOy n*e8t qu'une espèce de Métonymie , et nous n'avons pas cru devoir en charger inutilement la nomenclature du Poème des Tropes.
D'ailleurs , les exemples de Métalepses que DSRts d'Halica masse trouve dans Homère, ne sont que des jeux de mots qui tiennent à la langue grecque.
LA SYNEGBOGHE,
Compréhension, ou Conception,
Lies Synecdoches , dans Homère , sont fréquentes et variées : car tantôt par le tout il entend la partie , comme quand il appelle des boucliers de cuir ,
Des baofs , long-temps 8^ck& contre un mor bien construit ;
se servant du droit de sa langue pour appliquer le nom des bœufs aux peaux même des boeufs dont les boucliers étaient faits. Notre langue ne permet pas une pareille hardiesse. Cependant, ne disons*nous pas un castor, pour signifier un chapeau de poil de castor?
Ou bien , le tout chez lui ne s'entend que de la partie. Au lieu de désirer quelqu*un,il désire sa tête; et nous avon le même exemple :
J*ignora le destin d*uiie tdte si chère.
Pour peindve ime belle personne ,il dit ea nn mot grec : Celle qw Van remarque à la Mancheur dei Ivas.
Pour dire les Grecs bien arme's, il ne manque jamais de dire les Grecs bien hottes. Ce genre de chaussure était ce qui pouvait alors distinguer une troupe équipée autrement que les peuples sauvages , qui allaient pieds nus.
Par une seule chose , il en fait entendre plusieurs j comme quand il nous dit d'Ulysse :
Après qa*il eut d^oit les saints remparts de Troje ;
car Ulysse ne fut pas seul le destructeur de cette ville j il ne la renversa qu'avec les autres Grecs.
Par une figure contraire , il réunit , il pluralise y si Toq peut s'expliquer ainsi, ce qui n'est qu'un et singulier. Sa langue lui permet de dire des esprits et des cœurs, au lieu d'un esprit et d'un cœur. Kt nos bons écrivains du sit-cle de Louis xiv ont. souvent employé aussi des pluriels très -élégans et énergiques , dont il semble qu'on n'ose plus se servir aujourd'hui.
Par l'espère , il entend le genre : ainsi le jet d'un marbre est pour lui le jet d'un rocher ^ ou au contraire , par le genre , il désigne l'espèce , comme quand Q dit d'un devin :
Les oiseaax , par leur vol , lui montrent l*ayenir;
car il ne parle pas de tout oiseau en général, mais seo* lement de ceux qui étaient affectés à la science des augure».
Tantôt , par quelque circonstance , il peint les effets de la chose. Il dit de Pandarus :
ÂpoUon de son arc daigna lui faire don .
par cet arc , il entend Thabileté de Pandarus à se senir de l'arc et à lancer des flèches.
les matelots assis qui fesaient blanchir Tonde ,
sont des matelots qui ramaient,
d'homère. ii3
Tantôt c^est par ce qui ' précède qu'il fait entendre ce qui suit , et tantôt c'est la conséquence iqui exprime Tantëcédent; mais cette figure est la même en français et en grec 9 et il est inutile dVn multiplier les exemples.
LA MÉTONYMIE, Ofc le changement d'un nom.
Ce changement de nom se trouve souvent dans Ho-
IIÈBE.
Cette iennesse ardente à creuser lea gutfr ets , Danc les sillons eaverts va déposer Gérés.
Gërès est U , comme l'on voit , pour la semence du froment y que Gérés a donné aux hommes.