L'EUPHÉMISME
Ou la honne et heureuse parole,
M. A16HA.H a eu raison de faire faloir la manière dont Antiloque annonce au ûh des Dieux (Achille) la mort de son ami Patrocle :
Achille , je t^appofte et le denii et lei bnnei ; Patrocle est snr la poudre , etc.
n ne prononce pas même le mot de mort, quoique le^ traducteurs en prose se soient permis de l'exprimer : distraction inconccTable , bien contraire à l'esprit et an texte
d'HoMÈRE.
Nous avons cru deroir nous étendre sur l'Euphëndisme , à la fin du troisième chant du Poëme des Tropes. Nous saisissons Foccasion d'y ajouter quelrjues détails sur Fétymologie probable du nom de ce Trope. 11 paraît dërive' d'EupHiME , nourrice des Muses , célèbre dans toute la Grèce.
Euphéme veut dire , â la lettre , celle qui parle bien. Les Muses ne pouvaient avoir une meilleure institutrice , et leur reconnaissance lui fit rendre de grands honneurs. Elle eut une statue en marbre , aux pieds de l'Hélicon , sur le chemin qui conduisait au bois sacré des Muses.
Le Dieu Pan la rendit mère de Crocus , ou Crotus. Celuici fut un grand chasseur; mais il était sensible à l'harmonie du chant , et il donna l'exemple d'applaudir aux concerts des Muses. Elles l'en ont récompensé et l'ont mis dans le ciel ; c'est le signe du Sagittaire. ( ÈRATosmàirEs , de Cyrène, catastériqnes , 38.)
L'imagination des Grecs tirait parti des moindres choies; elle embellissait tout. Leur langue a fait sortir de la même racine plusieurs mots agréables , et l'on nous permettra d'en citer quelques^ns :
Enphémie est, pour Fomohat^ la divinité de la Grâce.
d'homêre. ii^
Lies Eophëmtes étaient ]es bënëdictions que les prêtres païens prononçaient dans les sacrifices.
A Sparte , i'Euphëmîe était une prière pour delfrander aux Dieux ' la gloire , prix de la vertu.
L'Euphonie est la loi par laquelle on déroge , en fayenr de Toreille , aux autres lois de la grammaire.
Euphradès était un Génie, que les anciens regardaient comme étant le Dieu de la Joie ; et dans les grands festins, sa statue était sur les tables.
Euphrone (bon conseil) est la déesse de la Nuit, dont le calme porte conseil.
Eaphrosjne , une des trob Grâces , celle qui désigne la Joie, etc.
Lr'Eurihmie, dans les arts , c'est la proportion et Taccord des parties d'un tout.
Eusébie , c'est la Piété.
Euterpe , était une des Muses.
L'Euthymie , le repos de Tâme.
L'Evangile » bonne nouvelle.
L'Eucharistie y les Eulogies, TEucologe, ont la même racine.
Voilà un faible échantillon de la manière dont les mots s'engendrent et se multiplient , pour ainsi dire , à volonté, dans la langue des Grecs , qui fut , comme nous l'avons vu, le résultat prodigieux et à jamais unique au monde , des
ouvrages d'HoMÈas.
L'ALLÉGORIE, Ou la chose qui en fait entendre une autre,
Dehts d'Halicamasse ne s'étend pas assez sur ce Trope , qui est si fréquent dans Homère.
EusTACHE , dans son Commentaire , se plaint avec raison de deux excès contraires dans lesquels sont tombés tous les interprètes d'HoMÈas \ les uns voulant absolument tout réduire en Allégories (parmi lesquels on peut compter ïik- Ul pulchra bonis «rtniantl
Ii8 LES TtOFES*
RACLWE , Pboclus , PouFSTftS , et pansî les modeiiMS Jean- Baptiste Persorb , savant Italien , qui a publié à Venise un énoraie in-quarto de soisante «t dix Dialogues sur la science quMi prëlend être cachée dans rOdysaëe)^ les autres , qui ont à leur tête le fiuBeux Austar^b , ne reconnaissent dans Homère qu'un récit historique, et prétendent que tout doit en être pris a la lettre. Ce dernier sentiment est tout-à-fatt insoutenable. Le premier peut être excessif. Il faut prendre un juste milieu.
M. AïONAN a indiqué , dans sa Table poétique de THiade, quatre belles Allégories de ce grand poème : i®. Dans le I *'. livre y Blinerve retenant le bras d'Achille prêt à frapper Agamemnon , morceau qui a été reproduit par Yu^ile , au deuxième livre de FËiéide ^ a®, dans le livre yiii , la chaîne d'or attachée au Ciel , dont Féiélov a £iit Faiiplication â l'Église , dans son Discours sur le sacre de l'Électeur de G>logne j 3*. Dans le Livre ix ,.la description des Prières, qui a été traduite par Voltaire i et que Lamottb avait jugé à propos de supprimer dans son prétendu Ahré^é de l'Iliade ^ 4*** «n^n » àgi^ ^ Livre xiv , la Ceinture de Vénus , imitée par tant de Poètes , et sur le modèle de laqudle le Poète anglais Sfemcer « composé uim ceîatnre d'Indifférence.
Ces Allégories admirables auraient dA inspirer de remit* lation aux Poètes modernes. Nos anciens rimeurs les avaient bien étudiées. Ronsard même , si décrié, n'a pas lais&éde réussir^dans quelques Essais de ce genre. Par exemple, il a personnifié la Promesse , comme Homère a personnifié les Prières. 11 voit en songe une Dame ,
EUc ëtait réaénble , et , ^pi«ad elle parlait , Un parler /emaiieUé de ses lèvres coaUtit.
Elle allaite un chacun d^esp^rance , et pourtant , Sans être contenté , chacun s^en Ta content. On Tojait , smx cfttés de cette deatoiseUe, PcadaUer une large et profonde escarcdilB,
d'bomère. 119
Ifagaain prtfcieux où loiit les Evéchës , Cures , Ganonicats , Marquisats et Duchés ; Comtâi , Gouvememens , Pensions ; et sans ordre , Pendait , au fond du sac , Saint-Michel et son Ordre.
Le poé'te demande le nom de cette belle dame.
Âmi , je suis Pbomxssb , Dont le pouToir hautain, superbe et spacieux , Commande sur la mer , et en terre , et aux cieux. J!hakite ios Pahû et 1m Maboas roywles , etc.
Annales poétii{ttes, tom. v, pages 73-81.
L'Épisode de la Mollesse, dans le Lutrin de Despréaux , est une All^oiie plus brillante et mieux soutenue. Nous en ayons d'autres exemples qui sont assez connus ; mais ce fonds est bien riche encore et loin d'être épuise'.
Un i^rand disciple d'AaisTOTE , Uéraclidk , de Pont , a laisse un ouTrag e savant , intitulé : « Les Allégories d'Ho- » MÈRE , avec la réfutation de ceux qui ont accusé ce poète » d'impiété , à cause de la manière dont il parle des Dieux. » Cet ouYinge est un peu trop long , pour en donner ici l'extrait. Nous noms bornerons à traduire ce passage sur rOdyssée :
<c Si l'on veut bien y prendre garde , on trouvera cer- » tainement que les erreurs d'Ulysse signifient autre chose n que ce qu'elles semblent offrir au premier aperçu , et Ton » se convaincra qu'HoMÈRE , se proposant Ulysse comme un ]i type idéal de toutes les vertus, a écrit en vrai philo- » sophe ,qui connaissait les hommes at qui haïssait tous les » vices. »
Nous me sawrions entrer dans le détail des preuves de ce sentiment d^HésACLiDE ; mais elles sont bien motivées ; nous y renvoyons nos lecteurs. Il n'y en a aucun qui ne connaisse au moins l'épisode de Cireé , et le parti qu'en ont tiré deux de nos poètes , savoir : La Fortaive, dans la Fable des Compagnons d'Ulysse, liv. xii, fable 1'^. et J. - B. Rousseau , dans cette Cantate de Ciroé , qui est un des plus beaux morceaux lyriques d« la poésie moderne»
12a LES TROPES