PREFACE
quence f en sii chants. La plan en est bien tracé ; mais l'exécution eii est Êiîble. L'auteur tombe lui - même dans les défauts qu'il veut reprendre , lorsqu'il assure , par exemple ^
Qu'on ne mettra )âmais au rang des grands modèles Des écrits saupoudrés .d'expressions nouvelles.
Lasserre ne parle non plus' des Figures qu'en général.
Les poètes latins modernes, et surtout les Italiens , avaient abordé de plus près cette matière, qu'ils jugeaient, avec raison, beaucoup plus importante qu'on ne le croit communément.
En 1489, Mancinelli donna un poëme élémentaire sur les Tropes et les Figures ; , mais ce sont des vers détachés et rigoureusement techniques , comme les vers de Despautère^.
* Carmen detropis «icy^'M/iw. H est à la Bibliothèque du roi.
* Mancinelli était plus grammairien que poëte. Ses Synonymes latins , intitulés Flores , offrent beaucoup
PRÉFACl. Vij
En i520, Vida s'est occupé plus spécialement de l'élocution^ dans le troisième livre de son Art poétique , dont Scaliger fesait grand cas. Vida peint bien les avantages du style figuré , et se récrie aussi avec beaucoup de force contre l'abus des Métaphores ; mais il n'en parle également quc^ d'une manière générale.
Voici d'abord comme Vida fait l'éloge des Métaphores :
« Tous les objets se plaisent à changer » entre eux leurs décorations et leurs titres , >i à s'aider mutuellement et à se prêter leurs » habillemens et leurs traits. Le lecteur » ne se plait pas moins à voir plusieurs » images qui se présentent sous un même » mot. Semblable au voyageur , qui , assis » sur le rocher voisin , regarde l'onde claire » et paisible , et dans l'onde les vertes fo- » rets , les prairies émaillées que le cristal » liquide lui répète fidèlement ; il est chaiv
de vers précis et ingénieux siu* le même sujet qui A été traité en prose par M. Gardin Dumesml.
yiij PRÉFACE.
» mé de cette variété; le poëte se feiît de » même un plaisir , pour écarter l'ennui , » de porter l'esprit de son lecteur sur des » objets divers. Il trouve le moyen d'expri- » mer les plus petites choses en les revêtant » d'une lumière étrangère , qui tout à la fois » enrichit le discours, lerelève et l'abrège^ . » ( Traduction de l'abbé Batteux. )
Voici ensuite ce qu'il dit sur l'abus des Figures :
' Usque adeo passim. 6ua res insignia lœtae Permutât) tque ju\^tque Ticiss^m , et matoa sese Altéra in alterius transformat protinùs ora ! Tùcn , sipecie capti , gaudent spectare legentes. Nam dirersa simal datur è re cemere eâdem Multarum simulacra animos subeuntia rerum.
Ceu cùm forte oUm placidî liquidissima ponti .£quora YÎcinâ spectat de rupe viator , Tantùm illi subjecta oculis est mobilis unda. Itle autem sylvas, interque yirentia prata Inspiciens miratur , aqu» quae purior homor Cuncta refert, captosquc eludit imagine visus. Non aliter yates nunc hùc tradncere mentes , Nunc illùc , animisque legentùm apponere gaudel Diversas rerum species, dùm tœdia vitat.
Res humiles ille intereà non seciùs effert Splendore illustrans alieno, et lumine yestit, Verborumque simul vitat dispendia parcus.
Vin. III, T. 58-75.
PaÉFÀCE.
(c Quoique ces licences et tant d'autres j> soient accordées aux poètes , il est bon » de voir quelquefois s'il ne serait pas M mieux d'employer le terme propre , ne » fut-ce que pour éviter l'affectation et l'ex- » ces des ornemens. Il y en a qui usent de » violence , qui dépouillent les choses de }> leurs vrais noms malgré elles-mêmes ^ et » qui leur en font prendre d'autres qui leur » répugnent. J'aimerais autant qu'on re-* » vêtit un enfant d'un habit de géant , que » d'entendre dire que les écuries sont les » lares ckeifalins, étales herbes menues » les ches^ux de la mère Cjrbèle. H vaut » bien mieux laisser à la chose sa dénomi- » nation accoutumée, pourvu qu'elle ne » soit pas indigne des Muses, que de vou- » Iqir la décorer de cette manière ' . »
' Haec adeo cùm sint, ciim fas audere poé'tîs Mulèa modis muUis, tamen obseryare mémento Si quando haud propriis rem mayis dicere verbîs Translatisque aliundé notis , longèque petitis , Ne nimiam ostendas , quaerendo talia , curam. Namque alii exercent yim duram , et rébus loîqui
Cette version de Batteux est un peu pâle : la couleur du poëte y manque ; mais le sens s'y retrouve; et les vers de Vida cités en note renferment tout ce que nous avons pu recueillir dans les poètes didactiques venus à notre connaissance , sur le sujet que nous avons entrepris de traiter :
sujet intéressant sous une foule de rapports.
Si l'on n'a pas acquis l'habitude de discerner les Tropes , on ne peut jamais se flatter de bien savoir sa propre langue , ni sentir les beautés des écrivains classiques ; ni pénétrer le sens des Fables, appelées par Bacon la sagesse des Anciens .
IVatÎTam eripiunt formam » indignantibus ipsis , la^itasque jubent alienos sumere Yultus.
Haud magis imprudens mihi erit et Itimints expen, Qui puero ingentes habitus'det ferre gigantis, Quàm si quis stabula alta lares appellet equinos, Aut crinea magnœ genitricis gramina dicat.
Prae»titerit vero faciem , spolia et sua calque Lioquere , et interduna propriis rem prodere verbis Indiciisque suis, ea sint modo digna Camœnisf
ViD. m, V. 1 48- loi.
* Dans son Traité , De sapientid veterum , ou
l'explication des Fables.