PRÉFACE. X
On sera étonné de tout ce qu'on verra se rattacher ici à ce genre d'instruction, gui n'était point approfondi ayant que du Mar- SAis eut donné son Traité des Tropes , ou des divers sens dans lesquels un même mot peut être pris dans une même langue; mais le livre de-DU Marsais , tQut excellent qu'il soit^ -nous a paru laisser a désirer plus d'agrément, et des exemples plus nombreux , pour inculquer plus aisément des leçons qui ne sont vraiment utiles qu'autant qu'elles ne sont point vagues et superficielles.
Les rudimens , dans tous les genres , sont malheureusement fort tristes et fort ennuyeux. Commencer par eux à s'instruire , c'est prendre l'étude à rebours.
Le grand point est de préparer les jeunes gens à la lecture et à l'intelligence des écrivains supérieurs. Il en est, en effet, des règles de la rhétorique et de la poésie, comme des lois de la grammaire. Ce n'est point par les règles qu'il faut se d.isposer à
Xiv PRÉFACE.
culièdremeut à la Jeunesse studieuse. La lecture en a été entendue avec beaucoup d'intérêt.
L'Académie a témoigné à l'auteur sa satisfaction, et du mérite de l'ouvrage, et de la coinmunicatîon qu'il a bien voulu lui en faire. Cette lecture, et les observations auxquelles elle a donne lieu , ont rempli la séance.
Certifié confoniie , A Paris, le a bctobî»e i^ij j'
Le secrétaire perpéimei.
Si§7^, RÀYNOUÀRD,
IlTTOGATION. DÉDICACE. QrIG|N^ DES TROPES. La MÉTA- PHORE. ExEirpLES DE CETTE FIGURE. SoN UTILITE. FaUT-U^ qu'on PUISSE LA PEINDRE? MÉTAPHORES YiaEUSES. DÉFAUTS A ÉYITER. RÈGLES A SUIVRE.
Aj.use.1 ouvre-moi la source en images fertile ^ Où l'esprit peut puiser les omemens du style! Je veux chanter cet art qui varie à propos Par le sens figure le sens propre des mots.
Ce sujet , renfermé dans des bornes iniques , Muse, peut t'effirayer par ses détails techniques. Les Tropes , aujourd'hui , gardent encor les noms . Imposés par les Grecs , de ^ nous les tenons '•
' CicéBoir et Quihtilieit ont pris à tâche de donner aux tropes des noms purement latins : Gicéron ap'p'eHe les tripes » en général , des mots modifies , changes , fle'chis : modns , yerba modificaia, immutationes , uerba mutata, inflexa. Qaintilien les appelle des mouYemens, ou dès termes qu'on emprunte , motus , arcessUa. Mn général , la langue française a préféré de conserrer lés' noms grecs , excepté pour Ui Fable et le Proverbe , comme. on le verra ci-après.
2 LES TAOPES.
Ces mots , que Pradon crut des termes de chimie ' , Sont reçus par l'usage et par Tacadëmie ; Et DOS plus grands auteurs sont ici mes soutiens. Rachetant par leurs vers la faiblesse des miens y Sur leurs traits les plus beaux j'appuierai chaque règle. Ainsi le roitelet se fait porter par Taigle ; Et , compagnon hardi du monarque des airs , Ta jouer sur son aile au milieu des ëclairs.
Venez, jeunes amio du dieu de l'harmonie !
La route par mes soins peut vous être aplanie. Bientôt , si vous voulez , ces Tropes singuliers , Tout bizarres qu'ils soient , vous seront familiers s< Us pourront vous former dans le grand art d'écrire. Allons , k mes efforts j'aime à vous voir sourire , Quand j'ose , le premier , sur le Pinde français , Essayer d'être en vers l'iécho de Do Marsais *.
Chaque chose a son nom, qui n'est fait que pour elle Dans son acception précise et naturelle ; C'est le mot propre, on sait que tous les boas esprits A ce mot nécessaire attachent un grand prix.
. ' Huer la ^i]^ec4oche et la me'toay mie , Qi'apds jj^XSj qae Pradou croit des termes de chimie.
BoiLEAV*
* Auteur du Traké des Tropes et des |irticles de granei* maire dan» les sept premicm tomes de rEacyclop^ie. f^&yez ses Éloges par NIM. d'ALehbxxt et os GÉaAROo : ce dernier a remporte' U prix propose par Fiiistîtut*
C*est des malentendus que naissent nos disputes * : Fixez le sens des mots, vous préviendrez ces luttes. Un teime est-il douteux ? Sachez le définir ; Nulle équivoque alors ne peut plus le tenir. Les calcub d'un problème et les clauses d'un acte Doivent s'assujettir à cette .langue exacte ; Mais de ces mots si froids , alignés au compas. Le langage commun ne s'accommode pas.
Le feu des passions , qui couve au fond de l'âme , Veut toujours au dehors jaillir en traits de flamme; Il perce malgré nous, s'adresse k tous nos sens, Donne au front ses couleurs , à la voix ses accens.
' On ne saurait faire trop d'attention â cette grande vérité que Ton perd trop souTent de Tue. La logique de Port - Royal y a fortement insisté , et Ton sait que cette logique est un des eorrages qui ont honoré le siècle de Louis XIV. Vers la fin du même siècle, Samuel WERBHFets , savant professeur de Bâle, appelé ayec raison un sarant plein de goût, elegantissimè doctus, a fait, sur le même sujet , un livre latin , souvent réimprimé : De iogomackiis erudiiontm. Ce mot de logomachie est de saint Piul , qui regarde les disputes de mots comme une maladie. Werbn* FBLs a décrit avec soin les symptômes de cette maladie de Tesprit , et a cherché par quels remèdes on pourrait la guérir. On devrait faire un extrait de ce livre en français, à Tusage des classes. Le P. Buffier a écrit sur cette matière d'une manière sc^ide , mais avec moins d'agrément. Hel- ▼ÉTiTTS Ta effleurée dans le livre de PJSsprit , chapitre de l'Abus des mots. Locke et Cohdillac Font approfondie ^ mais ils sont un peu secs , au lieu que le livre de WeeEAFBLs est rempli d'une érudition intéressante et cho^ie.
Jamais à l'Opëra le bâton de mesure N'a tracé pour l'orchestre une règle aussi sûre. Les sons que la nature a pris soin de noter , N'ont pas besoin que l'art yienne les ajuster, n est des orateurs jusque chez les sauvages : Allons du Saint-Laurent visiter les rivages ; Du grand Meschacebë suivons le vaste cours ; Là , d'un fils du désert écoutons les discours! Chaque mot nous étonne ; il charge sa.peinture D'images, qu'il dérobe à toute la nature.
Et qui vont émouvoir , au fond de leurs roseaux , Ces fleuves qui , pour lui , sont les pères des eaux. Mais qu'avons-nous besoin de chercher l'Amérique ? L'homme a partout , sans art , la même rhétorique , Quand d'un grand mouvement son esprit transporté Pense avec énergie et parle avec fierté.
A la ville , à la com* , dans les champs , à la Halle % L'éloquence du cœur par les Tropes s'exhale ; Et la foule ignorante , émule des savans , Transformant la parole en des tableaux vivans , De figures sans nombre emprunte la lumière.
La Métaphore brille et marche la première *.
* a Je suis persuadé quHl se fait plus de figures an jour » de marché, a la Halle , qu'il ne s^en fait en plusieurs jours 9 d^assemblées académiques.... » (Du Marsais , des Tropes , article i.)
* Le nom de métaphore vient d'AftiSTOTE» qui pre-
Admirez comme mi mot, de son sens détourné ,
Reçoit d'eHe un éclat dont il est étonné !
£Ue compare entre eux deux termes qu'elle embrasse ;
Soudain , l'un traduit l'autre et vient prendre sa place.
Par cet échange heureux de mots équiyalens ,
Ses portraits , faits au vol , sont frais et ressemblans.
Ainsi , de la vertu la fortune se joue ' ;
Il est des cœurs de bronze et des âmes de boue.
Yii^le au laboureur apprend par quels secrets
n peut faire à ses lois obéir ses guérets *.
La coquette , mettant tout son art en usage ,
ft Compose de sa main les fleurs de son visage '. »
Le joueur qui dépend d'un quatorze , ou d'un sept ,
«< Voit sa vie , ou sa mort , sortir de son cornet ^. »
Valois , de son État , laissait flotter les rênes ^.
Pour Voltaire , les rois ont été des syrènes ^.
nait ce mot dans an sens plus étendu qu^on ne l'a fait depuis.
Voyez ce qu'en dit BARTHELÉirr , dans' le chapitre de la Rhétorique , f^oyage éCAnacharsU.
Cicéaoïr et Quiittilien appellent la métaphore translaUo.
* BoiLEAV , Satires.
a Yicina coegi
Ut qQamvis avido parèrent arra colono.
YiaoïL. JE^eid. I.
' BoiLEAu , Épitres.
* Le même , Satires.
' Voltaire , Henriade , chant I*'.
6 Mon Taitscan fit nanfrage aux mers de ces syrènes.
YoLVAiEB , discours en rcn.