‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 18 sur 83 · Ch. XXVI · texte numérisé non relu

Ch. XXVI

mœurs — ce serait beaucoup dire! — mais une sorte de laisser-aller courtois et de bon ton, qui permettait aux hommes et aux femmes de se dire des paroles aimables qui ne sont ni des aveux ni des promesses. Et cette liberté n’était possible que dans une société policée, où le sentiment de la courtoisie, de l'honneur et du respect dû aux femmes permettent aux plus imprudents de s’arrêter à temps.

Mais voyons la suite de l’aventure. Peire Vidal s'enfuit à Gènes. Gènes étant trop près de Marseille, il poussa jusqu’en Palestine, à la suite de Richard Cœur-de-Lion; mais ceci n’est pas très sûr. C’est pendant ce voyage qu’il aurait fait de jolies chansons où il raconte l’aventure du baiser.

« Il resta longtemps outre mer et n’osait revenir en Provence. Mais Barral, qui l’aimait tant, comme je vous l’ai dit, insista tellement auprès de sa femme qu'elle lui pardonna le fait du baiser et le lui octroya en don. Et Barral fit connaître à Peire Vidal que sa femme lui pardonnaïit de bon cœur, et qu’il revint. Il vinten grande allégresse à Marseille, fut fort bien accueilli par Barral et sa femme Azalaïs, qui lui octroya en don le baiser volé. » |

Voilà pour l’histoire du baiser. Passons à celle de la Louve : celle-ci est bien étrange et bien invraisemblable.

Le 40 =

Il y avait, dans les environs de Carcassonne, un seigneur de Pennautier, dont la femme plut à Peire Vidal. Qui était cette dame? C’est ce que nous ne savons pas très bien. D’après la biographie, elle s'appelait Loba, ce qui n’était probablement qu'un nom propre et non un surnom

« La Louve était du Carcassés; Peire Vidal se faisait appeler loup pour elle et portait des armoiries de loup (ce qui, avouons-le, n’est pas très clair ; peut-être, si la chose est vraie, avait-il fait peindre ou broder un loup sur quelque partie de son costume). Et dans les montagnes du Cabardès!, il se fit chasser par les bergers, avec leurs chiens, comme on chasse un loup. Et il avait revêtu une peau de loup pour faire comprendre aux bergers et aux chiens qu’il était un loup. »

Mal lui en prit : la chasse ne réussit que trop bien.

Le pauvre loup, en cet esclandre,

Empêché par son hoqueton, Ne put ni fuir ni se défendre.

« Les bergers, nous dit le biographe, le chassèrent et le malmenèrent si durement qu’il fut porté pour mort à la demeure de la Louve de Pennaulier. Quand elle sut que c’était Pcire Vidal, elle

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