‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 33 sur 83 · SCEAU DES CONSULS DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

SCEAU DES CONSULS DE TOULOUSE

(Chäteau-Narbonnais et Saint-Sernin.)

dame Jausserande del Puech ; mais nous ne savons où il a pris ce nom; il l’a sans doute inventé, comme il l’a fait pour tant d’autres.

Il n’est pas vraisemblable d’ailleurs que Peire Raïmon ait adressé ses chansons à une toulousaine noble ou bourgeoise. Ce n’était guère l’usage des troubadours de chanter des bourgeoises ou des femmes de petite noblesse. Leurs chants s’adressaient plus haut, parce que c’était une nécessité de leur métier. Ils ne pouvaient guère chanter que la femme du seigneur qui leur accordait sa protection. Les effusions du cœur pouvaient bien aller à d’autres; mais les chants étaient réservés à qui les méritait en les payant!

Il] me semble donc que la noble toulousaine chantée par Peire Raimon n’était autre que la comtesse de Toulouse. C’est à cette dame, quelle qu’elle soit, que sont sans doute adressées les deux chansons suivantes sur l’Amour Médecin. Car l'Amour Médecin ne date pas de Molière, ni même des troubadours; il doit dater de bien plus loin! depuis sept mille ans, aurait dit La Bruyère, qu'il y a des hommes, et qui aiment.

Ar ai ben d'amor apres

Cum sap de son dart ferir ;

Mas cum pueys sap gent guerir, Enqueras no sai ieu ges.

Lo metge sai ben qui es,

Que-m pot sols salut donar,

Mas que‘m val, s’ieu demostrar Ja non l’aus ma mortal playa ?

Morrai per mon nescies, Quar no:l vau mostrar e dir La dolor que-m fai sofrir, Don no°m pot cosselhar res Mas quan sos gais cors cortes, Qu’ieu tan desir e tenc car Que non l’aus merce clamar, Tal paor ai que‘l desplaya.

Gran talan ai cum pogues

De ginols ves lieys venir

De tant luenh cum hom cauzir La poiria, que vengues

Mas juntas far homenes,

Cum sers a senhor deu far,

Et en ploran merceyar

Ses paor de gent savaya.

Bona dona on totz bes Vezem granar e florir,

Pus tan vos am eu's dezir, Merce vos clam que merces Mi valha e ma bona fes, Qu'ieu serai de bon celar

E plus fis, si Dieus m'ampar, Que no fo Landrix a N’Aya.

Mon Diaman, que tenc car, Vuelh de ma chanso pregar Qu'a Toloza la-m retraya.

« Maintenant j'ai bien appris d'Amour comment il sait frapper de son dard; mais comment ensuite il sait

gentiment guérir, cela je ne le sais pas encore. Je connais le médecin qui seul peut me donner la santé, mais à quoi cela me sert-il, si je n'ose lui montrer ma plaie mortelle ?

« Je mourrai par ma sottise, car je ne vais pas lui montrer et dire la douleur qui me fait souffrir; personne ne peut me donner un remède contre cette douleur sauf la dame gaie et courtoise, que j'aime et que je chéris tant que je n’ose lui crier pitié, tellement j'ai peur que cela lui déplaise.

(J'ai un grand désir de pouvoir venir à genoux vers elle, d'aussi loin qu’on pourrait la voir, de venir vers elle mains jointes, lui faire hommage, comme un serf doit le faire à son seigneur, et en pleurant implorer sa pitié sans crainte des mauvaises gens.

« Bonne dame où nous voyons tous biens naître tomme graines et fleurs, puisque je vous aime et vous désire tant, je vous crie pitié; que pitié et ma bonne foi me viennent en aide auprès de vous, car je garderai bien mon secret et je vous serai plus fidèle — que Dieu me protège! — que Landric ne le fut à Aye*. |

« Je veux prier Mon Diamant, que j'aime tant, de réciter ma chanson à Toulouse. »

L'Amour Médecin fit sans doute connaître son ordonnance au troubadour : attendre, patienter et... se mettre à la diète. Le remède fut insuffisant. Dans une autre chanson Peire Raimon se plaint que le mal d’amour l'ait repris.

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