‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 32 sur 83 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Peire Raimon. — Sa biographie. — Jean de Nostredame. — Séjour en Aragon. — À Toulouse. — L'Amour Médecin. — En Italie. — Originalité de Peire Raimon : descriptions, débuts de chansons. — Son talent; la question de la sincérité. — Romantisme des troubadours. — Peire Raimon imité par Auzias March.

( Peire Raimon de Toulouse, le Vieux, fut fils d'un bourgeois; il se fit jongleur et s’en alla à la cour du roi Alfonse d'Aragon; et le roi l’accueillit et lui fit grand honneur. C'était un homme savant et subtil; il sut bien chanter et bien inventer; il fit de bons vers, de bonnes chansons et de bonnes compositions. Il demeura à la cour du roi (d'Aragon), à la cour du bon comte Raiïmon de Toulouse, son seigneur, et il resta longtemps à celle de Guilhem de Montpellier. Puis il prit femme à Pamiers et c’est là qu’il mourut!. »

Si le biographe anonyme du x siècle n’en savait pas long sur Peire Raimon, il n’en est pas de même d’un biographe moderne, Jehan de Nostre-

L. Biographies des Troubadours, in Hist. Gén. Lang., X, P. 271.

dame, qui lui a bâti une biographie mensongère. En voici un extrait :

« Peyre Remond, Lou Proux ou le Vaillant, fut natif de Thoulouse, ainsi nommé car aussi estoitil preux et vaillant au faict des guerres, et excellent poëte lyrique en nostre langue provensalle; fut a la guerre de Surie contre les infidelles avec l’empereur Frédéric, où il composa et dicta plusieurs belles chansons qu'il adressa à Jausserande del Puech, de noble et ancienne maison de Thoulouse, la regrettant moult qu’il n’estoit auprès d’elle, en l’une desquelles dict ainsi :

Vergiers, ny flours, ny pras N’on m'an fach cantadour.…

Le Monge des Isles d'Or dict qu’il estoit thoulousain, qu’a fait plusieurs chansons en rithme provensalle qu’il adressa à une gentilfemme de la maison de Codollet..…. Il a écrit un traité Contra l’errour dels Arrians, et aussi contre la tyrannie des princes et mesmes de ce que les roys de France et les empereurs se sont laissez assujettir aux curez'... »

Tout ceci est une pure invention de Nostredame et on sait que le Moine des Iles d’Or est un mythe.

» 1. J. pr NOSTREDAME, Vies des plus anciens poèles provensaulr, éd. Chahaneau et Anglade, p. 48.

Le biographe du xrrr° siècle est plus véridique dans sa concision. Il est vraisemblable que Peire Raimon se rendit de bonne heure à.la cour du roi d’Arason, Alfonse IT, qui aimait et protégeait les troubadours et dont la cour était renommée pour sa prodigalité:.

Les relations de famille et les relations politiques qui existaient entre les rois d'Aragon et les comtes de Toulouse contribuèrent à attirer les troubadours en Aragon et en Catalogne ; elles aidèrent ainsi à la diffusion de la poésie méridionale dans le Nord de l'Espagne. Des troubadours comme Peire Vidal et Peire Raimon furent parmi les premiers, smon parmi les principaux artisans de cette diffusion.

Des dix-huit poésies qui nous restent de Peire Raimon il n’est pas facile de dire quelles sont celles qui furent composées en Espagne. On peut en citer une qui est adressée au comte de Barcelone et une autre qui est adressée simplement « en Aragon », probablement au même personnage*.

Cependant il.ne semble pas que Peire Raimon ait séjourné longtemps en Espagne.

Une partie de ses chansons sont adressées à une

1. Alfonse II était le père de Pierre II, tué à Muret. Il protégea Peire Vidal et d’autres troubadours. Cf. MiLi x FoxTanaLs, Trovadores en España, p. 108.

Page 1