‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 40 sur 83 · NA · texte numérisé non relu

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Quel que soit à nos yeux le mérite de cette pièce, elle a plu à un grand poète étranger, qui a demandé plusieurs fois son inspiration à nos troubadours : c’est le poète valencien Auzias March. Voici comment il l’a imitée.

« Il ne m'en prend pas comme au petit valet, qui va cherchant un seigneur qui lui fasse fête, en le tenant chaud au temps de la froidure et frais au temps d'été, quand arrive la chaleur; il prise peu la valeur de son maître et conçoit du mépris pour sa manière de vivre, mais il voit clairement qu’il suit une mauvaise voie en cherchant à changer son état en un état meilleur.

« Comment fera-t-l pour vivre sans douleur ayant. perdu le bien qu’il possédait? Il voit très bien, s’il n’est pas fou, que jamais il ne pourra avoir une situation meilleure. Que fera-t-il donc, puisqu’aucun autre bien ne lui reste, sinon de pleurer le bien du temps qu'il a perdu?

« Je suis celui qui, aux jours de tempête, quand les plus nobles jouent près du feu — et quand je pourrais partager leurs jeux — m'en vais sur la neige, nu-pieds et tête nue, servant un seigneur

1. Voir la savante étude que lui a consacrée M. Amédée PAGES : Auzias March el ses prédécesseurs, Paris, 1912 (Thèse de Paris: Bibl. de l’École des Hautes-Études, fasc. 194), et l'édition donnée par le même auteur, Barcelone, Institut d'Esludis Calalans, 2 vol. in-4°, 1912-1914.

qui jamais ne fut vassal et qui n’eut jamais l’idée de rendre hommage à personne.

« Pleine-de-Sens', j’éloigne de moi les mauvais désirs; sur mon rivage ne croissent pas les mauvaises herbes; sachez que dans mon cœur ne descendent pas les désirs mauvais. »

Le début de cette poésie est imité de Peire Raimon (Ch. xv); les derniers vers sont pris à une autre chanson du même troubadour (Ch. vi) et peut-être y a-t-il aussi quelques souvenirs de Peire Vidal.

Il ÿ aurait intérêt à insister, si c’en était le lieu, sur le sentiment du style qui anime les troubadours, Peire Raimon comme les autres.

« Je sais bien accoupler les mots et les rendre unis et clairs », dit-il.

Ben sai parelhar e far motz Plas et clars (Ch. ur).

« Je sais si habilement joindre mots et musique, dit à son tour Peire Vidal, que personne en fait de noble talent poétique ne m’arrive au talon... »

Ajostar e lassar

Sai tan gen motz e 50

Que del car ric trobar

Nom ven hom al talo (P. Vidal, xx).

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