CHAPITRE VI
Les Troubadours et la Croisade contre les Albigeois. — - Bernart de Rouvenac et Sicart de Marvejols. — L’Inquisition et les Troubadours de Toulouse. — Guilhem Montanhagol, Guilhem Anelier. — Guilhem Figueira et la Papauté. :
La première moitié du xmn° siècle est pour le Languedoc, et surtout pour Toulouse, une époque tragique. On sait de quels deuils et de quelles ruines la Croisade contre les Albigeoïis a couvert le Midi. Les dates qui marquent les différentes étapes de cette marche vers la décadence sont les suivantes : 1213 (bataille de Muret), 1218 (Concile de Latran), 1229 (traité de Meaux, Concile de Toulouse et établissement de l’Inquisition), 1242 {soulèvement du Comte de Toulouse), 1249 (mort de Raimon VIT).
La Croisade amena la disparition de la plupart des cours méridionales, qui étaient depuis les origmes de la chevalerie des foyers de poésie. La plupart des grands seigneurs languedociens avaient en effet lutté aux côtés du Comte de Toulouse ; ce sont eux qui eurent à supporter, de la vallée du Rhône jusqu’à celle de la Garonne, et jusqu'aux
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Pyrénées, les conséquences de la défaite : diminution de domaines, par suite de revenus, confis-
cations, exil, exactions de tout ordre. Or on sait
que les conditions de la vie des troubadours étaient telles que la poésie était frappée, durement quoique indirectement, par le même coup qui frappait ses protecteurs. OO
Aussi est-ce le moment où les troubadours, surtout languedociens, émigrent vers les pays voisins : la Catalogne, l’Aragon, la Castille ou l'Italie. Il y eat encore, en Castille et en Aragon, presque jusqu’à la fin du xim siècle, des protecteurs éclairés des troubadours. At de Mons, de Toulouse, fut le poète favori de Pierre III, roi d'Aragon, et Alfonse X, le roi savant, protégea jusqu’à la fin de son règne (1284) d’éminents troubadours, comme Guiraut Riquier’,
Quant à l'Italie, elle resta presque aussi longtemps une terre très hospitalière à nos poètes; ils continuèrent à trouver, soit à la cour de Frédéric IT, soit dans les petites cours du Nord, un sympathique accueil.
C’est vers le roi d'Aragon que se tournaient le chevalier-poète Bernart de Rouvenac, et surtout