‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 82 sur 83 · SCEAU DE L'UNIVERSITÉ DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

SCEAU DE L'UNIVERSITÉ DE TOULOUSE

tiennent dans le Rouergue et dans la contrée voisine, l’Albigeois; quelques troubadours de l’école toulousaine du xtv* siècle sont originaires de cette région. Il est tout à fait vraisemblable que le père du plus grand troubadour de cette école, Raimon Cornet, a connu le milieu qu’avaient fréquenté Folquet de Lunel, Guiraut Riquier, le catalan Ser-

veri de Girone et beaucoup d’autres troubadours.

Que l’on se rappelle enfin que ce même Raimon Cornet est né dans le Rouergue aux environs de 1300, et l’on ne sera pas étonné qu’il ait pu hériter de son père et sans doute aussi de quelques autres troubadours survivants du xrn° siècle, les goûts et les traditions de l’École de Rodez que l’École de Toulouse allait faire revivre. C’est donc lui qui formerait avec son père « comme un trait d'union entre ce dernier foyer de la poésie provençale et celui que les sept bourgeois de Tou- Jouse tentèrent de rallumer dans la patrie de Peire Vidal et d’Aimeric de Pégulhan!. »

C’est, on le sait, en 1323 que sept lettrés toulousains tentèrent cet essai. Nous connaissons tous les détails des origines de cette institution. Ils sont consignés dans un des deux beaux manuscrits.

conservés à l’Académie des Jeux-Floraux?, et un érudit de grande valeur, M. François de Gélis’, les a récemment mis de nouveau en lumière avec autant de science que d'esprit.

1. CHABANEAU, Deux manuscrils provençaux du XIV° siècle, XXVIIE, n. 1.

2. Cf. J. ANGLADE, Las Leys d’Amors, t. I et t. IV. Toulouse, 1919-1920. (Bibl. Mérid., 1°° série, t. XVII-XX.)

3. F. DE GÉLis, Histoire critique des Jeux Floraur. Toulouse, 1912. (Bibl. Mérid., 2° série, t. XV.)

Ces sept personnages étaient : Bernart de Panassac, écuyer; Guilhem de Lobra, bourgeois; Berenguier de Sant-Plancat, changeur ; Peire de Mejanassera, changeur; Guilhem de Gontaut, marchand; Peire Camo, marchand; maïtre Bernat Oth, notaire de la cour du viguier de Toulouse.

On remarquera que ces nouveaux troubadours appartiennent à ce que nous appellerions la bourgeoisie. Cette classe de la société est une de celles qui, dans le Midi, ont fait, du xn siècle au début du xivt, le plus de progrès. Nous constatons ces progrès dans la plupart des grandes villes méridionales : Nimes, Montpellier, Béziers, Narbonne, Toulouse, etc. La noblesse s’est appauvrie par ses excès ou a été ruinée par la guerre des Albigeois; la bourgeoisie, au contraire, s’est enrichie par le négoce; son niveau intellectuel s’est élevé; pendant le xrrr° siècle, dans des villes comme Narbonne ou Béziers, elle protège à son tour les poètes, suivant en cela l'exemple donné par la noblesse à la période classique des troubadours. Le fait que sept bourgeois toulousains fondent une institution littéraire prouve que la bourgeoisie a pris la première place dans la société du temps”.

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