‹ Les troubadours et les BretonsChapitre 1 sur 57 · AVANT - PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT - PROPOS

L'idée du présent travail date de plus de vingt-cinq ans. Elle m’a été suggérée par M. J. Loth, aujourd’hui professeur de‘langue et littérature celtiques au Collège de France. M. J. Loth, alors doyen de la Faculté des Lettres de Rennes, où je venais d’être nommé maître de conférences (novembre 1901), m'avait fait le plus sympathique accueil. Il appela mon attention sur une conférence du professeur anglais Cowell, dont le résumé venait de paraître dans les Annales de Bretagne (cf: infra, p. 11). Je commençai dès ce moment à rassembler des matériaux sur le sujet; mais, pris par d’autres travaux, et éloigné du milieu celtisant de la Faculté de Rennes, je laissai ce sujet de.côté, me contentant d'y penser quelquefois et de ne pas le perdre tout à fait de vue.

La publication de deux ouvrages de MM. J. Audiau et H. J. Chaytor m'a incité à y revenir. Je l’ai donc repris à nouveau, en complétant mes recherches. La publication de mon Onomastique des Troubadours * me permettait de le faire avec plus de facilité qu’il y a vingt-cinq ans.

On trouvera donc dans les pages qui suivent le relevé que nous croyons complet de tout ce que les troubadours ont dit et pensé des Celtes. Les celtisants ne seront sans doute pas fâchés de trouver réuni en un bloc ce qu'ils auraient de la peine à retrouver dispersé dans des textes qui leur sont peu familiers.

1. Viontplies. 1916 (Publications spéciales de la Société des langues romanes, t. XXVI, et Rev. des I. rom., LVIII (1915).

D'autre part la réunion de ces faits, les uns importants, les autres minimes, facilitera peut-être des études d’ensemble de littérature comparée. Peüt-être même aiderat-elle, sinon à résoudre, du moins à mieux poser des problèmes qui intéressent la poésie, de langue d’oc ou de langue d’oïl, du moyen âge.

J'ai dû aborder chemin faisant des questions importantes qui n'ont pas encore leur solution : par exemple les sources de Chrestien de Troyes. Dans ce cas, je me suis contenté d'exposer ces questions de mon mieux sans prendre parti.

J'ai traité, dans le premier chapitre de mon travail, un problème en partie nouveau : c’est la part que peuvent avoir eue les littératures celtiques : dans la diffusion de la poésie des troubadours en Angleterre. Peut-être le problème n’est pas susceptible de solution pfécise ; mais je crois qu'il faudra tenir compte de cet élément, quand la question de l'influence de la littérature méridionale en Angletèrre sera de nouveau posée.

Il est possible, dis-je, qu'il n’y ait pas de solution précise à ce problème, sauf dans un sens négatif. Le contact entre la poésie des troubadours et la poésie lyrique anglaise (par l’intermédiaire de la poésie galloise ou sans elle) a pu avoir lieu, sans que des traces évidentes de ce possible contact soient restées ?.

Peut-être, comme dans une boue célèbre, le bon

1. J'entends en effet le mot Bretons, sensu largo, y comprenant Gallois, Irlandais, Bretons insulaires et continentaux.

2. Un exemple du peu d’influence que peut avoir, au point de vue littéraire, le contact d’un troubadour de talent avec un milieu intellectuel nous est donné par Peire Vidal. Suivant sa propre déclaration, il se rendit en Hongrie, « pour gagner sa vie». Mais il ne semble pas que sa présence dans ce pays v ait développé une influence littéraire. Comme pour l’Angleterre, les milieux hongrois n'étaient peut-être pas aptes à l’accepter ou à la subir.

Notons que la Hongrie est citée sept ou huit fois par les troubadours; cf. notre Onomastique. a aussi l’article récent de L. Karl dans la Fest

schrift APPEL.

grain est-il tombé sur une terre mal préparée : ce-que l’on sait des idées religieuses et déjà «puritaines» de l’Angleterre du xu° et du xin° siècles explique peut-être pourquoi la poésie des troubadours, joyeuse, païenne et quelque peu réaliste, malgré son idéalisme apparent, n’a pas eu de prisesur des esprits qui lui restaient volontairement fermés. Dans ce cas, comme l’histoire littéraire, semblable en cela à toutes les «histoires », n’enregistre que les résultats réels, toute étude dece genre n’aboutira qu’à une impasse. Mais de savoir d'une manière précise que c’est là le seul résultat possible,ce la mérite encore d’être tenté.

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