Guilhem Arnaut de Marsan, Qui conte vol aprendre
le savons tous, des gants dont on revêt les mains et il les porta le premier ; les femmes de ce temps l’aimèrent toutes et beaucoup plus que je ne puis vous le dire. » Giraut de Borneil rappelle un épisode de la vie chevale-
resque d'Ivain. |
C’aissi m’espert, qant vei vostras beltaz,
Com lo cugnatz de Galvan per salvatge,
E can per guerra n’ac totz sos fils menatz
Et sa filha qeria.per oltratge
E l’endeman rediala‘ilh ab se Entroc qu’ Yvan los defendet…
(G. de Borneil, Gen m'estava ; éd. Kolsen, no 34).
« Quand je vois vos beautés, je suis hors de moi, comme le beau-frère de Gauvain pour le sauvage (?); quand par la guerre il lui eut enlevé tous ses fils et quil cherchait sa fille pour l’outrager, le lendemain il la lui rendait en même temps qu'il se rendait lui-même, jusqu'à ce qu'Ivain les protégea (tous deux ? ou tous ?)' »
Pas plus que Birch-Hirschfeld (Die epischen Stoffe, p. 49), je ne vois pas à quelles aventures il est fait allusion dans ce passage : aussi ma traduction (qui s'éloigne de celle de Kolsen) ne me satisfait pas. Le cognatz est le « beau-frère » ou peut-être, comme dans les dialectes modernes de la langue d'Oc, le frère du beau-frère ou de la belle-sœur. Mais quel était ce beau-frère de Gauvain ? et que signifie per salvatge? Ce dernier mot est-il un nom propre? Il faudrait l’article s’il s’agit d’un nom commun (per lo, contracté en pel). Le sujet des vers 3 et 4 me paraît être le même. Le conhat ou beau-frère de Gauvain serait devenu fou (esperdre; m'espert, ind. près. 1° p. sg.) et aurait enlevé (rmenatz) tous les enfants de son ennemi en même temps qu’il essayait d’outrager (violer) sa fille. Puis, dans sa folie, il la lui rendait en même temps qu’il se rendait lui-
1. La pièce ne se trouve que dans un seul manuscrit, qui n’est pas des meilleurs.
même. [vain sur ces entrefaites prenait la défense des prisonniers, dont l’un était fou, esperdut : Ivain, le chevalier redresseur de torts, est bien dans son rôle.
Peut-être le conhat de Gauvain est-il simplement un de ses parents ou alliés, le propre cousin germain d’Ivain, dont nous connaissons le nom : Calogrenant. Il raconte, au début d’lvain, son aventure de la forêt de Brocéliande et se fait traiter de fou par Ivain. |
Se je vos ai fol apelé Je vos pri qu’il ne vos en poist.
ns (Ivain, v. 587).
Au v. 3563 et suivants Chrétien de Troyes nous raconte comment Îvain sauva une « pucelle » ; mais est-ce la fille à laquelle Giraut de Bornelh fait allusion ? Le « sauvage » pourrait être le rude personnage qui gardait la fontaine merveilleuse de la forêt de Brocéliande. Mais lui avait-on enlevé ses fils et avait-on outragé sa fille? On ne trouve pas trace de tout cela dans Juain, ou du moins pas sous cette forme précise.
Dans un ensenhamen de B. de Paris de Rouergue Ivain est cité comme un des premiers «-oiseleurs » : Ni ges no cug que sapiatz d’Jvan Qui fol premier c’adomesjet auzel ; De Gairaudu no sabetz tan ni can Ni de Cobloy ni de Salapinel.
(Bartsch, Denkm., p. 86, 19).
« Je ne crois pas que vous sachiez quelque chose d’Ivain, qui fut le premier qui apprivoisa les oiseaux ; vous ne savez rien de Gairaudu (?), ni de Cobloy ni de Salapinel *.
Notons, pour être complet, qu’un abbé ou prieur nommé Ivan, est cité dans une tenson d’Elias Cairel (N’Elias Cairel, de l’amor ; Bartsch, Gr., 133, 7)°.
1. Je ne connais pas davantage ces personnages qui ne sont cités que cette fois-ci dans l’œuvre des troubadours.