CHAPITRE V
LÉGENDES BRETONNES (suite)
‘Gauvain. — Perceval. — Lancelot. — Le Lanzelet d'Ulrich de Zatzikhôven. — Lancelot et Arnaut Daniel. — Erec et Enide. — Cligès. — Merlin. — Autres personnages. |
En ce quiconcerne Gauvain, les deux plus anciennes allusions sont celle de Guiraut de Cabrera et celle de Giraut de Borneil déjà citée (p. 60).
Ni de Galvaing Qui ses compaing Fazia tanta venaison.
(G. de Cabrera, Cabra joglar).
« [Tu ne sais rien] de Gauvain, qui, sans compagnon, faisait si bonne chasse. » | Les allusions à la vaillance de Gauvain sont particulière-
ment fréquentes. « Si, dit Rambaut de Vaqueiras, cette gentille créature m’accordait ce que je demande à sa condescendance, j'aurais surpassé en prouesses Gauvain. »
Et sim des lo cors gens
So qu'ab son cosselh quier,
Vencut agra sobrier D’aventuras Galvanbh :.
Peire Vidal se vante d’avoir accompli les mêmes exploits
que Gauvain.
Las aventuras de Galvanh Ai eu e mai d’autras assatz.
(Ed. Anglade, XLIII, 41).
1. Birch-Hirschfeld, /oc. laud., p. 49. La pièce paraît composée entre 1192 et 1202; ibid.
« J'ai à mon actif les prouesses de Gauvain et beaucoup d’autres. » |
Le compatriote de Peire Vidal Aimeric de Pégulhan, s’écrie à son tour :
Ni ges d’armas Galvanbs plus non valia.
(A. de Pégulhan, Ara par be).
« À la guerre Gauvain n'était pas plus vaillant. » Ailleurs le même troubadour associe le nom de Gauvain
à celui d'Arthur, dans une strophe qui rappelle les vantardises de Peire Vidal:
Quant eu sui de tot armat sus, Nom par qe Galvain ni Artus Feses doas jontas neghus
Plus tost en un besoing qu’eu fas :.
(Mahn, Ged., 1189, str. 3-4).
Le troubadour Uc de Saint-Cyr fait allusion à une aventure de Gauvain dans le passage suivant :
Qu'’aissi°m prencom pres Galvanh Del bel désastruc estranh
À cui l’avenc far coven
Qu’elh fezes tot so talen,
E ilh non dec far ni dir
Ren que‘lh degues abelhir.
(Mahn, Ged., 1145).
« Il m'arrive ce qui arriva à Gauvain avec le bel étranger malheureux, avec qui il dut convenir qu'ilaccomplirait tous ses désirs, tandis que lui ne devait faire ni dire rien qui dût plaire à Gauvain”*.»
1. Cf. supra, p. 42. Pour une troisième citation, cf. supra, p. 51.
2. La pièce n’est pas de Uc Brunenc, comme l’indique Mahn, d’après
le manuscrit, mais d'Uc de Saint-Cyr ; no 1 (v. 35) de l'édition Jeanroy
- et Salverda de Grave. Cf. tbid., p. 169-170. Les éditeurs n’admettent
pas, comme Birch-Hirschfeld (loc. laud., p. 50), qu'il s’agisse ici de
l'Orgueilleux de Logres, du Perceval de Chrétien (vv. 7900 et 9700).
Il s'agirait plutôt de rapports entre Gauvain et Griogoras (vv. 7966-
8480) ; et peut-être aussi dans l'esprit du poète s’est établie une confusion entre ce dernier et Griomélan (v. 9915).
Birch-Hirschfeld croit qu’il y a là une allusion aux « rapports de Gauvain avec Orguellouse de Logres, comme cela est exposé par Chrétien de Troyes, dans le Conte du Graal, v. 7900 sq. et 9700 sq. » (Loc. laud., p. So).
Mais les éditeurs d’'Uc de Saint-Cyr ne sont pas tout-àfait du même avis: «il s'agirait sans doute plutôt de ceux [ des rapports | entre Gauvain et Griogoras, v. 7966-8480. Il est vrai qu'il n'intervient pas entre les deux personnages d'accord de ce genre et que Griogoras ne mérite guère ce surnom. Mais Griogoras récompense fort mal tout le bien que lui fait Gauvain et on pourrait entendre l'expression far coven au figuré, les bienfaits de Gauvain étant si régulièrement payés d’ingratitude que cela paraissait l'effet d’uné convention. Un peu plus loin (v. 9915) Gauvain rencontre Griomelan, qu’il félicite sur sa beauté. Uc de Saint-Cyr a pu confondre les deux personnages, d'autant plus que le récit est, à cet endroit, assez embrouillé :. »
Un troubadour voudrait ressembler à Tristan, à ‘cause d’Iseut, et à Gauvain, pour sa vaillance.
E sembles Tristan de amia E Galvanh de cavallaria 2.
Bertran de Born le jeune, blâmant la mollesse de Jeansans-Terre, lui reproche de ne pas ressembler en vaillance à Gauvain.
Mais ama:l bordir e:l cassar E bracs e lebriers et austors E sojorn per que‘ill falh onors E’s laissa vius dezeretar ; Mal sembla d’ardimen Galvanb.
(Mahn, Werke, III, 28).