‹ Les troubles de l'église du Canada en 1728 [microforme]Chapitre 1 sur 5 · UN POÈME HEROI-COMIQUE · texte numérisé non relu

UN POÈME HEROI-COMIQUE

Le 26 décembre 1727, Mgr Jean-Baptiste de la Croix de Saint-Vallier, évêque de Québec, s’éteignait à V'Hôpital-Général de Québec, à l’âge de soixantequatorze ans et quelques semaines.

Le même jour, le chapitre de sa cathédrale s’assemblait et nommait poux vicaire général du diocèse M. Boulard, curé de Québec.

L'intendant Dupuy et le Conseil Supérieur refusèrent de reconnaître M. Boulard et déférèrent toute autorité à M. de Lotbinière, archidiacre.

Mgr de Saint-Vallier avait demandé à être inhumé dans l’église de l’'Hôpital-Général. M. Dupuy s’imaginant que le Chapitre voulait faire déposer le corps de l’évêque de Québec dans les caveaux de la cathédrale, prit un moyen extrême pour se rendre au désir du

défunt.

Le 2 janvier, veille du jour fixé pour les funérailles, il se rendit pendant la soirée à l’Hôpital-Général avec M. de Lotbinière, . archidiacre, M. André de Leigne, lieutenant général de police, et M. Hiché, procureur du roi.

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Il ordonna à la supérieure, la mère Geneviève Duchesnay de Saint-Augustin, de faire fermer les portes des salles ; puis il assembla toutes les personnes | de la maisôn dans le vestibule de l’église. |

Là, M. Dupuy déclara qu’il venait faire sans le moindre délai l’enterrement de Mgr de Saint-Vallier, | parce que les chanoines étaient déterminés à l’inhumer dans la cathédrale ; il ajouta qu’il agissait ainei pour conserver à l’Hôpitai-Général les restes précieux de son fondateur,

M. de Lotbinière, le père de la Chasse, jésuite, le | père Antoine de Lino, récollet, M. Leclair, curé de Saint-Vallier, et le frère récollet Thomas Bertrand, |

diacre, se revêtirent alors de leurs surplis et se rendirent dans la chapelle ardente.

Après les prières prescrites, ils prirent le corps de Mgr de Saint-Vallier qu’ils renfermèrent dans deux | cercueils, l’un de plomb l’autre de chêne, et le portèrent à l’église. M. Dupuy, les personnes venues avec lui, et les pauvres de l’Hôpital-Général, portant des cierges, formaient le cortège funèbre.

A l’église, la cérémonie fut très simple. Après le libera entonné par M. Dupuy lui-même, le <srcueil fut déposé dans le tombeau préparé au pied de l’autel du Saint Cœur de Marie.

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Lorsque la nouvelle se répandit dans la ville que Mgr de Saint-Vallier avait été enterré au milieu de la nuit, sans aucunes cérémonies, une véritable émeute se déclara. Quelques individus sonnèreut même le tocsiu et publièrent que le feu était à l'Hôpital-Général.

Le lendemain, le vicaire général se transporta À l’'Hôpital-Général ; il interdit l’église, suspendit la supérieure de sa charge et nomma une autre religieuse pour la remplacer.

Ce sont ces démêlés entre M. Dupuy, M. de Lotbinière et le Consail Supérieur d’une part, et M. Boulard, le Chapitre et le gouverneur de Beauharnois de l’autre part, qui nous ont valu le petit poème que nous exhumons aujourd’hui de la poussière de l’oubli.

Cette pièce contient beaucoup de vers faibles et baroques-—-plusieurs même pèchent contre les règles de la prosodie—mais ces imperfections sont rachetées par des passages très heureux et d’une verve satirique remarquable.

L'abbé Etienne Marchand, son auteur présumé, naquit à Québec le 27 novembre 1707. Ordonné prêtre le 21 octobre 1731, il fut nommé, l’année suivante, curé de Champlain. Trois ans plus tard, il prenait possession de l’importante cure de Boucherville qu’il

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gardu tout près de quarante ans. En 1773, il se retira à l’'Hôpital-Général de Québec pour prendre un repos légitimement gagné. Il ne se reposa pas longtemps car Dieu !e rappela à lui à peine un an plus tard, le 17 janvier 1774.

Etrange retour des choses humaines ! L'abbé Marchand, qui dans ses vers n’a guère ménagé les bonnes religieuses de l'Hôpital-Général de Québec, dort son dernier sommeil sous les dalles de leur église, près de Mgr de Saint-Vallier dont il a raconté les funérailles d’une façon si burlesque. Les nonnains qu’il à traitées si légèrement et celles qui leur succèdent ont sans doute prié et prient encore sur sa tombe pour le repos de son âme.

Po. Mira

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