‹ Les troubles de l'église du Canada en 1728 [microforme]Chapitre 2 sur 5 · PREMIER CHANT · texte numérisé non relu

PREMIER CHANT

Je chante les excès de ce zèle profane

Qui daus les cœurs dévots enfanta la chicane Et qui dans une Eglise exerçant sa fureur

À semé depuis peu le désordre et l’erreur.

Sous ce mesque un chanoine abusant d’un vain titre (1) Fier de sa dignité, méprisant le chapitre,

Pour soutenir les droits de l’archidiaconat Enterre de son chef un illustre prélat @).

C’est en vain qu’à l’envi partout on se prépare A lui rendre un honneur dont il fut trop avare G), Lotbinière assisté d’un juge et d’un bourreau

Le fait par des laquais trainer dans le tombeau. Muse, raconte-moi quelle jalouse envie

De ces hommes de Dieu peut corrompre la vie Et comment en publie, préchant l'humilité,

Ils conservent dans l’âme autant de vanité.

Parmi les embarras er les troubles du monde Québec voyait ;’Eglise en une paix profonde.

Saint-Vallier veillait toujours sur son troupeau Par son exemple était sa règle et son flambeau. Ce vigilant Pasteur ennemi des intrigues

Par sa rare prudence assoupissait les brigues

Et chacun par ses soins, tenu dans le devoir, S’il avait un penchant n’osuit le faire voir

Mais de ses jours passés à nos yeux comme une ombre L’éternelle nuit vint terminer le nombre.

I mourut... aussitôt le chapitre assemblé Malgré le noir chagrin dont 1l est accablé Règle, dispose tout pour la pompe honoraire, Songe au bien public et nomme un grand vicaire L'Eglise avait besoin d’un solide rempart

D'une commune voix on reconnut Boulard (1) Et cette élection par la règle autorise,

Dispose entre 8es mains les rênes de l'Eglise. L’archidiacre aspirait à ce nouvel emploi

Mais au faible parti le plus fort fait la loi.

M. Louis-Eustache Chartier de Lothinière.

Mgr de Saint-Vailier.

Mgr de Saint-Vallier avait refusé de faire sonner les cloches à la mort du marquis de Vaudreuil, arrivée le 10 octobre 1725,

M. Etienue Boulard,

ha Le nel 10 —

Il ne s'agissait plus que des devoirs funèbres . Et ce fut sur ce point que l’esprit det ténèbres Daos les cœurs prévenus répandant le poison Y fit voir le scandale en habit de raison.

Par un jaloux orgueil la charité baunie Et de l’autorité l’injustice munie . Le chapitre à Boulard LE anis sa faveur | De tout l'enterrement veut décerner l’honneur. | |

L'archidiacre y prétend ; la question s'agite

Bientôt de toutes , on dispute, on s’irrite,

I! apporte pour lui la coutume et les lois,

L'air retentit au loin des accents de sa voix

Mais dans ses volontés le chapitre immobile Se rit de son courroux avec un air tranquille,

Et malgré ses clameurs imprime sur son front Par ce mt mépris un éternel affront. di" | À ce coup imprévu sa voix reste au passage, | Il va or: à il dit, mais sourds à ce os | Les chanoines contents se retirent chez eux |

Et le laissent en proie à son sort malheureux, . |

Sitôt que la douleur lui permet de se rendre | Au logis où déjà l’on se Îasse d’attendre, |

Où malgré tous les soins le souper refroidit, A l’odeur d’un ragoût son grand cœur se reidit,

Et sa vertu domptant sa mauvaise fortune,

Il calme tous ses maux excepté sa rancune,

Après un bon souper l’impatient sommeil

Qui travaille à son tour à le rendre vermcl

Dans un oubli profond vint plouger sa tristesse

Et changer tous ses maux dans une douce ivresse. Tout était calme alors et l’Eglise en repos

Se délassait ainsi de ses pieux travaux.

Cependant la discorde aux yeux creux, au teint blême, Au souffle envenimé, déplaisant à soi-même,

Sortant de chez Noian lasee d’un long séjour

Fac trouver l’archidiacre avant le point du jour

Et pour mieux déguiser sa difforme nature

D'un conseiller d’état elle prend la figure ;

Elle jette en passant ses yeux sur le Palais Q@),

Ce superbe édifire hérissé de ses traits

Que jamais on ne vit mépriser sa menace | Lui ports dans le cœur une nouvelle audace, | Elle vole et les vente allumant «on tison, Font pleuvoir de ses mains les feux et le poison Sur les communautés elle souffle sa rage.

Ses serpents détachés avancent son ouvrage,

... ® Palais de l’Intendant, (

nm dm ne rot

ÉRATR MONNAR LE D PRE UNAUES à AUS TEEN ÉD RUE D ARE 14 rer al FR : ROME ner te A op NA ASE ll SR RC RAS SA ON 4 à Aus PU Si |)

Tandis que poursuivant sa course dans les airs Elle va captiver l’Eglise dans ses fers.

Elle arrive et bientôt vient frapper à loreille Du chanoine endormi qu’en sursaut elle éveille : Quoi, tu dors, paresseux, lui dit-elle ; tu dors Tranquille à tant d’affronts qui sont autant de morts, Tu souffres que Boulard, de récente mémoire, De tout l’enterrement te ravisse la gloire.

Tu lui céderas donc et de ta di nité,

Lâche, tu soutiendras, si mal l’autorité !

Quoi, tu verras demain avec un cœur de glace Tes titres méprisés et Boulard à ta place

Ce rang mal soutenu répond-il donc au choix Du prélat dont la main t’y plaça dans six mois ? Lève-toi sans tarder, va présenter requête

Au Conseil Souverain et l’intendant en tête,

Au chapitre étonné fais voir des combattants, Fais-toi connaître enfin par des coups éclatants. Elle dit et sur lui répandant son haleine

Le dangereux poison glisse de veine en veine Qui bientôt faisant voir son prix par ses excès, Elle se retira certaine du succès.

Mais d’abord que l’aurore avec ses doigts de roses Ft do la nuit au jour fait la métamorphose, Qu’au retour du soleil POrient sitennil

Eut à l’autre hémisphère envoyé sa clarté

Plein du trouble qu’excite une sainte colère Même avant de n’en prendre on peut voir Lotbinière Bravant imprudenment la rigueur des climats Arriver au Palais tout couvert de frimas.

Faible, défiguré, chancelant, hors d’haleine, Autant saisi de froid que pénétré de peine,

I] se laisse en entrant tomber dans un fauteuil - Et paraît en tombant se choisir un cereneil,

À cet aspect funeste une vieille servante,

Qui toujours est debout avant que le coq chante, Par ses cris effrayante qu’enfante la terreur,

A toute la maison communique sa peur.

Laquais et marmilons an sommeil tous font trève Et l'Intendant (1) lui-même en désordre se lève, Passe dans l’antichambre où l’archidiacre assis Entre vivre et mourir paraissait indécis.

Et par un prompt secours d’un verre d’eau divine, Eau qui du corps humain réchauffe la machine

() Claude-Thomas Dupuy.

A gi LCR A Mau EL

M MORE MEN Sa us m ! | AA AT NN VE NM É : , LU TEU ANT 2

Que le souffrant ne prit que par dévotion, À ses membres An # il rendit l’action.

Puis dans un cabinet près d’un feu qu’on allume Le conduit doucement et l’asseoit sur la plume. Là, bientôt ses esprits reprennent leur vigueur, Sa langue se délie et de tout son malheur Il conte mot à mot la déplorable histoire, L’intendant qui l’écoute à peine ose l’en croire ; Son épouse en frémit ; cette chère moitié 4 Dont le cœur fut toujours nourri dans la pitié, Du droit de décider se croyant investie, Prend cent fois avant lui le chapitre à partie Et poussant plus avant l'esprit de charité Lui suggère un dessein sur le champ médité. ’ S'il est vrai qu'aux grands maux il faille de grands remèdes Et qu’à de prompts secours il n’est rien qui ne cède, T1 en faut à ceux-ci, lui dit-elle, appliquer Dont l’infaillibilité ne nous puisse manquer. Le covseil est à nous, mais sa conduite lente Ne nous servirait pas au gré de mon attente, Une cause douteuse y languit trop longtemps.

J’ai des chemins plus courts dont nous serons contents Puisque malgré vos droits, le chapitre s’obstine Et nous ravit l'honneur où le sang vous destine, Demain sans plus tarder, lorsque le jour cessant Aura fait du chemin retirer le passant, Que la nuit sur la ville aura jeté ses voiles, Vous irez tous les deux guidés par les étoiles, Et suivis seulement de deux ou trois reconts, De l’évêque défunt faire enlever le corps.

Vous en avez le droit, vous comme grand vicaire Et vous comme exécuteur testamentaire,. Tout vous sera facile, on vous ne voudrez pas. André (1) sans balancer marchera sur vos pas, Vous serez secondés par le père Lachasse (2) L'ouvrage sera fait avant qu’une heure passe Et par vos mains bientôt votre évêque enterré, Le chapitre à Boulard n’aura rien déféré Contents vous en serez et de votre victoire Partout la Renommée annoncera la gloire.” À ce noble dessein, l’archidiacre applaudit Par un tendre baiser, lintendant répondit, Et bénissant le Ciel qui lui montre la voie, Tout le reste du jour se passa dans la joie,

Lomme)

& André de Leigne, lieutenant général de la prévôté. ( Le R. P. Joseph de La Chasse, jésuite,

DES LUMIX [8 +8 LI :

me 18

Cependant l’heure vient qui doit les ape L'Hôpital est déjà prêt à les receler (1

Esclave, qui ne voit que par l'œil d’un Jésuite

Ce couvent abusé n’en prévoit pas la suite ;

Il leur ouvre son sein, 1l les reçoit chez lui,

Tout cède sans obstacle à la voix de Dupui,

Qui de chaque côté partageant son escorte,

L’engage par serment à bien garder la porte

Il entre avec André, l’archidiacre les suit :

Deux laqu&is, un bourreau, gens devant qui tout fuit Et tous d'in même esprit portés vers la chapelle Où prompt au rendez-vous Lachasse les attend,

À pas précipités notre troupeau se rend.

Là, chacun de son mieux faisant son personnage, Ou contrefait sa voix, ou change son visage.

L'aspect de leur prélat, étendu sur un ais,

Qu'ils ont vu tant de fois, glorieux sous le dais, Retrace à leur esprit une funeste image,

Des honneurs de la vie et de leur prompt passage L’archidiacre surtout semble se reprocher

Le forfait qu’il médite et n’ose en approcher ;

Mais l’enfant de Thémis qui le voit en balance

Lui répète trois fois qu’il est temps qu’il commence Et pour mettre la fin à ce triste opéra

Entonne sur le champ lui-même un libéra.

Lachasse lui répond et sa voix assurée

Fut malgré les reruords d’un chorus honorée,

Et la troupe faisant les devoirs du clergé

Donne quelqu’appareil d’un service abrégé

On vit nos trois héros.... Doucement je vous prie Muse, j'entends déjà le ‘lecteur qui s’écrie

Qu'on devrait à jamais cacher à l’avenir,

Un forfait que le cie! se réserve à punir.

Si vous êtes forcée 4 raconter le reste,

Craignez vous-même aussi quelque revers funeste, Ou bien défendez-vous de présenter aux yeux

Toat ce que ce récit peut avoir d’odieux..….,

€ Deux effrontés laquais ”—tuisez-vous ils sont hommes Et dans un pareil cas ils sont ce que nous sommes— Signalant à l’envi leur intrépidité,

A peine eurent-ils oui le libéra chanté,

Que prenant le prélat de leurs mains scandaleuses .…. Muse, encore une fois, il n’est d’âmes pieuses Qui ne tremblent d’horreur à ce récit nouveau

Le trainèrent en terre assistés d’un bourreau.

mceemnets

(1) L’Hôpital-Général de Québec.

METTENT NAS ER ARS LA OT Us : 3

AS TA OPA)

AE 7 te SECOND CHANT

Bientôt la Renommée à cent bouches ouvertes Euvoie par tout Québec des messagers alertes Secrètement gagés pour prévenir les cœurs, Annoncer fièrement la gloire des vainqueurs.

Le chapitre surpris en apprend la nouvelle Chaque communauté prend part à la querelle

Le conseil se divise et ceux-là sont Dupuy

Qui craignent son pouvoir ou cherchent son appuy. Les autres du chapitre en mains prendront la cause Mais on craint l’intendant et personne ne l’ose, Aux ordres de Boulard, hôpital se roidit ; Lachasse, ipso facto, tombe dans l’interdit.

Jamais dans des nonnains on ne vit tant d’audace. Cependant à ces maux les Récollets font face,

Les Jésuites douteux trament secrètement

Et le public enfin se met en mouvement,

Tout conspire à la guerre et chacun s’y prépare, Partout on prend parti, partout on se déclare,

On menace, on punit, mais la Religion

Couvre les intérêts de chaque faction

Tel qu’un feu qu’on agite en jette plus de flammes. Le zèle des dévots s’irrite dans leurs âmes L’archidiacre orgueilleux de son heureux succès Veut en dépit des lois faire crever l’abcès

Et du juste choix fait de Boulard pour vicaire Porte au conseil sa plainte et poursuit sa carrière : # Vous savez, leur dit-il, que de M. de Mornay (1) Coadjuteur absent, je suis vicaire né

Et vous ne donnez pas sans doute dans le piège De croire aveuglément la vacance du siège, L'absence du doyen me met dans tous ses droits, Au chapitre assemblé j’ai la première voix ;

Si pour m'en faire craindre il me manque une mitre Il faut s’en prendre au ciel qui seul en est l’arbitre Mais des biens de l’Eglise autorisé tuteur

J’en suis sans contredit le seul dépositaire

(1) Mgr Louis-François Duplessis de Mornay, troisième évêque de Québec.

(2) Il manque un vers dans le manuscrit.

merert li ; notant mp emnent arrete PER , NE TOR sh J ] Ÿ D %' U 7e HE MG PA ÿ re 4 sage sa HUE? Cat | j

VI V'AUUE 4

Page 1