‹ Les troubles de la mémoireChapitre 13 sur 58 · Cb. Féré, Les Épilepsics et les Épileptiques, p · texte numérisé non relu

Cb. Féré, Les Épilepsics et les Épileptiques, p

ment excitable et s'épiaisant vite qu'on la rencontre Nous nous trouvons ramenés par la clinique aux mômes conclusions que par la psychologie et la physiologie.

Il nous reste maintenant à examiner une dernière variété d'amnésie, Y amnésie antérograde. J'ai dit, dans le premier chapitre, qu'on devait en distinguer deux espèces tout à fait différentes : l'amnésie antérograde de reproduction et l'amnésie antérograde de conservation.

Voici en quoi consiste la première. Pour bien comprendre les choses, reprenons le schéma de l'amnésie rétrograde (fig. 28), où notre existence continue est représentée par la ligne XY, les impressions déterminées par les divers phénomènes successifs de cette existence par ABGD et par MOPQR, et notre état actuel par A'. Parmi ces phénomènes, il en est un, le phénomène M, qui est un traumatisme, physique ou moral : peu importe. Nous avons vu que l'on constatait pendant la période consciente, consécutive à cet événement, une am nésie porta nt non seulement sur lui, mais sur un certain nombre des phénomènes antérieurs à lui; qu'il y avait en somme amnésie rétrograde.

Eh bien, ce qu'on observe pour les phénomènes

Fig. 35.

antérieurs à M, on peut l'observer également pour un certain nombre de ceux qui lui sont postérieurs, soit par exemple OPQ. La synthèse P, qui représente le

sentiment de notre personnalité, sera donc composée comme l'indique le schéma suivant (fig. 35).

Cette amnésie antérograde de reproduction est en tous points comparable à l'amnésie rétrograde et l'on pourrait, à son sujet, répéter tout ce que nous avons dit de cette dernière, au point de vue de son mécanisme. En effet, les phénomènes consécutifs peuvent être compris dans le champ de l'amnésie, par suite de leur association intime avec le phénomène M. Mais je ne crois pas que ce soit là le cas le plus fréquent. En vertu de ce que nous avons dit de l'épuisement nerveux consécutif à une excitation physique ou morale intense, il est plus naturel d'admettre l'explication suivante. On sait, et tout le monde peut en faire la remarque sur soi-même, que lorsqu'on vient de recevoir un choc violent, surtout sur la tète, ou encore d'être en proie à une émotion considérable et subite, on reste comme étourdi et dans cet état que Trousseau a si heureusement appelé étonnement cérébral: Tant qu'on se trouve dans cet état, on n'a qu'une conscience très relative de ce qui m' passe autour de soi. 11 semble que les excitations ne font plus d'impression sur les centres nerveux, car elles ne déterminent aucune réaction. On est incapable dédire exactement ce qui vient de se passer et ce qui se passe actuellement ; on n'en continue pas moins à se livrer à tous les actes que commandent les circonstances, mais d'une façon automatique, sans s'en rendre un compte exact. Puis l'on •< revient à soi », comme l'on dit, et on essaie alors de reconstituer les événements qui viennent de s'accomplir. Si la commotion n'a pas été trop violente, elle n'est suivie que d'un état de demiinconscience, de subconscience, et le souvenir peut se rétablir. Mais, si elle ;i été liés forte, il en résulte un état

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d'épuisement nerveux qui rend impossible la fixation des impressions nouvelles, en môme temps qu'il empêche les centres où se sont imprimées les dernières images d'entrer dans un état d'activité suffisante pour les réveiller à l'état conscient.

Le plus souvent cet état d'inconscience ou de subcons'cience consécutif au choc M dure peu, et le sujet reprend le cours de sa vie consciente RA'. C'est alors seulement qu'il constate l'amnésie de la période DEFGMOPQ. L'amnésie portant sur OPQ est une amnésie antérograde par rapport à M, comme DEFG est rétrograde par rapport au môme événement.

Les observations montrent que l'amnésie rétrograde se manifeste dès après l'événement M, tandis que l'amnésie antérograde n'apparait qu'à partir de la nouvelle période consciente RA'.

Il est difficile, vu la courte durée de la période OPQ en général, de savoir si pendant cette période le sujet perd au fur et à mesure le souvenir des actes qu'il accomplit. En raison de l'origine volontaire apparente de ces actes, on ne constate l'automatisme qu'une fois que le sujet est redevenu conscient; on ne songe pas à l'interroger à cet égard. La chose mérite cependant d'être élucidée. Si, en effet, il synthétise ensemble les phénomènes de cette période OPQ subconsciente ou inconsciente, l'amnésie de cette période, quand la conscience réapparaît avec la phase RA', mérite bien le nom d'amnésie antérograde de reproduction. Si, au contraire, cette synthèse ne se fait pas, si les impressions des phénomènes OPQ se succèdent sans se relier entre elles dans une synthèse commune, l'amnésie antérograde ,n'est qu'une amnésie de conservation. Avant de nous prononcer, voyons d'abord ce qui se passe

lorsque la période subconsciente consécutive au phénomène M se prolonge sur une très longue période.

Voici, en effet, ce qu'on observe clans ces cas où l'amnésie antérograde joue le rôle prédominant et imprime aux manifestations morbides un cachet tout spécial.

Chez certains amnésiques de cette catégorie la durée de l'impression est quelquefois d'un fugacité extraordinaire, et l'oubli survient au bout d'une minute. Le sujet est, par suite, incapable de relier les événements les uns aux autres, tout en paraissant en avoir une conscience, analogue à celle du somnambule, au moment où ils se passent. Sa vie n'est plus qu'une succession de moments, d'impressions isolées. S'il est capable de synthétiser tous les éléments de chaque impression pour avoir conscience à chaque moment de sa personnalité actuelle, il est incapable de synthétiser à leur tour les images de ces impressions successives pour avoir la notion de sa personnalité passée. Toute sa vie se résume clans le moment actuel. Cependant, par certains procédés, comme l'hypnotisme, par exemple, on arrive h réveiller ces images et à en obtenir la synthèse. Cela démontre qu'en réalité ce qui amène l'amnésie dans l'état normal, c'est tout simplement la faiblesse des images qui, par suite de cette faiblesse, ne peuvent se synthétiser ensemble, restent, par conséquent, dans le domaine de l'inconscient ou du subconscient et semblent ain<i n'avoir pas laissé de traces.

L'explication psychologique est donc, en réalité, beaucoup plus simple que celle des autres variétés d'amnésie.

Le problème se résume à savoir d'où dépend cette faiblesse des images. Pas évidemment de l'excitation

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qui est toujours la même. Elle lient donc au sujet luimême. Or il nous semble qu'elle résulte de deux facteurs : 1° l'état physiologique, dynamique des cellules nerveuses et 2° l'état de l'attention.

En quoi consiste cet état dynamique des cellules? C'est ce qu'on ne saurait préciser et il faut se borner à en constater les conséquences. Si on peut admettre l'épuisement comme cause de l'amnésie antérograde lorsqu'elle est assez courte, cette pathogénie paraît peu vraisemblable pour les cas où elle se prolonge pendant des mois. Les troubles profonds qu'entraîne le shock nerveux paraissent liés à autre chose. Il y a plus que de l'épuisement. Il y a une perturbation complète dans le fonctionnement des éléments nerveux. L'épuisement est, d'ordinaire, en rapport avec l'excitation; et ici cela ne paraît pas être le cas. Toujours est-il que les éléments nerveux sont hors d'état de conserver les images qui viennent s'y imprimer et de les synthétiser en un phénomène conscient.

La faiblesse de l'attention est corrélative de ce même état dynamique, et, comme les deux phénomènes de l'impression et de l'attention sont de sens opposé (centripète et centrifuge), il en résulte que l'on doii admettre une sorte d'inhibition de la cellule au point de vue actif comme au point de vue passif ou réceptif. Son fonctionnement est altéré dans son ensemble. Il en résulte que non seulement les impressions ne laissent plus d'images vives et persistantes, mais que ces impressions ne sont pas renforcées par l'attention, comme cela se passe ordinairement, et que les images en sont d'autant plus faibles. Faiblement conscientes au moment, de l'impression, elles s'affaiblissent rapidement et passent dans l'inconscient. Ce n'est que sous

des influences spéciales qu'elles peuvent de nouveau se raviver et repasser momentanément dans le champ de la conscience.

Nous voyons, en résumé, que, dans ce que j'ai appelé l'amnésie antérograde de reproduction, on pouvait admettre que pour un certain nombre de cas au moins les images sur lesquelles portait l'amnésie pouvaient être synthétisées ensemble, quoique en dehors toutefois de la synthèse de notre personnalité consciente. Dans l'amnésie antérograde de conservation, au contraire, les images ne se synthétisent pas, par suite de l'état dynamique des cellules cérébrales, au moins quand on laisses le sujet livré à lui-même. Quand on renforce, en effet, ces images, — par l'hypnotisme, par exemple, — on peut déterminer leur synthèse. On se substitue d'ans ce cas à l'attention dont le sujet est incapable, et qui permettrait de relier entre elles les impressions successives de son existence.

Peut-être d'ailleurs ces deux variétés d'amnésie antérograde sont-elles de même ordre et ne constituentelles vraisemblablement que deux degrés différents d'un même état?

Quoique très ponté à le croire, nous préférons néanmoins conserver les dénominations que nous leur avons données, pour caractériser deux états, qui cliniquement sont très différents, et soulever en tout cas la question.

Arrivé au ternie de cette étude psychologique nous constatons que la plus petite part revient aux amnésies durs à des lésions destructives des centres nerveux (amnésies vraies et dysmnésies'). Ce sont cependant les seules amnésies véritables. Nous venons de voir, en effet, que toutes les affections désignées cliniquement sous le nom d'amnésies, — et auxquelles le trouble de la

mémoire imprime un caractère spécial qui attire immédiatement l'attention et domine toute leur histoire, -nesontpas en réalité des amnésies, puisque les images persistent toujours dans les éléments nerveux, et qu'il ne leur manque que la vivacité suffisante pour être conscientes ou la possibilité d'être synthétisées à l'étal de souvenir complet. L'amnésie n'est donc qu'apparente. Pour qu'il y ait amnésie vraie, il faut, au contraire, que les centres où sont emmagasinées les images soient détruits : les images ne peuvent disparaître qu'à cette condition; dans tous les autres cas elles sont plus ou moins affaiblies, d'une façon permanente ou passagère, mais non détruites irrémédiablement. Or, dans les cas où l'amnésie est liée à la destruction des éléments nerveux, ce n'est plus le trouble psychologique qui imprime à l'affection son cachet spécifique, c'est le trouble organique. C'est ce qui arrive pour l'aphasie, par exemple, et plus encore pour toutes les paralysies corticales, où le rôle des images n'intervient qu'à titre d'explication pathogénique des phénomènes, mais est secondaire au point de vue clinique. De sorte qu'on est amené à faire la constatation suivante, paradoxale en apparence : Toutes les affections cérébrales, dans lesquelles il y a de l'amnésie vraie, ont reçu des appellations spéciales ne rappelant en rien le rôle de l'amnésie dans leur physionomie et leurs symptômes; tandis que toutes les' affections où l'amnésie n'est qu'apparente, où les images ne sont pas détruites, mais seulement inconscientes, où il n'y a pas d'amnésie en réalité, mais un mode spécial delà mémoire, sont qualifiées d'amnésies.

Ce sont ces dernières seules dont nous nous occuperons, voulant rester sur le terrain clinique. Or, cliniquement, les amnésies vraies, comme l'aphasie qui esl la

iplus intéressante, forment un groupe d'affections ayant i chacune une histoire, une évolution, des caractères bien •spéciaux, et constituent des entités morbides bien séparées.

Il y a lieu, en outre, de distinguer dans ces affections Organiques, — ce qu'on ne fait guère, croyons-nous. — ce qui appartient à l'amnésie et ce qui ne lui appartient ipas. Si nous prenons pour type l'aphasie, nous voyons •en effet que, s'il y a amnésie pour le langage appris antérieurement à la destruction des centres cérébraux, on ne saurait dire qu'il y a amnésie pour les images des imots postérieurement à cette destruction. Bien qu'il y ait une image, il faut, en effet, qu'il y ait un centre i impressionné qui la conserve. Or, le centre étant détruit, i il ne saurait y avoir d'impression; donc pas d'image et i par conséquent pas de perte d'image, c'est-à-dire d'amnésie. L'impossibilité où se trouve l'aphasique de [ fixer de nouveau les images des mots est absolument comparable à l'amnésie antérograde — laquelle, nous l'avons vu, n'est qu'une amnésie apparente — avec cette différence toutefois que, dans l'amnésie antérograde, il y a fixation des images, insuffisante mais réelle, tandis que chez l'aphasique, la fixation n'est pas seulement insuffisante, mais nulle. La mémoire n'est pas perdue chez l'aphasique, elle ne se produit plus.

En résumé, ce qu'on étudie en clinique sous le nom d'amnésie, ce n'est pas la perte plus ou moins absolue de la mémoire, c'est la mémoire inconsciente. Pratiquei ment les deux choses se valent, car un souvenir inconscient et qui ne peut, par aucun moyen, redevenir con- • scient, ne vaut pas mieux qu'un souvenir détruit. Si nnus sommes obligé de faire la distinction au point de me physiologique, ce n'est pas seulement dans un but

purement philosophique ; la chose a son intérêt pratique* Car nous .en tirons immédiatement une conclusion capitale au point de vue du pronostic et du traitement, l'amnésie vraie étant incurable, tandis que l'amnésie apparente peut toujours être (nous ne disons pas : est toujours) curable, à quelque variété qu'elle appartienne.

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