‹ Les troubles de la mémoireChapitre 26 sur 58 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AMNÉSIES A DÉBUT BRUSQUE

Sommaire : Amnésies fonctionnelles. — Amnésie traumalique.

— Amnésie partielle. — Etude incomplète des cas anciens. — Variétés de l'amnésie traumalique. — Amnésie simple. — Amnésie rétrograde. — Amnésie antérograde. — Observations.

— Amnésie de reproduction. — Amnésie de conservation.

— Double amnésie antérograde. — Mode d'apparition. — Diagnostic : Épilepsie; paralysie générale. — Pronostic. — Amnésie simple, amnésie rétrograde, amnésie antérograde.

— Traitement. — Diagnostic psychologique. — Médecine légale. — Amnésie épileptique. — Accès, vertige, absence.

— Délire épileptique. — Diagnostic. — Pronostic. — Médecine légale. — Utilité de l'amnésie. — Dysmnésie. — Démence épileptique. — Alcoolisme. — Amnésie de l'ivresse. — Amnésie du délire. — Delirium Ircmcns. — Délire systématisé.

— Diagnostic. — Pronostic. — Traitement. — Médecine légale. — Simulation. — Chloroforme.— Éther. — Syncope, coma, congestion, apoplexie. — Strangulation — Submersion.

— Amnésie par choc moral. — Mécanisme. — Amnésie hystérique. — Amnésie simple. — Amnésie intellectuelle. — Actes et raisonnements. — Amnésie et mensonge. — Fréquence des états seconds. — États seconds atténués. — Dédoublement de la personnalité. — Mode de début. — Somnambulisme. — Attaque somnambulique. — Folie hystérique.

— Attaque hystérique. — Amnésie antérograde de conservation : observations — Amnésie rétrograde. — Combinaisons de l'amnésie. — Amnésie et personnalité. — Mécanisme. — Champ de l'hystérie. — Amnésie antérograde caractéristique. — Diagnostic. — Précaution dans l'examen. — Restauration de la mémoire. — Traitementhypnotique, psychique. — Médecine légale. — Responsabilité. — Accusations imaginaires.

— Amnésie de la chorée. — Mécanisme. — Conséquences pratiques. — Chorée chronique. — Amnésie puerpérale, et postéclamptique. — Médecine légale. — Traitement. — Amnésie

par oxyde de carbone. - Diagnostic. - Pronostic. - Mécanisme. - Médecine légale. - Fièvre typhoïde - Pronostic. - Épuisement nerveux. - Typhus, peste, fièvres éruplives, choléra, cardiopathies, rhumatisme, hemorrhagies, surmenage, inanition, froid et insolation. Appendice : Amnésie partielle. - Multiplicité des mémoires. - Aphasie et amnésie. - Amnésies partielles par suggestion.

Dans ce chapitre nous allons étudier des amnésies purement fonctionnelles, amnésies dites temporaires, mais cpii, comme nous l'avons expliqué plus haut, peuvent être transitoires ou permanentes, ces dernières pouvant cependant elles-mêmes disparaître momentanément sous certaines influences, ce qui suffit pour démontrer qu'elles ne sont pas réelles mais apparentes, qu'il n'y a pas destruction mais effacement des images.

Les considérations assez étendues, trop étendues peut-être même, auxquelles nous nous sommes livré à propos du mécanisme de l'amnésie, nous dispenseront d'y revenir ici autrement que pour indiquersommairement à quel mode appartient chaque variété.

Laissant donc de cùté le problème psychologique que soulèvent ces cas et qu'ils servent à résoudre, nous envisagerons tout spécialement l'aspect clinique, c'està-dire la valeur séméiologique de ces amnésies au triple point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement.

Nous avons affaire ici, non plus à de la dysmnésie, mais à de l'amnésie au sens vulgaire du mot.

Le type de ces amnésies à début brusque est l'amnésie traumatique, non seulement parce que l'amnésie s'y montre dégagée de toute complication, mais encore parce qu'elle peut présenter à elle seule les trois variétés qu'on distingue dans ces sortes d'amnésies temporaires,

TBOUBI, ES

à savoir : l'amnésie simple du fait, l'amnésie rétrograde et l'amnésie antérograde.

Il y a lieu de distinguer trois cas dans l' Amnésie trauî viatique : 1° le traumatisme a déterminé des lésions du crâne et de l'encéphale; 2° le traumatisme a porté sur le crâne sans y déterminer de lésion ; 3° le traumatisme a atteint une partie quelconque du corps autre que le crâne. Ces trois cas ne sont pas comparables entre eux au point de vue du mécanisme de l'amnésie.

1° Lorsque le traumatisme a causé des lésions du crâne, fracture simple ou fracture avec enfoncement, hémorrhagie produisant une' compression du cerveau, ou contusion et même dilacération du cerveau, il y a toujours perte de connaissance avec coma plus ou moins prolongé. Lorsque les lésions sont diffuses il n'y a pas seulement amnésie au réveil, il y a obnubilation de toutes les fonctions cérébrales. Ce n'est pas la mémoire plutôt que toute autre faculté qui est atteinte : tout sombre en môme temps. Ordinairement, du reste, le malade succombe à ces traumatismes crâniens, lorsqu'ils sont étendus, ou qui, lorsqu'ils sont restreints, entraînent fréquemment des complications méningitiques ou de phénomènes de compression cérébrale.

Si lalésion est localisée et que le malade guérisse, on peut observer à la suite des amnésies partielles, et en particulier l'aphasie. Mais, à côté de cette amnésie partielle dont le mécanisme est facile à comprendre, il existe des faits d'amnésie singuliers et difficiles à interpréter. Tels sont ces cas où des traumatismes cérébraux ont déterminé simplement l'amnésie des substantifs et des noms propres, ou des lieux, ou des figures, du calcul, ou de l'orthographe. Tel perd le souvenir d'une langue, tel autre de la musique. Il est dif-

DE LA MÉMO] K R

ficilc de comprendre comment un traumatisme, même localisé, peut déterminer de telles amnésies partielles. S'il est exact que la mémoire ait une localisation disséminée, tout souvenir quel qu'il soit semble comporter plusieurs images. Or ce sont elles qui sont disséminées et c'est leur association dynamique qui constitue le souvenir. Si ce sont les images qui sont localisées et non les souvenirs (comme le prouvent les diverses variétés d'aphasie, suivant que telle ou telle image du mot est détruite) on s'expliquerait la disparition d'une même série d'images (visuelles, auditives, etc.) de tous les souvenirs, mais non pas la disparition de tel souvenir particulier clans lequel entrent des images dont les centres sont très éloignés l'un de l'autre et n'ont pu être touchés en même temps par la lésion cérébrale.

Ces cas malheureusement sont rapportés d'une façon très incomplète. On a noté le phénomène le plus curieux, lequel n'est pas toujours le plus intéressant, et on manque de renseignements sur l'état complet des diverses autres mémoires. Il faut toujours se méfier des faits extraordinaires et exceptionnels, qui ne sont souvent que des faits mal observés. Il estbond'en tenir compte pour les examiner plus soigneusement à l'occasion, mais de ne pas trop en tirer de déductions qui risqueraient un jour de paraître aussi extraordinaires qu'eux.

Passons donc sur ces cas curieux en nous bornant à signaler les difficultés qu'ils soulèvent et portons notre attention sur ceux que l'on rencontre habituellement.

2° Lorsque le traumatisme a atteint le crâne sans déterminer de lésion cérébrale ni même quelquefois crânienne, on peut observer une variété d'amnésie quelconque, mais qui peut tenir, croyons-nous, à deux mécanismes différents. Si letraumatisme a été assez fort.

T l; OUEST. ES

on peut supposer qu'il a déterminé des phénomènes de commotion cérébrale qui s'accompagnent, on le sa il. • le troubles circulatoires. II y a donc là un état physiologique particulier du cerveau, une rupture de l'équilibre fonctionne] qui explique — touLe théorie psychologique mise à part — l'apparition de troubles psychiques. Si, au contraire, le traumatisme a été très léger, c'est vraisemblablement à l'émotion morale qu'il faut attribuer l'amnésie.

3° Elle survient dans cette occasion de la même façon que dans le troisième cas, où le traumatisme porte, cette fois, sur un point quelconque ducorps autre que le crâne. On ne peut guère s'expliquer le trouble psychique qui survient alors que par l'émotion violente causée par la brusquerie du choc, soit qu'on l'ait prévu et qu'on se le soit exagéré comme on a toujours tendance à le faire, soit qu'on ne l'ait pas prévu et qu'il rompe brusquement la série d'idées et d'actes au milieu de laquelle on se trouve. Ce n'est plus alors à de l'amnésie à proprement parler traumatique qu'on a affaire, mais à de l'amnésie par choc moral. Le mécanisme psychologique est, d'ailleurs, ainsi que nous l'avons vu, identique dans les deux cas.

Ces quelques considérations restreignent singulièrement le champ de l'amnésie traumatique, puisque dans la majorité des cas, — et ce sont précisément ceux-là qui ont été étudiés comme amnésies traumatiques pures, — le traumatisme ne joue qu'un rôle accessoire et que le rôle principal, quelquefois même le seul, est celui de l'émotion morale qui accompagne le traumatisme.

L'amnésie traumatique peut, avons-nous dit, revêtir toutes les formes connues, de toutes les manières possibles. Tout d'abord c'est de Yamnésie simple, portant

-sur le fait lui-même qui la produit, mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. Le plus souvent l'amnésie s'étend, -soit en arrière (amnésie rétrograde), suit en avant (amnésie antérograde). Enfin, dans certains cas, cette amnésie antérograde ne porte pas seulement sur une période de temps plus ou moins longue postérieure à l'accident, mais elle se complique d'une incapacité absolue à fixer de nouvelles images (amnésie antérograde de conservation).

L'amnésie peut ne porter que sur l'accident lui-même. C'est ce qui arrive par exemple lorsqu'un individu perd connaissance au moment du choc. — Au réveil, il n'a aucune conscience de ce qui lui est arrivé et se rappelle -seulement les circonstances dans lesquelles il se trouvait au moment où l'accident est survenu. Trousseau expliquait cette amnésie de l'accident lui-même par l'état de stupeur immédiate qu'il a désignée du nom i d'étonnement cérébral. Si pittoresque que soit L' expression, ce n'est pas une explication.

Nous avons vu plus haut comment on pouvait l'inter- I prêter psychologiquement. Dans ces cas on a affaire à ide Y amnésie simple.

Mais le phénomène le plus curieux et le plus caractéristique de l'amnésie traumatique, c'est le fait qu'elle s'étend sur les souvenirs antérieurs à l'accident luiimème. C'est ce qu'on a désigné sous le nom A' amnésie rétrograde, laquelle accompagne presque toujours l'amnésie simple du traumatisme. Nous n'insisterons pas davantage sur son mécanisme psychologique que ; nous avons assez longuement étudié plus haut.

L'étendue de la période antérieure dont le souvenir est perdu est très variable. Tantôt l'amnésie ne porte que sur les circonstances immédiatement liées à facci-

TROUBL E S

dent. Tel est le cas d'un jeune homme qui, dans un accident de chemin de fer, perd connaissance pendant vingt minutes. En revenant à lui, il ne se rappelle rien de ce qui s'est passé et ignore même être monté en wagon '.

Ou bien l'amnésie est plus étendue en arrière el conj prend plusieurs jours : Un jeune mineur atteint de fracture de la voûte du crâne reste plusieurs jouis sans connaissance. L'accident a eu lieu un lundi. Au réveil, il n'a aucun souvenir du dimanche ni du samedi, mais se souvient très bien de l'emploi de la journée du vendredi 2.

Enfin l'amnésie peut porter sur une étendue beaucoup plus considérable et embrasser en quelque sorte toutes les connaissances acquises depuis l'enfance. Tel est le cas d'un clergyman qui, à la suite d'une commotion causée par une chute, resta plusieurs jours inconscient. Revenu à lui, il était dans l'état d'un enfant intelligent, et, quoique d'un âge mûr, il dut recommencer ses études classiques. La mémoire revint graduellement au bout de quelques mois, et il recouvra en quelques semaines sa vigueur et sa culture intellectuelles anciennes 3.

Au lieu que ce soit les souvenirs antérieurs à l'accident qui se trouvent perdus, ce peut être les souvenirs postérieurs, celui de l'accident faisant, bien entendu, toujours défaut. En voici un exemple4.

M. M., officier de cavalerie, est au manège; comme il

4. J. Bell, On a fofm of loss ofmemofy occasionally following cr«nifd injuries. (Edimb. Med. Joum., 4883.)

Page 1