‹ Les troubles de la mémoireChapitre 29 sur 58 · Ribot, Rev. philosophique · texte numérisé non relu

Ribot, Rev. philosophique

TROUBIi lis

parole est libre, et il ne seplainl que de confusion dans la tête. II. a oublié sa chute et tout ce qui s'est passé avant sa leçon de manège; les ordres qu'il a donnés, les personnes qu'il a vues, etc. Chaque l'ois qu'on lui parle, il croit toujours voir son interlocuteur pour la première fois. En un mot rien n'existe pour lui que l'action dit moment. Le lendemain, après un sommeil tranquille, la mémoire lui revient pour des faits antérieurs; mais la journée de la veille continue à ne pas exister pour lui. Enfin petit à petit, la mémoire de cette journée se reconstitue, en commençant par les faits les plus éloignés. Ce sujet avait donc de l'amnésie rétrograde, de l'amnésie antérograde de reproduction portant sur une période d'automatisme, pendant laquelle il a présenté de l'amnésie antérograde de conservation.

Il serait oiseux de rapporter ici plus d'observations, même résumées comme celles-ci, qui suffisent à donner une idée des divers types que nous avons en vue. Étudions maintenant les conditions dans lesquelles se présente cliniquement l'amnésie traumatique.

Quelle qu'en soit la forme, c'est ordinairement immédiatement après le traumatisme qu'on la constate. La plupart du temps, du reste, c'est au réveil d'une syncope ou d'un étourdissement, ou d'un état comateux.

Au sortir de ces états, on remarque un état mental un peu particulier. Les malades ont l'air étonné de se trouver où ils sont. Le souvenir de leur accident leur faisant défaut, ils ne comprennent pas, en effet, par suite de quelles circonstances ils sont dans la situation où ils se trouvent. Leur regard est vague, interrogateur. Leur parole est lente, bien que le langage soit correct dans la forme. Ils semblent préoccupés continuellement

de savoir pourquoi on leur adresse la parole el s'éton- Qenl des questions auxquelles ils sont incapables de répondre, ces quesl ions se rapportant à une série de faits dont ils n'ont aucune connaissance; ils sont en même temps surpris îles I roubles qu'ils constatent dans leur esprit. Ils ont en somme une sorte d'obtusion intellectuelle, d'état subconscient analogue à celui des épileptiques au sortir de leurs accès.

Cet état, qui disparaît assez vite dans les formes où il n'y a pas d'amnésie antérograde de conservation, peut en imposer au premier abord, tant cette ressemblance est frappante, pour de l'amnésie épileptique. Le diagnostic même peut rester en suspens en dehoi^s des commémorati fs, ou si l'on a affaire à un premier accès de mal comital resté jusqu'alors latent. En effet, l'épileptique qui tombe et se blesse présente également de l'amnésie, et on pourrait faire l'erreur delà mettre sur le compte du traumatisme. Mais l'erreur inverse est plus fréquente. Il faut donc se mettre en garde contre elle, car elle pourrait avoir des conséquences préjudiciables au sujet. Ce n'est pas impunément, en effet, tant au point de vue moral qu'au point de vue thérapeutique, qu'on fait craindre à un individu qu'il soit épileptique, et qu'on le traite en conséquence. L'erreur peut se commettre, soit lorsqu'on est appelé près d'un traumatisé amnésique peu après son accident, soit lorsque le sujet n'est frappé que d'amnésie simple, qui est celle qu'on rencontre dans l'épilepsie.

Il est donc indispensable de s'enquérir exactement des circonstances dans lesquelles l'accident s'est produit, s'il y a eu choc externe, ou si, au contraire, la chute s'est faite spontanément et pourquoi elle s'est faite. Il faut remonter dans les antécédents du sujet, et l'obser-

ver pendant assez longtemps avant de se prononcer et d'instituer un traitement qui pourrait être non seulement inutile, mais nuisible.

Il est encore une autre circonstance où une erreur peut être commise : c'est le cas où un traumatisme survient chez un paralytique général non encore reconnu. On peut mettre alors l'amnésie qu'on constate sur le compte du traumatisme, alors qu'elle est symptomatique de la paralysie générale. L'erreur est cependant plus difficile à commettre, d'abord parce que c'est une coïncidence assez rare, et surtout parce que l'amnésie de la paralysie générale a tous les caractères d'une dysmnésie et non d'une amnésie.

Les deux choses peuvent cependant se surajouter et une amnésie traumatique vraie peut survenir chez un paralytique général. Des cas en ont été cités. C'est aux caractères psychologiques qu'il faut s'adresser alors pour distinguer ces deux amnésies et rapporter à chacune d'elles ce qui lui revient.

Ces faits sont fort intéressants au point de vue du mécanisme et des différences psychologiques des amnésies.

Nous en dirons autant de l'amnésie traumatique qui peut survenir chez un alcoolique.

Mais, le plus souvent, on n'est pas appelé à examiner l'amnésique dès le début. Ce n'est que plus tard qu'on apprend ce qui est arrivé par les renseignements indirects de l'entourage. Ce qu'on nous demande surtout alors, c'est de nous prononcer sur la possibilité du retour de la mémoire. Mais, à cet égard, le pronostic est différent suivant les formes d'amnésie auxquelles onaaffaire.

Lorsque c'est de l'amnésie simple de l'accident, c'est plutôt pour satisfaire la curiosité du sujet qu'on peut

DE I.A MÉMOIRE

a.y0ir à donner son avis. Le malade, n'étant pas incommodé de cette lacune dans ses souvenirs, se contente parfaitement des détails qu'on lui a donnés sur ce qui lui est arrivé, et le souvenir de ce qu'on lui a raconté se substitue au souvenir du fait lui-même. Le plus souvent, en réalité, cette amnésie est permanente.

Lorsqu'il y a de l'amnésie rétrograde, et qu'elle porte surtout sur une assez grande étendue de souvenirs, le cmalade peut avoir, au contraire, intérêt à savoir s'il recouvrera quelque jour sa mémoire complète. D'après Iles observations des auteurs, la curabilite est très variable Dans certains cas, l'amnésie rétrograde est permanente. Mais le plus souvent elle disparait plus ou moins irapidemeut, soit spontanément, soit sous l'influence du (traitement psychique que nous étudierons plus tard.

La terminaison peut en être brusque ou lente. Quand elle est brusque, c'est souvent à la suite d'un sommeil \ profond que la mémoire réapparaît. Lorsqu'elle est d ès étendue et nécessite une véritable rééducation, il est à remarquer que cette rééducation se fait très rapidement. Les souvenirs n'étant pas détruits en réalité, imais simplement inconscients, on conçoit, en effet, qu'ils deviennent facilement conscients, puisqu'ils n'ont qu'à (être renforcés.

L'amnésie antérograde de reproduction, portant sur une période de faits postérieurs au traumatisme et bien d él i m i tée , es t également assez curable, m ai s non touj ours . Ellea, du reste, moins d'importance que l'amnésie rétrograde, car, contrairement à celle-ci, elle ne porte guère que sur une période très limitée, et sur les faits immédiatement liés à l'accident. Alors même qu'elle persiste, la lacune n'est donc pas assez considérable pour gêner le sujet qui la présente.

Il n'en est pas de même de l'amnésie antérograde de conservation. Quand celle-ci est isolée, elle ne paraît pas cependant durer très longtemps, et disparaît ordinairement à la suite d'un sommeil réparateur.

Mais c'est le cas le plus rare, et généralement elle s'accompagne d'amnésie rétrograde. Elle est étendue alors à une période de temps beaucoup plus longue et indéterminée. Elle peut durer bien davantage et on ne peut pas en prévoir le terme. Toutefois elle est curable, soit spontanément, soit le plus souvent sous l'influence du traitement psychique. Mais si la mémoire redevient possible, ce n'est pas à dire que l'amnésie ne subsiste pas, et de faittoutela période pendant laquelle cette incapacité de la mémoire a persisté reste le plus souvent dans l'oubli ; on reconstitue la mémoire, on ne réveille pas complètement les souvenirs qui avaient disparu. Ces cas sont, en réalité, assez rares entant que d'origine traumatique, et paraissent surtout se montrer sur un terrain hystérique, ainsi que nous le verrons bientôt. Le mécanisme psychologique est, du reste, identique dans les deux cas, mais l'hystérie en favorise certainement sinon l'éclosion, du moins la persistance. Lorsque l'amnésie est essentiellement traumatique, on peut ordinairement porter un pronostic assez favorable, sans pouvoir se prononcer, d'ailleurs, sur la durée que mettra la mémoire à se restaurer, et sur la perfection de cette restauration.

En résumé, on peut dire que le pronostic de l'amnésie traumatique n'est pas grave en général. Ou elle est très peu étendue et persiste sans inconvénient, par suite des renseignements fournis au malade et qui suffisent à combler la lacune, ou bien elle est très étendue en avant et en arrière et devient alors fort gênante dans

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