Op. cit
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qui peut survenir à la suite d'une commotion morale vive. Ils nous serviront d'introduction.
Tout le monde a pu observer sur soi-même que, sous l'influence de la colère ou de la terreur, on dit ou fait des choses dont on ne conserve pas le souvenir. Ordinairement l'amnésie ne porte que sur quelques point-. .Mais il peut arriver qu'elle soit complète, comme dans le cas suivant cité par M. Rouillard dans sa thèse.
M. X..., étudiant en droit, d'un caractère emporté, n'ayant pas commis d'excès, pas alcoolique, pas épileptique, voit clans un bal public sa femme insultée par un quidam. 11 se met dans une violente colère et donne une vigoureuse gifle à l'insulteur. il est porté au dehors par le garde municipal, malgré sa résistance, et déposé an pied de la statue du maréchal Ney. Il rentre chez lui, rue Saint-Etienne-du-Mont. C'est là seulement, dans sa chamhre, que la conscience lui revient. Il se rappelle la scène du bal jusqu'à la gifle, mais ne se souvient de rien à partir de ce moment et se demande comment il est rentré chez lui. Il apprit le lendemain le détail des événements, mais il n'en a jamais retrouvé le souvenir. Depuis 20 ans il n'a jamais présenté de nouvelle amnésie semblable.
On a comparé cette amnésie à l'amnésie traumatique, l'émotion jouant le rôle d'un traumatisme moral. Elle s'explique assez facilement. On sait, en effet, que dans les états émotionnels intenses on n'a qu'une conscience vague de ce qui se passe et qu'on n'apprécie pas à leur valeur réelle les différents phénomènes qui se déroulent autour de soi. Lorsqu'on revient à soi, on manque donc de points de repère pour préciser son souvenir. Première raison de trouble de la mémoire. De plus, l'émotion est un phénomène qui ne va pas sans des modili-
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cations plus ou moins considérables de la circulation encéphalique, congestion comme dans la colère, ou anémie comme dans la terreur. Or ces troubles, lorsqu'ils sont intenses, amènent également l'affaiblissement de la perception consciente pendant qu'ils existent. Toutes les perceptions acquises pendant cette période seront donc au moins subconscientes. Deuxième raison de l'amnésie, puisque nous avons vu qu'elle était en rapport avec la diminution de l'intensité de l'image.
Le plus souvent, l'amnésie s'arrête au premier degré et il n'y a que paramnésie. Mais l'exemple du Dr Rouillard montre qu'elle peut être complète.
De plus, au lieu d'être temporaire et permanente comme dans ce dernier cas, elle peut être beaucoup plus étendue et guérir. Témoin le cas suivant, rapporté par M. Limier 1 .
Mme L..., 47 ans, cultivatrice. Frayeur vive causée par un combat à quelques pas de sa demeure. Affaiblissement considérable de la mémoire, ne répond que difficilement aux questions les plus simples, ne peut dire ni son nom. ni le mois de l'année où nous sommes, ne sait pas combien elle a d'enfants. Internée à l'asile du Mans. Sortie guérie le "2iï février 1871.
Ilseraitindispensable.dans ces cas, d'avoir unexamen plus approfondi de l'état physique et mental des malades pour se prononcer sur la nature exacte de l'amnésie et sur la valeur de l'émotion clans sa production; tous ces cas se rapprochent de l'amnésie de nature hystérique.
Toutes les amnésies que nous venons d'examiner en dernier lieu ne prêtenl guère à des considérations dia-
1. Lunier, De l'influence des grandes commotions politiques et sociales sur le développement îles maladies mentales, 1874.
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gnostiques, pronostiques, Ihénipeu tiques ou médicolégales. Outre qu'elles ne sont pas communes, elles son! mal classées et rentrent tantôt dans une catégorie, tantôt dans une autre. Il n'y a donc pas lieu d'y insister, autrement que pour en faire connaître l'existence et attirer l'attention sur les points qui permettaient rie les mieux classer.
On peut observer dans Y hystérie toutes les variétés possibles d'amnésie : l'amnésie simple, l'amnésie rétrograde, l'amnésie antérograde et enfin l'amnésie périodique que nous rencontrons pour la première fois. Mais, de même que l'amnésie simple et l'amnésie rétrograde sont plus spécialement l'apanage du traumatisme, l'amnésie antérograde de conservation etl'amnésiepériodique, cette dernière surtout, sont celui de l'hystérie. En outre, c'est dans l'hystérie qu'on rencontre tous ces phénomènes de perte partielle de la mémoire organique qui sont si caractéristiques.
L'amnésie simple est un des phénomènes les plus communs mais qui passe en même temps le plus facilement inaperçu dons l'hystérie. II est cependant facile d'en comprendre la fréquence en se reportant au mécanisme de l'amnésie. Notre rôle n'est pas d'étudier ici le mécanisme psychologique des troubles hystériques qui a été remarquablement exposé par M. Pierre Janet dans son livre sur l'automatisme psychologique. Il a montré comment les anesthésies systématisées, les paralysies, les contractures, les dédoublements de personnalité s'expliquaient par des défauts de synthèse des perceptions, tant extérieures qu'organiques, et par l'automatisme qui en était la conséquence. Or, nous avonsvuquel'amnésiedans ses différentes formesn'était
qu'un défaut de synthèse des images passées constituant les souvenirs, défaut qui n'entraînait pas seulement des troubles de la personnalité actuelle, mais surtout de la personnalité passée.
Nous laisserons de côté pour le moment la question du rôle de l'amnésie dans les troubles de la sensibilité et de la motilité (troubles de la mémoire organique) clans l'hystérie, pour nous occuper spécialement de l'amnésie intellectuelle.
Celle-ci est des plus fréquentes et il suffit de la rechercher pour la trouver. Elle explique bien des bizarreries clans le caractère et les actes des hystériques, en particulier leurs fréquentes contradictions et leurs mensonges.
La distraction, par laquelle M. Pierre Janet explique la production d'un grand nombre de phénomènes passagers de l'hystérie, n'est autre chose qu'un défaut de synthèse momentané, tandis que clans l'anesthésie systématisée ou la paralysie, par exemple, ilest permanent. Cet auteur a bien montré que des perceptions qui ne paraissaient pas être enregistrées l'étaient néanmoins, mais d'une manière inconsciente, ce dont on peut s'assurer par diverses expériences sur lesquelles je ne veux pas m'étendre ici. Il nous suffit de savoir que, chez les hystériques, il se produit fréquemment des distractions qui entraînent la subconscience ou l'inconscience des perceptions.
Eh bien, ce qui peut se produire dans le domaine de la sensibilité et de la motilité peut se rencontrer également clans le domaine des idées et des souvenirs. De même qu'un phénomène détermine des perceptions d'ordres divers, tactiles, visuelles, auditives, etc., de même une conception, un raisonnement, un jugement
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comprennent un nombre plus ou moins grand d'idées el d'expériences antérieures associées. Si un des éléments composants vient à manquer, ces actes psychiques seront défectueux. Or, c'est ce qui arrive souvent chez les hystériques. Ils sont incapables de synthétiser ces idées et ces expériences antérieures — qui existent à l'état d'images dans le cerveau, c'est-à-dire de souvenirs.
Un des éléments absorbe leur attention aux dépens des autres et ce n'est pas toujours, il s'en faut, le plus important. Ce qu'ils voient, c'est le résultat le plus prochain; et cela se conçoit, car pour prévoir les effets éloignés d'une détermination ou d'un acte, il faut comparer un bien plus grand nombre d'expériences que pour les résultats immédiats. Aussi les hystériques agissent-ils le plus souvent sous l'impression du moment, d'une façon réflexe en quelque sorte, et, lorsqu'ils désirent une chose, ils veulent être satisfaits immédiatement. Lorsque satisfaction leur est donnée, ils passent forcément à autre chose et ainsi de suite. Aussi agissentils fréquemment contre leur intérêt, qui serait souvent de faire d'abord un sacrifice à leurs tendances pour atteindre un but plus avantageux ultérieurement. Or cette défectuosité du raisonnement, du jugement, des conceptions tient à ce qu'une partie de leurs expériences passées leur échappe.
D'autre part, dans des circonstances analogues, ils agiront d'une façon toute différente, parce que cette fois le résultat immédiat à obtenir sera conforme au résultat définitif. Ils paraîtront donc continuellement en contradiction avec eux-mêmes dans leurs actes et dans leurs idées, tout simplement parce que, dans les différents cas, la distraction portera tantôt sur une partie, tantôt sur une autre de leurs associations d'idées.
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Us ont en somme une amnésie (ou un défaut de synthèse), momentanée et circonscrite à un groupe d'images qui entrent dans la constitution de leur acte psychique définitif, lequel se trouve ainsi incomplet.
Ce qui se produit dans leurs actes et leurs déterminalions se produit également, dans leurs souvenirs. Ils oublient fréquemment ce qu'ils ont fait ou dit, alors même qu'ils auraient tout intérêt à se le rappeler. I Lorsqu'ils nient dans ces circonstances, on ne manque ipas alors de les accuser de mensonge. Ils ne mentent pas cependant : ils oublient ce qui est.
Que ce défaut de synthèse, au lieu de porter sur certains souvenirs isolés, porte au contraire sur une longue période, nous aurons affaire à un état second, dans lequel on ne songera nullement à les taxer de menteurs, parce qu'ils ne se souviennent pas de leur état prime. En réalité les deux phénomènes sont absolument identiques, et la différence dans les deux cas me porte que sur l'étendue de l'amnésie. Pourquoi dire i mensonge dans un cas et oubli dans l'autre?
Or ces états seconds limités à de très courtes périodes •sont extrêmement fréquents dans l'hystérie et expliquent bien des troubles du caractère. Nous avons vu plus lhaut que le dédoublement de la personnalité, qui constitue l'état second, se produisait par le même mécanisme que l'amnésie, et n'était autre chose en réalité qu'une amnésie systématisée. Dans ces cas, tout ce qui est automatique secondaire n'est pas ou est peu modifié, et la différence ne résulte que de la lacune qui existe dans les souvenirs conscients. Or, il arrive très fréquemment qu'on voit tout à coup une hystérique changer d'allures, agir d'une façon automatique évidente clans tous les actes ordinaires de la vie qu'elle continue à accom-
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plir convenablement, devenir en même temps Irascible, plus sombre ou, au contraire, plus excitée, présenter en un mot des changements dans l'aspect général qui font dire à l'entourage : « Nous ne savons ce qu'elle a depuis tel joui-, elle est toute changée; » Puis un beau jour, à la suite d'une crise, ou d'une impression vive quelconque, elle change de nouveau de caractère et d'allures et revient à son état habituel. On met tout cela sur le compte d'une contrariété, d'une bouderie, du mauvais caractère, et on ne va pas plus loin. Mais, si on cherche au delà, on constate presque toujours que le sujet ne se rappelle plus certaines choses qu'il a dites ou faites pendant cet état, qu'il les réprouve comme en étant incapable, qu'il les regrette souvent à cause des inconvénients qui peuvent en résulter pour lui. Bref, il a une amnésie souvent très prononcée de cette période. C'est un véritable état second atténué, dans lequel l'amnésie n'est pas aussi totale, aussi complète que dans les grands états seconds décrits sous le nom de dédoublement de la personnalité. Ils en diffèrent aussi par un caractère intéressant, l'absence de périodicité. Mais ce n'est encore là qu'une question de degré, car on sait quelle est la tendance à la périodicité qu'affectent les phénomènes hystériques passagers. Or ces états seconds atténués sont fréquemment des équivalents psychiques d'attaques, et qui peuvent comme elles se montrer périodiquement ou, au contraire, apparaître sous l'influence d'une émotion ou de toute autre cause déterminante accidentelle.
Nous retrouvons ici l'émotion, le trouble moral comme cause d'amnésie. Et si nous nous rappelons les doutes que nous avons formulés à propos de l'amnésie par traumatisme moral en dehors de l'hystérie, nous
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voyons qu'ils se confirment. Ils le feront davantage
encore plus loin.
Les troubles périodiques du caractère des hystériques doivent donc, selon moi, être considérés comme des états seconds atténués, lesquels ne sont autre chose que des amnésies moins systématisées que celle dont nous allons maintenant parler.
Il s'agit, en effet, maintenant de ces faits connus ■ sous le nom de double conscience, de dédoublement de lia personnalité, ou encore de vigilambulisme, et dont I la fameuse Felida X. de M. le Dr Azam 1 est un type .classique. Le D* Dufay 2, Macnish 3, en ont rapporté i d'autres exemples. Le D1' Jules Voisin 4 a cité un cas remarquable, déjà rapporté par M. Camuset 5 et par. MM. Bourru et Burot, où il y avait trois personnalités i différentes, chacune avec amnésie complète de toutes les autres. M. Proust6 en a signalé un nouveau cas.
Je n'ai pas l'intention de rapporter ici ces observations, même résumées. Elles sont, d'ailleurs, dans tous les recueils et trop connues aujourd'hui pour les rappeler encore. Ces cas se résument, d'ailleurs, à ceci cpie le sujet passe alternativement de son état normal, état prime, clans un second état, état ou condition seconds.
Au point de vue de l'amnésie, deux cas peuvent se présenter. Tantôt les deux personnalités sont absolument distinctes : le sujet second a une amnésie
1. Azam, Ann. méd. psychol., 1876. — Rev. scientifique, 187G.
-1. Dufay, Rev. scientifique, 1876.