‹ Les troubles de la mémoireChapitre 32 sur 58 · U E L A M É MO IE E · texte numérisé non relu

U E L A M É MO IE E

spéciaux de l'amnésie elle-même. Hors le cas d'intervention judiciaire, les médecins n'ont jamais à se prononcer sur elle. Le diagnostic en est fait quand on a fait celui de l'alcoolisme.

Nous avons vu plus haut le diagnostic de l'amnésie de l'alcoolisme chronique qui, elle, a heaucoup plus d'importance, lorsqu'un ivrogne qui subit un traumatisme présente de l'amnésie. Est-ce de l'amnésie traumatique, est-ce de l'amnésie alcoolique? Le cas est le même que pour l'épileptique, et nous avons suffisamment signalé cette question à ce propos-là pour n'y pas revenir ici.

Le pronostic de l'amnésie alcoolique n'est pas grave. Ou l'amnésie n'a pas d'importance puisqu'elle ne porte que sur des faits dont le souvenir ne pourrait être que pénible, ou elle disparaît avec l'abstinence. Comme pour l'épilepsie, on pourrait dire aussi que c'est plutôt le souvenir — incomplet d'ailleurs et sous forme paramnésique — quia des inconvénients. Il peut en effet arriverqu'un sujet, se rappelant vaguement avoir commis un acte répréhensible dont il ne peut contrôler la fausseté, agisse, dans son doute, d'une façon contraire à ses désirs, ou que, d'autre part, ayant commis cet acte et s'en souvenant, on ne l'en rende responsable sous prétexte qu'il a dû être conscient et avoir été commis avant l'ivresse complète.

Dans le delirium tremens, la persistance de l'amnésie après guérison complète doit faire craindre des lésions organiques du cerveau, et comporte, par conséquent, un pronostic réservé pour l'avenir, surtout en cas de rechute. Lorsqu'enfin il est survenu pendant un accès épileptiforme une hémiplégie droite avec aphasie, le

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pronostic n'est pas différent de celui de l'aphasie ellemême par lésion organique.

L'amnésie alcoolique ne comporte aucun traitement particulier. C'est le traitement de la cause, de l'alcoolisme, qui est tout.

Il ne nous reste plus qu'à ajouter quelques considérations médico-légales. Les alcooliques commettent fréquemment des actes délictueux ou criminels, soit pendant l'ivresse, soit sous l'influence du délire. Nous venons de voir que, suivant les cas, le malade conserve ou non le souvenir de son acte. Lorsqu'il l'a commis pendant le délire, la constatation est facile, car celui-ci ne cesse pas du jour au lendemain, et, alors même qu'au sortir de son délire il présenterait le souvenir de ce qui s'y est passé, l'existence même de ce délire, sous une forme quelconque, suffit pour se prononcer. Il ne reste que la question des mesures à prendre, pour lesquelles la connaissance de l'amnésie n'est d'aucun poids. C'est donc exclusivement pour les fautes commises pendant l'ivresse que la notion d'amnésie peut intervenir.

La première question qui se pose en face de tout symptôme négatif, comme l'amnésie, c'est la simulation. Nous avons déjà vu comment procèdent ordinairement les amnésiques simulateurs. N'y revenons pas. Disons seulement que souvent les criminels ne simulent pas seulement l'amnésie, mais l'ivresse elle-même.

Au point de vue de la responsabilité civile, quoique nous ayons montré que l'oubli est en raison directe de l'état de la conscience au moment de l'accomplissement de l'acte, il ne saurait en résulter que, sous prétexte

qu'un ivrogne délinquant ou criminel a de l'amnésie complète, il doive être acquitté. C'est surtout sur les circonstances dans lesquelles l'ivresse s'est produite qu'il faut se baser. Or on conçoit que le jugement doive être très différent, suivant que l'ivresse a été purement accidentelle, ou qu'elle est habituelle, qu'elle est impulsive (alcoolisme héréditaire, dipsomanie) ou enfin, ce i qui arrive souvent, qu'elle a été recherchée dans le but exprès d'accomplir l'acte criminel pour lequel le couirage manquait, sans cette excitation artificielle. Il nous •suffit ici de signaler ces points de vue divers auxquels doit se placer le médecin légiste pour éclairer le jury.

Le chloroforme détermine une ivresse composée de deux périodes : excitation et dépression avec anes- Ithésie profonde. Cette ivresse chloroformique, tout à l fait analogue à l'ivresse alcoolique, laisse comme elle . à sa suite une amnésie complète, de même que l'hypermnésie du début est la même dans les deux cas. Seulement l'invasion se fait beaucoup plus rapidement, à moins que la volonté n'intervienne pour résister contre l'influence toxique, comme il advient du reste pour toutes les intoxications aiguës.

L'éther détermine une ivresse analogue, et une amnésie consécutive en est la conséquence. De plus, l'intoxication peut être chronique, le sujet devenant éthéromane, et alors des troubles intellectuels et de mémoire semblables à ceux de l'alcoolisme chronique ou de la morphinomanie font leur apparition. C'est alors de la dysmnésie.

Au point de vue de l'amnésie, les ivresses chloroformique et éthérée n'ont guère d'intérêt psychologique.

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Leur véritable intérêt est humanitaire; car elles permettent de supprimer facilement et sans danger la douleur, sans môme en laisser le souvenir, chose également importante, le souvenir d'une douleur amenant lui-môme un sentiment douloureux.

Au point de vue séméiologique, ces amnésies n'ayant aucun caractère spécifique et étant toujours constatées en même temps que leur cause, méritent uniquement d'être mentionnées.

Il en est de même des amnésies consécutives à la syncope, à l'apoplexie, aux comas de toute origine. Dans ces cas, il y a abolition complète de toutes les fonctions cérébrales. L'amnésie en est la conséquence forcée. Pas de perceptions, pas d'images, pas de souvenirs. C'est ce qui arrive dans la syncope.

Nous avons vu, à propos de la paralysie générale, l'amnésie congestive. Nous n'y reviendrons pas ici, et nous nous occuperons surtout de l'apoplexie par hémorrhagie ou ramollissement.

Dans ce cas outre l'amnésie de l'attaque et des phénomènes qui se sont accomplis pendant sa durée, il y a lieu de considérer l'amnésie qui peut en résulter, si la cause de ces accidents a été une lésion cérébrale : la plus importante est l'aphasie, c'est-à-dire une amnésie partielle. Ces amnésies partielles dépendent uniquement du siège de la lésion cérébrale. Elles se dissipent, s'il n'y a que congestion; elles persistent et sont des amnésies organiques, vraies, s'il y a destruction des centres nerveux. Tout souvenir comprenant plusieurs images, lesquelles sont disséminées dans des centres divers, on n'a pas affaire à une amnésie générale, mais à une amnésie plus ou moins complète des mêmes

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images dans tous les souvenirs où elles se trouvent comprises. D'après ce que nous avons dit et représente dans le mécanisme des amnésies, il est facile de comprendre comment certains souvenirs paraîtront beaucoup plus atteints que d'autres, suivant la valeur relative que les images perdues y occupaient. A ce point de vue, l'amnésie peut paraître générale, puisqu'elle atteint un grand nombre de souvenirs. Il n en est rien cependant, on le voit, puisque tous les souvenirs atteints ne le sont eux-mêmes que partiellement.

Toutefois si l'apoplexie, par exemple, résulte de lésions à tendances progressives, l'amnésie partielle pourra se compliquer d'amnésie générale. C'est ce qu'on voit fréquemment dans l'aphasie, où les lésions athéromateuses généralisées à l'encéphale déterminent un affaiblissement général de toutes les facultés et de la mémoire en particulier, et où leur prédominance en un point spécial a provoqué une lésion destructive irréparable, qui, par sa nature même, contribue encore à accroître singulièrement le trouble diminutif de l'intelligence.

C'est, du reste, dans les cas seulement où une amnésie partielle ou une paralysie surviennent, qu'on peut localiser la lésion cérébrale, et la rapporter, souvent grâce aux autres symptômes, à une cause sinon définie, au moins très probable.

Il est aussi des cas où on a constaté de l'amnésie rétrograde à la suite d'apoplexie. Tel le malade dont M. Brown-Séquard rapporte l'histoire qui, à la suite d'une attaque d'apoplexie, aurait perdu le souvenir des cinq dernières années de sa vie, commençant à l'époque de son mariage et finissant six mois avant son attaque. La connaissance de l'apoplexie hystérique

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éclaire d'un jour particulier ces faits, rares du reste, et dont on comprend mal le mécanisme avec une lésion circonscrite. Or, bien souvent la cause de l'apoplexie n'esl pas spécifiée ou est erronée dans les anciennes observations. Jusqu'à plus ample informé, je crois donc qu'en dehors de l'amnésie de l'attaque elle-même, du coma ou de la syncope, de l'amnésie partielle et de l'amnésie progressive due à l'extension des lésions primitives, il y a lieu de rattacher aujourd'hui les autres formes d'amnésie, — rétrograde ou anlérograde, — qui peuvent leur être consécutives, à des troubles hystériques, ou tout au moins de faire des recherches dans le sens, de cette pathogénie.

L'étiologie de l'amnésie, dans ces cas, est donc d'importance majeure, au point de vue du diagnostic et par conséquent du pronostic et du traitement. Nous rentrons ici dans le domaine de la pathologie ordinaire et nous n'avons pas à insister.

Ajoutons que quelquefois l'amnésie, surtout verbale, peut se montrer d'une façon tout à fait passagère, comme prodrome, même assez éloigné, d'une attaque d'apoplexie et de l'aphasie. Je l'ai moi-même observé plusieurs fois.

Disons un mot aussi de l'amnésie qui peut se produire à la suite de la strangulation et de la submersion. Lorsque la strangulation a été volontaire, comme dans le suicide par pendaison, je ne crois pas que l'amnésie ait été signalée. Il n'en est pas de même dans le cas où la strangulation a été criminelle, et où l'amnésie est assez fréquente. L'amnésie peut s'expliquer alors par ce fait que le criminel a d'abord assommé sa victime en la frappant sur la lêle. ce qui nous ramène à l'amnésie

par traumatisme crânien ; ou bien par suite de l'émotion violente produite par la terreur et qui, à elle seule, comme nous allons le voir tout à l'heure, peut amener l'amnésie. Il peut y avoir amnésie réelle, même rétrograde, mais le plus souvent il y a paramnésie. Cela peut conduire à. des erreurs, la victime prenant, par exemple, son sauveur pour son assassin une fois revenue complètement à elle. Il est donc bon d'examiner de près cette amnésie et de contrôler les assertions de lia victime qui peut avoir été le jouet d'illusions.

L'amnésie est exceptionnelle dans la submersion et doit être vraisemblablement rapportée à la syncope. Il faut aussi tenir compte de l'émotion vive qui se produit lorsque l'individu comprend qu'il va se noyer. Tel est le cas rapporté par M. Ribot d'après Garpenter, et dans lequel il s'agit d'une jeune femme qui, ayant failli se noyer, resta six heures sans connaissance. Quelques jours après, elle tomba dans un état de stupeur qui dura quatre heures et au sortir duquel elle ne reconnaissait plus personne et était privée de l'ouïe, de la parole, du goût et de l'odorat. La vue était conservée, mais la sensibilité tactile était très exagérée. De plus, elle présenta de l'amnésie antérograde de conservation et dut être complètement rééduquée. — N'est-ce pas là tous les symptômes de l'hystérie, et ne doit-on pas plutôt mettre l'amnésie sur le compte de cette psychose que sur celui de la submersion, qui n'a joué qu'un rôle d'agent provocateur? J'en suis convaincu, et l'étude que nous allons faire maintenant de l'amnésie hystérique va, je l'espère, nous le démontrer.

Avant d'y arriver, disons quelques mots de l'amnésie

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