‹ Les troubles de la mémoireChapitre 39 sur 58 · TROU B I, ES · texte numérisé non relu

TROU B I, ES

s'accompagnait de secousses générales. Le bout des doigts était insensible et elle était incapable de rien tenir dans les mains. Elle avait des sortes de crises épileptiformes. Après une amélioration qui lui permit de s'occuper de nouveau de son ménage, son état s'aggrava, et elle fut placée à la Salpètrière. On constate alors qu'elle présente de l'astasie et del'abasie classiques, avec diminution de la sensibilité dans tous ses modes aux membres inférieurs. Elle a des hallucinations de l'ouïe et de la vue. Elle a complètement perdu le souvenir de son accouchement et de tout ce qui a suivi, sauf de la période d'amélioration et de deux visites faites à M. A. Voisin et qui l'avaient fortement impressionnée. Elle ne sait pas l'époque de l'année, ni le jour de la semaine. Elle ne sait qu'à peu près son âge, ne se rappelle pas la date de son mariage, ni celle de la naissance de son premier enfant. Elle a, par contre, conservé la mémoire visuelle des endroits où elle le menait régulièrement, en particulier de sapension, ainsi que les gares de la ville où elle était. Le temps actuel lui paraît très long, tandis qu'elle raccourcit le temps passé. Cette malade, qui avait été couturière, avait complètement oublié ce qu'elle savait en fait de couture, et ne faisait plus pour coudre qu'une série de mouvements incoordonnés. La durée de la persistance des images nouvelles était très courte, et ne dépassait guère un quart d'heure. Elle oubliait au fur et à mesure tout ce qu'elle avait fait, dit, vu ou entendu.

Notre malade avait donc, en résumé, de l'amnésie rétrograde très étendue, de l'amnésie antérograde de conservation, de la perte de la mémoire organique et des mouvements automatiques secondaires, avec prédominance de la mémoire visuelle.

D E LA M Ê MO I R E

Peu à peu, sous l'influence d'un traitement presque exclusivement psychologique, elle s'améliora très sensiblement, et finit par guérir complètement au bout de six mois environ. Je me permettrai de rapporter complètement ici ce qui y a trait clans notre communication; cela me dispensera d'insister plus loin à propos du traitement psychique des amnésies analogues. C'est, du reste, au point de vue de la rééducation, un cas assez rare et qui, sous ce seul rapport, offre beaucoup d'intérêt pratique.

« Ce traitement a consisté surtout, soit pour réveiller les anciens souvenirs, soit pour fixer les nouveaux, à donner à chacune des impressions une ténacité plus grande, en s'adressant aux images sensorielles que la malade avait conservées, soit en les prenant isolément, soit en les associant à d'autres images susceptibles de réveiller les premières, et en tâchant, d'un autre côté, de rendre chacune de ces images plus stables, soit par leur répétition, soit en augmentant la durée et l'intensité par la fixation de l'attention de la malade ou l'éveil à leur propos d'émotions différentes.

« Nous ne pouvons entrer ici clans tous les détails du traitement; nous nous contenterons de rapporter quelques exemples qui feront mieux comprendre les règles que nous venons d'exposer.

« Pour la marche, par exemple, nous avons d'abord tâché de réveiller les images motrices par des mouvements passifs reproduisant ceux de la marche. Mais il ne faut pas oublier que ces acquisitions automatiques secondaires doivent aujourd'hui rentrer dans le domaine de la conscience pour que la malade puisse marcher à nouveau. Aussi, faut-il attirer son attention et la fixer, — ce qui est facile, vu son désir extrême de mai-

.jON TROUBLES

cher, sur les mouvements de la locomotion. Étant

donné que les images les plus nettes qu'elle ait actuellement sont les images visuelles, c'est à celles-là qu'il nous a paru bon de nous adresser tout d'abord, en lui recommandant de regarder les mouvements de la marche chez les autres personnes, ceux qu'elle accomplit lorsqu'elle simule la marche assise, lorsqu'on lui fait marquer le pas, etc.. De cette façon, les images visuelles et motrices s'associent pour rendre à la malade le souvenir des mouvements de locomotion, et le résultat sera encore plus favorable, grâce à la répétition fréquente de cette gymnastique particulière.

« Pour ce qui est du cas de la mémoire intellectuelle, la marche que nous avons suivie a été la même. Pour permettre à la malade de garder le souvenir des événements nouveaux, nous avons cherché à fortifier les images sensorielles. Parfois, nous nous sommes adressés cà ces images prises isolément.

« Inutile de s'adresser alors aux images auditives, ayant pu constater maintes fois que, chez la malade, les représentations auditives étaient des plus instables; peut-être même en a-t-il été toujours ainsi chez elle.

« lien est de même desimages motrices qui seules, ou même associées aux précédentes, sont impuissantes à créer un souvenir. C'est ainsi que la malade n'a jamais pu retenir un mot (le jour de la semaine, par exemple) tant que nous nous sommes contentés de le lui dire et de le lui faire répéter cà haute voix, même en l'épelant. Les images visuelles, qui sont les moins atteintes el paraissent toujours, d'ailleurs, avoir été prédominantes, ont pu par cela même donner de meilleurs résultats si on s'adressait à elles. Pour lui faire retenir une date, par exemple, nous la lui montrions écrite sur un papier,

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