‹ Les troubles de la mémoireChapitre 40 sur 58 · D K LA M É MO I R V · texte numérisé non relu

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en nous assurant (lui1 la sensation visuelle avait assez. duré pour que la malade ait à. la suite une perception nette et consciente. I ne interrogation au moment même el la réponse qui la suivait pouvaient nous renseigner à Ce sujet.

« D'un autrecôté, nous nous attachions à augmenter l'intensité de l'image visuelle en l'associant à. une émotion. Si, par exemples elle lisait une date, le mot jeudi, nous lui annoncions en même temps pour ce jour la visite de sa famille à laquelle elle est très attachée. Si nous lui faisions lire notre nom, nous lui donnions en même temps l'espérance d'une prompte guérison.

« Pour assurer la reviviscence des souvenirs, il nous a paru souvent préférable de nous adresser en même temps à plusieurs images sensorielles, de façon que, par suite de cette association, si l'une d'elles s'elfaçait, une autre put suffire pour réveiller ce souvenir. Tout d'abord, accordant toujours à la vision la priorité, nous avons montré à la malade un papier coloré, portant inscrit ce dont nous voulions qu'elle se souvînt. La vue était donc impressionnée de trois façons, par le papier, par la couleur, par l'inscription. Souvent il est arrivé, surtout au début, que l'image seule du papier persistait, et c'est cela même qui nous a donné l'idée de tripler ainsi l'impression visuelle. Nous avons eu, d'ailleurs, la satisfaction de voir la malade retenir ainsi beaucoup mieux et le souvenir de la couleur du papier réveiller celui de l'inscription. Pour aller plus sûrement, nous avons même fait souvent épeler et lire cà haute voix l'inscription du papier coloré, introduisant ainsi pour ce souvenir deux nouvelles images, une auditive, l'autre kinesthétique. Nous croyons avoir atteint ainsi un maximum d'intensité pour une seule impression,

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surtout en y associant encore i émotion comme nous

l'avons dit plus haut.

« Tous les souvenirs acquis par ces procédés étaient aillant île points de repère pour classer les souvenirs récents! Nous avons déjà parlé de cette sorte de journal que nous Taisions tenir par la malade qui écrit, sur un papier divisé en colonnes correspondant chacune à un jour, les faits nouveaux ou marquants de chaque journée.

« En ce qui regarde les souvenirs anciens, nous nous sommes servis des points de repère conservés, et, en forçant la malade à raisonner d'après ces hases, nous lui avons fait localiser d'autres faits dont l'époque restait indécise. Nous avons essayé de fixer ces derniers dans sa mémoire comme précédemment et nous lui avons créé ainsi de nouveaux points de repère, en même temps que nous fortifiions les anciens, et ainsi de suite.

« Nous avons déjà dit plus haut les résultats obtenus par ces procédés d'expérimentation et de thérapeutique psychologique. Si la mémoire n'est pas encore intégralement restaurée, au moins l'amélioration estelle assez notable pour justifier à la fois et notre diagnostic et l'opportunité du traitement. »

Ce cas est loin d'être unique, bien qu'il ne soit pas des plus communs. En voici trois autres que M. Ribot rapporte dans son livre et dont je lui emprunte l'excellent résumé. Il s'agit toujours de sujets manifestement hystériques, il faut le remarquer.

« La première observation, rapportée par le docteur Mortimer Granville, est celle d'une femme de 26 ans, hystérique, qui, à la suite d'un travail excessif, fut prise d'une crise violente avec perte complète de conscience. Quand la conscience commença à revenir, les

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dernières idées saines, formées avant la maladie, se mêlaient d'une manière bizarre aux nouvelles impressions reçues, comme dans le cas où l'on sort lentement d'un rêve. Assise sur son lit près de la fenêtre, pour voir les passants dans la nie, la malade appelait tous les objets mouvants « des arbres en marche », et quand on lui demandait où elle avait vu ces choses, elle répondait invariablement j dans l'autre évangile ». En un mot, dans son état mental, l'idéal et le réel ne se distinguaient pas. Ses souvenirs étaient indistincts, et, en ce qui concerne un grand nombre de choses ordinaires qui constituaient le fond principal de ses pensées avant son attaque, sa mémoire était nulle. Les idées immédiatement antérieures à la maladie semblaient avoir si bien saturé son esprit, que les premières impressions qu'elle reçut en étaient tout imprégnées, tandis que l'enregistrement de V avant-dernier travail cérébral était pour ainsi dire oblitéré.

« Par exemple, quoique cette femme gagnât sa vie en donnant des leçons, elle n'avait aucun souvenir d'une chose aussi simple que ce qui sert à écrire. Si on lui mettait une plume ou un crayon dans la main, comme on aurait pu le faire dans celle d'un enfant, ils n'étaient pas saisis, même par action réflexe. Ni la vue, ni le contact de l'instrument n'éveillaient d'association d'idées. La plus parfaite destruction du tissu cérébral n'aurait pas effacé plus complètement les effets de l'éducation et de l'habitude. Cet état dura quelques semaines. La mémoire de ce qui avait été oublié fut recouvrée lentement, péniblement, sans nécessiter cependant une rééducation aussi complète que dans le cas qui va suivre. »

« Ladeuxièmeobservation, due au professeur Sharpey,

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est l'un des exemples les plus curieux de rééducation qui aient été décrits. Il s'agit encore d'une femme de 24 ans, de complexion délicate, <pii pendanl six semaines environ fut prise d'une tendance irrésistible à la somnolence. Cet état s'aggrava de jour en .jour. Vers le 10 juin, il devint impossible de l'éveiller. Elle resta ainsi pendant deux mois. Pour la nourrir, on portait à ses lèvres une cuiller; elle avalait; quand elle était rassasiée, elle serrait les dents et éloignait la bouche. Elle paraissait distinguer les saveurs, car elle refusa obstinément certains mets. Elle eut quelques courts moments de réveil à de rares intervalles. Elle ne répondait à aucune question, ne reconnaissait personne, sauf, une fois, une ancienne connaissance qu'elle n'avait pas vue depuis douze mois. Elle la considéra longtemps, cherchant probablement son nom. L'ayant trouvé, elle le répéta plusieurs fois en lui serrant la main; puis elle retomba dans son sommeil. Vers la lin d'août, elle revint peu à peu à son état normal.

« Ici commence le travail de sa rééducation. En revenant de sa torpeur, elle paraissait avoir oublié presque tout ce qu'elle avait appris. Tout lui semblait nouveau. Elle ne reconnaissait pas une seule personne, même ses plus proches parents. Gaie, remuante, inattentive, charmée de tout ce qu'elle voyait ou entendait, elle ressemblait à un enfant.

« Bientôt, elle devint capable d'attention. Sa mémoire, entièrement perdue en ce qui concerne ses connaissances antérieures, était très vive et très solide pour tout ce qu'elle avait vu et entendu depuis sa maladie. Elle recouvra une partie de ce qu'elle avait appris autrefois, avec une facilité très grande dans certains cas, moindre dans d'autres. Tl est remarquable que. quoique

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le procédé suivi pour recouvrer son acquis, ait paru consister moins à l'étudier à nouveau qu'à se le rappeler avec l'aiile de ses proches, cependant, même maintenant, elle ne paraît pas avoir conscience, au plus faible degré, de l'avoir possédé autrefois.

» D'abord, il était impossible d'avoir avec elle une conversation. Au lieu de répondre à une question, elle la répétait tout haut textuellement, et pendant longtemps, avant de répondre à une question, elle la répétait tout entière. Elle n'avait à l'origine qu'un très petit nombre de mots à son service; elle en acquit rapidement un grand nombre; mais elle commettait d'étranges erreurs en les employant. Cependant en général, elle ne confondait que les mots qui avaient ensemble quelque rapport. Ainsi pour « thé » elle disait « sauce » (et elle employa longtemps ce mot pour les liquides); pour « blanc » elle disait « noir » ; pour « chaud », « froid » ; pour « ma jambe », « mon bras » ; pour « mon œil », « ma dent », etc. D'ordinaire, elle use maintenant des mots avec propriété, quoiqu'elle change parfois leurs terminaisons ou qu'elle en compose de nouveaux.

« Elle n'a encore reconnu personne, même parmi ses plus proches parents, c'est-à-dire qu'elle n'a aucun souvenir de les avoir vus avant sa maladie. Elle les désigne par leurs noms ou par ceux qu'elle leur a donnés ; mais elle les considère comme de nouvelles connaissances et n'a aucune idée de leur parenté avec elle. Depuis sa maladie, elle n'a vu qu'une douzaine de gens;, et c'est pour elle tout ce qu'elle a jamais connu.

« Elle a appris de nouveau à lire ; mais il a été nécessaire de commencer par l'alphabet, car elle ne connaissait plus une seule lettre. Elle a appris ensuite à former

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des syllabes, des mots, et maintenant elle lil passablement. Ce qui l'a aidée dans celle réacquisition, c'est de chanter les paroles de certaines chansons qui lui étaient familières et qu'on lui présentait imprimées pendant qu'elle jouait du piano.

« Pour apprendre à écrire, elle a commencé par les études les plus élémentaires, mais elle a fait des progrès beaucoup plus rapides qu'une personne qui ne l'aurait jamais su.

« Peu après sa sortie de sa torpeur, elle a su chanter plusieurs de ses anciennes chansons et jouer du piano avec peu ou point d'aide. Quand elle chante, elle a en général besoin d'être aidée pour les deux ou trois premiers mots d'une ligne; elle achève le reste, de mémoire à ce qu'il semble. Elle peut jouer, d'après une partition, plusieurs airs qu'elle n'avait jamais vus auparavant.

« Elle a appris sans difficulté plusieurs jeux de cartes ; elle sait tricoter et faire divers ouvrages analogues.

« Mais, je le répète, il est remarquable qu'elle ne semble pas avoir le plus léger souvenir d'avoir possédé autrefois tout cela; quoiqu'il soif évident qu'elle ait été grandement aidée dans son travail de réacquisition par ces connaissances antérieures dont elle n'a pas conscience. Quand on lui a demandé où elle a appris à jouer un air en regardant la musique sur un livre, elle a répondu qu'elle ne pouvait pas le dire et elle s'est étonnée que son interlocuteur ne pût en faire autant. A vrai dire, d'après diverses remarques qu'elle a faites d'elle-même par hasard, il semble qu'elle possède plusieurs idées générales, d'une nature plus ou moins complexe, qu'elle n'a pas eu l'occasion d'acquérir depuis sa guérison. Cette rééducation ne dura pas plus de trois mois. »

Enfla le troisième fait a trait à une jeune femme, robuste, d'une bonne santé, qui tomba par acculent dans une rivière et foi presque noyée, cas que j'ai cité à propos de l'amnésie par submersion et rattaché des lors à l'hystérie en raison des troubles sensoriels qu'elle présentait. — La suite de l'observation mérite cependant d'être rapportée. « L'automatisme était si bien la seule forme d'activité dont elle était capable que, pendant des jours, sa seule occupation fut d'effiler, d'éplucher ou de couper en morceaux infiniment petits tout ce qui lui tombait sous la main : des fleurs, du papier, des vêtements, un chapeau de paille, etc., puis de disposer toutes ces bribes en dessins grossiers.

« Plus tard on lui donna tout ce qu'il fallait pour faire des raccommodages; elle prit son aiguille et travailla alors incessamment du matin au soir, ne faisant aucune distinction entre le dimanche et les autres jours et ne pouvant même en saisir la différence. Elle ne gardait aucun souvenir d'un jour à l'autre et chaque matin recommençait une nouvelle besogne. Cependant, comme l'enfant, elle commençait à enregistrer quelques idées et à acquérir quelque expérience. On la mit alors à un travail d'une nature plus élevée, à faire de la tapisserie. Elle paraissait prendre un grand plaisir à regarder les patrons avec leurs fleurs et leur harmonie de couleurs; mais chaque jour, elle commençait un nouveau travail, oubliant celui de la veille, à moins qu'on ne le lui présentât. Les idées dérivées de son ancienne expérience, qui paraissent s'être éveillées les premières, étaient liées à deux sujets qui avaient fait sur elle une forte impression : sa chute dans la rivière et une affaire d'amour. La vue d'un paysage avec une rivière ou la

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mer lui causait une surexcitation et une attaque de rigidité spasmodique arec insensibilité.

« Elle avait des attaques quand on la menait à la campagne.

« L'amélioration physique, le retour des facultés intellectuelles et de la mémoire étaient visibles quand le jeune homme auquel elle était attachée étail près d'elle.

« A la suiLe d'une émotion elle commença à parler un peu. Les premiers objets qu'elle appela de leur vrai nom furent des Heurs sauvages qu'elle aimait beaucoup dans son enfance.

« La manière dont elle recouvra la mémoire esl extrêmement remarquable. La santé et la foret; paraissaient complètement revenues, son vocabulaire s'étendait, sa capacité mentale augmentait, lorsqu'elle apprit que son amant courtisait une autre femme. Cette idée excita sa jalousie qui, clans une certaine occasion, fut si intense qu'elle tomba dans un état d'insensibilité qui, par la durée et d'intensité, ressemblait à sa première attaque. Et cependant ce fut son retour à la santé. — Son insensibilité passée, le voile de l'oubli se déchira et, comme si elle se réveillait d'un long sommeil de douze mois, elle se retrouva entourée de son grandpère, de sa grand'mère, de leurs vieux amis. Elle s'éveilla en possession de ses facultés naturelles et de ses connaissances antérieures, mais sans le moindre souvenir de ce qui s'était passé pendant l'intervalle d'une année, depuis sa première attaque jusqu'à ce moment de retour. »

Il faut remarquer que dans tous ces faits, quoique le nom d'hystérie ne soit pas prononcé, les phénomènes qui se sont montrés, soit au début, soit à la lin, soit dans le cours de ces amnésies, seraient rattachés sans hésita-

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don à l'hystérie s'ils étaient isolés. Pourquoi donc ne pas mettre l'amnésie sur le compte.de l'hystérie? Le mécanisme par lequel se produisent ces divers troubles n'est-il pas identique? No retrouvons-nous pas là les deux troubles fondamentaux de l'hystérie : automatisme et défaut de synthèse? Nous n'hésitons pas un seul instant à faire de ces amnésies des amnésies hystériques, ee terme hystérique n'ayant pas tant pour but de classer nosographiquement ces amnésies, que d'en indiquer le mécanisme commun à tous les troubles hystériques.

M. Charcot, — à propos d'une malade de son service qui, à la suite d'une violente émotion morale, accompagnée d'une crise de délire, avait présenté de l'amnésie rétrograde et de l'amnésie antérograde de conservation et quelques crises hystériques, — rattachait dans sa leçon1 les troubles qu'elle présentait à la phase délirante prolongée de l'attaque hystérique. Il considérait cette amnésie rétro-antérograde, consécutive à l'attaque délirante, comme un simple équivalent d'attaque d'hystérie, comme une attaque d'hystéro-épilepsie prolongée sous forme d'amnésie. Soit ; mais que le phénomène ne soit qu'un mode de l'attaque ou qu'il soit une manifestation indépendante, le mécanisme est toujours le même : il y a dédoublement de la personnalité, par conséquent défaut de synthèse, en même temps que l'automatisme est la règle de tous les actes du sujet. C'est cela qui suffit à caractériser la nature du phénomène.

Voici du reste un résumé de cette très intéressante observation. Il s'agit d'une femme de 34 ans, issue d'une

1. J.-M. Chaiicot, Sur un cas d'amnésie rétro-antérograde probablement d'origine hystérique. Bévue de méd., fév. 189:2.

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famille de névropathes, mais n'ayant jamais présenté elle-même d'accidents nerveux. Le 28 août 1891, à la suite d'une violente émotion morale, elle fut prise d'une crise délirante, avec étouffements et hallucinations de la vue, qui dura trois jours. Au sortir de ce délire, elle avait perdu le souvenir de tout ci; qui s'était passé depuis le 14 juillet dernier, y compris l'émotion qui avait amené sa crise et cette crise elle-même. Il y avait donc amnésie rétrogade.

Mais à partir de ce moment elle présenta une autre amnésie que, par opposition, M. Gharcot appelle antérograde. Cette amnésie est générale et consiste en ce que la malade est incapable d'enregistrer dans sa mémoire ce qu'elle voit et entend. L'impression est si fugace qu'au bout d'une minute elle est incapable de se rappeler ce qu'on vient de lui dire. Cependant elle se souvient exactement, et dans tous leurs détails, des faits écoulés depuis sa jeunesse jusqu'au 14 juillet.

M. Charcot a établi la nature hystérique de cette amnésie en se fondant sur les considérations suivantes : Pendant son sommeil, en rêvant tout haut, cette malade évoque le souvenir de faits qu'elle est incapable de se rappeler à l'état de veille. Mais, ce qui est plus probant, c'est que dans le sommeil hypnotique elle recouvre la mémoire de toute la période dont elle a perdu le souvenir pendant la veille, du 14 juillet au 28 août. Elle raconte en outre les phénomènes qui ont précédé sa crise délirante du 28 au 31 août, phénomènes qui sont les caractères classiques de l'aura hystérique.

La thérapeutique hypnotique et suggestive s'imposait en présence du retour de la mémoire que présentait la malade pendant le sommeil hypnotique. Ce traitement donna quelques résultats encourageants et on arriva à

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