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CHAPITRE PREMIER

GÉNlirtALITKS

Sommaire : Médecins et psychologues. — But de l'ouvrage. — Plan. — Définition de l'amnésie. — Aphasie et amnésie. — Perte et oubli des images. — Amnésies organiques et fonctionnelles. — Dysmnésies. — Variétés d'amnésies. — Amnésie simple. — Amnésie rétrograde. — Amnésie antérograde. — Localisation dans le temps. — Points de repère. — Localisation clans l'espace. — Paramnésie : de localisation et de certitude. — Amnésie générale. — Amnésie partielle. — Historique. — Louyer-Villermay, Calmeil, Brodie, Azam, Ferré, Falret, Ribot, Legrand du Saulle, Rouillard, Krœpelin, Mesnet, Dufay, Motet, Pelman, Sander, Fick, Lewes, Sully, etc.

C'est aux médecins que revient principalement l'honneur d'avoir mis en relief et étudié les différents troubles de la mémoire. Malheureusement, faute de notions psychologiques suffisantes, ils n'ont pas su tirer des cas observés tout le parti désirable au double poinl de vue médical et psychologique qu'exigent de semblables questions, et leurs observations sont pour la plupart très incomplètes. Les psychologues, moins à même que les médecins d'examiner ces phénomènes morbides, et longtemps d'ailleurs dédaigneux de tout ce que la méthode introspective ne pouvait leur donner, négligèrent de s'en occuper; et quand enfin ils s'y décidèrent, ils ne purent se fonder dans leurs spéculations que sur les observations médicales, c'est-à-dire sur des faits incomplets, qu'ils n'avaient pas vus euxmêmes, et qu'ils ne pouvaient contrôler. De quelque

TROUBLKS

côté qu'on se tourne, on ne trouve donc guère que des études faites à un point de vue spécial et où tout un côté de la question est plus ou moins négligé. M. Itibot1 a jeté le premier un peu de lumière dans ces ténèbres. Mais il reste encore beaucoup à faire. La vulgarisation des notions qu'on a sur la mémoire, des points à rechercher et à élucider dans les troubles de cette faculté, et de la manière de diriger ces investigations à la fois dans le domaine de la médecine et de la psychologie, permettra seule aux observateurs à venir, de faire profiter ces deux sciences des cas qu'ils seront à même d'examiner.

C'est ce but que nous avons cherché à atteindre en donnant aux philosophes les indications nécessaires pour étudier les maladies de la mémoire au point de vue médical, et en donnant aux médecins les notions psychologiques indispensables pour les examiner complètement. Nous nous attacherons donc autant à montrer les nombreuses lacunes qui restent encore à combler dans cette étude, que les points acquis, mais qu'il est toujours bon de contrôler à nouveau.

Après avoir défini et délimité le champ des amnésies au point de vue clinique, nous examinerons immédiatement le mécanisme des amnésies, ce qui nous évitera de nombreuses redites à propos de chacune d'elles lorsque nous les examinerons séparément au point de vue séméiologique. De plus, ce n'est qu'après cette étude que nous pourrons en proposer une classification, et faire l'exposé critique des différentes classifications faites antérieurement. Nous serons ainsi amené natu-

i. Ribot, Maladies de la mémoire. (Biblioth. de philosophie lemp., 4883.)

Tellement à exposer un plan général des amnésies au point de vue séméiologique, dans lequel nous donnerons avec détails la manière de les étudier au point de vue psychologique, de façon à faciliter l'étude des cas qu'on pourra avoir sous les yeux. Alors seulement nous aborderons l'étude des amnésies au point de vue clinique en suivant l'ordre du plan proposé, étude où nous laisserons de côté la question de mécanisme, et où nous nous occuperons spécialement des caractères, du diagnostic, du pronostic, du traitement de chacune d'elles, ainsi que des quelques considérations médicolégales auxquelles certaines d'entre elles peuvent donner lieu.

Si l'on s'en tient à l'étymologie seule (a privatif et P>7]<tcç, mémoire), l'amnésie est la privation de la mémoire (Richet '). Certains auteurs restreignent ce sens et la définissent : la diminution notable ou la perte totale de la mémoire (Falret 2). La première définition a l'avantage d'embrasser toutes les formes d'amnésie. On peut, en effet, être privé de la mémoire de trois façons : 1° parce qu'on n'en a jamais eu (amnésie congénitale) ; 2° parce qu'on a perdu tout ou partie de ses souvenirs (amnésie acquise): 3° parce qu'on n'a plus la possibilité de fixer de nouvelles images. Mais l'amnésie congénitale n'est pas une vraie amnésie. C'est une absence et non une perte de mémoire. Aussi, la laissant de coté, n'aurons-nous cà étudier que les amnésies acquises, englobant sous cette dénomination toutes les altérations diminutives, les désagrégations de la mémoire.

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