HISTORIQUE ET INTRODUCTION
Qui ne connaît les épidémies de manies dansantes du moyen âge: l’an 1371 et l’an 1414 virent, surtout dans les villes des bords du Rhin, des troupes de convulsionnaires, de pitres, de simulateurs, d'hystériques sans doute, de choréiques vrais peut-être, qui se portaient à une chapelle située près d’Ulm, et dédiée à saint Guy ou saint Vit. D’où le nom de danse de Saint-Guy donné à ce complexus symptomatique, à cet état morbide que l’on soignait alors par des exorcismes et des aspersions d’eau bénite. Certains auteurs (Sennert et Willis) le considéraient comme un châtiment des dieux infernaux et s’abstenaient de iout traitement.
Jusqu'en 1685, tout n'était que chaos dans cet ensemble pathologique où se confondaient les affections les plus disparates : tics, hystérie, chorée, convulsions de nature diverse.
Schenck de Graffenberg et Paracelse avaient bien essayé d'y mettre ordre ; mais il faut. arriver à Sydenham pour avoir un tableau clinique exact de la chorée. Cet auteur dans « sa lettre touchant une nouvelle sorte de fièvre » définit cette affection, en analyse les symptômes, en indique la prédilection pour la seconde enfance. Avec lui, le mot de danse de Saint-Guy prend une acception précise.
Les idées du médecin anglais étaient peu adoptées en France lorsque, en 1810, un praticien français, Bouteille de Manosque, dans son Traité de la chorée ou danse de Saint-Gury, qu'il écrivit à un âge avancé, après de longues années de pratique, fixe à nouveau les traits de cette affection. Il affirme l’autonomie de la chorée qui n’est € pas une maladie feinte ou un prodige miraculeux », mais une maladie nettement caractérisée, avec ses symptômes pathognomoniques invariables : morbus per se.
Après l’avoir séparée nettement des affections spasmodiques, hystériques, épileptiques (chorées fausses), il la définit var ses mouvements convulsifs, insiste sur sa fréquence entre dix et quatorze ans, la liant à la puberté par un rapport étroit. Il signale déjà les troubles intellectuels (idiotisme léger) et les arthropathies qu’on y rencontre. Il fait une place aux chorées secondaires et rapporte plusieurs obser-
vations de chorées rhumatiques dont deux sont
empruntées à Stoll, deux autres à Sauvages. Les
rapports de la chorée et de l’hystérie ne lui échappent pas.
Après Bouteille, on discute encore sur les limites propres de la danse de Saint-Guy, mais le tableau clinique est tracé d’une façon indélébile et les auteurs qui suivent ne font que le reprendre.
En 1850, paraît le mémoire de G. Sée à l’Académie de Médecine sur la chorée, étude très complète par laquelle cette maladie est ratiachée au rhumatisme. Avant lui Bright avait déjà publié 6 observations
de coïncidence de ces deux affections.
__ Du résultat de ses autopsies, de ses observations cliniques, Sée déduit que le rhumatisme affecte fréquemment le système nerveux et qu'une des multiples formes qu’il revêt est précisément la chorée, surtout lorsqu'il est peu intense, apyrétique ou subaigu. La danse de Saint-Guy qui, au moins une fois sur deux, est le résultat de cette cause morbide, peut se trouver dans toutes les conditions de la diathèse rhumatique. G. Sée sépare aussi la chorée vulgaire de la grande danse de Saint-Guy, des chorées rythmées et des autres manifestations hystériques.
Henri Roger, en 1866-1867, met en évidence la coexistence du rhumatisme et de la maladie de Sydenham, établit un rapport de cause à effet entre l'un et l’autre, insiste sur la parenté des deux affections et va jusqu’à les identifier quant à leur nature.
Avec Charcot, Raymond, les limites de la chorée
se précisent ; elle est différenciée des manifestations hystériques et des mouvements choréiques symptomatiques d’affections organiques des centres nerveux.
Notons en passant la thèse de Déjérine en 1886 où le rôle étiologique de l’hérédité nerveuse est mis en lumière, le rnumatisme passant au second plan, sa présence au cours de la chorée n’étant qu’une pure coïncidence.
Arrêtons-là cet historique général qui paraïtra un peu long, mais qui nous a servi du moins à préciser ce que nous entendions par chorée et relatons brièvement par ordre chronologique, sauf à y revenir plus tard, ce que nous avons trouvé dans les divers. auteurs sur les troubles oculaires dans la danse de Saint-Guy, troubles qui feront l’objet de notre présent travail.
Déjà G. Sée avait noté dans son fameux mémoire les mouvements incoordonnés des globes oculaires. et un cas de paralysie de la rétine, que, d’ailleurs, il attribue à l’hystérie.
Rosenthal en 1898 (1), cite dans un cas de chorée une dilatation pupillaire très marquée des deux côtés, indépendante de l’action de la lumière, et qu'il attribue à l’irritation du centre cilio-spinal.
Hasse, Ziemsen firent des constatations analogues. À la même époque, Bouchut, dans son Traité