ACTE PREMIER. SCENE
De quels ignobles duels vient vous encanailler Ce coq de la débauche avec son poulailler !
THIBALLT, avec alToclion.
Et dire que jadis, Costeau, ces murs, les mêmes, T'ont vu dans nos tournois, chevalier triomphant. Le syllogisme au poing, cuirassé d'enthymcmes, En latin magistral sonner de l'olifant ! O toi qui fus ce pur et glorieux enfant, Front qu'on prédestinait à tous les diadèmes. De te relrouver roi des gueux mon cœur se fend. Ah! Robin Costeau, si tu m'aimes Comme je t'aime, ô mon ami, Reviens parmi nous ! Non parmi !
Que dis-je ! Ce sont blasphèmes.
Mais à notre tête, en élu, En maître que l'on regrette, Dans cette chaire où ta place était prête. Ou tu serais si tu l'avais voulu.
JEHA>' DE CONFIONS, avec tendresse.
Ah ! certe, à te le promettre Que de fois je me suis plu.
Et qu'il l'y céderait sa place, ton vieux maître, Avec un bonheur absolu î
(Il descend de sa cliaii-c.)
LES TRUAISDS.
Voire ! L'idée est des plus folles ; Mais peut-être serais je un sage en la suivant.
THIBAULT, enthousiaste.
Ouï, oui, roi des truands, sois le roi des écoles !
ROBIN COSTEAU
Bah ! risquons-en l'essai ! Sera-t-il décevant ? Je ne crois pas. Je m'y connais en fariboles. Pour l'avoir oublié, je l'ai fait trop souvent, Ce métier d'àne savant, Savant à moudre du vent Dans leur moulin à paroles.
0 discours, je saurais encor bien comme avant Dévider vos boyaux en longues banderoles, Et les rata touiller, par la corbieu, Vieux latin de cuisine, au feu De tes sonores casseroles.
(A Jehan de Conflans.)
Tiens ! Prête-moi ta robe et ton bonnet... Mais si ! Prête-les-moi donc, te dis-je.
(Il les lui enlève.)
Ai: TE l»UEMli:H. 8CÈ>E IV. 23
Sans eux, l'on est sans prestige.
(Il mel la robe et le bonnet.)
Tandis qu'ainsi, mon maître, ainsi...
(11 monte en chaire et prend un air inspiré.)
Ahl je me sens déjà busle sur un piédouche!
Le miel de Téloquence abonde dans ma bouche,
Oyez tous, écoliers, et vous, truands, aussi!
Que la bonne doctrine entre en vous et vous touche !
Je tousse... Heum! Breum!... Je crache... Racl Tsi!
(Il a toussé et craché bruyamment.)
Doctoralement je me mouche.
(U se mouche dans un pan de la robe.)
Gnouffrel... Et dans un verbe farci, Moitié latin, moitié François, voici.
Que je commence.
(D'un ton professoral.)
Amici , Compaings, sodales, camarades.
Ego. je, moi, Robin Costeau...
JEHA> DE GONFLA XS,
Jadis, ici, Uobinus Costalis...
IU>HI\ f;f>S'IK\l , lui envoyant un baiser, goguenard.
Merci !
24 l'KS TRI AM)S.
Je, dis-je, batteur d'estrades
Plus drôles que celle-ci, \obis dico d'ouvrir bcue l'oreille Et ne pas facere le rétréci
A la leçon non pareille
Quam in stylo rigolo
Robinus debagoulo.
JEHA> DE CO>FLA>S
O profanation! Hélas! c'est mon pupitre Qui lui sert à ces jeux de pitre!
l\OBl> COSÏEAL , il califourchon sur la chaire.
Patience! Dans un instant je suis profond. Mais d'abord je veux me montrer agile.
Je suis un sage fol, de ceux qui font
Les pitres devant l'Evangile.
Mè voici grave à présent, et sans plus Nous amuser en propos superflus.
Guérissez-vous l'esprit, si vous l'avez malade, Et, si vous l'avez sain, rendez-le mieux portant, En humant à la régalade Mon Evangile de plaisir Dont se boit le clair élixir Au goulot de cette ballade.
N'écoute pas ces tristes vieux
Qui voudraient, pour t 'apprendre à vivre.
Qu'arrosé des pleurs de tes yeu\
Ton nez prît racine en un livre.
Arrache l'en et le délivre;
Et, tes yeux désenguignonnés,
Dis-leur de rire et de le suivre.
Ton nez va devant. Suis ton nez.
Suis-le bravement, en tous lieux.
Sans peur du soleil ni du givre. Souvent le pis conduit au mieux.
Quand, alourdi par trop de pivre, Il te semblera d'une livre, N'en prends pas des airs étonnés.
Dans le ciel pourpre où l'on est ivre Ton nez va devant. Suis ton nez.
Il ira parfois vers des yeux
A qui pieds et poings on se livre,
Yeux pervers et délicieux
De femelle à croupe de guivre.
Ne crains pas [wurtant de poursuivre.
Si, dans l'ombre où vous claironnez.
Passions au clairon de cuivre,
Ton nez va devant, suis Ion nez.
26 LES TRUA>DS.
Envoi.
Prince, à court de rimes en ivre.
Voilà mes propos terminés.
Et je conclus: si tu veux vivre, Ton nez va devant, suis ton nez.
VILLON
C'est bien dit. Ohé ! vous autres, N'en est-ce pas votre avis.^