‹ Les truands; drame en cinq actes, en versChapitre 93 sur 104 · ACTE V. SCENE · texte numérisé non relu

ACTE V. SCENE

Car point ne me laissa quand mauvaise fortune Me fil recluse à la prison des fous;

Mais alors me fut bon quand même,

Plus doux, plus tendre, souriant

Dès que j'allais l'injurianl, Si j'étais tout verjus, étant tout crème.

Me revenant de-ça, de-ci.

Comme avril tiède après hiver transi,

Comme Pâques dessus Carême; En sorte que toujours et toujours je l'aimais

Malgré les si, les car. les mais; Et maintenant, à cette heure suprême.

Comme toujours, plus encor que jamais,

Mon pauvre vieux Robin, je l'aime.

(Elle se met à pleurer.) THlliALLT.

Ne pleurez pas, pourtant, la mère, ainsi. Quand tout à l'heure il va nous faire ici

Ses tristes adieux au passage.

11 meurt comme un héros. Ayez souci Que, mourant dans la gloire, il ait loisir aussi De mourir en paix comme un sage.

VILLON

Tu parles bien, Thibault, d'un ton sentencieux,

176 LES TRLA>DS,

Si, (|ii*oii dirait que tu lis dans un livre. Mais beau discours, de deuil point ne délivre. Qu'on meure tel ou tel, c'est tout un à ses yeux. Puisque c'est mourir, quoi qu'on fasse; Et d'en pleurer, voilà ce qui nous va le mieux. Lui-même, avec la mort se trouvant face à face, Il en a le cœur gros aussi, va, sois-en sûr. Notre ami, qu'aujourd'hui l'azur Pour la dernière fois enivre.

Songeant que jamais plus, le pauvre cher, Il n'en boira le vin joyeux et clair

Aux jours ténébreux qui vont suivre, Il doit en avoir froid, lui, dans toute sa chair. Lui qui aimait tant à vivre !

(Il se met à pleurer aussi, et Thibault de même, silencieusement.)

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