ACTE PREMIER. SCENE IV
N'écoute pas ces tristes vieux
Qui voudraient, pour t'apprendre à vivre.
Qu'arrosé des pleurs de tes yeux
Ton nez prît racine en un livre.
Arrache-l'en et le délivre;
Et, tes yeux désenguignonnés,
Dis-leur de rire et de le suivre.
Ton nez va devant. Suis ton nez.
Suis-le bravement, en tous lieux, Sans peur du soleil ni du givre.
Souvent le pis conduit au mieux.
Quand, alourdi par trop de pivre, Il te semblera d'une livre, N'en prends pas des airs étonnés.
Dans le ciel pourpre où l'on est ivre Ton nez va devant. Suis ton nez.
Il ira parfois vers des yeux
A cpii pieds et poings on se livre,
Yeux pervers et délicieux
De femelle à croupe de guivre.
Ne crains pas pourtant de poursuivre.
Si, dans l'ombre où vous claironnez.
Passions au clairon de cuivre,
Ton nez va devant, suis ton nez.
a6 LES TRUANDS.
Envoi.
Prince, à coiurt de rimes en ivre, Voilà mes propos terminés. Et je conclus : si tu veux vivre, Ton nez va devant, suis ton nez.
VILLON
C'est bien dit. Ohé ! vous autres, N'en est-ce pas votre avis?