ACTE ir. SCÈNE VU
MIGHAULT, menaçant, de plus en plus.
Si, te dis-je, Mais prends garde ! C'est prodige Que je fasse à tes pieds ici le chien couchant. De tel métier je n'ai guère habitude.
Je suis plutôt dogue au poil rude.
Au coup de gueule méchant.
Qui, lorsqu'à contre-poil on le caresse.
En bête de combat, le poil tout dru, se dresse. Et dont alors sur-le-champ La gueule en pince de forge, Rouge, vous saute à la gorge.
LA HIGXOTE.
A la bonne heure, donc! Tu me plais mieux ainsi, Michault, qu'en amoureux transi;
Mais je rirai de toi si je veux, et voici.
Dogue, ma gorge à mettre en loques.
MICHAULT
Ah! toujours, toujours, tu te moques!
Et moi, lâche, je le supporte!... Non! Assez!
Assez de ces jeux où tu m'effiloques Le cœur à coups d'épingle adroitement lances î
58 LES TRUA^ÎDS.
Dis-moi la vérité, plutôt, d'un seul coup, franche! Plante-moi dans le cœur un couteau jusqu'au manche ! Tu l'aimes, n'est-ce pas, lui, lui?
LA MIGNOTE, ingénuement.
Point ne le sais.
MICHAULT, 8lupê.aik.
Tu ris encor?
LA MIG^'OTE.
Du tout. Je n'y vois pas matière.
Ces mots, qui peuvent bien te paraître insensés, Viennent du fond le plus grave de mes pensers. Et c'est la vérité que je dis, tout entière.
Je ne suis point d'humeur, comme on le croit.
Coquette ni cachottière.
Où je dois aller, toujours je vais droit. Si je l'aimais, sans crainte de ta rage.
Et sans pitié non plus de ton tourment, Avec un naïf courage Je te le dirais simplement.
Mais quoi te dire? Et comment?
Ce que je sens pour lui, moi-même, en ce moment. Qui veux te l'expliquer, j'ai grand'peine à l'entendre. C'est quelque chose assurément De très doux et de très tendre