‹ Les trypanosomiases de la Guinée Française [electronic resource]Chapitre 10 sur 24 · Trypanosomes et trypanosomiases, p · texte numérisé non relu

Trypanosomes et trypanosomiases, p

7. Thomas et Breinl, Lioerpool school. of trop, med., mem. XVI, igof) ; nmilysé in Bulletin Inst. Pasteur, tome IV, p. 124.

(il

LES TRYl'ANOSOMIASIïS UN GUINÉE FRANÇAISE

le chien. Les parasites apparaissent au bout de 10 à i5 jours et même 17 jours. Ils sont rares ou très rares. La maladie évolue lentement. La mortarrive en hypothermie. Défausses membranes qui se forment dans la chambre antérieure des yeux peuvent entraîner la perte de la vision d'un ou des deux côtés.

En Basse-Guinée, au Fouta, au Labé et en Haute-Guinée, nous avons examiné le sang de plusieurs chiens du pays, amaigris et de vilain aspect ; nous avons vu très souvent des filaires, mais nous n'avons pas aperçu de Trypanosomes. En certaines régions où des épizooties régnèrent et où nous avons rencontré des bœufs et des chevaux trypanosomés, les indigènes racontent cependant que la maladie n'épargna pas toujours le chien et qu'elle causa parfois chez eux beaucoup de mortalité. Les chiens sont amaigris, les uns perdent la vue, d'autres ont du tremblement, traînent les pattes de derrière ou marchent de côté (Siguiri, Kaba, etc.). Il nous a été donné de pouvoir trouver l'infection naturelle chez cinq chiens, l'un à Touba, l'autre à Siguiri et les trois derniers à Kouroussa. En voici les observations :

i° « Aglaé » est une chienne de deux ans née à Gonakry vers le mois de mai iqo3 d'une chienne et d'un chien européens. Elle a suivi la colonne envoyée contre les Koniaguis par Boké, Kadé à Youkounkou, est revenue par Toubah à Télimélé où elle devient la propriété du chef de poste, M. Cugnier. Vigoureuse et très gaie à cette époque, elle allait à la chasse très vive et très alerte. En novembre 1904, elle accompagna son maître dans une tournée dans la vallée de la Kakrima, puis en janvier 1905 elle fait la route de Télimélé à Toubah. C'est là qu'elle présenta en mars 1906 un amaigrissement progressif qui dura un mois. Elle reprend son embonpoint en mai et juin, mais avec l'établissement de la saison des pluies, elle se remet à dépérir. Nous l'examinons le 17 juin : Elle est amaigrie et se trouve dans un état de prostration manifeste. La tête est basse, le regard est triste. Les poils tombent facilement. Elle a de la paralysie du train de derrière. Aussi la démarche est pénible, elle fait des faux pas et manque à chaque instant de tomber sur le côté. Son maître croyait qu'elle avait dû recevoir la veille un coup de bâton sur les reins. Le ventre est ballonné. Il existe de l'écoulement du nez et du vagin. Elle se réfugie en un coin où elle reste couchée et d'où il est impossible de la déloger. Sa 6 est de 4o,6.

THY-PANOSOMIASË DES CIllUNS

Go

A l'examen microscopique, nous trouvons dans son sang de très nombreux trypanosomes.

D'après les renseignements donnés par M. Cugnier, La fièvre a augmenté après notre départ, puis a diminué; mais l'animal était toujours très triste, restait couché toute la journée, très paresseux et très faible. L'appétit a diminué. Tout aliment, sauf la viande, était refusé. L'amaigrissement est resté stationnaire. Vers le i4 août, la chienne était encore plus fatiguée, et en septembre elle présentait un aspect squelettique. L'œil restait vif, mais l'animal s'effondrait à la moindre pression sur la colonne vertébrale. Il n'aurait pas été en rut à la période habituelle.

Nous inoculons i ce. de son sang contenant de nombreux trypanosomes à deux chiens, l'un jeune, l'autre fort et vigoureux.

Le premier, quatre jours après, ne laisse voir aucun parasite, mais en sortant de sa cage il titube, marche de travers, tombe, se relève et fait quelques pas pour retomber plus loin. Finalement il s'étend sur le côté les jambes allongées. Le lendemain, les yeux présentent un écoulement léger. Il y a de la paralysie du train de derrière, de l'incontinence d'urine et l'animal meurt en hypothermie sans avoir montré aucun trypanosome dans son sang. A l'autopsie, sauf une légère hypertrophie de la rate, il n'y avait rien de particulier à signaler.

Le deuxième chien inoculé avec du sang « d'Aglaé » examiné très méticuleusement et très régulièrement pendant cinq mois (fin j uin à novembre), a laissé voir des filaires parfois, mais jamais de trypanosomes. Il a présenté à un moment de l'amaigrissement, de la faiblesse de la colonne vertébrale, et un peu d'oedème du ventre, puis il a paru se rétablir. L'injection de son sang à deux rats blancs, à un cobaye, à un mouton et à deux Cercopithecus callitrichus a été négative.

2° A Siguiri, un chien âgé de onze mois, né dans ce poste, est malade depuis trois mois. Bien portant jadis et de bel aspect' les poils ont commencé à tomber il y a trois mois, puis l'animal a présenté une démarche particulière. Il allait de côté, perdait l'équilibre, tombait au bout de quelques pas pour se relever ensuite, se remettre en marche et retomber. Ces phénomènes ont duré deux mois. Puis la vue s'est affaiblie, les deux yeux ont été atteints d'amaurose et celui de gauche offre aujourd'hui une cec.té complète. L'animal va mieux actuellement. Plusieurs

LES THYI'AINOSOMIASKS liN OUIMKK RRANÇAJSE

examens (Je son san- oui été faits à de nombreuses reprises. Nous n'avons aperçu qu'une l'ois un seul trypanosanie,

D'antres chiens dpuleux indigènes dont les poils touillaient et qui présentaient, avec, de la faiblesse dn train de derrière, de l'amaigrissement, n'ont rien laissé voir dans le sang.

A Kouronssa, nous observons trois cas d'infection naturelle, dont deux suivis de mort, chez des chiens appartenant à des européens :

3° M. de Gandillac possède une chienne née sur les bords du Niger, à Irikiri, le 23 décembre 1904. Elle avait à peine un mois quand elle a passé aux mains du possesseur actuel. Celui-ci raconte qu'elle n'a jamais été malade, sauf depuis le 10 novembre dernier (c'est-à-dire depuis une semaine) où les symptômes actuels ont commencé à apparaître, moins caractérisés et moins accentués qu'aujourd'hui.

A la date du 16 novembre iqo5, l'animal est très amaigri, porte la tète inclinée vers la droite et ne peut faire plus d'une dizaine 4e pas sans tomber. 11 se relève pour retomber un peu plus loin sur le côté et toujours du côté droit. La veille au soir, on a dû le tenir pour lui permettre de manger, en lui maintenant la tète au-dessus du plat. Dès qu'il n'était plus soutenu, il tombait de côté. L'appétit est conservé. La faiblesse du train postérieur est grande. La chienne s'effondre quand on presse la région lombaire de la colonne vertébrale. Elle n'a pas eu d'œdème des jambes et ne présente rien de particulier du côté des yeux ni du nez. Le 16 novembre, nous n'avons rien vu dans le sang, le 17 non plus ; le 18 nous trouvons un trypanosome. L'état de la chienne s'est légèrement amélioré. Elle mange seule et peut parcourir plusieurs mètres sans trop de difficulté. Apercevant des chiens s'amusant entre eux, elle prend sa course pour les rejoindre, tombe en route, se relève et continue à courir.

Le 19, la chienne marche toujours de côté, mais ne tombe plus. Elle a même sauté sur une chaise assez facilement. L'allure générale est bonne, mais les poils s'arrachent facilement.

Cinq jours après, l'animal reprend sa démarche ordinaire et ,„.,,, à recouvre ses forces et sa vigueur. Nous le revpyon,s à la lin de décembre. Son état extérieur parail excellent. L examen du sang reste uégatil.

TRYPANOSOMIASE DES CHIENS

D'après des renseignements donnés par M. de Gandillac, la bêle a supporté assez difficilement le voyage de 35o kilomètres jusqu'à Beyla, où son maître était désigné. Elle était enceinte au départ et a mis bas en arrivant.

Le 16 novembre, i ce. de sang de cette chienne, contenant de très rares trypanosomes, est inoculé à un cobaye, un petit chien, un Cercopithecus ruber, sans résultat.

Actuellement, d'après des renseignements qui nous sont parvenus (juillet 1906), elle est superbe et en parfaite santé. Son maître la croit parfaitement guérie.

4° « Lisa », née à Kindiah en février igo5, fille de chienne et de chien griffon nés dans la colonie, a suivi son maître, M. l'Administrateur Liurette, à Kouroussa, où elle est arrivée en juillet. Elle n'avait jamais été malade, quand le 20 novembre, au matin, brusquement elle se couche pour ne plus se relever. La veille encore, je l'ai vue en pleine santé, gambadant et courant, sautant sur les murs et piquant des courses folles dans le village. Peut-être semblait-elle seulement avoir légèrement maigri et avoir présenté quelques symptômes de tristesse. A neuf heures du matin, elle était allongée, couchée sur le flanc, les pattes étendues, la respiration haletante, le corps parfois agité de soubresauts et de tremblements. A l'examen microscopique de très nombreux trypanosomes sont vus. A deux heures, les yeux sont injectés, la langue est pendante. Il se produit une petite hémorragie nasale. La bête agite à chaque instant les pattes, pousse quelques faibles cris plaintifs. Elle meurt à six heures du soir sans souffrance, dans la position où elle se trouvait le matin.

Un Cercopithecus ruber reçoit 1 ce. 1/2 de son sang et n'en a pas été infecté.

5° « Brio » appartenant à M. Gourlat est un chien griffon âgé d'un an, arrivé en la colonie le i5 septembre 1906. Il séjourne à Fafota un mois et m'est confié à Kindiah, d'où je l'emmène à Kouroussa en passant par Toumanéa. En route il a été couvert de tiques, il a traversé des régions à tsetsés, a été piqué. Il est arrivé à Kouroussa un peu fatigué le 8 octobre et il a dû être porté aux dernières étapes. Sou sang examiné à cette époque renfermait d'assez nombreuses Maires, mais pas de trypanosomes.

LES TRYPANOSOMIASES KN GUINÉE FRANÇAISE

Vers le 20 novembre, alors qu'il suivait auparavant avec plaisir, tous les soirs, son maître à la chasse et revenait avec un grand appétit, il refuse le riz, mange encore volontiers de la viande et s'amaigrit légèrement. Il ne court plus, recherche l'ombre, prend une démarche lente et tranquille sans rien de particulier cependant dans le train de derrière. Les poils ne tombent pas. La tète est basse. Les yeux laissent couler un mucus épais.

Le ier décembre au malin, il est encore plus fatigué, il est pris d'un tremblement convulsif comme s'il avait un accès de fièvre. Le nez est brûlant, la respiration haletante. Malgré un léger appétit, il fait des efforts de vomissement. Il reste couché toute la journée.

Du 2 au 5 décembre, l'état reste le même. L'animal est très constipé.

Le 5, il refuse même la viande. Il boit un peu de lait et beaucoup d'eau. Il meurt dans la nuit du 6 au 7 décembre.

Le 6, vers 5 heures du soir, je suis appelé à l'examiner. Brio est étendu à terre sur le flanc, les pattes allongées, la respiration haletante. A l'appel de son nom, il remue la queue, mais ne peut lever la tête. Les yeux sont ouverts. Le corps est agité à de longs intervalles d'un tremblement. A 8 heures du soir, il ne répond plus à son nom. Les yeux sont fermés, la respiration est faible, et il meurt à dix heures du soir sans paraître souffrir.

A l'examen microscopique, je découvre de très nombreux trypanosomes.

L'autopsie a été faite. Les poumons sont le siège de foyers d'hépatisation à gauche, mais surtout à droite et à la base. Le foie, muscade, très friable, renferme quelques abcès. La rate très hypertrophiée est facilement réduite en bouillie.

Le 8 décembre, une injection de 1 ce. du sang de Brio est faite à un jeune chien, à un cobaye et à un rat.

Le chien, inoculé le 8 décembre, meurt en onze jours après avoir laissé voir le i3 des parasites non rares et avoir présenté, le matin du décès, du tremblement et de la perte d'équilibre.

Le rat meurt en 26 jours.

10, i3 dcc. 0

,0 Assez nombreux trypanosomeS

thypanosomiase des chiens

22 et 23 Assez nombreux

25 et 2? Assez nombreux

o0 Nombreux [er janvier Nombreux

Mort. Rate hypertrophiée

Le cobaye meurt en 46 jours.

8, io, i3 déc. 0

If) Rares trypanosomes

22 Non rares

23 Assez nombreux 25 c]ec Non rares

30 Nombreux ier janv. Très nombreux

6, io, iG, 18 id.

23 id-

Mort dans la nuit du 23 au 24.

Le 23 décembre, un premier chien reçoit 1 ce. de sang du cobaye Brio et meurt en 16 jours.

25 et 3o déc. o

1er janv. Nombreux

G janv. Non rares

10 Très nombreux

Un deuxième chien reçoit 1 ce. de sang- du rat et meurt en 16 jours, après avoir présenté, le 6 janvier, de l'amaurose des deux yeux et de la faiblesse du train postérieur.

20 déc. 0

3o Peu nombreux trypanosomes ie'janv. Nombreux trypanosomes

io Très nombreux

Le 11 janvier, deux chiens sont inoculés avec le sang1 du chien précédent : l'un meurt en 19 jours, l'autre en 21 jours, dont 7 jours et 5 jours d'incubation.

Injection

Injection

iG

0 tryp.

Nombreux

Non rares

Très nombreux

Assez nombreux

Très nombreux

id.

Nombreux

Nombreux

Assez nombreux

Mort dans

la nuil du 3o au 3 1 .

Mort le i

" lévrier.

LES TRYPANGSOMIASES EM GUINÉE FRANÇAISE

Chien 'Brio

Chien (î^

Chwv7+n* (g) Chien:5*i6: (g)

^at:7+l%=(^ rÛÀien:7+^(£2)

Gercopilliecuâ calliirichus (fô)

Souris. -M* 8 = ^ Souris: 3+6 = (s^

Cobaye Q Gobaye: 20+26= (tô) Souris:9*it^) Souris. 9+J$= (24)

Souris :Â+i7=(2ï) Souris (7%

tfourùQ)^

Souris(îd^ Soiuis ^Souris Çg^

Souris (T) Souris Çfr^

Souris H A Jouru

(7o^ Souris (?)

SourùÇT^ Souris (è

Souris (?) Souris (77^

Souris [8

Souris (7ô^

Souris (?) Souris (fz^ Souris (?) Souris: 16+i= (7$)

Souris (?) Souris--}* /0-(^) Sowù:}+8(7^ Sourù-ïï+D^T^ Soui-is:6 + 6=(7$)

— Souris (7o)

Souris: 6 + 6 = (7?) Sowis: 6+9 = (7$)

Souris (%(^ ^ Souris (S?) Souris (72^ Souris (7o^ JourisQï^ Souris

TRYPANOSOMIASES DES CHIENS

Un troisième chien, après sept jours d'incubation, montre ensuite à chaque examen des trypauoson.es assez nombreux, rares ou nombreux. Il meurt quinze jours après, soit en 22 jours

Deux rais succombent en dix-neuf jours (dont 7 d incubation)

et en quinze jours.

Un singe Cercopithecas callitrichus résiste 43 jours après avoir laissé voir dans le sang des trypanosomes assez nombreux. A l'autopsie, la rate fut trouvée très hyperLrophiée.

Un Cercopithecus ruber ne s'est pas infecté.

Le 3 avril, trois cobayes furent inoculés avec du sang d'une souris en expérience.

L'un ne présenta jamais de parasites dans le sang.

L'autre en montra trente-six jours après l'inoculation.

Le troisième (vingt jours d'incubation) meurt en quarante-six jours (trypanosomes toujours très nombreux).

Les souris résistent de 24 et i5 à 7 et 6 jours. L'incubation ordinairement de 4 à 6 jours peut atteindre 9 et même une fois 16 jours.

A l'état frais, le parasite flagellé ressemble au Trypanosoma dimorphon. Sur de nombreuses préparations colorées, aussi bien sur les plaques de sang des animaux infectés naturellement que sur celles des animaux de passage, nous n'avons jamais vu de flagelle libre.

On sait que beaucoup de trypanosomiases sont propagées par les mouches piquantes, mais les carnivores peuvent s'infecter en m anse an t des animaux morts de Surra, s'ils ont des érosions ou des plaies de la peau ou de la muqueuse buccale. Steel a constaté qu'un jeune chien nourri de viande de mule morte de Surra avait treize jours après des parasites dans le sang. Lingard a rapporté que des chiens de chasse mordus par une hyène tombèrent malades. A Maurice, des chiens s'infectèrent en buvant le sang des bœufs qu'on saignait. Il était facile de constater en leur palais de légères érosions. Lignières (1) a bien mis en évi-

1 . Lignières, Les maladies tropicales des animaux domestiques, Rapport présenté à la Sect. Palh., VIII0 Congrès inlern. de médecine vétérinaire, Budapest, sept. 1906, analysé in Bulletin /us/. Pasteur, tome III, p. g40 . Contribution aux modes de contagion des try p. , Contagion du Nagana par morsure, Bull . et mérri. S<><- . centr. vétér., t . LXXXIII, 3o juin 190O.

dence la contagion du Nagana par morsure. La présence du trypanosome-dans la salive paraît bien liée à celle du sang. En Guinée, nous avons vu presque tous les chiens, et particulièrement Lisa et Brio, à Kouroussa, porteurs aux oreilles de plaies

Fig. 8. — Tryp. du chien « Aglaë. ».

Infection naturelle.

Fit;'. 9. — Tryp. du chien « Brio ».

Passage chez souris.

sanguinolentes entretenues par les grattages de l'animal et par les écorchures produites dans la brousse épineuse. De nombreuses mouches venaient s'y poser et pouvaient aller ensuite déposer le virus sur une plaie semblable d'un autre animal. Les chiens, même en jouant ou en se léchant et se mordillant entre eux, pourraient peut-être s'infecter ainsi au moment où leurs gencives devaient saigner et donneraient l'explication des trois cas de trypanosomiase naturelle observés à Kouroussa.

Page 1