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CHAPITRE VII

TRYPANOSOMIASE DU PORC

Le porc est sensible expérimentalement à diverses trypanosomiases, mais Ochmann, vétérinaire de l'Est africain allemand, est le premier qui ait signalé, en mai igoS, un cas d'infection naturelle (i) chez cet animal. Chez trois malades sur cinq examinés dans un troupeau de porcs à Dar-és-Salam, le sang renfermait de très nombreux trypanosomes plus courts et relativement plus trapus que le T. bruceù L'allure de la maladie était aiguë. La température atteignait 4i° et les animaux couchés sur le sol étaient presque hors d'état de se traîner.

En Guinée, nous avons eu l'occasion de voir un trypanosome dans une lame de sang coloré d'un porc des rives du Tinkisso et de trouver une autre fois, à l'état frais, chez un de ces animaux, aux environs de Kouroussa, un Flagellé avec lequel nous avons obtenu plusieurs passages.

Les porcs sont plutôt rares. On eu trouve seulement dans la région autrefois rattachée au Soudan. Ces animaux, importés de France à Kayes, parvinrent ensuite à Siguiri et à Kankan et furent très lents tout d'abord à se reproduire. Actuellement, ils se perpétuent assez facilement. A Siguiri, nous avons examiné le sang de sept porcs et à Kankan celui de dix de ces animaux sans voir aucun parasite.

A sa concession de Dragaclougou, sur les rives du Tinkisso, où les mouches piquantes (tsetsés et taons) sont nombreuses, M. Brings, prospecteur, élève une quinzaine de porcs. Il n'a perdu dans l'année qu'une femelle morte subitement pendant la nuit.

[. R. Ochmann, Trypanôsomiasis beim Schweine, Berlin, tierœrstl, Woch., ii nmi 190"), n° 19, p. 3.B7, 338, fi»-, in Irxle.

74 L,ÎS TRYPÀNOSOMÏAStSS EN GUINÉE FRANÇAIS K

Actuellement (décembre r9o5), un mâle venu de Siguiri depuis deux mois, esl souffrant. Il marche, la tête basse, avec difficulté en traînant les pattes de derrière, [la des alternatives de rechute et de g-uénson. C'est dans l'une des préparations ,1.3 son sang étalé et coloré au Leishman que nous avons vu un seul trypanosomc.

A Irikiri, sur les bords du Niger, M. Poiré, colon, possède depuis le commencement de 1904 un troupeau de pores d'ailleurs en bon étal que l'on conduit dans la journée an pâturage, non loin du fleuve ou de petits marigots sur les rives desquels existent des tsetsés. On les ramène le soir à la ferme où ils passent la nuit. A noter qu'un sanglier de brousse âgé de dix-huit mois vit dans les écuries avec les porcs : Nous n'avons rien vu dans son sang et une injection de i ce. de ce sang à un cobaye n'a donné aucun résultat.

Au commencement de 1906, le troupeau comprenait :

2 femelles achetées à Kaakan ;

2 mâles achetés à Bamako ;

2 mâles nés à Irikiri ;

1 mâle venu de Kankan ;

4 mâles el femelles arrivés de Siçuiri.

Sur ces onze animaux :

i° Une femelle née à Irikiri en juin 1904, mourait en mai 1900 après avoir été malade vingt-quatre heures à peine (Fièvre et dyspnée).

20 Un mâle, légèrement amaigri et abattu, succombait en août en hypothermie après avoir présenté pendant cinq à six jours du tremblement, de la paralysie du train postérieur. La colonne vertébrale étaitsaillanle, la tète basse ; l'animal titubait en marchant. Il a eu l'appétit conservé j usqu'au dernier moment.

3° Une femelle sortie le matin en très bon état, mourait (en septembre 1905) à deux heures de l'après-midi et si brusquement le propriétaire a cru à une morsure. Elle n'a présenté ni amaigrissement, ni symptôme d'aucune sorte avant la mort.

Sur les huit porcs restant, tous porteurs de tiques, examinés h; 21 novembre ujo5, une truie seule nous laisse voir un trvpanosome unique.

Elle est âgée de deux ans, vient de Kankan, et elle est à Irikiri depuis mars i\)Of\. Elle a toujours été bien portante, niais

trypanosomia.se du porc 75

l'année dernière, elle a présenté aux oreilles des plaies résultant d'écorchures dans la brousse. Les mouches s'y posaient assez souvent. Nous l'amenons à kouroussa en décembre. Le 21 novembre, nous n'avions vu qu'un seul trypanosome, les 8, 9, 10, n décembre nous n'en voyons aucun, mais le i3 décembre un trypanosome est de nouveau aperçu. Le 24 et le a5 l'examen est encore négatif. Elle n'a présenté aucun symptôme bien caractéristique, sauf un peu de faiblesse du train postérieur.

Un rat inoculé le i3 décembre avec 1 ce. de son sang est mort treize jours après sans avoir laissé voir aucun parasite.

Un chien reçoit aussi à cette date 2 ce. de sang sans résultat ; mais une nouvelle inoculation le 25 décembre permet de l'infecter. Le 3o décembre et le icr janvier, les parasites ne sont pas rares. Ce chien meurt le 3 janvier au matin. A l'autopsie, les poumons sont légèrement hépatisés. La rate est très volumineuse. Le foie est gros, friable, pâle et décoloré.

\Jn Cercopithecus callilrichus inoculé le Ier janvier à Farana avec du sang de ce chien, meurt en quatre-vingt-six jours, dont dix d'incubation. Du 10 janvier au 10 février, les parasites sont vus tantôt assez nombreux, tantôt très rares et parfois même ne sont pas aperçus; puis, jusqu'au 28 mars, date de la mort, ils sont présents dans le sang à chaque examen.

Le 11 janvier, un cobaye et un rat reçoivent vainement 1 ce. de son sang, mais le 23 janvier, nous inoculons positivement un rat qui succombe en 28 jours dont 12 d'incubation (les trypanosomes très nombreux au moment de la mort avaient été parfois absents) et qui infecte un chien treize jours après l'inoculation. Celui-ci meurt en vingt-six jours (parasites rares).

Un cobaye qui avait reçu le 7 février une première injection de sang virulent de ce rat sans être infecté est inoculé de nouveau le 26 février. Il meurt en 3g jours, après avoir présenté des parasites tantôt rares, tantôt nombreux. L'examen même fut négatif la veille de la mort.

Un rat inoculé vainement le 7 est réinoculé le 25 positivement et nous sert à faire des passages sur rat (25 jours de résistance dont 9 d'incubation) et sur souris. Celles-ci, après des périodes d'incubation de onze, neuf ou huit jours et plus généralement de trois à cinq jours ont succombé en 33, 25 et 19 jours, le plus souvent en 7 .-à ro jours (trypanosomes toujours excessivement

76 u:s TIIYI'ANOSOMIASKS EN GUINÉE FRANÇAISE

Porc

G/ûe/i:S<>9= (ii) jours

Cercopiuucus eattOrùJuu: 10*76^(8^ Cercopillucus ruôer Ço^

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Chien: 13 ^3 ^(u^ Cobaye (g) Jfa/ (?6) TjatQ

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TRYPANOSOMIASK DU lJOUC

nombreux dans le sang). Le lableau ci-joint donne un résumé complet de la généalogie de noire trypanosome trouve chez le porc.

A l'état frais, entre lame et lamelle, on aperçoit les parasites se déplaçant lentement et restant dans le champ du microscope,

Fig. 10. — Trypanosomes du porc dans le sang de souris. (Gross1 i5oo).

les uns se tortillant sur eux-mêmes à la façon d'un têtard, s'arrêtant brusquement et repartant de la même façon. Nous

Fig. ii. — Trypanosomes du porc dans le sang de rat (Gross1 i5oo).

n'avons pas vu de flagelle libre, le protoplasma se continue le long du flagelle jusqu'à son extrémité.

Ce trypanosome a une tendance manifeste à s'agglutiner dès

LES THYl'ANOSOMIASES EN GUINÉE FRANÇAISE

que le smg d'une souris est mis entre lame et lamelle. Sur les préparations colorées, on en rencontre associés par deux- 1rs u^aff rontés par leurs extrémités, les autres accolés la'téra-

On aperçoit des formes de 20 à 23 de long et d'autres de i3 à 15 ;,. Le noyau a 2 p., 2,5 et 3 La largeur atteint 3 La dislance du noyau au centrosome est de 3,5 à 4 u..

CHAPITRE VIII DÉTERMINATION EXPÉRIMENTALE DES TRYPANOSOMIASES DE GUINÉE

L'individualité d'une trypanosomiase ne peut le plus souvent être établie que par une comparaison avec d'autres, déjà connues et étudiées. En effet, la morphologie et la biologie des trypanosomes ainsi que l'étude de la virulence de la maladie expérimentale ne suffisent pas toujours. La virulence d'un trypanosome ne devient fixe qu'après un certain nombre de passages. Laveran et Mesnil (i), Schilling (2), Koch (3) et Martini (4) ont étudié particulièrement celte question. Il importe de rapporter les trypanosomes à une origine connue et de suivre leur généalogie pour avoir des résultats comparables. Une même trypanosomiase peut revêtir des virulences variables et une forme atténuée ne vaccine point contre la forme exaltée (Koch et Martini). La méthode de choix consiste, comme l'ont déjà montré à plusieurs reprises MM. Laveran et Mesnil (5), à inoculer le nouveau virus à des animaux guéris d'une infection par un virus déjà connu, et ayant l'immunité pour ce virus.

Pour confirmer nos recherches sur les trypanosomiases de Guinée et sur le T. dimorphon, nous avons voulu employer cette méthode de différenciation par un animal guéri. Elle n'a pas donné les résultats que nous attendions, car on va le voir, les

1. Laveran et Mesnil, Tri^panosomes et trypanosomiases, Masson, Paris,

■2. Schilling-, Arbeit. ans dem Kaiser/.. Gesundheitsarnte, t. XXI, 1904. '.'>. Koch, Dealsch. med. Woch., 17 nov. 1904.

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