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DIAGNOSTIC, PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT DES TRYPANOSOMIASES

§ 1 . — Trypanosomiases animales

Nous avons décrit les manifestations de la maladie spontanée chez les divers animaux : c'est peut-être chez l'âne et le cheval que les symptômes sont les plus accusés.

Il est difficile de déterminer exactement la période d'incubation et dans les troupeaux de boeufs ou de moutons, on trouve le trypanosome chez des animaux que rien ne permettait de soupçonner. Il existe une période latente, variable non seulement avec la résistance des bêles, mais très probablement aussi avec les modes d'infection qui peuvent être plus ou moins sévères.

Puis l'amaigrissement commence, la marche est chancelante, le train postérieur est paralysé. Le poil tombe, les muqueuses se décolorent, les tares ophtalmiques sont fréquentes, l'œil est atteint d'amaurose, les fonctions digestives se troublent et on observe, soit de la diarrhée, soit de la constipation. La lièvre se déclare par intermittence. L'hyperthermie est presque de règle à l'approche de la mort qui peut survenir brusquement après une dyspnée plus ou moins intense en relation avec l'hydropéricardite. Les lésions analomo-pathologiques de la trypanosomiase ne sont pas caractéristiques. On les retrouve dans toutes les maladies d'épuisement et il est malaisé après la mort d'établir un diagnostic.

Le plus ordinairement, la rate est grosse et ramollie. Le foie est parfois hypertrophié, décoloré. Le sang est aqueux, comme lavé. Les plèvres et le péricarde sont souvent le siège d'un épanchetnent.

LES TIIYPANOSOAIIASES EN GUINÉE FRANÇAISE

Les trypanosomes peuvent disparaître au cours de la maladie pour reparaître plus tard. Il n'est pas rare de voir au microscope des parasites très nombreux la veille et de ne plus en apercevoir un seul le lendemain, même après un long examen sérieux. On cherche souvent vainement les Flagellés les jours qui précèdent la mort et le sang peut devenir avirulent. Il n'infecte pas des animaux d'expérience et le diagnostic par l'épreuve des animaux sensibles est impossible.

De l'absence de trypanosomes à l'autopsie, il ne faut donc pas rejeter l'idée de Irypanosomiase et l'histoire des commémoralifs rendra service pour l'établissement du diagnostic.

La prophylaxie et la thérapeutique des trypanosomiases paraissent devoir entrer dans une voie nouvelle. MM. Mesnil et Nicolle, dans leur travail récent sur le traitement des trypanosomiases par les couleurs de benzidine, en ont résumé les principes directeurs. Nous leur faisons un large emprunt dans les lignes suivantes.

La presque totalité des trypanosomes passant par un hôte invertébré, l'idéal évidemment consisterait à détruire celui-ci. La difficulté d'atteindre les Glossines et les Tabanides durant la phase larvaire ne laisse guère espérer une réussite. On connaît peu les conditions de leur reproduction. Certaines tselsés adultes s'éliminent d'elles-mêmes en disparaissant avec le gros gibier africain, mais il n'est pas démontré que pareille chose ait lieu dans le cas de Glosslna paipalis qui transmet le trypanosome humain. Reste donc la protection des animaux sensibles contre les piqûres des insectes dangereux.

On peut, dans une certaine mesure, protéger par des toiles métalliques les écuries et les étables. On sent tout ce qu'une telle prophylaxie offre d'ardu et souvent d'illusoire. Pendant certaines périodes dangereuses, au commencement de l'hivernage, tout au plus pourrait on mettre à l'abri les animaux reproducteurs et les bêtes de prix. En Cochinchine, les Annamites entretiennent clans les parcs à buffles des brasiers aux fumées épaisses (i). Cette mesure est à préconiser dans les pays contaminés.

Le docteur Morel (2) rapporte qu'au Chari, où il a constaté la

1. Vassal. Trypanosomiasc des chevaux de l'Annam, Ànn. fnst. Pasteur, t. XXV, avril 1906. ' .

■2. Morel, Notes de géographie médicale : Le Chari, Ann. flyg. et mal. col .

1 go3, n° 2, p . 2G6

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présence de tsetsés et l'existence de trypanosomiases, les chevaux et le bétail nécessaire à la consommation et qui doivent hiberner aux bords du fleuv«,sont enfermés pendant le jour dans de grandes cases obscures remplies de fumée et menés au pâturage et à l'abreuvoir pendant la nuit.

Quant à la mesure radicale par excellence, l'abatage global des sujets infectés, elle n'est de mise que dans des régions bien limitées, les îles notamment. La prophylaxie la plus élémentaire commande de supprimer ainsi au plus tôt une source de virus, mais les prescriptions sont différentes quand on a affaire à un pays envahi pour la première fois ou à un autre qui subit des récidives périodiques. Or, il est à croire qu'en Guinée, les trypanosomiases sont répandues à peu près également partout. Il faudrait établir que certains points indemnes existent encore et ce serait là qu'il faudrait faire de préférence l'élevage du bétail.

On a cherché aussi à rendre les animaux réfractaires en les vaccinant, mais le procédé de Koch-Schilling (pour les Bovidés) ne paraît pas s'être répandu.

La sérothérapie n'ayant conduit à aucun résultat pratique, on s'est adressé aux composés chimiques. Cette thérapeutique nouvelle permet d'escompter la disparition des trypanosomiases, mais, comme Laveran.l'a fait aussi remarquer, dans une certaine mesure seulement, car les sujets guéris ne possèdent pas l'immunité.

« C'est là une circonstance très défavorable en ce qui concerne « le Nagana, dont l'agent de transmission paraît exister toute « l'année; mais l'inconvénient s'atténue beaucoup si nous exa- « minons les maladies convoyées par les Tabanides, lesquels ne « se rencontrent que durant une saison, parfois durant quelques « semaines simplemen-t (élude des Sergent sur la trypanosomiase « des dromadaires d'Algérie). On a donc alors tout le temps néces- '( saire pour détruire les parasites dans le corps des mammifères « infectés. Ce faisant, on réalise non seulement la thérapeutique « de l'individu atteint, mais encore la prophylaxie de toute la « collectivité puisque l'on supprime, pendant une période plus « ou moins longue, voire indéfinie, les parasites du sang circule lant. Même pour ce qui regarde les trypanosomiases à tsetsés, « on a le droit de prévoir, à la suite de l'emploi des moyens « chimiques, un abaissement progressif de la morbidité, carce

LES THYPANO80MIASES EN GUINÉE FRANÇAISE

« traitement permettra de tarir de plus en plus le « réservoir de « virus » actuellement existant.

« Ajoutons, en terminant, que la majorité des médicaments « efficaces manifestant un pouvoir préventif très net, celui-ci « sera utilisé avec fruit quand il s'agira de faire traverser aux « animaux une zone à tsétsés, ou de les rendre réfractaires lors « de la saison des laons » (i).

Laveran et Mesnil ont poursuivi l'élude des arsenicaux appliqués à. la thérapeutique du Nagana expérimental après Lingard et Bruce qui avaient noté quelques guérisons par traitement arsenical chez' les Equidés atteints de Surra et de Nagana.

Ehrlich et Shiga, en découvrant le Trypanrolh, Thomas en introduisant I'atoxyl, dérivé arsenical remarquable par sa faible toxicité et son efficacité, ont fait faire un grand pas au traitement des trypanosomiases.

<( L'impossibilité d'obtenir à . coup sûr des guérisons, par « l'emploi exclusif de l'un quelconque des médicaments, devait « forcément conduire à tenter l'association de deux ou plusieurs « des dérivés efficaces. C'est ce qu'a fait Laveran, peu après la « découverte du Trypanrolh, en injectant celte couleur le len- « demain d'un traitement arsenical et en renouvelant, plus ou « moins fréquemment, l'administration des deux composés c actifs. Il a pu guérir ainsi : des rais, des souris et des chiens, « infectés de Mbori et de Surra de l'île Maurice ; des rats, des « chiens et deux macaques (M. rhésus) inoculés avec le Trijpa- « nosoma gambiense ; et deux chiens atteints de Dourine expé- <( rimentale.

« Thomas est favorable, lui aussi, à l'emploi combiné de « l'acide arsénieux et du Trypanrolh ; toutefois, ayant reconnu « la supériorité de l'atoxyl sur le premier de ces dérivés, il « donne, dans ses recherches, la préférence au couple « atoxyl- « Trypanroth ».

Mesnil et Nicolle ont non seulement étudié les fadeurs chimiques qui président à l'activité des couleurs de benzidine, mais ont aussi cherché à trouver des agents médicamenteux supérieurs au Trypanroth vis-à-vis des diverses affections à trypanosomes. Leurs résultats vis-à-vis du Nagana, du mal de Caderas

i. Mesnil el Nicolle, Traitement des trypanosomiases, II- partie, p. 5i4, Ann. Tnst. Pasteur, t. XX, juillet 1906.

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cl ch. Surra avec les couleurs Cl, Pli, T, «, A et A', l'une ou l'autre exclusivement administrées, permettaient de prévoir aussi des résultats non moins efficaces et excellents pour le traitement du T. dimorphon et du T.gambiense par les couleurs. M. Wenyon (i) a vu, à l'Institut Pasteur, que la meilleur couleur pour le traitement des souris infectées de T. dimorphon,

esta. .

Mesnil et Nicolle, poursuivant l'étude des arsenicaux actits (arsénite et arsénialc de Na, arrhénal, atoxyl), ont démontré également que l'aloxyl est le meilleur.

On peut donc espérer beaucoup du traitement des grands animaux soit par l'aloxyl, soit par une couleur appropriée au trypanosome particulier, soit par une alternance des deux.

| 2. Prophylaxie de la Trypanosomiase humaine

La maladie du sommeil est très répandue dans nos colonies africaines et il est à craindre qu'elle ne prenne de l'extension, car on sait combien depuis quelques années elle a causé de grands ravages dans l'Ouganda et dans l'Etat indépendant du Congo, combien sa marche a été nettement envahissante. Les maladies de misère favorisent d'ailleurs sa propagation et peuvent faire revêtir à la trypanosomiase, ordinairement endémique, un caractère épidémique. Des mesures énergiques et sérieuses, les unes générales, les autres particulières, doivent donc être prises pour empêcher le fléau d'atteindre des contrées jusqu'ici épargnées.

La lutte sera longue et difficile. Elle doit être d'autant plus tenace que le péril est grand. Des contrées entières sont dévastées et les indigènes succombent en grand nombre. Les blancs paient eux aussi un large tribut à la maladie et la science médicale s'enrichit tous les jours de nombreuses observations indéniables de trypanosomiase humaine chez les Européens. En trois ans (190.3 à igoQ), Broden en a relaté sept cas rien qu'àLéopoldville.

11 résulte des recherches de Bruce (2) et de ses collaborateurs

1. Voir Nicolle cl Mesnil, Congres tle la British medic. Assoc. , Toronto, août 1906.

2. Bruce et Nabarro, Discussion on trypanosomiasis, British med. Association, Congrès d'CKford, 2."> juillet 190/1 ; British. med. Journal, 20 août 1904, analyse in Bulletin Pasteur, t. II, p. 883.

LES TRYPANOSOMIASES KN GUINÉE FRANÇAISE

que la piqûre par la mouche tsetsé infectée paraît èlre le seul mode d'infection naturelle de la maladie. La Glossina palpalisen sciait le principal agent de dissémination, mais il est possible que d'autres espèces de Glossina soient capables également de propager la Trypanosomiase humaine. Or, la distribution des tsetsés est beaucoup plus considérable que celle de la maladie du sommeil et celle de la Glossinu. palpalis déborde encore celle de la Trypanosomiase humaine qui reste une perpétuelle menace pour ces régions à mouches. Notre devoir est d'en garantir les peuplades indigènes encore indemnes.

En attendant de trouver le moyen pratique de détruire les mouches, soit à l'état de pupe, soit à l'état adulte, ce qui serait certes la façon d'arriver le plus sûrement et le plus rapidement à des résultats remarquables, il importe de se mettre à l'abri de leurs piqûres. Le professeur Laveran (i) conseille de choisir l'emplacement des maisons loi4i des endroits humides et marécageux où abondent les tsetsés, loin aussi des cases où se trouvent des indigènes atteints de maladie du sommeil. L'habitation sera protégée au moyen de toiles métalliques contre la pénétration des mouches. Cette défense mécanique des habitations qui a rendu de si grands services dans la prophylaxie du paludisme n'est pas toujours réalisable. Il faudra alors installer dans le logement, soit une simple chambre grillagée, soit une grande moustiquaire dont on surveillera avec un soin jaloux les inévitables déchirures. Sous cet abri l'Européen pourra travailler en sécurité, prendre ses repas, faire la sieste. La tsetsé pique surtout dans la journée. Dans les voyages dans la brousse et surtout sur les rivières, en vapeur ou en pirogue, il sera ind.qué d avoir des souliers hauts, de fixer à la coiffure une moustiquaire en tulle qui enveloppera la tète et le cou et de mettre des gants qui garantiront les mains et les poignets. Les vêtements épais sont difficilement supportés en pays chauds : ils devront être suffisamment flottants pour empêcher la trompe de la tsetsé d arriver au contact de la peau. Le lit pliant sera toujours muni de sa mous-

UMaisrCtous ces moyens de prophylaxie individuelle sont accessoires et secondaires. Suffisants pour protéger 1 Européen, ils

, Laveran, Trypanosomiase, «V, Traité de médecin,, Brouardcl el C.ilbrr.,

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sont impossibles à suivre par l'indigène qui vit dans des conditions toutes spéciales.

Pour enrayer le mal. un principe de prophylaxie générale doit nous guider : tout homme atteint de trypanosomiase constituant un véritable foyer d'infection dans une localité infectée de tsetsés, le mieux serait d'entraver non seulement les exodes de population des centres infestés vers les centres sains, mais aussi le départ des habitants des régions non contaminées vers les zones dangereuses où ils peuvent s'infecter.

L'ouverture de contrées nouvelles à la pénétration ou au commerce européen a toujours été suivie d'un accroissement considérable de la maladie. Dutton et Todd ont bien montré par quelles voies elle s'est étendue progressivement dans l'Etat indépendant du Congo depuis une vingtaine d'années, le long des routes de transport.

Il n'est guère facile dans des pays où les migrations des caravanes sont indispensables aux échanges entre des peuplades d'ailleurs très mobiles, d'empêcher l'extrême dissémination de la maladie. Aussi avant d'arriver à modifier les moyens de transport et à supprimer le portage le plus possible, est-il nécessaire au moins de surveiller les conditions dans lesquelles sont recrutés actuellement les porteurs. Dutton et Todd (i) qui ont nettement mis en évidence l'importance de l'hypertrophie ganglionnaire et de l'examen du liquide de ponction pour le diagnostic de la trypanosomiase humaine, en tirent d'utiles indications au point de vue de la prophylaxie de la maladie du sommeil. Us conseillent l'établissement le long des routes principales de postes d'inspection où, même en l'absence de médecin, toute personne intelligente qui aura reçu quelques instructions particulières, pourra poser un diagnostic en palpant les glandes cervicales. Les sujets douteux pourront être envoyés au plus proche médecin qui les gardera en observation. Celui-ci sera prudent, n'oubliera pas que des sujets en bonne santé apparente peuvent être dangereux et que des améliorations existent, trop souvent passagères.

Les noirs infectés ne devront pas pénétrer dans les districts indemnes et les individus malades de ces dernières régions

i. Dutton et Todd, Reports of the expédition to the Congo, I9o3-ioo5 Lœerpool School of trop med., mem. XVIII, mars :9o4 ; Todd, Un moyen d enrayer 1 extcns.on de la maladie du sommeil, Lancet, 7 juilleî igoG.

seront expulsés dans les centres déjà infectés. On surveillera tout spécialement l'introduction de travailleurs en trop grand nombre dans un pays sain et le recrutement des indigènes comme soldats. On construira un hôpital en un emplacement judicieusement choisi. Là un traitement approprié, appliqué dès le début, rendra de grands services.

A cause de l'insouciance des noirs, l'application régulière de mesures prophylactiques sérieuses est difficile. Nous pensons avec Christy (i) qu'il faut surtout étudier les mœurs de la G. palpalis, ses migrations et les mois de l'année où elle est la plus dangereuse et déterminer exactement les territoires occupés par la mouche pour les isoler aussi complètement que possible. Nous insistons particulièrement sur la nécessité de faire connaître à l'indigène son ennemi qu'il ignore. Il faut l'instruire du danger des piqûres des tsetsés et le mettre à même de s'en proléger. En certaines colonies (Guinée), il connaît d'ailleurs la valeur de l'hypertrophie ganglionnaire pour le diagnostie de la maladie du sommeil et il n'ignore pas que le fléau sévit surtout au bord des rivières, dans les vallées plus que sur les montagnes où il va habiter lorsqu'il se croit atteint de la maladie. En Haute-Guinée nous avons vu des malades relégués dans des cases particulières. Dans le Fouta et dans le Labé, les noirs n'hésitent pas à évacuer complètement un village lorsque la mortalité y dépasse la normale. Ainsi aux environs de Télimélé, Diounkou, dans la vallée de la Kakrima, a été abandonné à cause des nombreux cas de maladie du sommeil qui frappaient les captifs envoyés là pour la récolte du riz. Us mouraient en trois ans. Et cependant ce roundé (2) était situé au milieu de plaines fertiles, mais basses et très humides pendant l'hivernage. Il y avait beaucoup de tsetsés.

Aux environs de Touba, le foulasso (3) de Kimbessi et le roundé de Touguivel se sont déplacés par crainte du Sogolo qui amenait la maladie du sommeil. Cependant le terrain était favorable aux récoltes, très inondé pendant la saison des pluies. Les mouches piquantes étaient nombreuses à Touguivel, mais il y en a peut-être encore davantage à Dantari, le nouveau village, et leur présence ne préoccupe guère les habitants.

1. Christy, Sleeping Sickness (Trypanosomiasis) : the prévention of ils sprcad and the prophylaxis. British rned. Journal, 26 nov. 1904.

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