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CHAPITRE XI

PROPAGATION DES TRYPANOSOMIASES Mouches piquantes et tsetsés en Guinée française

Les trypanosomiases sont propagées principalement par les mouches piquantes, mais si toutes les expériences faites jusqu'ici depuis les mémorables travaux de Bruce sur la propagation du Nagana, permettent nettement de considérer certains insectes comme vecteurs de virus, des recherches sont toujours indiquées dans leur rôle comme seconds hôtes. Il est possible qu'on établisse ainsi une distinction entre le rôle des mouches tselsés et celui des Tabanides.

Les Tabanides existent en Guinée. M. Laveran les avait déjà signalés au Rio Nunez et à Boké (Tabanus unilineatus , T. tœniola, T. ditœniatus, pluto) ainsi qu'à Dinguiray. Nous en avons trouvé beaucoup dans la région de Toumanéa et sur les rives du Niger. Dans toute la Haute-Guinée, les mouches piquantes, taons, tsetsés, ainsi que de nombreux hippobosques se rencontrent à Bissikirima, Banco, Nono, Siguiri, Kouroussa et Kankan. Nous avons vu également des hippobosques dans la région de Médina-Kouta.

Parmi les mouches piquantes, les tsetsés (Jollés en foulah, kèri en soussou) sont les plus abondantes en Guinée. Elles se reconnaissent à première vue à cette particularité qu'au repos leurs ailes se recouvrent l'une l'autre, comme font les deux branches d'une paire de ciseaux. Leur trompe se projette horizontalement en continuation directe de l'axe du corps.

i. Laveran, Trypanosomiases clans l'Ouest africain français, C R. Acad oc., ,) i octobre i qo/| .

La (rlossina tachinoïdes, la G. longipalpis et la Glossina fusca ont été trouvées au Rio Nunez et à Boké (i), mais ce sont surtout la Glossina palpalis et la Glossina morsitans <|ui sont partout répandues. Nous les avons vues aux environs de Bambaïa; dans la vallée de la Kora, à Farana, à Kaba, à Kouroussa, sur les rives du Niger, entre Sérikoro et Diaraguila, à Siguiri, à Toumanéa, Bissikirima, Banco, Nono, entre Kindiab et Timbo, à Dubreka, Koya, Manéa, dans la vallée de la Konkouré et de la Kollente, à Medina-Kouta.

Hippobosque.

Taon.

Tselsé.

Nous les avons rencontrées partout, mais principalement dans les bas-fonds humides et chauds, sur les bords des rivières et au voisinage de l'eau. Si nous en avons vu davantage dans les endroits boisés, leur présence n'est pas rare en terrains même rocailleux, couverts, soit de petites graminées poussant timidement, soit de hautes herbes touffues ; en forêt claire el aussi en plaine absolument découverte {boioel). Les taillis les plus rapprochés où nous avons constaté les glossines étaient à 3oo mètres; les plus éloignés à un kilomètre. Nous en avons rencontré en pays montagneux, comme en pays de plaine.

Entre Ditinn et Dalaba, un peu avant Kalà, au sommet du mont Fita (1.800 mètres), nous capturons une Glossina palpai, s.

Le genre de végétation n'a aucune influence spéciale; nous les avons trouvées en terrains couverts des diverses essences tropicales, au milieu des bambous, etc. Les mimosas existaient

, Laveran, Contribution à I. répartition des mouches ^sès dans JOues. africain français et dans l'Etat indépendant du Congo, C. R. Acad. Se, 4 déc. 190.1, p. o.3o.

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parfois, jamais en grande quantité, disséminés parmi les autres plantes de la brousse.

Nous avons vu des tsetsés par tous les temps, par ciel couvert et même sous la brume et la pluie, mais elles préfèrent les journées chaudes.

Elles se posent au so leil, volontiers, sur les rochers situés au milieu ou sur les bords des marigols, et même au milieu des sentiers pierreux, découverts, où notre passage les faisait lever.

Elles volaient à la hauteur de notre hamac, très rapidement, en ligne droite, en produisant un bruit fugitif quand elles étaient non loin de la tête, et étaient très difficiles à capturer, sauf au lever et au coucher du soleil. Elles se posaient indifféremment sur notre paletot de cuir noir, sur notre veston blanc ou sur notre pantalon de kaki, au soleil ou à l'ombre projetée par le toit de notre hamac. Elles me choisissaient rarement comme victime,

LES TRYMNOSOMIASES EN GUINÉE FRANÇAISE

mais elles s'abattaient sur les indigènes entre leurs épaules et sur leurs jambes. Nous n'a vous jamais été assaillis. Nos animaux n'ont pas été attaqués par des essaims nombreux, aussi ne se sont-ils jamais enfuis brusquement à la débandade pour se soustraire aux piqûres.

« Les tsetsés suivent le gros gibier et s'il peut y avoir du gibier sans tsetsé, il n'y a pas de tsetsés sans gibier, dit Theilcr ». En beaucoup d'endroits de la Guinée il y a des animaux de grandi! taille: éléphants, bœufs sauvages, hippopotames, antilopes, mais en certains coins, ils ont disparu et les tsetsés existent cependant, en moins grand nombre peut-être. Il est vrai que le sanglier, la biche, etc., ne sont rares nulle part.

Dans les forets arrosées de grands marigots qui, très nombreux, coupent la Guinée, il y a du gros gibier. Celui-ci, pendant la saison sèche, se localise près de certains fleuves. Les tsetsés sont rares. En saison des pluies, les marigots grossissent, les animaux sauvages se dispersent et avec eux les glossines apparaissent causant des épizooties meurtrières.

Les indigènes nous ont signalé en certaines régions la dispa ■ rition des tsetsés coïncidant avec le débroussaillement et avec la disparition des animaux sauvages.

Les glossines existent partout avec plus ou moins d'abondance. Les nègres les connaissent. Nous avions bien soin de leur faire décrire la mouche, puis de leur en présenter en tubes : elle était toujours reconnue d'eux, mais ils ne m'ont jamais raconté avoir trouvé ces fly-belts, îlots dangereux et restreints où les tsetsés élisent domicile en véritables essaims et qu'il faut éviter.

En Guinée, les indigènes accusent surtout des plantes d'empoisonner leurs animaux. Ils ignorent la relation qui peut exister entre la présence des mouches piquantes et les épizooties. Il y a des régions cependant où ils empêchent leurs animaux d'aller paître et de séjourner, car ils y prennent le fameux « Sogolo ».et des enfants (aux environs de Kollangui, par exemple) sont spécialement chargés de surveiller les bœufs. Or ce sont précisément des localités toujours humides, même en saison sèche, entourant une source, une petite marc et où les animaux sont attirés par l'herbe tendre. Les tselsés y sont toujours très nombreuses.

La Glossina palpalis est très commune dans toute la Guinée. Nous en avons rencontré partout, dans la brousse épaisse, comme à l'entrée des grosses agglomérations et même à l'intérieur des

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cases, mais elle aime surtout le bord des rivières et pullule sur les rives au lieu de suivre les animaux sauvages des steppes comme la Glossina morsitans. En pirogue, nous les avons souvent recueillies le matin, nombreuses, au milieu du courant et sur la berge des marigots alors que nous n'en avions pas vu une seule longeant le même cours d'eau. Elle est plus rare dans les villages, et l'indigène prétend môme qu'elle n'y pénètre pas. Rentrant un jour de pluie dans une petite habitation basse et enfumée, non loin des rives de la Gambie vers Médina-Kouta, nous sommes arrivé au moment où une G. palpalis suçait la main d'une vieille femme. Nous-même avons été piqué une fois. L'irritation est presque nulle, disparait très vite. La douleur peu considérable se fait sentir au moment où s'enfonce la trompe pour s'affaiblir pendant la période d'aspiration et recommence à une nouvelle pénétration plus profonde de l'aiguillon. L'abdomen distendu, la mouche est lourde, prend son vol difficilement.

Un fait parfaitement acquis est la transmission du trypanosome de la maladie du sommeil par la Glossina palpalis, mais celle-ci n'est sans doute pas la seule glossine qu'on doive incriminer. En effet, la Glossina fusca a été rencontrée dans des régions où existe la maladie du sommeil et où l'on ne trouve pas de Glossina palpalis (i). Nabarro,Greig et Wiggins (2) ont démontré que les Glossina pallidipes, fusca, lonc/ipennis, recueillies dans la colonie de l'Est africain, étaient capables d'infecter des singes sains 8 et 24 heures après avoir piqué des singes infectés de Tryp. gambiense. Il était en effet plausible de supposer que, puisque G. palpalis convoie plusieurs espèces de trypanosomes, d'autres espèces de Glossines pouvaient convoyer T. gambiense.

Or la Glossina fusca existe aussi en Guinée, fort rare il est vrai ; elle vit dans les régions boisées, les savanes et les régions marécageuses. C'est probablement par cette mouche que sont produits les cas, très rares, de maladie du sommeil qui se montrent dans les villages éloignés de toute rivière.

Gray et Tulloch (3) avaient vu des trypanosomes dans les glan-

1. Sur un travail de M. le docteur Brumpt, intitule : Quelques faits relatifs à lu transmission de la maladie du sommait par lès mOuOhes /se/ ses. Rapport de M. R. Blanchard, Bulletin Acad. de mèd., 7 juin 190/1 .

■1. Naliarro et Greig, Further observations on the trypanosomiases in Uganda, Report V, Bullelin Inst. Pasteur, i5oct. 1905, p. 77(1.

.'5. (Ira y et Tulloch, The multiplication of Trypanosoma gambiense in the

LES TRYl'ANOSOMIASKS EN GUINEE FRANÇAISE

des sa liv aires des Glossina. Celles-ci nourries sur un singe infecté de Tryp. gambiense contenaient dans leur estomac, dans la proportion de 10/ ioo, autant de parasites que d'hématies. Chez des mouches témoins capturées au hasard, 1/100 furent trouvées infectées de trypanosomes.

Koch (1) par pression sur le bulbe situé à la base de la trompe a fait sourdre à l'extrémité de la trompe unegoutle de liquide où il a trouvé des trypanosomes à divers stades de développement. Après la succion, les parasites se multiplient dans l'estomac de la mouche et il a observé deux catégories de formes (mâles 61 femelles). Il croit à l'évolution des trypanosomes chez la tsetsé.

Mais les résultats de Minchin (2), corroborés par un travail récent de Novy (3), sont venus prouver que ces formes découvertes par Gray et Tulloch n'ont rien à faire avec la trypanosorniase humaine. En etïet,les tsetsés de la petite île inhabitée deKimmi, les renferment dans la proportion de 8 0/0. Ces trypanosomes « sauvages » sont du type Herpetomonas. Ce sont sans doute des parasites propres à la tsetsé et qui n'ont rien à voir avec les Vertébrés comme c'est lé cas pour les Herpetomonas d'Insectes non suceurs de sang. Leur présence observée chez une tsetsé née au laboratoire d'une pupe et n'ayant sucé que du sang de poule est suggestive à cet égard. Il n'a pas été possible d'ailleurs d'injecter méthodiquement des animaux sensibles avec les Flagellés des tsetsés.

Musgrave et Glcgg (4), les auteurs américains qui ont étudié le Surra aux Philippines, ont réussi à transmettre celte maladie d'un chien à l'autre par des puces. Nous avons tenté des expériences du même ordre sans résultat à Kouroussa, au moment de la mort du chien Brio.

Celui-ci dont le sang était très riche en parasites était couvert

alimentary canal of Glossina. Report ôftheSleeping S ickness, n° VI, p. 282-287, août 1905, Bull. Inst. Pasteur, igo5, p. 778.

1. Koch, Notes préliminaires sur les résultats d'un voyage d'études en Afrique, Deutsche Médis. Woch., nov. ioo5; Bull. Inst. Pasteur, p. 33,

2. Minchin, Tsetsé et trypanosomes, Londres, 21 janvier 1906, Bull. Inst. Pasteur, p. 296, 190G.

3. Frederik Novy, The Trypanosomes of (setse flics, Jonrn. of. inf. Dis., 18 mai 1906, Bull. Inst. Past., 1906, p. 60G.

4. Musgrave etClegg. Trypanosoma and trypanosomiasis vvilh spécial référence to Surra in the Philippine islamls, Biolocf. labor., igo3. Analyse in Bull. Inst. Past , p. i83, I. H.

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de puces qui abandonnèrent bien vite le cadavre pour sauter sur deux jeunes chiens amenés et tenus un certain temps en

laisse près de lui.

Une centaine de puces furent également distribuées dans les

poils de deux autres jeunes chiens.

Ces quatre chieus examinés près de deux mois ne montrèrent jamais aucun signe d'infection trypanosomiasique.

Vassal (i) à Nha Trang n'a pas réussi non plus à transmettre sa trypanosomiase des chevaux de l'Annam de chien à chien par l'intermédiaire de puces et de poux.

Nos résultats ont été également négatifs avec des tiques (2) [Rhipicephalus (Boophilus) annidatus clecolorata Koch] et avec des « Ixodes rediwius » que nous avons fait passer d'un animal malade à un animal sain sans déterminer le moindre phénomène pathologique.

Les Tabanides, les Tsetsés et les Hippobosques sont assez difficiles à conserver en cage et les expériences que nous avons voulu tenter sur le mode de propagation des trypanosomiases par ces insectes n'ont jamais été suivies de succès, car il n'était pas facile de poursuivre sérieusement des observations assez délicates en cours de route, dans la brousse. Une installation stable dans un laboratoire est nécessaire.

1. Vassal. Trypanosomiase des chevaux de l'Annam, Aiin. Insl. Pasteur. t. XXV, avril 190O.

2. La détermination csl de M. le professeur Neumann de Toulouse.

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